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The Good Wife - Bilan saison 4

Bilan saison 4 © 2013 - CBS Corporation

La saison 2012-2013 aura, il faut se l’avouer, particulièrement déçu au rayon des séries télévisées. D’abord parce que certains shows prometteurs ont lentement mais sûrement perdu tout leur charme et crédibilité scénaristique (On pense à Revenge ou Once upon a Time, à qui l’on prédisait un avenir beaucoup plus radieux), ensuite car les nouveautés proposées cette année n’ont que très rarement convaincu critiques et public, à juste-titre.

Ce constat déprimant pour les aficionados est d’autant plus perceptible chez les dramas, un genre qui s’efface petit à petit dans les grille des programmes des grands networks, au profit de comédies au nombre pléthorique et à la qualité très variable, malgré quelques perles qu’on ne commentera pas ici. Mais la série dramatique a-t-elle dès lors un quelconque avenir sur les chaînes hertziennes américaines, contraintes à des formats plus courts que leurs homologues du câble et surtout coincés dans une volonté de proposer des épisodes fermés et peu enclins au moindre univers significatif ? Si les ancêtres ultra-procéduraux subsistent encore, leur genre semble voué à disparaître.

Seule une chaîne, la première en termes d’audiences, continue de jouer sur le filon des séries policières ou judiciaires, en ne prenant souvent aucun risque d’originalité. CBS possède cependant l’un des derniers bijoux de la télévision gratuite américaine, il se nomme The Good Wife. Après trois saisons presque irréprochables, la série avait pour lourde tâche de conserver sa qualité scénaristique, tout en tentant nécessairement de nouvelles intrigues, au risque de dérouter et décevoir les téléspectateurs. Après 22 épisodes, force est de constater que le show n’a rien perdu de sa superbe, et s’impose encore et toujours comme l’une des meilleures séries actuellement produites Outre-Atlantique. Une quatrième saison qui n’est pas certes sans défauts, mais dont l’objectif est amplement rempli. Explications.

Cette nouvelle année annonçait le changement pour The Good Wife. Le cliffhanger au terme de la troisième saison nous promettait de nouvelles perspectives pour les personnages, et particulièrement Kalinda, l’un des second rôle majeur du show (lequel ne l’est finalement pas ?). Malheureusement pour nous, les scénaristes ne sont pas parvenus à contrôler le protagoniste si attendu qu’était la mari de l’enquêtrice, et Marc Warren a globalement plus que déçu. Son jeu d’acteur, certe honorable, n’a pas suffi à sauver l’intrigue de la noyade, tant les choix des producteurs se sont révélés mauvais. Durant plusieurs épisodes, l’intrigue va traîner en longueur, finalement sans grand risque, et on découvre pour la première fois que la série peut se tromper. Malgré le départ plutôt bien géré du personnage, on gardera toujours un léger arrière-goût amer de ces scènes trop inégales. Cela n’était quasiment jamais arrivé avec la série, mais le constat est là : les scénaristes ont fait une erreur, trop grosse pour leur pardonner. Mais voilà, c’est bien l’unique reproche qu’on pourra faire cette année concernant The Good Wife : après quelques épisodes d’hésitation, le show reprend très rapidement le contrôle absolu de son rythme et ses intrigues, au point de se faire pardonner ses égarements éphémères.

Si sur le plan scénaristique, la série a pu commettre une légère erreur, elle n’en reste pas moins une référence absolue en terme de gestion d’intrigues. Et cette année, d’aucun n’osera affirmer que les scénaristes n’ont pas gâté les téléspectateurs. La série parcourt tout au long de ses épisodes des sujets aussi variés que polémiques, sans jamais céder aux sirènes du trash, pourtant si apprécié en ce moment. Au travers d’affaires épisodiques passionnantes, The Good Wife montre qu’elle sait parler de tout, en garder une pudeur et une objectivité des plus honorables : on passe de pédophilie aux divorces, du fameux bitcoin à des sujets plus politiques… En clair, la série nous éclaire sur des cas assez peu communs et offre des scènes toujours plus brillantes, toujours dans l’air du temps. Les scénaristes ont gardé cette bonne habitude de toujours surprendre les téléspectateurs à chaque fin d’épisode, et la saison 4 offre certainement les affaires les plus complexes de la série, parfois même un peu trop. En tout cas, la production ne s’empêche pas d’aller loin, en sachant toujours supprimer les interrogations superflues. Sous ses airs de série vieillotte et procédurale, The Good Wife parle finalement mieux des sujets actuels que n’importe quelle autre série. C’est clair, précis et intelligent à chaque scène, donc une réussite totale.

Et puisqu’on parle d’intrigues, comment ne pas évoquer la passionnante campagne de Peter Florrick ? Durant toute cette quatrième saison, les scénaristes se sont attelés à nous montrer les coulisses d’une campagne américaine, de ses prémices à son aboutissement. Même si la série avait déjà abordé les précédentes courses électorales du mari d’Alicia, jamais elle ne s’était autant immiscé dans les rouages d’un système aussi immoral que fascinant. Porté par l’excellent Alan Cumming, alias Eli Gold, devenu enfin un personnage clé et sacré du show, Chris North nous plonge au cœur de sa campagne pour le poste de Gouverneur, montrant au passage tous les pièges et faux-semblants du monde sans pitié qu’est la politique. Hormis certaines séries du câble américain, peu de séries n’avaient osé s’aventurer dans de telles intrigues, la partialité et le parti-pris semblant presque obligatoire pour s’en sortir dignement. The Good Wife prouve à travers ses scènes qu’elle peut parler de politique, tout en critiquant le moindre parti, et notamment les démocrates, dont Peter fait parti. Dans cette quatrième saison, on cherche à nous montrer que les politiciens jouent le même jeu, mais pas avec les mêmes pions. Tricheries, mensonges, communication à outrance, le show pourrait remplacer un cours de sciences politiques tant il montre avec justesse et finesse ce monde de gouvernants sans tomber dans la contestation. Et  ce, malgré la terrible erreur de casting que représentait TR Knight, dont le rôle peinait à convaincre. Les scénaristes sont heureusement parvenus à sauver les meubles avec le dernier épisode, ce qui semblait inespéré.

Cette saison a également proposé une prise de vue passionnante sur les affaires du cabinet. Lockard&Gardner, handicapé par la suspension de Will et ses déboires financiers, semblait condamné à fermer ses portes. Au prix d’efforts incroyables, et épaulée par un conseiller aux opinions très subtiles par ailleurs, la firme reprend petit à petit de ses couleurs au fil des épisodes, et nous accompagne dans sa renaissance. On assiste aux assemblés générales et aux disputes incessantes entre partenaires, tout en profitant du cynisme hilarant du brillant David Lee (Zach Grenier) et la fermeté d’une Diane Lockard(Christine Baranski) plus maline que jamais. Et comme si cela ne suffisait pas, les scénaristes ont choisi de pimenter un peu ce jeu de chaises musicales avec ce qui semblait une évidence après 4 années d’épopée : une rébellion au sein du cabinet, menée par le surdoué Cary Agos(Matt Czuchry). Les choses commencent à changer dès la deuxième moitié de la saison, et quel bonheur coupable de voir la firme se désagréger au fil des épisodes ! Dans un jeu stratégique sans faille, les associés de longue date décident de quitter le navire et de créer leur propre firme. Il était temps ! La mise en perceptive des deux partis des négociations se révèle passionnante de bout en bout, aidée par une mise en scène et un rythme sans aucun temps morts. Autant le dire tout de suite, la saison prochaine promet son lot d’affrontements et crises intérieures au sein des nouveaux adversaires.

Ce qui nous amène au casting de la saison, et par extrapolation, à celui de la série. Nous avons avec The Good Wife ce qui apparaît comme la meilleure distribution, toutes séries confondues. Aucun rôle, ancien ou nouveau, n’est à jeter (si l’on exclut les deux erreurs citées précédemment). La famille d’Alicia d’abord, dont les enfants grandissent et évoluent avec la série avec un réalisme déconcertant, les juges qui différent à chaque épisode et imposent  de nouveaux rythmes à chaque affaire, sans oublier évidemment la renversante Kalinda Sharma(Archie Panjabi, qu’on ne félicitera jamais assez d’avoir limité la casse avec l’intrigue poussive sur son mari psychopathe), qui en plus d’être une enquêtrice de charme, alimente le show de ses phrases sarcastiques et ses manipulations en tout genre. Autre point essentiel à cette saison, et pas des moindres, l’incroyable et étonnante liste de guest-stars qui sont venues participer à l’effervescence de la série : le détonant Michael J.Fox, l’hilarante Martha Plimpton ou encore l’énigmatiqueJohn Noble qui, à défaut de rester un moment parmi les protagonistes, offre en quelques scènes une prestation incroyable de sincérité. L’intégralité des noms serait certes barbante à citer, mais quoi qu’il en soit, The Good Wife peut se targuer d’avoir en plus d’un casting 4 étoiles, une splendide liste d’invités prestigieux, qui ne sont jamais passés inaperçus. Rien que pour cela, cette saison mérite les honneurs des sériphiles.

Mais la série est avant tout admirablement portée par son héroïne Alicia. Non seulement son personnage a considérablement changé depuis le premier épisode, mais il continue de surprendre à chaque minute. On avait assisté durant la saison précédente à une émancipation totale de la mère de famille, tiraillée entre son devoir conjugal et son amour brûlant pour Will Gardner. Elle avait, on s’en souvient, cédé à son désir pour finalement se rétracter et se ranger au sein de son mari. Ou presque. Car dès le début de la saison 4, tout est à nouveau remis sur la table, mais en pire, pour l’avocate : elle aime toujours éperdument son patron, mais son cœur reste attaché à Peter. Ce dernier a prouvé qu’il avait changé en tout point, dans l’espoir de récupérer la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Alicia est donc de nouveau totalement déchirée entre ces deux hommes, qui ont chacun leurs défauts, mais aussi leurs qualités. Tant de questions se bousculent dans sa tête, et dans celle du téléspectateur : une femme trompée dans le passé peut-elle agir de la même façon ? Le mariage n’est-il pas sacré pour une bonne raison ? Tout en sachant que même son entourage et sa famille (notamment son frère, très sincère au passage) connaissent son secret, notre héroïne traverse une palette de sentiments infinie, au risque d’agir en le regrettant. Julianna Margulies est criante de vérité dans son rôle, qu’elle maîtrise et façonne un peu plus à chaque scène. L’actrice impressionne encore et toujours, et parvient à nous émouvoir et à nous faire rire en seulement quelques phrases. Il faut dire que [b]son parcours sentimental et professionnel est sublimé par des dialogues d’une intelligence rare, et des intrigues qui s’imbriquent de façon limpide.
Non seulement son personnage change et fait parfois des retours en arrière étonnants, mais il offre aussi son lot de surprises, comme lors du dernier épisode notamment. Sa participation à l’abandon de Lockard&Gardner en compagnie de Cary lui ouvre de nouvelles perspectives : peut-être s’imagine-t-elle qu’un Will désormais détaché d’elle sortira de son esprit, peut-être compte-t-elle céder à sa passion malgré sa trahison. Avec sa subtilité légendaire et son naturel inégalé depuis bien longtemps, l’actrice bouleverse et passionne. Une héroïne dans l’air du temps, ultra-réaliste et simplement fascinante, à l’image de la série qu’elle porte.

Au final, comment ne pas s’émerveiller devant une série aussi intelligente et passionnante que The Good Wife ? Avec cette quatrième saison, certe pas exempte de défauts mais terriblement efficace, la série s’impose une fois de plus comme l’une des plus grandes réussites parmi les séries américaines. Moderne, subtil, attachant et surtout réalisé avec une classe unique, le show confirme son statut de drama de luxe. Une perle rare dont finalement assez peu de téléspectateurs profitent chaque semaine sur CBS, ce qui est bien regrettable (une moyenne en baisse de seulement 9 millions de téléspectateurs, avec des taux anémiques sur le jeune public). On ne remerciera jamais assez la chaine d’avoir renouvelé pour une année supplémentaire sa poule aux critiques d’or, entièrement justifiées par ailleurs. The Good Wife est finalement une série presque oubliée, mais continue de parcourir un chemin remarquable, entre continuité et changement. Peu de séries ont tenu quatre années de suite d'une telle qualité. Espérons que la cinquième, attendu pour septembre 2013, ne nous fasse pas changer d’avis. Car pour le moment, le show reste une référence inégalée en terme de séries dramatiques, pour notre plus grand plaisir.

8.5/10

Bilan

Deux erreurs inédites n'auront pas suffit à entacher la superbe de The Good Wife. Cette quatrième saison remplit toutes ses promesses, et place la série au sein des immanquables.

11 Commentaires

  • Ludy46
    Le 07/05/2013 à 22h48

    Très bonne critique de la saison, j'adhère à tout ce qui a été dit, rien a ajouter.

  • Chicharito
    Le 08/05/2013 à 09h53

    Parfaitement d'accord avec cette très bonne critique de Lucas S. Même si je suis très attaché à la très StraussKahnnienne saisons 1, cette série reste à un excellent niveau. Pour les amateurs du genre je conseillerais le très bon Canterbury's Law (les débuts dans le genre de Juliana) et la série anglaise Silk (avec l'excellente maxine Peake)

  • Ouioui
    Le 08/05/2013 à 10h12

    Belle critique Lusa ! Love you Juliana...

  • Ouioui
    Le 08/05/2013 à 10h15

    Charlotte, c'est injuste.

  • Sandrine
    Le 08/05/2013 à 11h41

    Cool, enfin une nouvelle critique de Lucas pour TGW. Toujours un plaisir de te lire. Excellente critique/BILAN. Dommage que tu te sois arrêté en cours de saison, car c'était tjrs sympa de te lire après avoir visionné l'épisode. :)

    Moi je suis néanmoins moins dithyrambique sur Kalinda que j'ai trouvé TRÈS en deçà des saisons précédentes, elle n'est ici que l'ombre d'elle même. Ce qui n'est pas le cas de Julianna Margulies qui est ici encore une fois ROYALE!!!

    Vraiment très heureuse du choix fait par Alicia en toute fin de saison. YES!!! Depuis que Cary avait suggéré l'idée dans l'épisode 415, on attendait que ça. Hâte de voir ce que cela va donner dans la saison 5. :) En tous les cas, choix bold des King, pour donner un nouveau souffle à la série et renouveler l'intérêt du spectateur, je suis d'accord avec toi Lucas, vraiment pas assez nombreux devant leurs écrans.
    TGW, Person of Interest et Scandal semblent être les seules séries de qualité sur les network américains à l'heure actuelle.

  • greuwko
    Le 08/05/2013 à 11h50

    Excellent papier pour une excellente saison.

  • Lucas Schwager
    Le 09/05/2013 à 01h46

    Merci à toutes et à tous pour vos messages, ça fait très plaisir de voir des internautes d'accords avec ses billets et sa rédaction !

  • icepoon
    Le 09/05/2013 à 19h22

    D'accord sur pas mal de choses, et la première d'entre elles : qu'il s'agit d'un des meilleurs shows actuellement.
    D'accord aussi sur les débuts de cette saison 4, que j'ai trouvés assez moyens pour ma part...
    Des regrets concernant les persos de Kalinda, Cary et Eli, dont les roles ne sont pas assez développés à mon gout (contrairement aux saisons précédentes)...et je veux plus de MJ Fox !
    Par contre je vais peut être facher certains mais je ne suis pas super fan du...perso principal, trouvant même que julianna margulies l'interprète au gré des saisons toujours de la même façon...étant en outre avocat moi-même, je suis toujours sidéré de la voir se faire coincer par certains adversaires à la barre et de la voir faire son air surpris la bouche en cul de poule (soit elle n'a pas prévu qu'on lui balance tel argument et pour une avocate supposée etre brillante, mouais bof, soit de toutes façons on doit considérer qu'un avocat doit avoir du répondant et bien souvent ce n'et pas le cas dans ces phases de procès...bon bien sur, elle finit toujours par gagner, souvent aidée par kalinda la magicienne : trop forte celle là, ele trouve tellement tout que ça en est un peu agaçant...voire pas très crédible)

    Voilà pour mes petites réserves persos, ça reste une excellente série (dans le même genre suits est tout aussi bon, avec une approche différente) et sans aller jusqu'à employer certains termes (des dialogues d'une intelligence rare faut peute etre pas éxagérer non plus, idem pour le cours de science-po : heu non, quand même pas hein)réjouissons nous de sa programmation et attendons la saison 5, pleine de promesses suite à la dernière séquence géniale (cette fois je n'ai pas peur des mots) de cette saison 4

  • Chicharito
    Le 12/05/2013 à 11h20

    Ravi de savoir que tu es avocat, ça me rend ton com vachement plus crédible et c'est forcément éclairant. Notamment sur Suits qui n'a rien à voir ni dans le fond, ni dans la forme avec The Good Wife, à part donc que le gros cador mentor H Spector Gadget, est lui aussi totalement démuni devant les manoeuvres sournoises, pourtant prévisibles à 1o km, de ses adversaires.
    C'est un travers qu'on ne retrouve pas dans Silk par exemple qui est beaucoup plus sur son sujet, que sur les embrouilles de contrôle de boites ou de culloveaffair.

  • icepoon
    Le 12/05/2013 à 17h13

    Je ne connais pas Silk, tu aiguises ma curiosité.
    Sinon, les histoires de cul (et potins assimilés) et les relations associés/collaborateurs ou associés entre eux c'est monnaie courante en cabinet ça... donc ça me fait sourire de retrouver ça dans the good wife (gros plaisir "coupable" !)

  • Ghost
    Le 09/02/2014 à 21h59

    J'suis très légèrement déçu de cette saison enfin pour être plus clair en fin d'épisode j'reste sur ma faim, bizarre non ?
    Je dois être trop exigent...

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