Seriesaddict : Le générique de série : outil multifonction ou oeuvre d’art ?

Le générique : outil multifonction ou oeuvre d'art ?

L'air de rien, le générique d'une série invite le spectateur à rentrer peu à peu dans la fiction. Quelques notes d'une musique devenue culte, des images qui plongent dans l'univers de la série, tout est fin prêt pour apprécier un nouvel épisode..

Retour dans les années 1990. Nombreux sont ceux qui pourront reconnaître le générique de Beverly Hills, Dallas, ou X-Files rien qu'aux premières notes. Qui n'a jamais chanté en yaourt la chanson de Friends ou de Dawson ? Cette introduction d'épisode a connu différents modèles de construction avec le temps, ainsi que des évolutions esthétiques.
Qu'il soit minimaliste ou prenne la forme d'un clip, le générique fait partie intégrante de la série. Il n'est pas rare de trouver sur Internet les vidéos détournées par des sérivores, notamment sur le modèle de Friends (générique de Fringe ou de Gossip Girl « façon Friends »). Plus le décalage de style entre les génériques est important, plus le résultat est amusant (voir Supernatural version Friends en fin de page). Le concept se décline à l'infini. Parfois, les internautes proposent leur propre montage d'un générique pour les séries qui n'en ont pas vraiment (Gossip Girl, Heroes…), ainsi donc cet élément semble faire partie de l'imaginaire d'une grande partie des spectateurs.





Une entrée dans la fiction



Le générique en lui-même, aux côtés d'autres éléments, ouvre la porte d'entrée dans la fiction. Il s'agit d'associer une identité visuelle autant que sonore à la série, et de les proposer comme référence aux spectateurs. Dans le cadre du petit rituel d'un sérivore, le temps du générique lui permet de s'installer, de se réjouir de découvrir un nouvel épisode, en bref de se mettre dans l'ambiance. Question musique, certaines séries optent pour un thème qui leur est propre, parfois l'oeuvre de célèbres compositeurs comme Danny Elfman à qui l'on doit le générique de Desperate Housewives ou celui des Simpson, et comme Trevor Morris qui a notamment créé la musique des Tudors et des Borgias. D'autre part, des groupes comme The Rembrandts pour Friends ou Darling Violetta pour Angel ont connu leur heure de gloire avec ces séries. Parfois, au contraire, la série s'approprie une chanson célèbre pour en faire son générique, God Only Knows des Beach Boys pour Big Love ou Little Boxes de Malvina Reynolds pour Weeds.




Au-delà du générique, les équipes de création disposent de plusieurs bottes secrètes pour accrocher l'attention des spectateurs. Un autre passage obligé pour bon nombre de séries, le « Previously on… » (Précédemment dans) qui introduit un résumé compilant les éléments nécessaires pour accompagner la compréhension de l'intrigue d'une série assez feuilletonnante comme Desperate Housewives ou Lost. La voix qui prononce ces termes, qui a son importance, se révèle souvent celle d'un des personnages principaux : Jack Bauer dans 24, Hank Moody dans Californication, Echo dans Dollhouse, Dexter dans la série éponyme. Ce résumé peut s'avérer occasionnel lorsque la série est peu feuilletonnante mais présente un double épisode ou dans le cas d'un début de saison. Desperate Housewives présente un degré élevé d'accompagnement du spectateur avec la voix-off de Mary Alice Young qui annonce le Previously on, mais commente également le début et la fin de chaque épisode.

Une première scène précède souvent le générique pour lancer une intrigue et susciter l'intérêt, avec la découverte d'un cadavre dans Bones ou d'une victime dans Law and Order. Quelquefois, la scène en question a peu voire pas de rapport avec la suite, c'est le cas pour Malcolm ou Friends. Alors, elle relève davantage d'un bonus comique remplissant néanmoins son rôle d'entrée dans l'univers de la fiction. La sitcom des amis new-yorkais reprend aussi ce concept à la fin de presque chaque épisode.

Outre ces variantes d'une fiction à l'autre, le générique a également évolué dans le temps, allant du classique au minimalisme en passant par le bijou esthétique.



Identité visuelle : du minimalisme à l'objet esthétique

Le modèle classique, qui a cartonné des années 70 aux années 90, alterne des images de l'environnement et des personnages accompagnées du nom des acteurs. Happy Days, La Croisière s'amuse, L'Agence tout risque, Magnum, partagent une construction assez similaire de générique. Il en va de même pour Charmed, Ally McBeal, Hartley Coeur à vif, ou encore Stargate SG-1. Comment oublier le fameux « retourné » des personnages pour se présenter face caméra, dans un soap comme Les Feux de l'amour ou dans Beverly Hills ? Et que dire de la course effrénée et, semblait-il, ininterrompue des sauveteurs d'Alerte à Malibu ? Bref, cette forme classique a encore de beaux jours devant elle, en témoignent Veronica Mars, Les Experts, 30 Rock. Bien entendu, il existait déjà des génériques à part, dont ceux de Twin Peaks ou de Bienvenue en Alaska (Northern Exposure), ne montrant aucun personnage mais faisant la part belle à l'environnement.



Au cours des années 2000, un courant minimaliste fait son apparition parmi les génériques des nouveaux shows.
Il s'agit d'une version réduite à l'apparition d'un logo propre à la série et accompagné d'une ambiance sonore percutante et pertinente pour plonger le spectateur dans la fiction en un clin d'oeil. L'identité visuelle du générique se concentre alors au plus haut degré autour d'une image et d'un son qui viennent à l'écran juste après la première scène introductive. L'un des premiers à avoir choisi cette voie serait Lost qui montre un écran noir avec le titre se détachant en lettres blanches dans un son étrange. Heroes, Supernatural, Vampire Diaries, Glee, Breaking Bad, Terra Nova, ont également adopté cette version brève.






A l'inverse, un autre courant s'est développé en parallèle vers un générique soigné en véritable objet esthétique. Pour simplifier, un générique de durée moyenne s'étend sur 30 à 50 secondes, un court sur une dizaine de secondes, et un long au-delà d'une minute jusqu'à près de deux minutes. Cette dernière catégorie privilégie une forme qui se rapproche du clip, proposant des images très travaillées tout en conservant un caractère informatif lié aux fonctions premières d'un générique. Des chaînes du câble américain comme HBO ou Showtime ont souvent recours à cette forme qui peut aussi devenir une sorte de marque de fabrique : Six Feet Under, True Blood, Rome, Game of Thrones, Les Sopranos, Boardwalk Empire, pour la première, Dexter, The Borgias, The Tudors, Dead Like Me, United States of Tara, Weeds, pour la seconde. Les ressemblances entre certains ne sont pas un hasard, une entreprise comme DigitalKitchen a créé les génériques de True Blood, Six Feet Under, ou Dexter.



Les génériques ont même leur propre catégorie de récompense aux Emmy Awards, cérémonie consacrée à la télévision américaine. Voici quelques exemples de séries récompensées ces dernières années : X-Files en 1994, Urgences en 1995, Six feet under en 2002, Carnivàle en 2004, Dexter en 2007, Mad Men en 2008, Game of Thrones en 2011.



Le générique, un produit évolutif



Au-delà de sa dimension esthétique et informative, le générique remplit également une fonction de promotion de la série, il communique son image de marque. Bien souvent, il revêt un caractère évolutif au cours des saisons, voire même d'un épisode à l'autre. Pour ne pas perdre le spectateur en route, il garde toutefois le même schéma et la musique. En revanche, les images s'actualisent pour correspondre à la saison, introduire un nouveau rôle ou une relation amoureuse entre deux personnages. Pour sa première année, New Girl joue avec différents formats de son générique selon les épisodes, entre une version courte et une plus longue. La Fox, chaîne américaine qui diffuse cette série, a proposé aux internautes de participer au montage d'un nouveau clip qui pourrait constituer le point de départ d'un nouveau générique. Le spectateur peut choisir entre différentes alternatives durant le clip, et ainsi s'approprier la vidéo du futur générique. La chaîne s'offre alors une opération de promotion originale et probablement assez efficace.
Les saisons 2 et 3 de Weeds proposent un interprète différent de la chanson Little Boxes à chaque épisode, avec entre autres Elvis Costello, Death Cab for Cutie, Regina Spektor, The Shins ou encore Joan Baez.
L'exemple le plus flagrant de générique évolutif reste celui des Simpson dans lequel quatre points changent à chaque épisode : la phrase écrite par Bart sur le tableau, l'air de saxophone de Lisa, le message sur la caisse-enregistreuse du supermarché, et la fameuse séquence du canapé. Ces détails créent un élément de fidélisation supplémentaire, un clin d'oeil pour les fans.



La durée du générique peut aussi varier au cours des saisons, allant la plupart du temps vers un raccourcissement. Il existe des versions écourtées du générique des Simpson. Depuis la saison 4, le générique de Desperate Housewives a été ramené de quarante secondes à sa dernière séquence d'une dizaine de secondes. A l'origine, il enchaînait plusieurs détournements d'oeuvres célèbres dont Adam et Eve de Lucas Cranach L'Ancien, Les Epoux Arnolfini de Jan van Eyck, American Gothic de Grant Wood, et une boîte de Campbell's soup d'Andy Warhol. Le même sort a été réservé au générique de Grey's Anatomy à partir de la saison 3, ou à celui d'Urgences depuis la saison 13. S'agit-il d'éviter l'aspect rébarbatif pour le spectateur qui suit la série depuis plusieurs saisons et connaît par coeur le générique, de donner un coup de jeune à la série, ou de gagner du temps pour davantage de scènes ou de publicité ? En effet, aux Etats-Unis, après le générique, la chaîne diffuse une page de publicités.


Beaucoup plus rapide et discret, le générique de fin s'accompagne souvent du logo de la boîte de production qui se transforme parfois en une nouvelle référence pour le spectateur. Le petit vampire de Joss Whedon (Mutant Enemy Production) qui traverse l'écran en grognant à la fin de Buffy, le Bad Robot de JJ Abrams (à la fin de Lost), Bad Hat Harry de Bryan Singer et Tom De Santo (à la fin de Dr House par exemple). Là encore, c'est aussi l'occasion de personnaliser certains épisodes en glissant quelques variations, comme celles du petit vampire avec un bonnet de Père Noel (Le Soleil de Noel, 3x10), avec un chapeau de diplômé américain (La cérémonie, 3x22), jetant un coup d'oeil au spectateur (La fin des temps, 7x22), chantant après l'épisode musical (Que le spectacle commence, 6x07).


Conclusion

Loin d'être laissé au hasard, le choix du générique est le fruit d'une réflexion significative. Capter l'attention, fidéliser, plonger dans un univers en quelques secondes, le générique adopte de multiples facettes. Tour à tour, il éveille la curiosité pour les nouveaux arrivants, se fredonne pour les fans de longue date, revêt la fonction d'outil promotionnel, sans que cela ne l'empêche parfois de devenir un véritable bijou audiovisuel. Malgré un certain courant minimaliste récent, cette structure a su se réinventer et évoluer avec de beaux jours devant elle, et de nombreux rôles à tenir à l'égard de sa série.




Dossier réalisé par Claire Lavarenne

10 Commentaires

  • LVDM
    Le 22/04/2012 à 19h47

    merci pour ce dossier très intéressant et très complet!!
    pour ma part j'apprécie vraiment quand les séries ont des génériques soignés et assez long!
    et à ce niveau les séries d'HBO sont les meilleures évidement!
    que ce soit game of thrones, boardwalk empire ou rome je les trouve vraiment excellent!

  • Wolfinette
    Le 22/04/2012 à 19h51

    Merci pour ce dossier, j'aurais même aimé que ce dur plus longtemps ;] Bonne réflexion sur l'univers à part entière des génériques ! C'est vrai que les séries HBO s'en sortent plutôt pas mal dans le domaine "génériques soignés"

  • fitz
    Le 22/04/2012 à 20h07

    Mrs Lavarenne nous régale encore avec ce deuxième dossier que j'ai personnellement adoré (le choix des génériques pour illustrer est excellent ^^)
    Je rejoin LVDM pour ce qui est des génériques longs et chiadés, ils sont moins nécéssaire à mon avis, pour les 26 minutes ou pour les comédies en général, mais n'en restent pas moins essentiels quant à l'identité visuelle ou sonore de la série.

  • negeil
    Le 22/04/2012 à 21h42

    générique de supernatual version friends est excellent xD

  • Haby
    Le 23/04/2012 à 05h05

    Aaaaaaaaah, le générique de Weeds!! c'est marrant je re-regarde la saison 7 en ce moment, et dans les versions que j'ai, le générique est absent :/ En tout cas, ça me rappelle plein de souvenir.

    Et je plussoie mes voisins du dessus, sur le point de vue de l'importance des génériques!
    Celui de Game of Thrones met vraiment bien dans l'ambiance!

    merci pour ce très bon article :)

  • breched
    Le 23/04/2012 à 15h03

    bon dossier. merci à l'auteur

    je rejoint les avis ci-dessus. Je préfère les séries avec des génériques et surtout façon HBO (ah Carnivale!). Celui de Game of Thrones est un bijou musical et visuel, changeant selon les lieux abordés dans l'épisode
    Je garde quand même de très bon souvenirs de génériques moins "léchés" comme ceux de X-files, Friends, Alias ou Urgences qui me mettaient direct dans l'ambiance de la série comme celui de Fringe
    je suis une anti-"courant minimaliste". A part peut-être pour Lost. Je n'imagine pas vraiment autre chose pour cette série.

  • Wolfinette
    Le 23/04/2012 à 19h20

    Arf celui de Carnivàle... one of the best !

  • Lily
    Le 25/04/2012 à 23h30

    Excellent post ! Merci !
    En effet, les génériques tendent à se raccourcir au fur et à mesure des saisons, c'est dommage...
    Perso j'aime bien qu'il y'est un générique quand je regarde une série, et de préférence un générique qui dure 1 petite minute, bien fait et caractéristique de la série. :)

  • ALLERLASIG
    Le 27/10/2012 à 15h52

    slt a tous d'après moi,c'est depuis la série LOST que les prod et real ont zappé les génériques.....ce qui reste culte,ce n' est pas seulement les 45-50 mn de video mais aussi des génériques de légende que tout le monde connait AMICALEMENT VOTRE,X-FILES,MISSION IMPOSSIBLE,LPMDL PRAIRIE,ETC.... heureusement que G O THRONES est la....NOTE POUR G O THRONES: 11/10 !!!!!!!!!

  • roreff
    Le 14/11/2014 à 20h01

    Bonjours, je recherche des informations ou des sites pour faire mon histoires des arts sur la musique ou le clip vidéo de la musique ou le générique de friends ? si quelqu'un veut bien me repondre je le remerci d'avance.

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