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The Man In The High Castle - Bilan saison 2

Bilan saison 2 ©

Attention, il faut avoir vu l'intégralité de la saison 2 avant de lire la critique.

Historique

Lancée en 2015 sur la plateforme VOD Amazon Video, la série The Man In The High Castle est adaptée du roman Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick* (1962), où l'auteur dépeint un monde alternatif dans lequel l'Allemagne Nazie et Le Japon ont remporté la Seconde Guerre Mondiale, et où les deux empires se partagent désormais l'Amérique du Nord. L'action se déroule donc outre-atlantique, dix ans après la défaite des Alliés, tout comme la production télévisuelle.
Le roman (et la série) est-ce qu'on appelle dans le monde littéraire, une uchronie, c'est-à-dire un genre qui repose sur la réécriture de l'Histoire, avec un grand H, à partir de la modification d'un événement du passé. L'écrivain imagine ensuite différentes conséquences possibles et façonne son propre univers fictif.

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The Man In The High Castle est produite par Ridley Scott, qui connaît bien l'univers de Philip K. Dick puisqu'il avait adapté au cinéma un de ses romans les plus populaires, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1966), sous le nom de Blade Runner (1982).
La série a été créée et scénarisée par Frank Spotnitz, connu pour son travail de scénariste et de producteur sur X-Files (série et films), Le Transporteur (série), Crossing Lines ou plus récemment Les Médicis : Maîtres de Florence.

* Philip D. Dick est l'écrivain de science-fiction qui a inspiré bon nombre de réalisateurs au cours du XXème et XXIème siècle. Plusieurs de ses romans et/ou nouvelles sont à l'origine d’œuvres cinématographiques cultes, telles que Total Recall de Paul Verhoeven (d'après la nouvelle Souvenirs à vendre - 1966), The Truman Show de Peter Weir, (d'après le roman Le Temps désarticulé - 1959), Minority Report de Steven Spielberg, (d'après la nouvelle Rapport minoritaire - 1956) ou encore A Scanner Darkly de Richard Linklater, d'après le roman éponyme (1977). Au fil des décennies, la philosophie dickienne a également influencé des films comme L'Armée des Douze Singes de Terry Gilliam, Ghost in the Shell de film d'animation de Mamoru Oshii, eXistenZ de David Cronenberg et Paprika de Satoshi Kon, que Christopher Nolan adaptera à son tour en 2010 avec son célèbre Inception.


Le Nouveau-Monde

" Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. " (Blaise Pascal - Les Pensées, 90)

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Nous sommes dans les années 50, l'Amérique a perdu la guerre, comme le reste de l'Europe, et se retrouve coupée en deux. A l'Est, l'Allemagne Nazie, à l'ouest, les états du pacifique, sous la domination de l'Empire du Japon, et au centre, une zone neutre.
Historiquement, la série offre un nombre incalculable de possibilités. Facile donc de se perdre et de vouloir en faire trop. Mais The Man In The High Castle arrive parfaitement et avec intelligence à gérer son univers, en maîtrisant ses multiples intrigues, sa direction artistique, sans tomber sous une certaine forme de caricature idéologique.

Le point fort de la série réside surtout dans la photographie, la mise en scène et la réalisation qui servent à établir une différence nette entre l'Allemagne Nazie et L'Empire du Japon.
Du côté du Reich dans sa globalité, Frank Spotnitz a opté pour une réalisation symétrique, très ordonnée, sublimée par une architecture équilibrée, démesurée et parfois futuriste dont l'aspect apporte un certain mysticisme presque divin à cet empire effrayant, mais d'une beauté sans faille (architecturalement parlant).
La représentation de Germania, qu'Hitler rêvait de bâtir après la guerre, mais qui ne vit jamais le jour dans notre réalité, est plutôt fidèle aux nombreuses maquettes qu'avait préparé le dictateur avec son collaborateur Albert Speer.

De l'autre côté, l'équipe créative de la série a préféré une réalisation plus sobre, plus décomposée, plus brouillonne. Un sentiment appuyé en suivant la caméra se déplacer dans les rues de San Francisco, dont la photographie est plus sale et dépravée.
Reste la mise en scène des mœurs quotidiennes et rituels japonnais qui restent alignés dans un axe corporel précis. Cependant, les salutations et autres politesses paraissent plus fades du côté de l'Empire du Japon que du côté de l'Allemagne Nazie, où la gestuelle est beaucoup plus ferme, moins soumise, donnant plus de vie à leurs mimiques.

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Tagomi-San : L'élément fantastique de la série

Parmi les personnages principaux de The Man In The High Castle, Tagomi-San est certainement le pus sincère et le plus touchant. Mais le Ministre du Commerce n'est pas seulement un homme réfléchi, sobre et courageux au service d'une nation, il est aussi l'élément fantastique de la série. Pourtant très à terre-à-terre dans sa démarche et réaliste dans sa composition scénaristique et dramatique, la production d'Amazon réussit à imposer en douceur des aspects surnaturels, à travers le personnage de Tagomi-San et ses " téléportations ", tout en restant crédible aux yeux des téléspectateurs. Un tour de force qui n'est pas sans rappeler les séries Daredevil ou Jessica Jones, qui parvenaient aussi à gagner ce pari.

Je parlais tout à l'heure de mise en scène, et celle concernant les " voyages parallèles " de Tagomi-San bénéficie d'une certaine poésie et nostalgie. On y retrouve tout le charme et la beauté tranquille d'une famille japonaise, mais également la mélancolie d'une époque d'incertitude où la menace d'une guerre nucléaire est omniprésente.

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Les Films : L'élément perturbateur

L'intrigue principale de la série The Man In The High Castle tourne autour des films que possèdent le Maître du Haut Château, où certaines des images venant d'un univers parallèle (?) dévoilent une Allemagne Nazie ayant perdu la Seconde Guerre Mondiale. Ces films sont un réel mystère, on ne connaît ni leur origine, ni comment le Maître du Haut Château les a acquis, ni même comment Hitler en a eu en sa possession. Si les scénaristes conservent encore le secret entourant ces fameux longs-métrages, perturbant ainsi les téléspectateurs et le monde uchronique de la série depuis maintenant deux saisons, Frank Spotnitz et son équipe réussissent néanmoins cette année à leur trouver une véritable utilité. En effet, à défaut de ne pas faire avancer l'intrigue principale comme on le voudrait, les scénaristes vont se servir d'un film, déniché par Tagomi-San dans l'Autre-Monde certes, pour empêcher une Troisième Guerre Mondiale et conclure ainsi une saison 2 en apothéose ! Car, après de multiples propagandes des deux adversaires pour anéantir chacun l'empire du voisin, c'est finalement un simple film qui les rassemble comme pour nous faire comprendre que déclencher ou stopper une guerre ne se joue finalement à rien et que des millions de vies humaines peuvent être sauvées ou anéanties en quelques secondes seulement.

9/10

Bilan

The Man In The High Castle ne bénéficie pas d'une promotion aussi excessive que Game of Thrones ou The Walking Dead, mais la série de Frank Spotnitz n'en reste pas moins un petit bijou télévisuel à conseiller et à dévorer, à la hauteur des productions les plus populaires du moment.
Servit par un casting d'acteurs peu connus du grand public, les comédiens sont tous, sans exception, d'une justesse incroyable dans leur jeu et leur interprétation, livrant des performances aussi intenses que captivantes.
Côté intrigue(s) et réalisation, c'est un travail de titan qui est fourni par une équipe motivée. Tout est soigné, tout est millimétré, de façon à rendre un produit propre et efficace aux téléspectateurs.

5 Commentaires

  • dune
    Le 09/01/2017 à 13h19

    Belle analyse, pour ma part j'ai adoré cette série pour ce qu'elle propose de neuf à la télé.

  • Mia64
    Le 12/01/2017 à 13h08

    je n'ai pas encore commencé la série ...

    question : est c'que le série fait un bond a notre époque ? si oui quel épisode ?

  • dune
    Le 12/01/2017 à 14h52

    Non notre époque n'est pas concerné, cela se passe dans les années 60.
    La fiction dans cette série traite plutôt d'alternative de mondes parallèles.

    Que se serait-il passé si...?

  • Mia64
    Le 12/01/2017 à 16h05

    ok merci Dune ^^

    oui j'avais bien compris le concept

    je sais que la série est tiré d'un bouquin et qu'il se doit d'être fidèle ! mais j'aurais vraiment aimé voir l'imagination des scénaristes....

    comment eux ils auraient peint l'alliance nazi/japon à notre époque... (j'avais adoré le film ou hitfler revenait à la vie à notre époque "il est de retour")

    enfin bref peut etre qu'ils le feront lors du final de la série ...

    qui sera dérivé en spin off ...

    qui sait ...

    perso j'adore ce genre de série

  • sebfanmuse
    Le 27/01/2017 à 19h10

    Cette série est extraordinaire... Mia64 sache que le livre ne va pas aussi loin que la série (le voyage entre deux époques par exemple est une pure création de la série) et pourtant la série reste fidèle à l'univers du livre. Je suis un très grand fan de Dick (j'ai lu quasiment tous ses livres et certains au moins trois fois) et cette série rend hommage à ce brillant auteur...
    Je la conseille à tous les sériesaddict car c'est l'une des meilleures production de ces dernières années.

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Note de la série :
8.9/10