Seriesaddict : Flashback en série, prendre le temps de raconter

Flashback en série, prendre le temps de raconter

MacGyver, Magnum, Happy Days, ou MASH, y avaient déjà recours, notamment lors d'épisodes spéciaux fondés entièrement sur cette technique. Il peut s'agir de présenter des éléments inédits de la vie d'un personnage, mais c'est parfois aussi l'occasion de montrer une compilation d'extraits précédents de la série. Ce concept aux multiples visages regroupe ainsi plusieurs fonctions possibles, plus ou moins déterminantes pour l'histoire.

Plus récemment, les scénaristes ont exploré le procédé du flashforward, qui donne un aperçu de l'avenir des personnages. Dans un sens comme dans l'autre, jouer avec la chronologie de l'histoire suppose un certain niveau d'exigence pour assurer la pertinence et la cohérence de ces passages au sein de la narration. Pas de quoi effrayer les créateurs de séries récentes, comme Lost, Boardwalk Empire, ou The Good Wife, qui utilisent à foison ces instruments narratifs. Cold Case est même parvenu à hisser au rang d'oeuvre l'art du flashback en faisant de cet outil une sorte de machine à remonter le temps.


Un instrument aux multiples talents

Veronica Mars


Le récit d'un évènement passé pour éclairer le présent, telle pourrait être la définition de la fonction essentielle du flashback. La véracité de ce propos dépend tout d'abord de l'identité du narrateur. Lorsqu'il s'agit d'un souvenir remémoré intérieurement par un personnage, il n'est a priori nullement nécessaire de le mettre en doute. En revanche, quand il est raconté à un auditoire, le récit peut subir des modifications conscientes ou inconscientes. L'exemple de Ted dans How I Met Your Mother (HIMYM) illustre les petits arrangements pris avec la réalité quand il remplace, dans la version contée à ses enfants, les joints qu'il fumait par des sandwichs ou les jurons par d'autres mots. Chaque épisode commençant invariablement par la voix-off de Ted qui digresse depuis sept saisons pour raconter comment il a rencontré sa femme, HIMYM pourrait être décrit comme un flashback géant. Cette subjectivité a aussi son importance dans le cas des témoignages intervenant dans les enquêtes des séries policières.


Objectif ou subjectif, le récit d'un flashback commente d'une façon ou d'une autre la situation présente. Avec plus ou moins de profondeur, il apporte des éléments qui permettent de mieux comprendre le comportement d'un personnage, ses rapports avec les autres, ou encore un enchaînement de cause à conséquence.

Partons du degré « zéro » du flashback, celui qui fait référence à des images déjà présentées au spectateur et réunies au sein d'un épisode bilan. Cette forme ressemble parfois à du remplissage. Cet usage apparaît à chaque saison dans Friends, s'inscrivant ainsi dans une tradition de la sitcom américaine classique qui proposait un « épisode flashback ». Par exemple, lorsque Ross hésite à inviter Rachel à son mariage avec Emily, il repense aux différentes étapes de l'évolution de sa relation avec elle (saison 4, épisode 21). Quand Joey est interviewé pour The Soap Opera Digest, il se remémore les grandes étapes de sa carrière d'acteur. Au-delà d'une certaine facilité scénaristique, ces montages procurent souvent une bonne dose de nostalgie, et deviennent parfois un déclencheur d'émotions fortes. Ce peut être le cas au moment d'un choix décisif, d'une séparation, ou de la mort d'un personnage qui est alors évoqué à travers de multiples images sous forme d'un dernier hommage.


Les évocations du passé permettent par ailleurs de distiller des éléments d'information capitaux pour la compréhension du présent. Ainsi, après avoir été abandonnée devant l'autel par Alex, Anya a droit à un épisode centré sur ce qui l'a conduite à devenir un démon (Buffy, saison 7, épisode 5). Le spectateur a alors la possibilité de découvrir des images inédites de ce qui s'est passé avant que la narration de la série ne commence. Cet outil explore avec davantage de profondeur l'histoire des protagonistes, ce qui facilite l'attachement à ces derniers. Dans la première saison de Desperate Housewives, les flashbacks sur la vie de Mary Alice Young expliquent petit à petit ce qui l'a poussée au suicide. De même, l'enquête de Veronica Mars sur la mort de sa meilleure amie Lily est entrecoupée de souvenirs, dont certains qu'elle découvre bien après du fait qu'elle avait été droguée. Les informations distillées peuvent également devenir nécessaires pour comprendre le retour d'une connaissance appartenant au passé d'un personnage ou pour préparer l'approche d'un évènement. Le flashback fait aussi gagner du temps à la narration en mettant directement en images le récit d'un souvenir, au lieu d'un personnage statique qui raconte son histoire.

 

HIMYM

Les ingrédients d'un flashback efficace

 


Toutefois, réaliser d'une façon convaincante la mise en scène d'un moment du passé suppose un certain niveau d'exigence. Le spectateur doit pouvoir immédiatement faire le lien entre le personnage du présent et sa représentation passée, en choisissant par exemple un jeune qui ressemble à l'acteur, dans le cas d'un souvenir d'enfance. Certaines comédies comme HIMYM ou Scrubs préfèrent jouer l'humour en affublant leurs acteurs d'accessoires typiques des années de leur adolescence. Ainsi, « le jeune » Marshall Eriksen porte une salopette, et écoute sa cassette de The Proclaimers, I'm Gonna Be (500 Miles), chanson sortie en 1988. Dans Friends, les étudiants Ross et Chandler s'habillent et se coiffent comme leur groupe fétiche Wham, tandis que dans Scrubs, JD et ses cheveux longs et Turk avec sa tenue de basketteur et ses cheveux en brosse se fondent dans le décor du début des années 1990.


Cold Case

Pour d'autres fictions, le flashback devient l'occasion de reconstituer toute une époque dans les moindres détails pour le rendre véritablement crédible. Les créateurs de séries disposent d'une large palette d'instruments pour contextualiser les scènes du passé. L'insertion même du flashback dans l'épisode constitue une première étape importante pour lever tout risque de confusion chez le spectateur. Cette introduction peut se faire par le biais d'un simple fondu, ou l'utilisation de couleurs et de qualité de l'image différentes de celles du présent. La séquence apparaît parfois comme une suite d'images fragmentées comme elles pourraient l'être dans un souvenir flou. Dans Lost, le flashback est introduit par l'intermédiaire d'un son et se concentre sur un moment déterminant de la vie d'un personnage, alors que l'image le montre avec une expression pensive. A mesure que les saisons avancent, il devient parfois difficile, au premier abord, de déterminer s'il s'agit d'un flashback, d'un flashforward, du présent ou encore d'une réalité alternative. Les scénaristes jouent sur cette confusion pour ajouter une couche au mystère de Lost. Dans d'autres cas, la transition se fait d'une façon plus explicite par le biais d'une indication géographique et temporelle qui s'inscrit au bas de l'écran, comme dans Buffy. Généralement, les séries d'êtres immortels, que ce soit True Blood, Vampire Diaries, Angel, ou Highlander, donnent une liberté créative aux scénaristes qui exploitent l'immortalité de leurs personnages pour explorer diverses périodes historiques.


Le spécialiste du flashback réalisé avec minutie et réalisme reste Cold Case, qui a hissé cet exercice au rang d'oeuvre d'art. Tout y est, les détails dans les vêtements du moment, la musique (primordiale dans cette série), les décors, les coiffures, et même les objets du quotidien. Il s'agit de dresser le tableau d'une époque et d'y plonger le spectateur. La série policière représente un important travail de recherche, notamment de la part des accessoiristes. Au début de chaque épisode, une indication écrite situe le public dans l'espace-temps, puis un son annonce chaque flashback. La mise en scène joue avec des flashs qui mettent en parallèle la figure du passé et sa version présente. Selon le nombre d'années écoulées, le rôle peut être interprété par deux acteurs ou par le même astucieusement vieilli à l'aide de maquillage. La contextualisation peut aussi s'effectuer par l'intégration, dans une scène, d'une actualité diffusée à la radio ou la télévision, d'une discussion, ou d'un évènement vécu. Ainsi, la série évoque de nombreux pans de l'histoire des Etats-Unis tout en la mêlant à un destin personnel. Ce dernier entraîne le spectateur dans un parcours semé de nostalgie et d'émotions fortes, bien souvent teintées de tristesse.


Dans le cas d'une série un tant soit peu feuilletonnante, un bon flashback se reconnaît aussi par le fait qu'il en reste quelque chose après sa diffusion. Comme indiqué précédemment, il doit servir l'intrigue en apportant de nouveaux éléments d'explication sur les personnages et les actions à venir. Cette fonction se retrouve dans son pendant du futur, à savoir le flashforward. Cet instrument peut s'avérer plus délicat à utiliser et impliquer parfois une dimension fantastique qui donne un aperçu de l'avenir.


Flashforward, retour vers le futur



Dans la fiction Flashforward, le procédé du même nom constitue l'essence du fonctionnement narratif. Suite à un black-out qui a touché la planète entière durant deux minutes dix-sept secondes, tout le monde se réveille après avoir vu quelques minutes de son avenir dans six mois. Peu à peu, les gens décident de regrouper leurs visions du futur au sein d'un site Internet, la Mosaïque, et l'agent du FBI Mark Benford tente de comprendre qui est à l'origine du black-out. Cette fois-ci, c'est le présent qui doit rejoindre le futur, et la question sera de savoir si les visions se réalisent. Cette série se fonde sur le roman Flash Forward écrit par Robert J. Sawyer, mais ne compte qu'une seule saison de 22 épisodes. Dommage que le dernier épisode clôture la saison et non pas la série, étant donné que de nombreuses questions restent en suspens et de nouveaux mystères apparaissent.


Plusieurs séries se servent d'un flash sur l'avenir pour susciter la curiosité du spectateur, qui se demande comment le personnage s'est retrouvé dans une telle situation. NCIS utilise une forme très réduite, à savoir une seule image qui projette le public plus loin dans l'épisode avant qu'il ne continue en marche normale. Dans l'ouverture de la saison 1 de Damages, Ellen Parsons erre, recouverte de sang, dans les rues de New York, puis la narration revient six mois plus tôt au moment où elle se fait engager dans le cabinet d'avocats de Patty Hewes. Le flashforward prend aussi une fonction dans l'organisation du récit, et donne au spectateur une position qui se rapproche de l'omniscience. Parfois, ces visions du futur intègrent un aspect fantastique comme dans Medium ou Demain à la Une. Le héros reçoit chaque matin le journal qui annonce ce qui va se passer et il essaie de changer le cours des évènements. Le flashforward permet également de conclure aisément une série en proposant un épilogue qui montre un aperçu du destin des personnages principaux. C'est la formule choisie récemment par Desperate Housewives, Les Frères Scott, ou encore Dr House, qui laissent imaginer ce que pourrait être la vie des protagonistes après la fin de la série.


Flashback ou flashforward, ces sauts temporels remplissent avant tout un rôle de stimulant dans la narration pour apporter de l'information supplémentaire ou au contraire introduire de nouveaux mystères. L'efficacité de ces dispositifs repose sur la curiosité des spectateurs, qui souhaitent connaître au maximum les héros, que ce soit par le biais de leur passé ou de leur avenir. À tel point que certains spin-off suivent les pas d'un personnage sous forme de préquel (ce qui s'est passé avant) ou de suite de ses aventures. La série Sarah, spin-off de La Vie à Cinq, propose le destin de la jeune femme qui débarque à New York à la recherche de son père biologique. Private Practice accompagne le Dr Addison Montgomery qui ouvre son cabinet à Los Angeles. Le principe du préquel se développe aussi dans l'univers des séries avec, à la rentrée 2012, la jeunesse de Carrie Bradshaw (Sex and the City) dans The Carrie Diaries. Le créateur de Sons of Anarchy a, quant à lui, indiqué qu'il n'était pas opposé à faire un préquel sur la naissance du club de motards. D'autres projets ont été évoqués concernant l'univers de films à adapter en série. Il serait question des premiers pas de Clarice Starling avant sa rencontre avec Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux (1991), et de l'histoire de Norman Bates (Bates Motel), avant le film Psychose (Alfred Hitchcock, 1960), commandée par la chaîne A&E.



 



Dossier réalisé par Claire Lavarenne

4 Commentaires

  • TahaTheKid
    Le 05/09/2012 à 00h32

    Très intéressant !! Personnellement j'aime sa surtout dans lost comme flashback ou bien encore N.C.I.S pour des flashforward qui suscite vraiment la curiosité des telespectateur et qui fait d'elle en klke sorte le drama numero 1 aux etat unis !! On peut en deduire que cela rend la serie en question beaucoup plus interressante ... Comme How I Met Your Mother ... Sans les flashback ce ne serai pas amusant !! Très Bon Dossier ... Je Vous Remercie !! :D

  • Tolkienbis
    Le 05/09/2012 à 12h04

    Dossier intéressant.
    Par contre pour le Flashforward, je ne vois pas trop à quel moment c'est utilisé dans la fin de Dr House.
    Et vous avez oublié l'immense Flashforward du premier épisode de la dernière saison (cinquième) de Breaking Bad. Mais bien entendu la liste ne pouvez pas être exhaustive.

  • brian spilner
    Le 05/09/2012 à 18h43

    dossier extrèmement intéressant, j'ai appris beaucoup et je trouve que ce procédé est une bonne astuce pour les séries. J'adore toujours voir des flashback ou même des flashforward cela nous poussent à réfléchir sur la série et les personnages.

  • TV
    Le 24/09/2012 à 13h46

    Vivement le dossier Flashforward

Ajouter un commentaire







 Spoiler