« L’imaginaire plausible » selon Olivier Kohn, créateur de Reporters
Reporters suit son petit bonhomme de chemin sur Canal + le lundi soir. Pour Séries Addict, Olivier Kohn se confie sans détour pour évoquer le travail scénaristique alimenté par un goût prononcé pour les fictions télés US et les films. Rencontre avec le papa de Reporters.
Photo : © Marie Périssé
Photos : © Lahcène ABIB/CAPA DRAMA/CANAL+
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La deuxième saison a débuté sur Canal +, le 18 mai dernier. Les spectateurs étaient-ils au rendez-vous ?
Je ne peux pas trop parler de ce genre de choses, Canal + ne communique pas encore sur les chiffres. Quoi qu’il en soit, la chaîne nous a déjà demandé de réfléchir à une troisième saison, au cas où la diffusion de la saison 2 serait favorable et nous avons déjà une ligne directrice.
Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour faire la saison 2 ?
En France, on a du mal à faire des saisons qui se suivent de manière rapprochée. Pour 10 épisodes, comme pour Reporters, de la mise en production, à la création des costumes, au dépouillement du scénario, tout est minutieux. Du début de la production au « prêt à diffuser » définitif, il s’est déroulé quasiment un an. Ajoutez à cela les recherches et l’écriture et vous comprendrez pourquoi il faut s’armer de patience.
D’où vient l’idée de créer une série sur les journalistes ?
Elle vient de Canal +. La chaîne avait envie d’explorer de nouveaux horizons, quitte à prendre un risque de choisir un thème encore inexploité. Le journalisme est une idée intéressante et négligée sur le petit écran. C’est un carrefour entre la politique et le monde de l’information. Le problème, c’est que ce thème n’était pas très populaire, mais nous voulions prouver qu’une série sur ce thème pouvait marcher. Canal + a lancé un appel d’offre et Capa drama était sur les rangs. À la base, j’étais directeur littéraire chez Capa et à la suite d’un concours de circonstances, je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière : j’ai proposé une quinzaine de pages, qui ont intéressé Canal. J’ai donc travaillé pendant plusieurs mois seul, rencontrant des journalistes, accumulant de la documentation et approfondissant la bible de la série. Au départ, le parti-pris était de raconter la campagne présidentielle de 2002 vue avec le regard des journalistes. Il a finalement été décidé d’ouvrir la série à un concept plus large, un monde imaginaire très proche du nôtre dans lequel on pouvait raconter ce qu’on voulait et nous avons développé le concept feuilletonnant. Une fois le pilote écrit, de nouveaux auteurs m’ont rejoint et nous avons développé ensemble l’arc narratif de la première saison.
Globalement, la première saison était le constat d’un passage à une autre époque avec le personnage d’Albert, une sorte de requiem pour une certaine idée de la presse. La saison 2 marque l’évolution des mentalités.
La vérité dépasse souvent la fiction, jusqu’à quel point vous inspirez-vous de la réalité ?
Nous ne nous sommes pas concentrés sur des faits mais nous essayons d’étudier des mécanismes. Il est vrai que Sorj Chalandon qui signe aussi les épisodes 4, 8 et 10 de la saison 2 a rejoint l’équipe. Ancien de Libé, prix Albert Londres, il a réellement connu les évolutions que nous évoquons dans la saison 2. Il nous a apporté son expérience, son vécu. Certes, le journal « 24 h » rappelle fortement Libération, mais ce n’est pas la seule source d’inspiration.
Lors de l’écriture, ce qui nous importe, se sont les mécanismes du métier, ses relations avec les hommes politiques… Comprendre et s’imprégner des problématiques pour mieux les raconter. Bien sûr, nous nous inspirons de faits réels que nous mélangeons pour mieux les « fictionaliser ». Nous créons des nœuds imaginaires, mais plausibles. Il nous est arrivé d’écrire une situation, qui est survenue par la suite. Il ne faut pas croire que tout est déjà arrivé, mais tout peut se passer.
Les personnages de Thomas Schneider et de Michel Cayatte rappellent fortement certaines personnalités des médias. Ne sont-ils pas un peu exacerbés ?
C’est notre boulot de scénariste de forcer un peu le trait. Pourtant quand nous avons créé le personnage de Michel Cayatte, je me suis tourné vers des journalistes pour savoir si nous n’allions pas trop loin. Il m’a été répondu que des Michel Cayatte, alcooliques aux cheveux gras se cachaient souvent derrière les pages fait-divers. Quand à Thomas Schneider, l’idéaliste, prêt à tout pour faire ressurgir la vérité, je dirais que dans la rédaction du Vrai Journal de Karl Zéro, il y avait plein de Thomas Schneider. Mais il y a aussi tout un travail effectué sur les personnages. Ils sont plus complexes qu’ils n’y paraissent au premier abord. Thomas Schneider est présenté comme un personnage fort. Peu à peu on découvre son passé trouble. Tous les personnages de Reporters présentent de multiples facettes. Dans la saison 2, Alain Massart est le présentateur narcissique prêt à bidonner une interview. Mais lorsque qu’Elsa Cayatte prend sa place derrière la caméra, il montre une facette touchante de sa personnalité. Nous voulons montrer tous les ressorts humains à travers le spectre du journaliste. C’est un métier où l’on est toujours pris entre deux feux soumis aux trahisons et aux hésitations qui nourrissent le scénario. Nous essayons de montrer comment ils en arrivent là sans porter de jugement. Je suis satisfait si le spectateur ne se pose qu’une seule question : qu’est-ce que je ferais si j’étais à sa place ?
On compare souvent le schéma épique de la série à celui de 24 h chrono. Qu’en pensez-vous ?
Je suis ravi de pouvoir m’expliquer sur ce sujet car je suis totalement OPPOSÉ à cette comparaison. En effet, Reporters n’est pas une série sur la base de 24 h qui fonctionne sur la mécanique de l’intrigue, qui veut garder le spectateur en alerte par tous les moyens. Reporters fonctionne avec une intrigue plausible et crédible. Prenez la série Sleeper Cell, qui maintient davantage la comparaison. C’est une série tout aussi palpitante mais elle parvient à garder un arrière-fond politique central et crédible.
Dans la saison 2, arrive un nouveau personnage davantage mis en avant que ses petits camarades. Il s’agit d’un journaliste en poste au Moyen-Orient interprété par Grégori Derangère. Pourquoi ce choix ?
Dans la saison 1, nous avions une structure qui se concentrait sur des personnages forts, que nous avions largement développés. Notre but dans la saison 2 était d’introduire une personnalité plus directe, plus personnelle, impliqué dans l’histoire de manière affective. Alexandre Marchant est un journaliste qui essaye de savoir qui a commis l’attentat dont il a été témoin. Mais il est également impliqué dans cette affaire en raison de la mort de son père. Il a un petit côté fil rouge qui structure plus clairement le récit.
Comment avez-vous évité les pièges dans lesquels tombent trop souvent les fictions françaises ?
Il y a des fictions de qualité en France. Canal + appartient à ces chaînes qui sortent des sentiers battus pour proposer des idées neuves, différentes. Mais elles ne rencontrent pas forcément leur public. Mais les choses peuvent évoluer très vite. Le petit écran français a proposé dans choses bien, tels que Duel en ville, A cran, Engrenages, Scalp, ou encore Nicolas Le Floch.
Côté américain, que regardez-vous ?
Je m’intéresse principalement aux séries qui développent des personnages et qui ont un véritable discours. J’avoue avoir un peu de mal avec des séries survitaminées telles que 24 h, Prison Break ou encore Fringe. Je m’y ennuie. J’ai beaucoup apprécié Mad Men, The Wire, Californication mais également True Blood. J’ai énormément d’admiration pour David Milch, pour son travail sur Deadwood.
Propos recueillis par Marie Périssé
Pour tout savoir sur la série :
http://reporters.canalplus.fr
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Reporters : Saison 2
Reporters de retour
Le paysage télévisuel français en termes de séries n’incite pas à l’enthousiasme. Au regard de moyens financiers dérisoires et de sujets destinés à la ménagère de moins de 50 ans, il n’y pas de quoi motiver des excès de chauvinisme. C’est pourquoi, SériesAddict n’inflige jamais à ses lecteurs des critiques de fictions tournées dans l’hexagone. Il s’agit évidemment d’un choix éditorial qui se justifie amplement. Mais pour reprendre les propos d’un des créateurs du site « il existe des séries françaises qui ne méritent pas d’être ignorées ». Pour Reporters, une série palpitante et pertinente, le mot est faible.
Le journalisme a toujours largement inspiré les auteurs. Pourtant, le métier se fait rare sur le petit écran. On se souvient de « Dirt », qui peignait l’univers cruel d’une rédaction de magazine people.
Tintin version Canal
Les médias français sont une mine d’inspirations pour les scénaristes. « Reporters » s’inspire de faits réels. De la double vie de Mitterrand à la fausse interview de Fidel Castro par PPDA, les références se multiplient. La crise a depuis longtemps rattrapée nos journaux engourdis depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : arrivée d’Internet, création de géants de la presse financée par des marchands d’armes, course à l’audience, corruption ou amitiés politique, censure…
Le journaliste que l’on croyait intouchable a connu un bouleversement de valeurs. Les écoles sont surchargées et il est de plus difficile de trouver un emploi dans ce secteur bouché. C’est un cercle vicieux, les rédactions préfèrent engager des stagiaires motivés pour trois fois rien et économiser ainsi que leurs marges de personnels. Les journalistes sont obligés d’être polyvalents, sur tous les fronts (photos, vidéos, mise en pages, relectures) et soumis à des impératifs de timing de plus en plus serrés. Du coup, la qualité du journal baisse et les lecteurs avec. Il est dit beaucoup de choses sur les journalistes, à la fois en mal et en bien. Mais le métier tellement complexe et ambiguë, qu’il serait criminel de faire des généralités.
Références à 24 heures
Reporters est une séries créée en 2007 par Olivier Kohn, un ancien de la revue « Positif », qui plonge le spectateur dans l’univers impitoyable des médias français. La caméra souvent à l’épaule oscille entre l’ultra-réalisme et le naturalisme et filme le quotidien d’une presse en déclin. On y trouve de nombreuses références à d’autres fictions. Une large part de l’action rappelle celle de 24, tant elle est menée tambour battant. Quand au jeu des acteurs, il est souvent inégal, Jérôme Robard, qui s’est distingué lors de la saison précédente se fait maintenant plutôt discret. D’une manière générale, les seconds rôles, malgré leur écriture intéressante, font plate figure à l’écran.
La saison 1 était diffusée sur Canal plus en 2007. Elle s’immerge dans deux rédactions bouillonnantes. Tous d’abord, celle d’une chaîne hertzienne, la TV2F, qui rappelle TF1 par ses défauts les plus honteux. Dans cette rédaction s’illustre Jérôme Robart, JRI, cauchemar de tous directeurs de la publication, spécialiste du déterrage de scandales dérangeants pour le pouvoir en place.
La seconde est celle d’un quotidien « 24 heures », qui reprend une maquette similaire à celle du Monde. Patrick Bouchitev excelle dans le rôle d’un chroniqueur de fait-divers à la dent dure. Dans cette première mouture, Olivier Kohn dépeint la profession sur un ton explosif, avec la réalité en sous-terrain. Thomas Shneider enquête sur des marchants de missiles nucléaires qui feraient affaires avec des Etats comme la France. « 24 heures » est sur le point d’être racheté par un grand groupe industriel. Le directeur de la rédaction Albert Lehman, se bat comme un beau diable pour l’éviter. Quand il réalise que le rachat est inévitable, il ne peut le supporter.
Une saison 2 encore meilleure ?
Après deux ans d’attentes, la saison 2 (dix fois 52 minutes) sera bientôt diffusée sur Canal +. Séries Addict a eu la possibilité de visionner les cinq premiers épisodes. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle débute sur des chapeaux de roues. En Arabie Saoudite, le correspondant de TV2F, Alexandre Marchand est témoin d’un attentat qui va coûter la vie à son cameraman. Il se lance alors dans une enquête pour déterminer les origines de l’attentat. Cette enquête va lui coûter cher et va prendre une ampleur qu’il n’osait soupçonner. Au siège de la TV2F, l’ambiance est morne : le présentateur vedette de la chaîne est fustigé pour avoir « bidonné » une interview. Encore une affaire inspirée de faits réels.
Pour « 24 heures », les questions économiques sont au cœur du débat. Comment assurer la suivie du quotidien sans licencier ? Des interrogations auxquelles doit faire face la nouvelle directrice de la publication, déterminée à ne pas quitter le navire quand le bateau coule. La presse est en pleine mutation mais elle ne sait pas encore où cela va la mener. Tiraillé par des financiers persuadés de vendre de l’info, comme on vend des couchez-culottes, le journal navigue à vue, vraisemblablement dans la mauvaise direction.
La saison, pour ce que l’on a pu en voir s’annonce aussi palpitante que la première. Gageons, qu’elle sorte Reporters de l’anonymat, que cette série soit enfin partagée par un large public.
Vous pouvez découvrir la bande-annonce de cette seconde saison en cliquant ici et regarder le premier épisode en avant-première en cliquant ici.
Marie Périssé
Photos : © Lahcène ABIB/CAPA DRAMA/CANAL+
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