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Rétro SerieAddict N.16 : Columbo, le génie qui jouait les idiots

Rétro SerieAddict N.16 : Columbo, le génie qui jouait les idiots 1968 - NBC

Tous les jeudis revenons sur une série qui a marqué l’histoire de la télé ou nos mémoires. Aujourd'hui : Columbo.

Créée en 1968, Columbo a chez nous le parfum de la rediffusion bouche-trou sur la première chaîne. Cependant au-delà de l’image persistante du téléfilm policier vieillot, cette série recèle des qualités qu’il serait dommage d’ignorer.

Créé par William Link et Richard Levinson pour un épisode de l’anthologie The Chevy Mystery Show, le personnage de Columbo est un mélange de Porfiry Petrovich (Crime et Châtiment), et du commissaire Fichet (Les Diaboliques). Suite au succès rencontré par cette histoire, les créateurs décident de porter ce lieutenant de police au théâtre avec la pièce Prescription : Murder. Déjà les bases sont là : un costume chiffonné, un cigare, une obsession pour certains détails anodins et cette faculté de passer pour plus idiot qu’il ne l’est.
La pièce fait un tabac au point que NBC demande une adaptation en téléfilm. Les auteurs accepteront, mais ils vont rencontrer un premier souci. Tous les acteurs qu’ils souhaitent pour le rôle principal ne sont pas disponibles, ils se voient contraints de prendre Peter Falk, qui leur semble trop jeune pour jouer ce flic un peu roublard. Cependant d’instinct, Falk saura rentrer dans la peau du personnage en lui donnant cet air un peu paumé, et tout ses petits tics qui vont devenir une véritable marque de fabrique : sa manière de toujours chercher quelque chose dans ses poches, sa façon de se déplacer en touriste dans une pièce en regardant de-ci de-là, sa posture un peu courbée, le cigare tenu négligemment tandis que la main décoiffe un peu plus les cheveux...

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Les spectateurs sont totalement conquis et en redemandent. NBC commande alors un pilote, avant de demander une saison complète. Mais les créateurs et la chaîne se trouvent confrontés à un nouveau problème : Peter Falk refuse le rythme contraignant d’un épisode par semaine. Qu’à cela ne tienne, NBC pliera et acceptera un épisode (généralement entre 70 et 100 minutes) par mois. Ce dernier sera diffusé dans le NBC Mystery Movie en alternance avec trois autres shows. Ce qui a pour conséquence que Columbo n’est pas une série avec des saisons fixes, ni avec un temps calculé à la minute près, puisque ce dernier s’adapte toujours à la longueur du scénario. Autre particularité, la série n’a aucun véritable générique. Le show repose uniquement sur son protagoniste et son concept.

Mais justement, c’est quoi le concept de Columbo ? Déjà nous pouvons dire que Columbo n’est pas un “whodunit”, à savoir une histoire policière où le climax est la révélation du coupable, mais il est un “howcatchem”. Chaque épisode commence par un crime. Nous voyons l'assassin, toujours une personne influente et riche, préparer son coup, commettre son forfait, effacer ses traces de façon astucieuse pour tromper la police. Ce dernier travaille à visage découvert, aucun doute n’est permis sur son identité. Le principe alors est de savoir comment le lieutenant va réunir les preuves et démonter le plan du meurtrier afin de le confondre. Sur papier cela peut paraître ennuyeux, d’ailleurs, avec beaucoup d’humour, Pierre Desproges disait que l’intérêt de la série était dans ses dix premières minutes, qu’après nous passions le reste de l’épisode à deviner quel était l’oeil de verre de l’acteur principal. Mais cela serait passer à côté de tout le sel du programme.

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Car avant tout, un épisode de Columbo raconte un bras de fer psychologique entre l’arrogance et la perspicacité.
Comme dit en introduction, Columbo est un personnage très particulier. Il enquête dans des milieux cossus, et lui arrive comme un cheveu sur la soupe avec son pardessus élimé, son vieux costume et sa peugeot 403 déglinguée. Maladroit, semblant oublier sans cesse les choses, racontant milles anecdotes futiles sur sa femme et sa famille, il attire la sympathie ou bien l’agacement du meurtrier qui le sous-estime invariablement. Mais tout n’est que mise en scène chez Columbo.
Qui est-il vraiment ? Personne ne le sait. Jamais dans la série nous verrons sa vie privée. Tout cela n’est peut-être qu’un écran de fumée dont il se sert pour mieux rouler les gens. Doué d’un instinct sûr, d’une incroyable perspicacité et d’un sens aigu du détail, dès son entrée en scène il va s’accrocher au coupable. Quand commence-t-il à le soupçonner ? Parfois à la première rencontre, parfois plus tard, sur un minuscule détail qui le chiffonne. C’est tout l’enjeu du duel qui se joue devant nous. Un duel où il n’y a jamais d’arme ou de poursuite, mais où tout est affaire de dialogues. Et Columbo, invariablement, va venir piquer son suspect de petites remarques et de questions jusqu’à le presser, le stresser, lui faire commettre un faux pas, et le pousser à bout afin de faire craquer ce vernis dont lui ne se dépare que rarement. Alors, à la fin, les masques tombent. Le lieutenant va confronter l’assassin aux preuves accumulées, au fur et à mesure de son explication son ton se durcit, son regard devient plus froid, il se redresse, et le meurtrier s’incline devant l’homme fort et intelligent qui se tient devant lui et qui vient de le battre. L’arrestation se fait dans le calme. Fin de l’épisode.

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Voici, à quelques exceptions près, le schéma invariable qui va sévir durant 69 épisodes. D’abord sur NBC de 1968 jusqu’à son annulation en 1978, puis onze ans plus tard,de 1989 à 2003, quand ABC décidera de relancer la série.
Columbo et Peter Falk ont fusionné en un seul être, devenant une véritable icône de la culture pop dont juste une posture suffit à illustrer le personnage. Forte de son succès la série fut longtemps the place to be pour les futurs stars comme pour celles déjà connues. Le palmarès de ses guests et de ses réalisateurs est absolument hallucinant, certains revenant même plusieurs fois jouer des rôles différents. Cela peut surprendre, mais Columbo n’est pas une série feuilletonnante, chaque épisode étant un stand-alone bien distinct des autres. Au final c’est un peu une série doudou, dont on regarde un épisode au hasard les soirs où il n’y a rien d’autre à faire que d’observer un génie jouer les idiots pour mieux duper son monde.

Et vous ? Connaissez-vous Columbo ? Ou bien considérez-vous que c’est une série pour personnes âgées ?

5 Commentaires

  • Metatron
    Le 05/01/2017 à 17h56

    Ma série préféré, juste magistrale à tout point de vue. Je connais chaque épisode par cœur. A noter la présence de nombreux guest-star de Leonard Nimoy à Johnny Cash (I saw the light...) qui impressionnent dans leur rôle d’assassin le temps d'un épisode.

    A recommander pour ceux qui ne l'on jamais vu et qui aime bien les police procedurals qui ont une identité et un concept propre.

    RIP Peter Falk.

  • Alice
    Le 05/01/2017 à 18h01

    Columbo est un "must" en terme de séries policières car même si on connaît le coupable, c'est franchement intéressant de suivre tout le déroulé de l'enquête et voir le travail et les déductions du célèbre lieutenant.

    Je ne me lasse pas de voir et revoir les épisodes et je la recommande chaudement.

  • TedMosby
    Le 05/01/2017 à 19h55

    Très bonne série, je peux voir plusieurs fois les mêmes épisodes, ça me plait toujours autant, sauf les derniers épisodes qui sont moins bien. Enormement de guest de renom dans la série aussi, sans oublier Steven Spielberg qui à réalisé un épisode.

  • Unity
    Le 08/01/2017 à 22h55

    Il faudrait que j'en parle à ma femme

  • bfo31
    Le 01/03/2017 à 23h18

    Bonjour à tous,

    Je partage l'avis de chacun !

    En tant que Formateur, je m'appuie parfois sur certains scénarios de Columbo. Ils constituent en effet une ressource intéressante pour refléter utilement les thématiques suivantes :

    - la reformulation
    - le questionnement
    - le pouvoir des silences
    - l'audace

    De nombreuses séquences illustrent parfaitement ces différents leviers de la communication interpersonnelle.

    La manière dont le Lieutenant arrive à impliquer ses interlocuteurs dans les dialogues est un modèle de subtilité.

    Appliqué à la Vente et plus globalement à la Relation commerciale en face à face, on dira alors qu'il réussit de remarquables " Découvertes Client ".

    On dira ce qu'on voudra, mais l'omniprésence du digital dans nos vie ne renvoie pas pour autant aux calendes grecques la valeur ajoutée des habiletés relationnelles !

    Bruno

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