Critiques

Seriesaddict.fr  par | 6

Homeland - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2011 - Showtime

Alors que la série vient d'achever sa saison 2, l'heure est venue de faire un petit bilan de la première saison, histoire que vous aussi succombiez à la paranoïa homelandienne en (re)voyant cette dernière pour directement enchaîner avec les nouveaux épisodes qui suivent un chemin certes plus politique mais avec toujours la menace terroriste en toile de fond, et une implication bien plus personnelle des deux protagonistes principaux. Intérêt d'autant plus titillé après la pluie de récompenses qui s'est abattue sur la série aux derniers Emmy Awards (voir le palmarès) et au vu des nominations des prochains Golden Globes.

Certains considèrent que c'est un peu trop pour ce show quelque peu surévalué. Mais tous s'accordent néanmoins sur la grande force de la série : ses deux têtes d'affiche, Claire Danes dans le rôle de l’agent secret Carrie Mathison et Damien Lewis (ce militaire considéré pour mort alors qu’il est retenu prisonnier pendant des années) sont magistraux de maîtrise. Rien d'étonnant quand on connaît leur filmographie.
La première est bien loin de la série qui la découverte Angela, 15 ans (My So-Called Life), ou du film Romeo + Juliet avec DiCaprio, et plus proche de sa récente prestation dans le téléfilm pour HBO Temple Grandin.

Pour ce qui est du deuxième, rien d'étonnant quand on repense à Band of Brothers ou son cabotinage dans le rôle-titre du flic de Life, enfermé à tort pendant 12 ans.
Ici, ils sont tous les deux au diapason, habités d'une subtilité et d'une force de caractère indéniable. Ils retranscrivent à merveille la dualité de leurs personnages que ce soit la folie bipolairienne de Danes ou le subtile mélange de doutes-peurs-douce folie-croyances en tout genre de Lewis.

Mais il ne faut pas oublier le reste du casting, notamment Mandy Patinkin dans le rôle de Saul, le supérieur de Carrie Mathison qui fait également preuve de beaucoup de finesse dans son jeu et son duo avec Claire Danes fonctionne à merveille. Ce qui est également valable pour l’ensemble des autres acteurs, à commencer par ceux portraitant la famille de Brody, que ce soit l’épouse (Morena Baccarin) ou l’adolescente (Morgan Saylor) qui fait preuve de beaucoup de retenue (à l’image du père) et de justesse, bien loin de celles tapageuses vues et revues dans les productions made in CW. Elle représente bien la teenager de la middle class américaine toute chamboulée par le retour d’un père qu’elle a oublié depuis longtemps. Tout ceci sonne vrai.

Car cette première moitié de saison traite avant tout du manque dans toute sa splendeur. Que ce soit le manque de liberté pour Brody et la difficulté qui s’en suit à retrouver ses repères dans sa vie d’avant, dans le monde « normal ». Cela nous donne une idée de ce que les soldats, plus ou moins traumatisés par ce qu’ils ont pu voir ou vivre sur le front, doivent affronter à leur retour au pays.
Ou le manque de ceux qui n’attendaient plus son retour : sa femme (qui a continué sa vie dans les bras d’un autre) et ses enfants (qui ont oublié depuis longtemps ce que c’était d’avoir un père). Ils leur faut alors tous se réacclimater à vivre ensemble. En gérant justement ce mari, ce père, rentré (en apparence) en un morceau mais pas indemne. Loin de là.

Ce qui est également très bien abordé, surtout de la part de ceux qui ont travaillé auparavant sur 24, c’est le traitement de l’histoire, et de personnages, vis-à-vis du terrorisme. Ici, ils utilisent nos peurs à l’encontre de l’islam et nos préjugés pour les retourner contre nous et mieux nous surprendre. L’approche notamment faite concernant Brody priant Allah, qui ne fait pas de lui forcément un terroriste mais un homme qui croit en Dieu et qui avait besoin de lui au pire moment de sa vie. Et comme il le disait lui même, "aucune Bible n’était disponible". Les conversations qu’il a avec sa fille à ce sujet sont d’ailleurs passionnantes et incitent à la réflexion. Tout n’est pas blanc ou noir. Nous avons trop tendance à oublier toutes ces nuances de gris, encore plus quand il s’agit de religion. Malheureusement. Un grand merci d'ailleurs aux médias pour favoriser cette confusion et diabolisation de tous les musulmans qui est loin de favoriser leur intégration dans notre pays franco français. Il y a d'autres églises que le mainstream catholique et il serait tant que nous en prenions plus conscience et acceptions de façon ouverte la création d'une mosquée dans notre voisinage. Non, Al-Qaïda ne s'est pas installé près de chez vous. Il s'agit de personnes croyantes qui veulent pouvoir partager et prier ensemble. D'ailleurs, ils sont bien plus sérieux et pratiquants avec leur religion que nous autres catholiques qui désertons nos lieux de culte.

Bien sûr, il s'avère que nous découvrons au fil de la saison que Brody a bel et bien été retourné et est devenu un "terroriste", ce qui altère quelque peu mon propos. Néanmoins, cela n'a encore une fois rien à voir avec la religion, mais avec un sentiment bien humain et tristement universel : la perte d'un être cher, qui plus est d'un enfant. Certes ce n'était pas son fils, mais celui de son geôlier. Et une véritable relation de confiance et d'amour s'est instauré entre eux deux, apportant un peu de lumière au quotidien de Brody. Ne faisant que décupler sa peine, similaire à celle d'un père.

Cet événement tragique déclenche alors cette colère de l'ancien marine à l'encontre de son gouvernement et devient ainsi la marionnette du terroriste. Néanmoins, même si son patriotisme en a sérieusement pris un coup, son humanité refait progressivement surface à son retour, près des siens. Et sa tâche n'en devient que plus difficile. Encore une fois tout n'est pas simple. L'importance des nuances de gris encore une fois. Et c'est ce questionnement et ces conflits intérieurs que traverse Brody et auxquels Damien Lewis donne vie magnifiquement qui sont le réel intérêt de cette série. Les "bons" peuvent avoir parfois de mauvaises intentions et les "méchants" être possibles de bontés. Placer de façon réductrice chacun dans une case bien définie est illusoire et bien loin de la réalité de la vie.


Why kill a man when you can kill an idea.

9/10

Bilan

Une première saison coup de poing qui fait la part belle au jeu d'acteurs 5 étoiles et à une intrigue à tiroirs qui nous surprend tout au long des 12 épisodes, malgré quelques invraisemblances. Un pur bonheur télévisuel intelligent. On en redemande.

6 Commentaires

  • Zhurong
    Le 05/01/2013 à 14h05

    Pour moi c'est 10/10 et pareil pour la seconde saison (bien que cette dernière comporte quelques facilités scénaristiques qui ne la mettent pas au même niveau que la première). J'ai découvert la série alors que la seconde saison était déjà bien entamée et j'ai tout rattrapé en quelques jours. Les dernières séries à m'avoir fait cet effet là sont les premières saisons de Lost, Rome et Breaking Bad, donc oui, c'est aussi bon que ça :)

  • Captain
    Le 06/01/2013 à 12h57

    Le mieux quand on fait une critique, c'est de commencer par ne pas se planter sur le nom de l'un des personnages principaux, à savoir que Claire Daines joue le rôle de Carrie Mathison et non Anderson... ;)

  • Captain
    Le 06/01/2013 à 12h59

    J'ajouterai également que la critique spoile beaucoup et que des révélations importantes y sont dévoilées vers la fin... Pas top pour ceux voulant découvrir la série par la suite...

  • Sandrine
    Le 06/01/2013 à 16h33

    Cher Captain, tu as raison pour l'erreur de nom de famille de Carrie, il s'agissait d'une erreur faite dans le casting de la fiche de la série, que j'ai répercuté ici dans ma critique. Tout a été rectifié.
    Maintenant, pour ce qui est des spoilers. C'est un BILAN de saison donc il parait évident que certains sujets vont être abordés. Personnellement, je ne lis pas une critique de FRINGE par exemple avant d'avoir lu l'épisode, car je me doute que sinon je vais me spoiler toute seule. Cela fait partie du jeu et chacun en est conscient en tant que lecteur.
    Mais bon, j'ajouterais peut être un gros SPOILERS en début de BILAN pour calmer les plus téméraires la prochaine fois.

  • Mairon
    Le 10/01/2013 à 13h58

    J'ai regardé les deux saisons. La saison 1, par sa cohérence et son unité, me semble être la meilleure des deux ; ensuite, dans la saison 2, je vois plutôt des épisodes ou des moments forts qui se détachent, mais un ensemble un peu moins satisfaisant (ce qui est partiellement dû aux directions scénaristiques prises, qui rendent une telle cohérence plus difficile, et sont moins réalistes que dans la 1ère saison).
    La performance de tous les acteurs est remarquable. Claire Danes nous offre des scènes mémorables, notamment vers la fin de la saison. Damian Lewis est quasiment parfait. Je suis tout à fait d'accord pour mettre en avant Mandy Patinkin, qui interprète un personnage essentiel, Saul Berenson, conçu comme le "centre moral" de la série par ses créateurs, et qui est mon personnage préféré ; mais les personnages principaux sont tous fort intéressants.
    Évidemment, il y a des "invraisemblances" (enfin, il y en a plus dans la saison suivante), mais c'est quasiment imposé par l'exercice et par l'histoire racontée.

  • Heisenberg
    Le 29/10/2014 à 12h01

    Géniale cette série !! C'est rare qu'une serie m'emballe autant des la première saison comme c'était le cas avec breaking bad ou oitnb, mais c'est juste excellent. La 2 l'est aussi, je vais regarder la 3 et 4 qui sont, dit on, pas à la hauteur des deux premières. Je conseille tout de même.

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