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Rétro SerieAddict N.23 : Hill Street Blues : Steven Bochco, la révolution des séries policières, part. 1

Rétro SerieAddict N.23 : Hill Street Blues : Steven Bochco, la révolution des séries policières, part. 1 1980 - NBC

Tous les jeudis revenons sur une série qui a marqué l’histoire de la télé ou nos mémoires. Aujourd'hui : Hill Street Blues.

Extrêmement peu connue en France, Hill Street Blues (Capitaine Furillo en V.F.) a été un véritable coup de poing artistique qui a dynamité les codes des séries policières.
Derrière cette création nous retrouvons Michael Kozoll et surtout Steven Bochco. Ce dernier, qui a commencé à faire ses armes comme scénariste sur Columbo, est un habitué de ce type de séries. Quand NBC, en 1980, commande aux deux compères un show qui traiterait aussi bien de la vie personnelle des policiers que de la vie professionnelle, ils acceptent mais à une seule condition : avoir carte blanche sur la création. La chaîne dit oui sans savoir que Bochco et Kozoll seraient intransigeants sur ce point. Trois semaines plus tard ils reviennent vers NBC avec un scénario absolument hallucinant et visionnaire. Face au comité de censure, ils tiennent bon et 99% de leur projet est maintenu.



Hill Street Blues raconte la vie d’un commissariat de quartier d’une grande métropole anonyme. Au lieu de s’attarder sur une poignée de héros, le show va inaugurer véritablement le genre des séries chorales avec près de 12 personnages à l’écran dont on va suivre la vie, leurs relations, leurs problèmes… La grande particularité narrative de la série est son unité de temps. Chaque épisode débute par la réunion matinale au commissariat et se termine le soir, à la nuit tombée. En un laps de temps si court et avec autant de personnages à l’écran, il va falloir trouver une solution pour Brochco et Kozoll afin de raconter tout ce qu’ils ont à dire. Et, à une époque où dans les séries policières toute action débutée doit être bouclée en un épisode, Hill Street Blues va se permettre, pour la première fois, d’avoir des arcs narratifs feuilletonnants à la manière d’un prime time soap. Les auteurs vont faire confiance à l’intelligence des spectateurs et créer une série qui a une véritable mémoire.

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Et dieu sait qu’il en faut de la mémoire, car les histoires sont foisonnantes. Caméra à l’épaule le spectateur est projeté avec violence dans les couloirs bordéliques de ce commissariat qui ne désemplit jamais. Nous sautons d’une histoire à l’autre, grâce à une mise en scène extrêment dynamique. Si aujourd’hui cela peut paraître banal, surtout avec la démocratisation de ce genre de procédé dans ER (Urgences), il faut rappeler que le pilote a été diffusé en 1981, soit 13 ans avant cette dernière.
Cela fait de Hill Street Blues une série extrêmement moderne et visionnaire qui, encore aujourd’hui, a gardé toute sa force et sa pertinence.
De plus son ton est profondément provocateur, réaliste, empreint de messages sociaux et politiques. La lutte contre le crime ou la résolution d’affaires ne sont que très secondaires dans Hill Street Blues. Nous voyons des hommes et des femmes lutter contre le chaos de la rue, de la vie. Les policiers sont souvent désarmés face aux malfaiteurs, et ces derniers sont acculés par la misère. Ici pas de beaux quartiers et des affaires de haut standing, uniquement le désespoir, les dealers, les prostituées, le racisme ordinaire, la violence, l’alcoolisme…
Heureusement, comme une soupape, la série sait user d’un humour, souvent bien mordant, qui sait apporter un peu de lumière au milieu de cette noirceur.

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Si l’audience de la première saison fut extrêmement basse, Hill Street Blues a été renouvelée grâce à deux choses. La première fut un incroyable succès auprès des critiques qui acclamèrent une série si mature. La deuxième est un peu plus inattendue et eu pour effet de créer un précédent qui allait changer l’industrie télévisuelle.
A cette époque, les chaînes ne réfléchissaient pas en terme de qualité d’audience. Elles commandaient des séries pour une catégorie de population (enfants, femmes, hommes…) et ensuite se contentaient de regarder l’audience globale du programme. Mais avec Hill Street Blues quelque chose changea, malgré son audience globale très basse, les annonceurs étaient prêts à payer plus cher l’emplacement. Ils avaient compris que le public qui suivait la série étaient de jeunes actifs, intellectuels et consommateurs avertis. Pour la première fois on venait de découvrir les fameux 18/49 ans si importants aujourd’hui dans les audiences des séries.

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Grâce à cela, Hill Street Blues a pu tenir durant 7 saisons. Au total la série a accumulé 98 nominations aux Emmy Award ! Un chiffre tout bonnement hallucinant. Elle inspira aussi de nombreux scénaristes par sa liberté de ton, et en forma un certains nombres qui firent parler d’eux plus tard à l’instar de David Milch, Mark Frost ou même Dick Wolf.
Et Steven Bochco dans tout cela ? En 1985, Hill Street Blues atteignit le seuil des 100 épisodes ce qui permit à MTM (la maison de production) de proposer la série en syndication. Peut-être qu’ils ont estimé que ce cap passé la série pouvait être moins fignolée, peut-être que le perfectionnisme de Bochco et sa manie de dépasser le budget les avaient lassés. Dans tous les cas, il fut remercié. Loin de s’apitoyer sur son sort il monta alors sa propre société de production et lança dans la foulée sa nouvelle série, toujours sur NBC, L.A. Law. Cette dernière connut un succès fulgurant au point qu’elle reprit le créneaux horaire de… Hill Street Blues. Face à ce succès les propositions et les contrats affluèrent pour Bochco, mais il se fit surtout remarquer en 1993 avec une nouvelle série policière qui, elle aussi, allait renouveler le genre. Mais ça c’est une autre histoire que nous verrons dès la semaine prochaine.

Aviez-vous déjà entendu parler de Hill Street Blues ?

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