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Seriesaddict.fr  par | 6

Arrested Development - Bilan saison 1, saison 2, saison 3

Bilan saison 1, saison 2, saison 3 © 2003 - FOX

N'est-il pas trop présomptueux de faire le bilan d'une série TV en commençant par énumérer le nombre de récompenses que celle-ci a obtenu ? Peut-être s'il s'agit d'un produit d'appel de la chaîne HBO. Mais on peut tout se permettre lorsqu'il est question d'Arrested Development. Vous ne me contredirez certainement pas si je vous disais que ce programme est probablement LA meilleure série comique de l'histoire de la télévision. Le show crée en 2003 par Mitchell Hurwitz a récolté plus d'une vingtaine de récompenses. On compte entre autre, cinq Emmy Awards en 2004 dont celui de la meilleure série. L'année suivante, Arrested Development s'empare du prix du meilleur scénario pour l'épisode Les frères vertueux ainsi qu'un WGA (Writers Guild of America) pour Flagrant délit. Toujours en 2005, Jason Bateman décroche le Golden Globe du meilleur acteur et Alia Shawkat remporte celui de la meilleure actrice aux Young Artist Awards.

Après cette glorieuse introduction, il est difficile d'expliquer son semi-échec à l'antenne. Sa disparition sur le petit écran reste l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de la FOX (après son traitement de l'information bien sûr mais ce n'est pas le propos).

Arrested Development narre les déboires de la famille Bluth sur le point de tout perdre lorsque le patriarche, Georges est arrêté pour avoir violé l'embargo sur l'Irak. Une accusation qui propulsera Michael, seul membre du clan à peu près équilibré à prendre la tête de l'entreprise familiale. Il s'investit cœur et âme pour sauver la société mais chacune de ses tentatives est avortée par un membre de sa famille. Il lui faut, au quotidien maîtriser l'alcoolisme de sa mère, Lucille, l'égoïsme de sa sœur, Lindsey, les phobies de son jeune frère, Buster et les frasques de son grand frère, Gob, ainsi que celles de son beau-frère, Tobias.

La famille Bluth est une véritable parodie du soap opera, genre très souvent associé aux sériephiles du matin. A tous ceux qui ont la chance ou non de commencer à travailler à partir de 15h, vous observerez de profondes similitudes avec les séries TV suivantes : The Young and the resless (Les Feux de l'amour) ou encore The Bold and the Beautiful (Amour Gloire et beauté/Top model). Arrested Development emprunte tout d'abord à ce genre le fond : les thèmes de la trahison, des rivalités, des pulsions à tous les étages. L'inceste y tient également une grande place : de l'amour entre vrais/faux adolescents cousins, de deux frères (Gob/Will Arnett et Buster/Tony Hale) qui couchent avec une rivale de leur mère portant le même prénom (Lucille/Jessica Walter), en passant par une femme mariée, envisageant de se mettre en couple avec son jumeau après avoir appris qu'elle avait été adoptée (vous me suivez toujours ?) L'inceste est partout. Souvent au cœur des intrigues ou utilisé comme ressort comique.

La série reprend également au genre sa forme : la durée (30 minutes), l'utilisation de décors factices. Tout est faux. Les fruits dans la cuisine sont en plastique, le plancher n'est pas solide, les murs se fissurent. Les auteurs détournent la fonction première d'un décor lambda pour créer un running gag. Cette maison factice souligne les bassesses dont peuvent faire preuve les Bluth. Aucun des membres de cette famille ne parvient à réussir quoique se soit dans la "maison témoin". Lindsay (Portia de Rossi) et Tobias (David Cross) ne peuvent faire l'amour, les vrais/faux jumeaux passent à l'acte, Michael ne concrétise aucune de ses relations amoureuses et Gob...Gob ne réussit aucun de ses tours de magie. Mention spéciale à Tobias Füncke, homosexuel refoulé déguisé en taupe, détruisant la maquette géante d’un complexe tout en se battant contre Georges-Michael(Michael Cera), son neveu en aéro-propulseur devant des hommes d’affaires japonais éberlués. Folledingue me direz-vous. Eh bien oui. Arrested Development n'a aucune limite.

La série de Mitchell Hurwitz se moque de tout et de tout le monde. Personne n'est épargné. Les handicapés mentaux, les manchots, les femmes, les hommes, les gays, les pauvres, les riches, les religions et enfin et surtout le sexe. Le sexe avec un aspirateur, le sexe avec une latino, le sexe avec un nain, le sexe avec la maîtresse de son père, le sexe avec le frère jumeau de son époux ou l'absence et/ou la peur d'entamer des relations sexuelles avec son conjoint gay. Toutefois, la plus grande force d'Arrested Development ne réside pas dans ses thèmes abordés mais dans sa construction narrative. Je m'explique.

Arrested Development est une sitcom qui puise volontiers dans le genre "feuilletonnant". Aucune série n'est pas parvenue à tenir plus de 3 saisons sur la même trame : La famille Bluth parviendra t-elle à sauver la compagnie ? Ecrire une série de cinquantaine d'épisodes sur ce thème relève ici du génie. Il est aujourd'hui presque impossible de tenir en haleine un téléspectateur sur la même histoire. How i meet your mother a échoué à plusieurs reprises ainsi que Desperate Housewives. Pour cette dernière et pour Grey's Anatomie, la mort d'un personnage principale à chaque season final était nécessaire pour relancer l'intrigue. Épuisant à force de changer de casting. Les scénaristes utilisent tout ce que la télévision peut offrir pour captiver le téléspectateur : le running gag, la voix sarcastique, les flash-backs cocasses, l'intertextualité. Ron Howard et sa bande joue avec les mots, l'image et le son et le décor pour nous faire rire.

Si nous nous penchons sur la mise en scène, nous verrons qu'elle est aussi précise que l'écriture. Il est très fréquent de voir qu'une sitcom s'attarde plus à travailler sur le script que sur l'image. Etant pourtant une grande fan de Friends ou de Made about you, je dois reconnaître que leur mise en scène est plus que classique. Le genre tend peut-être à la sobriété mais Arrested Development a pris des risques. Défaire les codes, destructurer l'image. Au cours de la deuxième saison, la série a emprunté à 24H Chrono sa  réalisation. Le résultat fût un grand succès. Aucun objet, aucun plan n'est choisi au hasard. Chaque séquence est une mine d'informations. Ce que vous n'avez pas pu distinguer au premier visionnage vous paraîtra évident au deuxième ou au troisième, voire au quatrième. Cela fait plus de 5 ans que je connais cette série et je découvre encore à l'intérieur des plans des ressorts comiques. Ex : la peinture bleue. Il y a du bleu sur tous les murs. Cette couleur nous rappelle sans cesse l'échec de Tobias dans le monde du cinéma. L'effet comique est efficace. Le téléspectateur devient inspecteur. Il n'est jamais pris pour un idiot, au contraire. Les auteurs stimulent la mémoire du public par des flash-backs, des références à la culture pop, à la télévision, à la politique ou encore à l'actualité. Georges Bluth (Jeffrey Tambor)est Georges Bush. Un homme politique ambitieux mais maladroit dans ses choix. Georges Bluth est aussi Ben Laden. Un terroriste qui se cache dans le grenier, au Mexique, dans une grotte. Après avoir enfreint la justice, il s'enfuit à l'étranger, poste des messages vidéo sur Internet, nargue les autorités. Il faut souligner que ces scènes sont les meilleures que la série nous ait proposé.
L'intertextualité y est omniprésente. Trouver une référence devient un véritable plaisir. La série peut être vue, revue. Les dialogues fusent, les jeux de mots savoureux jaillissent de toutes parts. Le rythme est si rapide qu'il nous faudrait toute une vie pour saisir l'essence de chaque dialogue.

Je terminerai cet éloge (Il faut l'avouer, cela ressemble plus à un éloge qu'une critique) en évoquant brièvement le casting. Inutile de multiplier les phrases pour encenser les acteurs d'Arrested Development. Talentueux, précis, justes, hilarants. Chaque épisode, chaque situation comique nous montre à quel point les comédiens aiment ce qu'ils font. (cf. voir les interviews des acteurs dans les bonus des DVD). Ici, pas de place pour le  cabotinage.

Cependant, certains téléspectateurs voire critiques pourraient trouver la série hautaine, insaisissable voire brouillonne et même ennuyeuse. Il est vrai que son utilisation de l'intertextualité peut être troublante ainsi que sa seule et unique intrigue.

9/10

9/10

9/10

Bilan

Arrested Development est une série surprenante, brillante qui parvient à mettre à nu la société dans laquelle nous vivons : la Bêtise, le jugement, l'égoïsme, l'hypocrisie, le mensonge, les névroses, la fausseté mais surtout l'amour. L'amour pour un père, même s'il est accusé d'avoir violé l'embargo sur l'Irak, l'amour pour une mère qui n'hésite pas à nous fermer la porte au nez ou nous mettre aux enchères, l'amour pour un frère manchot, l'amour pour une sœur égoïste qui malgré un monde en crise insiste pour qu'on lui achète une crème à base de diamant et enfin l'amour pour un époux homosexuel qui refuse de nous quitter.

6 Commentaires

  • Fitz
    Le 09/05/2013 à 08h50

    moi qui cherchait une comedie sympa, je crois que je vais tenter le coup.

  • charlotte
    Le 09/05/2013 à 09h00

    Une excellente comédie complètement différente de ce qui se faisait à l'époque. Complètement tarée ! Je conseille vivement.

  • Dantarask
    Le 09/05/2013 à 12h20

    Quoi Fitz, t'as pas encore maté cette série de ouf ? Précurseur dans le genre, je pense que cette série a vraiment inspiré pas mal de comédies de nos jours, genre Barney avec le personnage magicien de GOB. Bref, à voir de suite !

  • Cha
    Le 09/05/2013 à 13h20

    Je me suis fait les 3 premières saisons il n'y a pas longtemps et j'ai adoré. La série est très très bien écrite, les jeux de mots et quiproquos fusent, je pense que c'est une série intraduisible et qu'elle ne pourra jamais avoir autant d'impact doublé.

    Comme dit dans la critique, la mise en scène est très soignée, je me rappel un épisode où il se demande qui a bien pu les mettre sur écoute (ou quelque chose du style) et où on voit le micro entrer dans le champs. Car c'est ca la force de la série : le côté documentaire, avec les images d'archives, la voix off qui peut contre-dire les personnages... Je pense qu'on peut trouver une référence à ça dans How I met avec le Ted du futur, beaucoup plus que Barney magicien (Neil Patrick Harris pratiquant lui même la magie).

    Et bien sur les acteurs sont exceptionnels et jouent des personnages totalement barré, il n'évoluent pas durant ces trois saisons, mais c'est totalement jouissif.

    Je pense que l'échec de la série est du à son auto-référencement. Il faut suivre la série et voir tous les épisodes pour bien l'apprécier, ce qui n'est pas le cas de Friends par exemple. La série ne prend pas les téléspectateurs pour des cons et bien qu'on ai l'impression que chaque épisode est un immense bordel, c'est très bien pensé et tout est lié avec une logique implacable.

    Enfin bref, j'aime beaucoup cette série, même si aujourd'hui avec Community ou Park and Rec (dans le genre faux documentaires, même si la réalisation n'est pas la même), on a de la qualité.

  • Fitz
    Le 09/05/2013 à 18h21

    Dant', j'ai énormément de lacunes en matiere de comédie et là, une réelle volonté d'en trouver au moins deux a ajouter à mon planning..arrested development , ça fait pas mal de temps que j'hesites..que penses tu de the office?UK ou US pour la seconde? c'est terrible,j'y connais vraiment rien..en tous cas pas de trucs style new girl ou bitch in the app 23....j'peux pas

  • S32
    Le 12/05/2013 à 18h09

    Ma série préférée !!! Je ne m'en lasse pas ! Tous les acteurs sont géniaux et à chaque fois qu'on se dit qu'on en préfère un, on pense à un autre acteur et à plein d'autres scènes et on se dit qu'il est impossible de faire un choix entre tous ces excellents acteurs ! C'est la meilleure série définitivement ! C'est brillant !
    Et c'est vrai que ça devient un vrai jeu de chercher des références dans chaque épisode, chaque scène ...

    Perso, je donne quand même une mention spéciale à Tobias dont le personnage est hallucinant ! Mais bon, comme je le disais, ils sont tous parfaits !

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