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Rectify - 1x1 : Always There

Résumé

Au fin fond de la petite ville de Paulie, en Georgie, Daniel Holden, un homme qui, après avoir passé 19 ans dans le couloir de la mort à cause du viol et du meurtre de sa petite amie, est relâché grâce aux preuves liées à son ADN. Il redécouvre alors ce qu’est la vie en liberté.

1x1 : Always There © 2013 - AMC Networks

Le Festival du film de Sundance n’est plus ce qu’il était par le passé. Il a perdu de sa superbe avec le temps, perdant par la même occasion sa raison première : la découverte de petits films indépendants, au profit d’un regroupement de hipsters se croyants au fin fond de leur cher Utah plus intelligents que leurs homologues hollywoodiens. Le Festival crée par Robert Redford en 1985 révèle encore certaines pépites telle que Little Miss Sunshine, en 2006. Mais cela fait de plus en plus office d’exception.

Le fossé entre films d’auteurs et blockbusters s’est affiné avec les années. Les premiers sont de plus en plus difficiles à mettre sur pied, et les deuxièmes attirent ponctuellement de façon exponentielle, mais plus généralement de moins en moins. Les petits et gros films partagent de plus en plus, hélas, un cruel manque de qualité et de créativité. Et pour cause, la créativité et les acteurs de cinéma sont maintenant plus présents sur le petit écran, qui n’a pas peur de proposer des histoires compliquées avec des personnages ambivalents à tendance perturbés, pouvant êtres destinés à une fin tragique, là où le cinéma court désespérément après le happy-end que ses spectateurs lui demande en masse. Tout le contraire des téléspectateurs.
La TV américaine a vécu un complet renouveau grâce aux chaînes du câble tel HBO ou AMC (qui ne proposait, à la base, que du cinéma et fait partie du groupe AMC Networks avec IFC, WE tv, et… Sundance Channel), et plus récemment grâce aux sites internet à la demande tel Netfix.

Rectify a donc débuté le 22 avril dernier sur la chaîne américaine, Sundance Channel, prenant la suite de la série de Jane Campion : Top of the Lake. Rectify commencera ici dès le 9 mai, à 21h, sur le Sundance Channel français.
Prouvant encore une fois que le système de diffusion est véritablement en plein changement, comme dernièrement avec Netfix pour House of Cards, ou HBO pour Game of Throne, qui proposent leurs séries aux spectateurs de façon internationale. Il était temps que cela commence à se démocratiser.

Ce premier épisode est tout dans la contemplation. C’est comme si Terence Malick renaissait de ses cendres créatives, abandonnant le cinéma, pour une association télévisuelle avec Jason Katims.
En fait, il ne s’agit d’aucun des deux, mais du partenariat de Ray McKinnon (vu dans Deadwood et Sons of Anarchy) et des producteurs de Breaking Bad. Ce qui n’est pas mal du tout, vous en conviendrez.

La scène diffuseur n’est finalement pas un hasard, car à mesure que vous regardez ce season premier, c’est comme si vous regardiez un long-métrage et non une série. Seul le générique, mélange de photographies retraçant la vie de cette famille, vous le rappelle. D’ailleurs, très beau montage agrémenté de ces quelques notes d’instruments à corde et percussions. Le rythme de l’épisode est très lent. L’image, les couleurs et le montage sont très travaillés. Le jeu des acteurs est absolument irréprochable. Mention spéciale à Aden Young qui est magnifique tout en retenue, mélange de force tranquille et candeur.
Abigail Spencer est charismatique dans ce rôle de sœur qui s’est toujours battue pour la libération de son frère. Elle est son meilleur avocat. Elle est tellement heureuse de retrouver enfin son frère, qu’elle irradie de bonheur, blaguant et souriant en sa compagnie, ce qui est contagieux et apporte la lumière dont Daniel a justement besoin. D’ailleurs l’actrice irradie tout bonnement l’écran de sa beauté naturelle, sans fard. Elle est juste superbe.
J. Smith Cameron est également magnifique dans ce rôle de la mère, qui fait tout pour ne rien montrer de ses émotions à l’extérieur, ne sachant comment gérer le retour de son fils au sein du foyer.

Au premier visionnage, plus de références cinématographiques viennent à l’esprit, telles :
- La ligne verte (The Green Mile), pour le parallèle fait avec le héros retrouvé auprès du corps de sa petite amie sans vie et la même façon dont il en a été déduit qu’il était le meurtrier.
D’ailleurs le sénateur pourrait avoir besoin d’une petite lecture de la psychologie pour les nuls, car il ne connaît rien de ce que l’on appelle « état de choc » visiblement. Déduisant que parce que Daniel a été retrouvé sans larmes, ni cris auprès du corps, c’est évidemment la réaction d’un tueur de sang-froid. Qui plus est, s’agissant du petit ami de la victime.
- Les évadés (The Shawshank Redemption), pour la difficulté d’acclimatation à la vie en société, après avoir passé tant d’années dans le système carcéral. En prison, il avait ses livres et son « lethal injection humor ». Dehors, il découvre un monde rempli d’écrans plats, d’ordinateurs, tablettes et autres portables, et de personnes qui ont continué leur vie sans lui.
- les films de Malick pour la photographie emprunte de mélancolie.

Comme Daniel le dit aux journalistes, à sa sortie de prison, il a passé ces vingt dernières années ne faisant pas de projet de futur. Se trouver dans le couloir de la mort ne vous donne pas vraiment cette chance. Il doit donc repenser sa vie d’une toute autre façon. Quoi faire de ce nouveau demain qui s’offre à lui ? Quoi faire d’autre que passer ses journées sur son lit ? Comment apprendre à interagir de nouveau avec le monde extérieur dont il a été coupé si longtemps ? Autant de questions auxquelles nous tentons de répondre avec lui.
Pour souligner son malaise dans ce nouveau monde, c’est comme si chaque son était amplifié, histoire de souligner sa difficulté d’acclimatation et nous aider par la même occasion à comprendre par quoi il passe. Notamment dans les petites scènes de la prison qui ne peuvent nous laisser indifférents et mal à l’aise, favorisant l’empathie.

Nous avons tous vécu, à un moment donné de notre vie, sans pour autant être passés par la case prison, un événement qui a plus ou moins changé notre quotidien, que ce soit un passage à l’hôpital plus ou moins prolongé, le choix ou l’obligation de quitter sa ville/famille ou son pays pendant un certain temps et revenir après alors que les gens ont évidemment continué à vivre, sans vous. Et vis versa. Vous avez changé/évolué/vieilli de votre côté, et quand vous retrouvez les vôtres, c’est comme si une certaine connexion était rompue.
Ce qui pourrait expliquer que pour le moment, à part avec sa sœur, il est plus simple à Daniel de communiquer avec son jeune demi-frère ou la femme de son autre demi-frère, car il n’y a pas souvenirs passés communs avec lesquels comparer.
A tout cette partie émotionnelle/relationnelle, vient en plus s’ajouter le facteur société de consommation et produits à l’obsolescence programmée parfois difficile à suivre pour nous au quotidien, alors imaginez avec un hiatus de 19 ans…

La difficulté est au final autant pour lui de reprendre pied dans « la vraie vie » que pour sa famille de se réhabituer à sa présence, et à une certaine « normalité » qu’ils n’ont presque jamais connu. Comme le dit si bien Janet à sa fille.
Mais on voit aussi combien cette expérience a pu bousiller toute cette famille à différents niveaux, même s’ils essayent de ne pas perdre la face, à l’image de la mère qui est toute en retenue. Ou la sœur qui tente de rester forte, même face à l’acharnement de la police, mais qui n’est au final qu'une jeune femme ayant dû porter un poids trop important, sauver son frère, la moitié de sa vie.

L’autre difficulté de Daniel est de faire face à la ville et ses habitants qui le considèrent toujours aussi coupable, car au final il n’a pas été innocenté, mais sortie de prison grâce à un providentiel test ADN qui s’avérait ne pas être le sien. Ses plus fervents opposants se trouvent parmi les hommes de loi, à commencer par le sénateur et le shérif qui seront visiblement prêts à tout pour le renvoyer dans le couloir de la mort. C’est comme si cette saison n’allait qu’être un interlude, un cours répit, avant de devoir peut être de nouveau faire face à la mort. Quelle vienne de la main du Gouvernement, ou de celle d’un habitant souhaitant faire justice lui-même.

La ville de Griffin, dans l’état de Georgie, où est tournée la série, est un personnage à part entière, bien loin des sets hollywoodiens ou new-yorkais habituels. Et c’est vraiment rafraîchissant. Tout comme le fait que cela prenne place en décors réels et avec ses accents du sud. C’est comme si un vent de Friday Night Lights vous entourait, et c’est très agréable.


I’m not sure what to make of this drastic change of course in my life.

9/10

Bilan

Un très bel épisode comme le cinéma fait de moins en moins, et la tv de plus en plus. Le style est très lent et empli d’une certaine contemplation mélancolique qui vous touche instantanément en plein cœur. Chose rare dès le premier épisode. Un grand bravo à Ray McKinnon et à la chaîne Sundance qui fait ainsi son entrée fracassante auprès de ses grandes sœurs du câble et prouve qu’il faudra dorénavant compter avec elle.

13 Commentaires

  • dimitri
    Le 28/04/2013 à 17h26

    Excellente critique, je n'eus pas fait mieux !!!
    Plus sérieusement, tu as très bien résumé ce pilot, qui possède de grandes qualités, je rajouterai juste qu'il faut aimer les ambiance soft, mais pesantes, et le rythme assez lent.Pour amateurs de films indé et pour les contemplateurs de belles choses.

  • Sandrine
    Le 28/04/2013 à 17h33

    Ohhh merci beaucoup collègue. Vue que je suis pas mal critique sur mon texte que je voulais le meilleur possible, à l'image de ce pilot, sans y être vraiment parvenue donc merci. :)
    J'avais pensé, puis oublié, parlé de tout ce que tu viens de dire. Voici qui est est maintenant chose faite par ton intermédiaire. ;)

  • alanthyr
    Le 28/04/2013 à 17h56

    Je n'ai toujours pas vu l'épisode et je n'ai pas lu la critique mais au nombre de mots (1525 si j'ai bien compté) : Félicitations !!! :)

  • icepoon
    Le 28/04/2013 à 20h51

    très difficile de juger sur ce premier épisode, c'est souvent vrai mais là, vraiment, il faut attendre la suite pour juger au vu des orientations scénaristiques qui seront prises une fois les jalons posés

  • Ouioui
    Le 28/04/2013 à 21h09

    Une excellente critique Sandrine pour une série qui s‘annonce déjà comme un événement télévisuel marquant. Non pas dans l’engouement pour un “genre” mais pour sa qualité intrinséque. Un mouvement à mon avis également amorcé par Broadchurch et Top of the Lake.
    Tu as parfaitement résumé le sentiment que laisse cet episode et les questions qu’il souléve. Questions aussi simples que profondes, voire philosophiques.
    En effet le retour du fils (peu prodique) n’améne pas que du Bonheur et du soulagement, loin de là. Et c’est bien là que bat le coeur de l’épisode et certainement celui de la série.
    Le malaise est palpable au sein même de sa propre famille pour des raisons forts diverses. Palpable aussi dans le bled et pour les autorités légales, et ce pour des raisons visiblement troubles.
    Personne ne veut remuer la boue qui dort mais il va bien falloir s’y coller.
    Avec ce retour plus rien ne sera comme avant, et l’onde de choc n’épargnera personne. La scene finale en est la prevue.
    A part la question de la réelle “culpabilité”, une question me taraude à la fin de cet episode : pourquoi aprés tant d’injustices il n’est jamais question de vengeance. Sa “philosophie” développée en prison (à l’instar de Damain Lewis dans Life) n’explique pas tout.
    Mise en scene, acteurs, scenario impeccable’s, comme ta belle critique. Le tout méritant une bien meilleure note, quand je vois les 10/10 accordés par ailleurs.

  • cw
    Le 28/04/2013 à 21h14

    J'ai lu juste le petit résumé et rien que ces quelques lignes, elles transmettent quelques frissons. J'ai vu la note et le petit résumé de la critique, je la regarderais surement.

    Si j'écris ici enfaite c'est surtout pour dire que ce que j'aime chez SeriesAddic c'est la découverte de série =) MERCI A VOUS =)

  • guiom
    Le 28/04/2013 à 21h26

    C'est intéressant de parler de la dénaturation du festival de sundance mais si c'est pour ensuite citer un film comme "little miss sunshine"...

  • Rooney
    Le 28/04/2013 à 21h52

    Pas encore vu l'épisode mais la charge sur le festival de Sundance un peu déplacée notamment "regroupement de hipsters". D'ailleurs Redford a refoulé une starlette (Paris Hilton je crois mais à vérifier) pas plus tard qud l'an passé.

    Ensuite le palmares des dernières années est loin d'être ridicule. Le dernier en date: Les betes du sud sauvage! Ce film est magnifique de simplicité et de poésie.

    Je terminerais par le fait que l'industrie cinématographique est en crise et que le cinéma indé est le 1er touché par les problèmes de financement. Heureusement que le festival de Sundance existe et est toujours aussi vivace !

  • guiom
    Le 28/04/2013 à 22h18

    et puis Sundance n'a pas révélé Little Miss Sunshine. le film a certes connu sa première diffusion là-bas mais il ne faisait part d'aucune sélection... et 8 millions pour un film ""indépendant"" c'est énorme! Mais c'est vrai que ces dernières années il y a eu quelques ratés au palmarès (winter's bone, precious, like crazy...)

  • Sandrine
    Le 28/04/2013 à 22h30

    @alanthyr : LOL, 1525 mots... C'est bon à savoir... ;) Par contre, tu ne dois pas lire souvent de mes critiques, parce que là je suis encore gentille. J'ai fait bien, bien pire. Surtout pour des BILANS de saison. :p

    @icepoon : en effet, c'est cela toute la difficulté d'un premier épisode, et en voyant les suivants, on voit si nos premières impressions se vérifient, ou non. Mais comme c'est ici une saison d'uniquement 6 épisodes, nous allons être vite fixés. ;)

    @cw : De rien, c'est un plaisir pour nous aussi de découvrir de nouveaux trucs. Et on se donnent des trucs entre critiqueurs mais aussi grâce à vous tous via le Forum. :)

    @ guiom et Rooney : Les goûts et les couleurs... Personnellement, LMS représente tout ce que j'aime dans le cinéma indépendant. Et concernant le Festival, c'est ma constatation personnelle. Cela ne tient qu'à moi. ;) Mais je serais ravie que l'on me prouve que j'ai tord. Parce que j'aimais bcp voir les films "estampillés" Sundance par le passé. Ce qui n'est hélas plus le cas.

    @Ouioui : MERCI. Tu es super sympa avec mes critiques ces derniers temps. Fais gaffe, je vais m'y habituer. lol Pour ce qui est de ma note, et bien justement, je ne voulais pas suivre la mouvance globale. Et puis j'aurais eu l'impression de mettre 10 pour justement faire comme tout le monde. Et puis un peu aussi, parce que j'attends de voir la suite pour me faire une opinion. Et noter peut être encore plus, à l'occasion. En même tps, cette série est tellement d'un genre à part qu'elle est difficile à noter, par rapport à ce que nous propose habituellement la TV.
    Et puis si on met que des 10/10 vous allez vous lasser... ;)

  • Ouioui
    Le 28/04/2013 à 23h17

    @sandrine tout à fait ok sur le 10/10 est trop utilisé mais c un autre débat. Pour le reste ce n'est pas sympa c juste que je trouve ça bien. Quand je ne suis pas d'accord je le dis aussi.
    @guiom quelques ratés : Winter's bone !? Perso j'avais aodré le bouquin et trouvé le film plutot trés bien. My avis.

  • Sandrine
    Le 28/04/2013 à 23h37

    @Ouioui, je sais que tu le dis quand tu n'aime pas. C'est pour ça que c'est cool quand on est d'accord, parfois. :)
    @guiom, moi j'ai trouvé Precious (pour la performance d'actrice) et Like Crazy pas si mal. Même si c'est pas des coups de cœurs. Comme quoi, encore une fois, les goûts et les couleurs.

  • Toff63
    Le 16/04/2015 à 11h49

    Très longue et détaillée critique pour ce pilot très intéressant. J'ajouterais que la fin de l'épisode m'a surpris et change un peu la donne, c'est un arc qui devrait bousculer les certitudes.
    Points positifs:
    - La musique
    - Les acteurs
    - Le personnage de la soeur et son humour que j'adore
    - La ville, authentique
    - Le traitement posé et réfléchi
    Point négatif:
    - Le rythme est lent et c'est parfois approprié, il faut tout de même être en bonne forme avant de regarder l'épisode. Cet aspect contemplatif peut être un peu fatigant pour ne pas dire ennuyeux, je trouve que le pilot n'est pas parvenu à l'équilibre à ce niveau.

    8/10

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