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Seriesaddict.fr  par | 11

Suits - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2011 - USA Network

Mike Ross est doté d'un talent certain et d'une mémoire photographique très précieuse. Il gagne sa vie en passant l’examen d’entrée à l’école de droit pour les autres, avec le rêve lointain de lui-même devenir un jour avocat. Lorsqu’il rencontre Harvey Specter, avocat dans une grande firme de New York qui doit se trouver un associé qui sort d’Harvard, son existence prend un nouveau tournant. Les deux hommes décident ainsi de se retrouver pour travailler ensemble.

Suits fait partie de ces séries de l’été, diffusée sur la chaîne USA Network (visiblement friante de ce style de show juridico-policier avec un duo improbable en tête d’affiche) dont vous entendez parler au gré des conversations sans jamais prendre le temps d’y jeter un œil. Et puis un jour, vous vous y mettez parce que vous aimez les séries judiciaires, et encore plus les hommes en costume bien taillés, et là vous adorez.

Rien à voir avec The Good Wife, ici vous ne verrez que très peu la salle d’audience, car les héros cherchent avant tout à régler leurs affaires à grands coups d’arrangements entre les deux parties. Mais les affaires judiciaires ne sont pas le plus important, mais un moyen détourné de mettre plus en avant les personnages qui, comme la chaîne le répète si bien au travers de ses promos (Characters Welcome), sont la force de cette série.

Ici, le personnage incontournable, c’est Harvey Spector, le seul, l’unique. Gabriel Macht est une révélation. Il injecte tout le charme et l’arrogance nécessaire à son personnage, qui est tout simplement royal, remettant le costume trois pièces au goût du jour et le rendant de nouveau incroyablement sexy. Il vole chacune des scènes où il apparaît par son charisme teinté de nonchalance. Ou la rencontre télévisuelle de James Bond et Bruce Wayne, avec parfois un petit quelque chose du sourire du Joker. C’est bien simple, tout ce qui touche de près ou de loin à Harvey est passionnant. Tough but fair, comme il se résume lui-même, et cela lui va comme un gant, car il est certes près à tout pour gagner une affaire, mais sans pour autant transgresser certaines valeurs qui lui sont cher. Plus on en découvre sur lui, plus on en vient à penser que ces valeurs prennent place dans certains souvenirs douloureux survenus durant son enfance.

Ce qui nous amène à l’autre moitié du duo : Mike (Patrick J. Adams). Même s’il ne manque pas de répartie face à son boss, il est loin d’avoir le même charisme. Et ne parlons même pas de leur fameux secret concernant l’absence de diplôme d’Harvard du tout jeune associate, pseudo fil rouge de la saison pour lequel on a du mal à s’intéresser. Sans oublier son côté gentil garçon qui n’arrête pas de répéter combien LUI s’intéresse réellement à leurs clients et aux sentiments de ces derniers, qui sonne paradoxalement faux, et surjoué. Dans cette première saison, ce dernier doit se débarrasser tout d’abord de sa vie d’avant. Et c’est là bien le problème, tellement il traîne de gros boulets, entre le meilleur ami dealer ou la petite amie de celui-ci, qui fonce dans le lit de Mike dès que l’autre a quitté NYC. Heureusement que la grand-mère est là pour rehausser le tableau. Chacune des scènes avec son petit-fils est l’occasion de répliques savoureuses. Au même titre d’ailleurs que celles de Mike avec Harvey.

Car c’est là la grande force du show : son duo central. Chacune de leurs scènes est digne d’un véritable match de ping-pong verbal, savant mélange de sarcasme-arrogance-humour-ironie. Le tout avec une grosse pincée de pop-culture, l’autre grande force de la série que sont toutes les références que ces deux messieurs glissent au gré de leurs conversations. Tout y passe, du sport, à la politique, au cinéma : Michael Jordan, Terminator, les Yankees, ou encore Mark Zuckerberg. Leurs références cinématographiques vont de classiques à des films plus ou moins ringards : Batman, Fast Times at Ridgemont High, Highlander, Superman, The Godfather, Rocky, Top Gun, Star Trek/Wars, Spies Like Us, etc…
Parfois, même les femmes du show s’y mettent : Donna, la super assistance bad-ass, à l’image d’Harvey (The computers don't run themselves … at least until Skynet goes active), Rachel (Nobody put Baby in a corner), ou Jessica avec Top Gun.

D’ailleurs, parlons un peu des femmes du show. Rachel est présentée dès le départ comme le love-interest potentiel de Mike. Malheureusement, elle ne se résume souvent qu’à ça. Son personnage n’est que peu développé autrement.

Alors que Donna (Sarah Rafferty), personnage assez secondaire au départ, sort totalement son épingle du jeu. Sa grande force est sa répartie. Elle n’est rien de moins qu’une Harvey au féminin. Elle sait, en une réplique cinglante, se faire respecter, même de « baleine » Louis, alors qu’elle n’est que du « phytoplancton » dans l’échelle sociale de la société.

Enfin, Jessica, est une autre femme à la poigne de fer. Et sa relation avec Harvey est très intéressante. Mais on aimerait la voir plus traiter ses propres cas juridiques, plutôt que de juste donner des ordres. Elle semble également très (trop ?) seule dans la société, ne semblant pouvoir compter que sur son alliance avec Harvey, qui lui doit soi-disant tout.

Enfin, mais non des moindres : Louis. Durant toute cette première saison, il ne va pas cesser d’entrer en confrontation avec Harvey et Mike. Cela est un peu dommage de limiter son personnage à ça, car s’il peut se montrer quelque peu irritant et fourbe au départ, on s’attache énormément à ce personnage en manque de reconnaissance. Il est un excellent avocat, qui n’a rien à envier à Harvey, si ce n’est sa belle gueule. Car Rick Hoffman ne manque pas de charisme, et a lui aussi droit à d’excellentes répliques.

On pourrait juste reprocher à la série des intrigues juridiques parfois un peu limites avec un Mike à la mémoire photographique un peu trop pratique et avec un Harvey qui trouve toujours la parfaite solution pour ses clients, gagnant à chaque fois. On se prend à espérer que le best closer de New York échoue à l’occasion, histoire de savoir un peu plus ce qui se cache derrière cette carapace. Car c’est cela le plus intéressant : découvrir le mystère Harvey Spector.

Enfin, un peu décevant que la série n'ait pas été tournée à New York (comme une autre série de la chaîne White Collar) mais à Toronto, ce qui donne des scènes en extérieurs loin d’être aussi bien exploités comme dans le pilot qui lui était tourné dans la Grosse Pomme. Certes, quelques scènes réellement tournées à NYC se retrouvent ci et là au cours de la saison et la plupart des scènes se déroulent en intérieur, mais quand vous êtes fan de la ville, cela gâche un peu le plaisir.


Mike: So are we a team now?
Harvey: I wouldn't move my things into Wayne Manor just yet.
Mike: So, what, are you Batman now?

7.5/10

Bilan

Une excellente surprise pour une série bien plus intelligente et de qualité qu’on ne pourrait le penser. Elle mérite d’être plus connue. Portée par un excellent casting de fortes personnalités qui vous balance des répliques aux petits oignons en mode mitraillette. C’est savoureux, drôle et élégant as hell.

11 Commentaires

  • danaerys
    Le 26/04/2013 à 20h33

    sarcasme-arrogance-humour-ironie, tous ce que j'aime, merci pour cette critique Sandrine :)

  • Baron
    Le 26/04/2013 à 20h50

    D'accord avec la critique et sachez que la série s'améliore en saison 2 donc si vous connaissez pas laissez vous tenté peu de chance d'être déçu.

  • Sandrine
    Le 27/04/2013 à 00h08

    @danaerys, de rien, c'est un peu grâce à toi que je me suis enfin mise au show, alors merci ;)
    @Baron, tout à fait d'accord, la saison 2 est encore mieux. C'est pour ça que je n'ai mis "que" 7,5 pour la 1. Je n'en suis qu'à l'épisode 5, mais j'ai bcp aimé les deux premiers et la suite semble très prometteuse. :)

  • Kreine
    Le 27/04/2013 à 08h24

    Bon bah faut que j'm y mette!!!...

  • icepoon
    Le 27/04/2013 à 09h11

    et un Harvey Spector (joué par Gabriel Macht donc) ultra charismatique (et classe) en perso principal

  • Ouioui
    Le 27/04/2013 à 13h13

    Bravo Sandrine pour cette critique de Suits qui effectivement mérite le détour. Tu en décris bien l’univers, les persos et ce qui en fait l’intêret.
    J’emettrais tout même quelques (petits) bémols sur cette série, que je trouve sympa, facile et agréable à regarder, mais un peu limitée.
    La grande difference (hors passage en cour et aspects techniques ) avec The Good Wife c’est que les enjeux sont bien moins forts. Qu’ils soient personnels, professionnels ou plus larges. Et que les personnages notemment le duo Ross/Specter est sympa mais sans grande épaisseur
    L’épée de Damoclés au dessus de Mike Ross (qui a son job sans avoir fait Harvard) est interessante mais ça n’en fait pas un moteur très puissant. Harvey Specter, son mentor, est un Jim Profit au coeur tendre. Les contre-points scénaristiques (Drague avec Rachel, embrouilles avec Louis Litt sont très repetitives.)
    Suits, c’est naviguer dans un univers de sharks tough guys and girls, de fait, un univers fait de bureaux de verre et de costards Armani anthracite (D’où le nom). Mais c’est surtout un univers froid, aseptisé, dans lequel la vraie vie à du mal à s’immiscer. Et meme si c’est l’idée du concept, et que ça se laisse parfaitement regarder, ça manque de profondeur. Les cas ont peu d’interet et les focus sont faits sur les persos principaux qui sont assez caricaturaux, l’autre coté de la gravure de mode.
    (Pour ceux qui aiment les series juridiques je conseille aussi, en bien moins chic mais plus affectif, la série anglaise Silk que je trouve très intéressante.)

  • Ouioui
    Le 28/04/2013 à 10h50

    Et pour ceux que le juridique intéresse je conseille une très bonne série BBC : Garrow's law, l'histoire vraie de William Garrow homme de loi au 18 éme siecle à London Old Bailey

  • Moi
    Le 02/05/2013 à 19h28

    Tout à fait d'accord avec cette critique ! Gabriel Macht est vraiment charismatique dans ce rôle.

  • luffy
    Le 17/05/2013 à 00h23

    grand fan de série judiciaire jetait agréablement surprit de cet série. Je suis dans l'ensemble d'accord avec cette critique sauf sur certain point tel que le personnage de Rachel qui sera un peut plus dévelloper dans la saison et le secret de mike prendra plus d'importance car Jessica le découvrira et cela donnera plus de profondeur a l'intrigue. Apres que arvey spector ne perd jamais cela fait partie de la série car lui même se vante tout au long de la série de ne jamais perde. Le plus grands bémol de la série et comme il la déjà était dit sont les intrigue judiciaire qui sont très souvent sous develloper, mais bon il faut dire que l'essence de la série ne repose pas sur les cas judiciaire mais plutôt sur davantage sur le duo mike/arvey

  • Marie
    Le 01/08/2013 à 22h16

    Très bonne critique!!! très bien écrit!! je n'aurais pas mieux présenté les personnages! J'en suis déjà à la saison 3 et la saison 2 était excellente, un peu moins sur la fin (j'étais même un peu déçue par le tour que ça prend dans le dernier épisode), mais les épisodes 5, 6, 7 sont excellents, très bien écrits!!! les dialogues font mouche avec toujours plein de super références culturelles. J'ai hâte de voir la suite!

  • pyrame
    Le 25/08/2013 à 15h54

    Je suis avocat et amateur de séries sur le sujet.
    J'ai avalé les deux saisons et demie de Suits en deux semaines. Ca se laisse en effet regarder comme on dévore un paquet de popcorn sans y penser.
    Mais bon. Il faut bien constater que cette série est vraiment décevante. Pour plein de raisons. Rien n'est vraiment mauvais, mais rien n'est spécialement bon non plus.
    Les acteurs - à part Louis, brillant, les acteurs invités (Gary Cole et Eric Close, qui brilleraient davantage encore avec de meilleurs dialogues) et les filles (Donna ou certaines garces), lors de rares fulgurances - jouent de manière tout juste apathique. Vous avez vu les colères de Harvey? Wow. Même ça, il ne sait pas jouer... Aucune aspérité, aucune violence, aucune tendresse. Du néant polissé au botox.
    Le scénario est plat comme des journées sans pain. Les rares coups de théâtre sont attendus et amenés sans aucun effet sur le téléspectateur. Autre défaut: tout très compliqué, brouillon et très mal dit. Il faut s'accrocher... pour comprendre que ça n'en valait pas la peine. Et il y a des incohérences d'histoire, comme Mike qui est accepté à Harvard sans jamais avoir postulé, sauf erreur de ma part, et sans qu'on nous explique le but de la manoeuvre, qui aurait pour effet de révéler qu'il a pratiqué le barreau pendant trois ans sans diplôme. Quant à imaginer Harvey trahir de la sorte Jessica, il en devient un sale con malhonnête et définitivement détestable, ni plus ni moins. Bref, tout ça est bien mal écrit.
    Les décors sont toujours les mêmes, y compris les gratte-ciel de New-York: on a le droit soit à une vue de Lower East Side, soit un survol vertical de la Chrysler Tower.
    La musique est absente, sauf lors du générique - où le chanteur nous conseille de garder un morceau de gâteau pour notre épouse et autres inepties incompréhensibles, mais joliment chantées il faut le dire.
    Le plus important enfin: les procédures judiciaires sont les plus nulles de toutes les séries judiciaires vues à ce jour. Elles se soldent toutes par un arrangement, la plupart du temps après un chantage plus ou moins légal sur la partie adverse, souvent sur des motifs privés tenant au passé de l'interlocuteur, sans relation avec la cause elle-même. Pas une seule belle plaidoirie, pas un épisode sur une procédure menée avec brio par un avocat digne de ce nom. Aucune élégance. Quant à laisser Harvey gagner toutes ses affaires, c'est non seulement barbant à la longue mais forcément faux. Dans un procès, il y a toujours deux avocats, tous deux brillants et connus dans les causes importantes. Et il y en a toujours un des deux qui perd. Et c'est généralement le meilleur, car c'est lui qui accepte de défendre des causes parfois indéfendables, par courage et amour du métier. Ceux qui ne prennent que les causes gagnées d'avance sont des petits tuyaux.
    Donc une série que je noterais 6/10, uniquement pour la facilité avec laquelle cette soupe se laisse regarder.
    Ceux qui aiment le genre apprécieront la différence avec un "Boston Legal", fabuleux en tous points, ou même la trop courte "Harry's Law" avec une Kathy Bates toujours émouvante.
    Il me reste à en trouver une autre, pour la relève.

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