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The Young Pope - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © Canal+ - 2016

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique. Le bilan étant déjà dense, je vous renvoie aux critiques de chaque épisode pour des analyses plus détaillées.

Du cinéma à la télévision

Trois ans de développement ont été nécessaires pour porter à l’écran cette série à l’aspiration prestigieuse affichée dès le départ. Son créateur, le réalisateur italien Paolo Sorrentino, monte une co-production internationale avec des professionnels français, espagnols et italiens. Les grandes chaînes Canal+, Sky (Italie) et HBO investissent près de 40 millions d’euros pour la première saison qu’ils diffusent en exclusivité et qui sera vendue dans 110 pays à travers le monde.

Ajoutez à cela une affiche de renom avec Jude Law et Diane Keaton qui quittent le grand écran pour le petit. Le reste du casting est tout aussi international avec notamment les francophones Cécile de France et Ludivine Sagnier, l’italien Silvio Orlando ou encore l’espagnol Javier Càmara. Présenté en avant-première à la Mostra de Venise en Septembre dernier, l’ambitieux projet de Sorrentino attise la curiosité de tous et entend bien marquer l’Histoire du petit écran.

Une série d’anticipation actuelle

Le pitch de départ intéresse autant qu’il peut soulever une tonne de questions. Dans un futur très proche, Lenny Belardo devient le premier pape italo-américain et prend le nom de Pie XIII. Sa particularité : il est jeune. Supposé être la marionnette de certains cardinaux véreux, le nouveau Pape prend rapidement son indépendance et s’avère être ingérable, allant jusqu’à adopter des positions extrémistes et maltraiter ses fidèles et son clergé.

La série aborde des questions aussi vieilles que les religions mais qui conservent un écho particulier à l’heure actuelle. Homosexualité, divorce, politique et avortement entre autres reviennent régulièrement sur le devant de la scène et sont sources de débats agités au sein de l’Eglise.

La vie du Vatican a toujours été objet à fantasmes de part les scandales réguliers qui égrènent sa réputation. Très vite, The Young Pope offre la promesse de pénétrer les murs épais du Saint-Siège et ainsi exposer ses plus sombres secrets. Au delà de la religion en elle-même, Sorrentino raconte les Hommes qui la font. Le Christianisme possède le clergé le plus structuré et donne matière à traiter. Celui-ci est d’ailleurs largement torpillé, les cardinaux étant crûment mis en scène dans leurs différents vices (argent, sexe, drogues...).

Docteur Belardo et Mister Pie XIII

Logique donc de s’intéresser à la plus haute figure de ce clergé à savoir le pape. Le héros a sans cesse été dépeint de deux manières différentes dans une espèce de schizophrénie. D’un côté, Lenny Belardo, le fumeur un peu sportif, le simple orphelin marqué par l’abandon de ses parents et en recherche identitaire perpétuelle. De l’autre, Pie XIII, le pape totalitaire sans merci pour ses collaborateurs.

Le développement du personnage est intéressant car jamais binaire. Ainsi, au fil des épisodes, même sa personnalité la plus extrême tend à devenir plus juste et responsable. Après une entreprise de déconstruction du clergé et de la religion en elle-même, Pie XIII retrouve raison et s’attèle à reconstruire ce qu’il a détruit, au même titre que lui-même.

La comparaison va même un peu plus loin. A certains moments, il est même considéré comme l’incarnation du Diable. Plus tard, l’intrigue fait la preuve d’une certaine sainteté de Lenny Belardo, capable d’enjoindre Dieu de provoquer un miracle et même de se débarrasser de personnes malfaisantes. Paradoxal une fois encore alors qu’il remets régulièrement en question l’existence de celui-ci jusqu’à faire douter les autres de sa propre croyance.

Jude Law incarne parfaitement son héros, que ce soit dans les moments les plus insolites de son pontificat ou dans des monologues terrifiants dignes d’un dictateur. L’acteur britannique offre naturel et subtilité à ce jeune pape qui profite toujours d’un coup d’avance et qui semble inatteignable sauf dans les moments les plus sombres et les plus tristes, eux aussi interprétés avec talent.

Du réalisme teinté d’originalité

Traiter d’une religion n’est pas chose simple. The Young Pope évite habilement certains pièges, associant les passages mystiques ou philosophiques à la singularité de chacun sans imposer une unique version des choses. La croyance par exemple est montrée à travers la singularité de chaque personnage. Ces thèmes sont souvent teintés d’onirisme, d’apparitions ou encore de poésie. Sorrentino respecte généralement un certain équilibre avec des passages très réalistes mais se perd quelques fois dans des représentations beaucoup trop symboliques.

Un peu plus terre à terre, la vie du Vatican bénéficie du même traitement. Les fastes mises en scène aux tableaux soignés cohabitent parfaitement avec des moments intimistes dans les recoins sombres du Saint-Siège. La lumière y joue un rôle important en agrémentant subtilement ces jeux de pouvoirs.

Une chose est sûre, Sorrentino prend son temps. Sans que la narration soit trop lourde, il se permet de raconter entièrement ses histoires et ses personnages. Ainsi, une introduction ou une fin d’épisode un peu hors-sujet constitue tout de même une pièce importante du puzzle.

Intelligemment, le réalisateur italien parsème chaque épisode avec son lot d’insolite et de décalage. Le kangourou du pape est sans doute l’exemple le plus parlant mais je reste marqué par cette scène où Pie XIII attablé, parle avec une vingtaine de ses prédécesseurs de toutes époques.

La musique tient également une place importante dans le récit et participe à ce parti pris original. Point de musique classique à tous les recoins, The Young Pope s’habille avec une bande originale moderne et variée. Les tubes Hallelujah de Jeff Buckley ou Halo repris par Lotte Kestner avec leur consonance religieuse côtoient des choix plus étonnants à l’image du tube electro house de LMFAO Sexy and I Know It accompagnant le laborieux protocole d’habillement du pape et l’arrivée des cardinaux dans la célèbre chapelle Sixtine.

Le générique lui-même annonce la couleur à chaque épisode ou presque. Sur un cover du célèbre All Along The Watchtower par Devlin et Ed Sheeran, le pape de Jude Law avance avec une démarche assurée le long de tableaux iconiques du Christianisme. Le clin d’œil espiègle de Pie XIII laisse place à un astéroïde qui dégomme une statue du pape Benoît XVI sur un puissant riff de guitare. Un mélange osé mais complètement réussit qui fait toute la qualité de The Young Pope et le génie de son équipe créative.

« Et si (...) nous étions tous coupables, à l’exception de la femme ? »

Dans cet univers où les femmes sont volontairement mises à l’écart par les hommes, elles possèdent néanmoins un rôle crucial mis en lumière par la série. Paolo Sorrentino célèbre la force de la femme à travers les femmes. La figure maternelle est la plus étudiée avec des personnages aussi différents que la mère de Lenny, Sœur Marie ou encore Esther. Les femmes sont aussi les petites mains incontournables de l’Eglise avec les sœurs, ou des femmes fortes comme Sofia ou une prostituée mystérieuse. Elles sont aussi un lointain souvenir comme l’ancienne petite amie de Lenny. La publication de leur pseudo-relation sera à l’origine d’un changement de comportement du pape et de son acceptation par le monde entier qui aura finalement pu déceler l’humain derrière la carapace de l’énigmatique fonction.

Au même titre, le thème de l’enfance et des enfants est lui aussi largement exploité qu’il s’agisse de Lenny ou de son ami Dussolier orphelins, de la jeune Juana destinée à être canonisée ou du bébé d’Esther. Aussi, de nombreux enfants sont visibles à l’écran comme ceux jouant en roller sur l’héliport du Saint-Siège, les nécessiteux en Afrique ou les encore simples élèves visitant le Vatican.

Une pépite remarquable

Vous l’aurez compris, The Young Pope aura marqué le petit écran cette saison. Exigeante et symbolique, elle sera sûrement passée sous le nez du grand public. Elle reste néanmoins une série d’exception comme il en arrive ponctuellement sur les ondes. Les dix épisodes ne sont par parfaits mais ils conservent une indéniable qualité. La saison se renouvelle et offre un second souffle à son intrigue à l’occasion d’une seconde partie plus ouverte vers l’extérieur (Afrique, New-York City) et moins camouflée par les murs épais du Vatican. La moyenne de toutes les critiques donnent un 7,5 mais The Young Pope mérite globalement un bon 9/10 tant elle est remarquable. Une deuxième saison serait déjà dans les tuyaux mais n’entrerait pas en production avant l’année prochaine.

9/10

Bilan

The Young Pope est un pépite comme il arrive d’en trouver de temps en temps. La série prouve qu’un programme de qualité cinématographique à la télévision est possible. Certes peu abordable et exigeante, cette première saison se définit par une écriture intelligente et des mises en scènes ultra-soignées.

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The Young Pope
Note de la série :
8/10