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Easy - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © NETFLIX - 2016

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.


Que reste t-il de la promesse d’une série indé qui raconterait les relations sociales si particulières du 21ème siècle ? Pas grand chose malheureusement. Et pourtant, il y avait de quoi espérer quand Netflix commanda cette série du jeune réalisateur Joe Swanberg, « star du mumblecore », ce mouvement indépendant de productions low-budget au casting non-professionnel. Les critiques sont divisées et diamétralement opposées entre triomphe total d’une part et accident industriel d’autre part.

Easy se décline sous la forme d’une série d’anthologie, la première saison étant composée de huit épisodes indépendants les uns des autres. Cependant, il existe un lien entre chaque histoire, le personnage d’un épisode apparaissant dans un autre, qu’il soit la baby-sitter, un ami, le voisin ou encore un frère.

Le format 30 minutes colle parfaitement à la narration qui rencontre néanmoins d’énormes problèmes de rythme. Certaines histoires sont racontées avec une temporalité floue aggravée par un montage brouillon. Au delà du genre « mumblecore » qui donne du temps à ses personnages pour s’exprimer (notamment grâce à l’improvisation), la mise en scène affiche le minimum syndical et donne un résultat fade, voire complètement stérile pour certains épisodes.

Easy débute très mal sa saison, avec trois premiers épisodes sans âme. Un léger intérêt semble se dessiner au milieu de saison avant que celle-ci ne fonce dans le mur à toute vitesse. Le jeu d’acteur peine à nous convaincre dans ces scènes du quotidien, au pire aseptisées, au mieux ratées.

Même l’idée d’imbriquer les vies des ces personnages ne suffit pas à donner de l’intérêt au casting pourtant diversifié et jeune. Celui-ci laisse la part belle aux presque-inconnus du petit écran comme le youtuber/viner King Bach en passant par la mannequin Emily Ratajkowski et l’actrice mexicaine Aislinn Derbez, jusqu’aux têtes d’affiches relatives que sont Dave Franco et Orlando Bloom.

La diversité dans le casting c’est bien, mais dans les personnages on a vu mieux. Joe Swanberg met en scène des protagonistes plutôt lambda comme les couples ayant ou essayant d’avoir des enfants. Quand il ose un minimum, le réalisateur saute à pieds joints dans le cliché à l’image de cette jeune femme lesbienne qui ne s’épile pas, est activiste vegan et se déplace à vélo...

Seuls deux épisodes sortent du lot et proposent de véritable court-métrages un peu plus cohérents. Le quatrième « Controlada », plutôt classique mais bien maîtrisé avec en filigrane le rôle inattendu du canapé-lit d’un couple un peu banal secoué par la visite de l’ex petit-ami de madame. Le sixième ensuite « Utopia », mon épisode préféré qui aurait du servir de mètre étalon dans la manière de présenter une tranche de vie. Orlando Bloom apporte un réel coup de fouet à l’écran et Kate Micucci quitte enfin le carcan de la gentille fille excentrique. L’histoire de ce couple qui découvre Tinder, et se lance dans un plan à trois, se prête particulièrement au postulat de départ de la série. La presque seule réussite en somme, que ce soit sur le fond ou sur la forme.

Vient alors une question que je me suis posé tout au long de cette courte saison : mais où est Chicago !? Timidement aperçue par le trou de la serrure, la ville qui aurait pu être un personnage à part entière n’est que très peu, voire pas du tout exploitée. Erreur impardonnable quand on sait que l’environnement urbain joue plus que jamais un rôle important dans nos relations sociales.

Globalement, je ne peux m’empêcher de penser au meilleur traitement de ces sujets sociaux modernes par la série Girls par exemple. Pareil pour les épisodes trois et huit qui s’embourbent très vite dans l’ennui avec cette histoire de petite brasserie clandestine montée par deux frères. On est très loin de la qualité de How To Make It In America qui a exploré ce type de sujet avec brio.

Les adeptes de raccourcis qualifieront Easy de comédie-dramatique bobo aux accents hipster. Le sexe étant un thème redondant, où sont les accros, les vierges, les transsexuels ? Où sont les marginaux de la société, les addicts en tout genre, les obèses, les handicapés ? Joe Swanberg, qui contrôle l’écriture et la réalisation sur l’ensemble de la série, ne prend pas tant de risque que ça. Pire même, il standardise son style de prédilection en proposant un résultat final lambda, bien loin des promesses du genre.

Pourquoi ne pas pousser le concept de l’anthologie jusqu’à recruter une équipe créative par épisode ? Joe Swanberg réussira peut-être à tenir sa promesse en cédant une partie de la production dans une éventuelle seconde commande de Netflix. Une chose est sûre, cette première saison est ni plus ni moins qu’un raté.

2/10

Bilan

Easy est une coquille vide qui tombera vite aux oubliettes. La promesse d’une série d’anthologie indé sur les relations sociales modernes est bafouée. En résulte une première saison stérile quasiment sans âme.

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Easy
Note de la série :
5.2/10