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Chewing Gum - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © E4 - 2015

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.


Diffusé la rentrée dernière au Royaume-Uni sur la chaîne E4, le phénomène Chewing Gum vient de débarquer dans le catalogue français de Netflix. La première saison de six épisodes s’est attirée autant de foudre que de bonnes critiques, sans vraiment demi-mesure entre rejet total de l’humour typique du show et adulations qui crient au génie.

Tracey Gordon vit dans un quartier populaire de la banlieue de Londres. Coincée entre un job de caissière dans l’épicerie du coin et une famille religieuse très pratiquante, elle tente d’échapper à cette vie banale toute tracée d’une façon un peu particulière : s’émanciper en découvrant les joies du sexe, le tabou ultime.

Création Michaela Coel (The Aliens), Chewing Gum n’est pas loin d’être autobiographique et a d’abord existé comme une pièce de théâtre quelques années auparavant. Très présente derrière la caméra, la jeune anglaise inonde l’écran et incarne Tracey à la perfection. Elle semble avoir taillé le costume de son personnage principal pour elle seule. Dans une acception complète de son physique atypique et de sa « gueule », Coel emmène tout son petit monde avec naturel et charisme.

Dès le pilot - plutôt réussi - Chewing Gum pète aux yeux avec ses couleurs dignes d’un filtre Instagram. Pour l’humour aussi, le curseur a été poussé au maximum, ce qui a pu rebuter certains téléspectateurs. Qu’à cela ne tienne, le ton particulier et l’exagération quasi permanente font partie de l’ADN de la série. En brisant le quatrième mur, Tracey nous raconte directement son histoire, poussant le personnage encore plus au devant de la scène. On est encore loin du John Dorian de Scrubs mais l’idée est là.

Conséquence non-négligeable de ce parti pris, le reste du casting souffre en arrière-plan. Majoritairement féminin, il garde néanmoins un certain potentiel avec des personnages décalés à l’image des ces deux adolescentes enceintes qui fument et boivent, cliché éternel de la jeunesse anglaise. Loin derrière, le casting masculin accuse le coup, desservi par des prestations stériles à mille lieues du piquant de l’héroïne. La réalisation de Tom Marshall, propre mais classique, laisse place à ce joyeux pot pourri et se contente de le montrer sans fioritures.

Chewing Gum n’est pas une pépite sucrée et colorée sans défauts. Comme tout est poussé à son maximum, les situations comiques s’enfoncent à quelques reprises dans des délires sans nom compliqués à suivre. Je pense notamment à cette histoire de plan à trois qui, une fois l’excentricité du plan de Tracey passée, se résume à une suite de moments gênants sans réel but. Je fais l’impasse sur cette vente de sex-toys d’occasion qui nous plonge rapidement dans le malaise le plus total.

En parlant de gêne, la comédie possède son lot de sujets tabous qu’elle se fait un plaisir d’exploser avec insistance et langage cru. Virginité, homosexualité, pratiques sexuelles et menstruations, pour ne citer qu’eux, reviennent régulièrement sur la table. Michaela Coel y va cash, sans détours et se moque ouvertement des conventions de la pudeur.

En filigrane, Chewing Gum excelle à dresser le portrait de cette famille religieuse, se moquant de ses pratiques un peu datées sans jamais laisser entrevoir une quelconque envie de porter atteinte. Shola Adewusi et Susan Wokomo, qui jouent la mère et la sœur de Tracey, tirent leur épingle du jeu en incarnant avec justesse ces personnages drôles et bien écrits.

Il est vrai que la comparaison avec Lena Dunham est pertinente, Michaela Coel partageant un passif commun avec son homologue américaine. Si l’on suit cette logique, les parallèles existent mais sont diamétralement opposés : exit le sérieux de Girls pour un univers sous acide beaucoup plus léger.

Passée à deux doigts d’un BAFTA, la créatrice répond à ses détracteurs que la prochaine saison sera encore plus crue et embarrassante. Un pari assumé certes, mais un risque à ne pas prendre à la légère. La première saison ayant déjà flirté avec le mauvais goût, espérons que l’équipe créative ne soit pas victime d’une sortie de route en se rapprochant du trash de Skins ou de Shameless.

Sans être parfaite, Chewing Gum se pose comme une comédie sans prétention. Elle prend un malin plaisir à déchirer la finesse et le politiquement correct pour un résultat loin d’être parfait mais assurément d’actualité dans nos sociétés modernes réactionnaires en prise à toutes les phobies possibles et imaginables.

6/10

Bilan

Sans être la comédie du siècle, cette courte première saison vaut le détour, ne serait-ce que pour son aptitude à briser les tabous et son univers décalé. Le tout est porté par sa créatrice-scénariste-actrice principale dans le rôle de sa vie.

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Chewing Gum
Note de la série :
7.5/10