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Breaking Bad - 5x14 : Ozymandias

Résumé

Après la fusillade, Walt essaie de sauver le peu qui lui reste.

5x14 : Ozymandias © 2013 - AMC

Attention Spoilers, il faut avoir vu l'épisode avant de lire la critique


Depuis toujours, les séries ne sont pas vraiment considérées comme un art à part entière. Bien derrière le cinéma en termes de qualité selon les critiques puristes qui pensent que découper des éléments pour en faire des saisons entières n’est pas assez bien pour considérer le genre comme de l’art. Pourtant, ces dernières années ont vu naître des bijoux télévisés, des épisodes de séries qui vous retournent l’estomac, chamboulent votre façon de voir les choses et osent vous prendre aux tripes pour serrer votre gorge de stress, d’excitation et de contemplation.

Dire que cet épisode de Breaking Bad, intitulé Ozymandias, fait partie de ces épisodes-là est un pléonasme. Alors même que nous pensions avoir touché la perfection auparavant, nous vivons ici un moment rare en télévision, une perfection difficile à égaler.

Breaking Bad a sa propre marque de fabrication. La lenteur des épisodes nous laissant apprécier chaque moment, la réalisation tout simplement impeccable et les jeux d’acteurs se justifient à eux-mêmes pour placer la série tout en haut de ce qui peut se faire actuellement ou même de ce qui a pu se faire auparavant. Mais trêve d’éloges, il faudrait bien plus d’une critique pour expliquer à quel point Breaking Bad va marquer son temps et nos mémoires.

L’épisode 13 nous avait donc laissé dans une situation inattendue et complètement stressante. La fusillade entre la bande de l’oncle de Todd et Hank & co ne pouvait pas se terminer sans dommages. Et le début de ce quatorzième épisode nous permet de bien comprendre que la fin de la série va découler de cette scène.

Prenant place au même endroit où Walt et Jesse ont cuisiné pour la première fois, ce bout de désert a marqué la vie de Walt, et ce à deux reprises. Un flashback nous emmène au tout début de l’aventure où la toute première fournée de meth a été faite mais aussi où le choix du prénom de la fille de Walt a été présenté. Une scène particulièrement touchante qui montre aussi bien dans l’idée que dans la réalisation, que Walt va tout perdre en quelques minutes, s’effaçant de l’écran comme de la vie de sa famille pour qui toute cette histoire a pourtant débuté…

Le calme après la fusillade fait froid dans le dos, tout comme l’assourdissement après la scène fatale de Hank. La réalisation, encore une fois, et le choix des dialogues, ne laissent rien au hasard, la dernière phrase prononcée par Hank est à couper le souffle. Il aurait été difficile d’imaginer une meilleure scène pour mettre fin à ce personnage.

Walt est désormais face à lui-même, seul avec ses regrets et ses remords, perdant tout ce pour quoi il a travaillé : une partie de sa famille. C’est assurément ce qui causera sa perte, voire sa vie. A noter d’ailleurs, pour ceux qui ne l’auraient pas vu, que lorsque Walt regarde l’impact de la balle dans le réservoir de sa voiture, le reflet montre l’impact de la balle en plein milieu du front de Walt. Un coup de maître de la part du réalisateur Rian Johnson, à qui l’on doit également l’épisode de la mouche. A savoir maintenant si cet effet est métaphorique (Walt étant mort intérieurement/Walt va changer d’identité à la fin de l’épisode et n’existera plus en tant que tel) ou prémonitoire.

Le reste de l’épisode, tout aussi bouleversant, nous emmène dans les tourments tristes de la manipulation de Walt et de ses conséquences. Marie s’en mêle en racontant un peu trop précipitamment le tout à Flyn, déclenchant des scènes euphoriquement sombres. Mention spéciale à RJ Mitte qui nous offre une prestation de qualité, mêlant rage et effondrement.

La scène du couteau est tout aussi exceptionnelle. En résulte d’ailleurs un regard de terreur de la part de la famille de Walt, assis par terre, qui fait réfléchir le personnage principal pour se rendre compte du monstre qu’il est devenu, faisant tout de travers et ne comprenant pas le comportement, pourtant légitime, de sa famille. Le tout est parfaitement orchestré dans un assemblage de scènes épiques pour déboucher sur l’explosion de la fin, quand Skyler court dans la rue pour rattraper sa fille. Souffle coupé et larmes coulant à flot.

Spectateurs, devant notre poste de télévision, nous vivons la scène à la vitesse des personnages, comme si ces événements étaient survenus en vrai, dans notre quartier, dans notre propre vie. Simplement bouleversant.

Et si ce n’était pas suffisant, les scénaristes terminent en apothéose avec un Walt qui, malgré la perte de tout ce qui lui est cher, essaie de sauver le peu de choses qui reste à sauver : la culpabilité de sa femme. L’appel est déroutant, aucun bruit ne parasite les voix tremblantes de nos deux personnages. Gorge serrée, pour la cinquième fois de l’épisode, nous quittons ensuite Walt, assis dans la voiture de celui qui va changer son identité, reflet dans le rétroviseur, c’est le cœur lourd que l’on dit au revoir à ce personnage, pour la dernière fois.

Nous pensons alors au titre de l’épisode, Ozymandias, qui est un poème de Percy Bysshe Shelley évoquant Ramsès II, son arrogance, sa puissance et la permanence de son œuvre. On se rend compte alors que tout prend sens et que, Walter White construit son empire au détriment de tout ce qui l’entourait, et de son arrogance découle sa perte.

Pour finir cette critique, je vous laisse apprécier le poème Ozymandias, traduit en français :


J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique
Qui m'a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste
Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable,
À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,

La lèvre plissée et le sourire de froide autorité
Disent que son sculpteur sut lire les passions
Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore
À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.

Et sur le piédestal il y a ces mots :
"Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Contemplez mes œuvres, Ô Puissants, et désespérez !"

À côté, rien ne demeure. Autour des ruines
De cette colossale épave, infinis et nus,
Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. »

10/10

Bilan

Epoustouflant, incroyable, complètement dément. Un épisode de perfection pure qu’il est difficile de noter tellement celle-ci ne serait pas assez forte. Il y a un avant et un après dans le monde des séries, c’est certain.

11 Commentaires

  • dimitri
    Le 17/09/2013 à 14h50

    Rien que de voir la photo de Walt au téléphone et je suis encore tout retourné tellement cette scène est d'une violence et d'une puissance incroyable. Tous les fans de Breaking Bad le disent et moi le premier, il y a un avant et un après Breaking Bad.
    Vince Gilligan est un Dieu vivant, gloire à lui !
    Un épisode exceptionnel pour une série qui l'est tout autant, déjà au Panthéon des best of the best series ever depuis bien longtemps !

  • PingouinBishop
    Le 17/09/2013 à 15h00

    Pas grand chose à ajouter, je me suis fait la même réflexion. Cet épisode m'a encore plus marqué que la mort de Stringer Bell (dans The Wire) qui était jusqu'ici la séquence série qui m'avait le plus marqué. Pour moi cet épisode signe la prise de pouvoir de BB dans le monde des séries.

    Les 16 premières minutes nous plongent dans un western intemporel avec des gros plans sur les visages sur fond de ciel bleu, la puissance de la scène de Jesse qui se prépare à mourir dignement et qui regarde les deux vautours circuler dans le ciel. Toute cette scène est magnifique et la mort de Hank rend hommage à la grandeur de ce personnage qui aura été l'adversaire de Walt le plus coriace.

    Autre scène qui glace le sang, celle de Jesse, qui sous prétexte d'être interrogé, est ravi et réduit en esclave, étant le meilleur cook en activité après Walt. Le moment ou Todd, qui oscille entre côté enfantin et psychopathie, l'enchaine est effroyable, toute la folie de BB s'exprime et on a le parallèle avec le Jesse enfantin du flashback du début qui s'amuse à jouer à l'épée invisible et l'on se dit que finalement il est comme un enfant perdu dépassé par les événements qui l'entourent.

    Et bien sûr Walt qui avait encore l'illusion jusqu'ici qu'il contrôlait les événements et qui est enfin rattrapé par la réalité. La mort de Hank sonne comme l'échec de son génie, le monstre qui sommeil en lui, qui était jusqu'ici contenu par un esprit scientifique de chimiste à tout épreuve (Brook empoisonné vu comme une expérience scientifique sous contrôle d'où l'absence de compassion dans cet événement et le regard du science sans conscience). Mais cet épisode le ramène à la réalité et emporté par l'émotion on le voit se comporter comme un dément. (incroyable performance de Cranston qui s'élève au rang des acteurs de légendes)

    Bref on pourrait passer des heures à débriefer cet épisode qui est le meilleur de la série pour moi et qui consacre définitivement BB comme la meilleure série de l'histoire. Un peu comme Usual Suspect à l'époque, il vient nous montrer que dès qu'on sort du sentier battu des happy end, on peut enfin exprimer à fond la dualité de la nature humaine

  • Johanna
    Le 17/09/2013 à 15h51

    Quel choc, quel épisode hallucinant, la tension monte crescendo. Le jeu de TOUS les acteurs est incroyable de réalisme...les situations s'enchainent et s'emboitent avec une perfection inégalée. Les actions de Walter lui reviennent comme un boomerang dévastateur, et entraine sa chute. Son retour risque d'être encore plus violent car il n'aura plus rien à perdre !

  • Bougrea
    Le 17/09/2013 à 16h19

    Quel épisode exceptionnel !
    Un autre point de cette épisode montre la rupture et la déception encore plus grande qu'a Walter à l’égard de Jesse. Je ne sais pas pourquoi, j'ai cru un moment qu'il n'allait pas dire qu'il était sous la voiture. C'est mon côté optimiste ^^
    Mais Walt blâme Jesse pour la mort de Hank et lui en veut d'autant plus. On le ressent bien quand il lui dit la vérité sur la mort de Jane et son non assistance quand elle a fait une overdose.
    Pourtant juste avant qu'il ne lui dise, il y avait un air de pitié dans son regard juste avant de ne voir que de la haine et un besoin de faire mal.

  • icepoon
    Le 17/09/2013 à 16h24

    Génial, tout a été dit, je ne vais pas tomber dans la paraphrase...

    Un épisode fort en émotions donc, et pourtant, j'ai toujours envie qu'il s'en sorte, moi, Walter ! Un Jesse devenu esclave, ça me fait plus rire (comme relevant de l'humour noir hein, bien sûr) que pitié, Walter qui fout sa famille dans la merde ça ne me dérange pas plus que ça, du moment que Walter se barre avec son fric : suis-je normal ?

  • PingouinBishop
    Le 17/09/2013 à 16h44

    @icepoon
    BB, nouvelle philosophie qui va éclairer le monde de ses enseignements aura prouvé au moins une chose (s'il fallait encore le faire) : la normalité n'existe pas, c'est une invention sociale.
    Walt normal était renfermé, frustré, d'une effroyable banalité, le genre de mec sur lequel on ne se retourne pas dans la rue!
    Maintenant il s'exprime tel qu'il aurait pu être (tel qu'il aurait toujours du être?). Il est plus en accord avec lui même, il a trouvé sa propre normalité (qui lui correspond plus).
    Donc tu as aussi ta propre normalité (mais je veux bien savoir où tu habites que je change de ville si c'est la même lol)

  • icepoon
    Le 17/09/2013 à 17h10

    PingouinBishop : J'habite Paris, je suis marié, j'ai trois enfants, je bosse depuis 15 ans, et l'empathie, au ciné ou dans les séries télé, c'est pas trop mon truc en général
    Mais pour moi c'est surtout une série jubilatoire (ou l'humour noir est omniprésent) qui, avec un peu de recul, s'apprécie d'autant plus
    S'agissant de Walter, il y a forcément un phénomène d'accoutumance au personnage, "génial", au même titre que cette série.

  • PingouinBishop
    Le 17/09/2013 à 17h17

    @icepoon: tu es une bombe à retardement. Tout est réuni pour que tu casses sévère.
    Blague à part je suis exactement comme toi, j'espère qu'il va s'en sortir car il est génial et plein de défauts ce qui le rend attachant (malgré sa psychopathie et sa folie grandissante)en fait c'est l'anti Dexter qui se ramolli avec le temps. Ou l'anti Tony Montana tellement pathétique à la fin qu'on attend juste qu'il se prenne une balle.
    Vive les vrais anti-héros

  • Ced
    Le 18/09/2013 à 22h11

    Comme quoi la perfection peut exister.

  • DarkGally
    Le 21/09/2013 à 20h58

    Episode magistral s'il en est. La fin es proche. Maintenant Walt est en partance vers une autre vie, pourtant le flash forward des deux parties de la saison montre bien qu'il revient. Jusqu'ici on a beaucoup supposé que la série finirait par un duel Jesse/Walt, mais en fait ça ne colle pas avec la cigarette à la ricine. Et si Walt revenait pour faire ce qu'il a toujours fait ? Sauver Jesse d'un employeur psychopathe ?

  • Tautrelle
    Le 22/09/2013 à 15h13

    Énorme épisode.
    Reste à voir comment va se dessiner la fin, en apothéose assurément.
    Mais j’espère encore un affrontement entre Jesse et Walt, pour moi seul Jesse peut arrêter (tuer) Walt.
    C'est l'unique cas de délivrance pour chacun d'entre eux.

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Note de la série :
9.3/10