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Inside No. 9 - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2014 - BBC

Inside n°9 est une comédie noire, composée de six épisodes sans aucun rapport les uns avec autres, hormis le fait qu’ils se déroulent tous au n°9 d’un lieu différent à chaque fois et qu’il y a toujours un cadavre. Sont-ils joueurs…

THE DARK SIDE OF THE MOOD

ILS sont de retour, plus drôles et dark que jamais ! Reece Shearsmith et Steve Pemberton, les créateurs de The League of Gentlemen et Psychoville, reviennent avec Inside n°9 une nouvelle comédie parfaitement anglaise et dark de chez black. Rien n’y manque, tweed, art scénique et vieilles dentelles, black tea, scones et petits murders entre amis, c’est un pur bonheur de retrouver ce duo de psychos pour six tea time remplis des gros nuages de laid et d’humour noir.

« Would do you like some fun ? » « Yes, black please.»

Attention les bilans de séries contiennent parfois des SPOILERS*. L’exposition aux SPOILERS* entraine des troubles de la compréhension et des sautes d’humeur. Au-delà de cette limite nous déclinons toute responsabilité.
*Le mot SPOILER ne vient aucunement de « Qu’est ce qu’on s’poile » comme tend à le faire croire une légende francophile communément admise.


Inside n°9 est une anthologie (« Portemanteau tv show » comme disent nos amis anglais) d’histoires à tiroirs, souvent macabres, parfois grinçantes, toujours drôles. Les auteurs nous offrent un bijou finement ciselé, monté de six perles noires, brillantes toutes d’un éclat particulier. Six « one shot » de 28 minutes chacun, aux sujets et aux univers différents, dans lesquels nos deux lascars, autant acteurs qu’auteurs, jouent ensemble ou séparément.

Le genre de l’anthologie, (Twilight zone, Hitchcock presents, Tales from the crypt, Black Mirror) se fait rare et le retrouver est très rafraichissant. Oubliez les sinueuses intrigues, plus ou moins finaudes, reliant des fils rouges étirés en tous sens pour arriver, exténués, à la fin de l’épisode 13 d’une interminable saison 8... En s’affranchissant de ce genre de contraintes, Inside n°9 nous offre une grande bouffée d’air frais et de liberté.

Enfin c’est vite dit, parce que la série est clairement du genre claustro. « Le huis clos en six leçons » génère ses propres contraintes, pour le coup assez simples, et offre un cadre à l’exercice de style.
1/ Chaque épisode se déroule au n°9 d’un endroit différent, appartement, maison, villa, duquel une fois entré, on ne ressort jamais.
2/ Dans ce petit théâtre de la cruauté, il y a une mort par épisode. C’est le tarif.

Ces six pépites contiennent plus d’englishness que les chapeaux de la reine mère, le kop de Liverpool (You’ll never talk alone) ou les mugs Keep Calm (and stop weeping you pussy). Ils perpétuent la grande tradition de l’humour macabre, qu’ils distillent avec finesse et inventivité. À la place de l’éternel Whodunit fortement élimé, ils nous proposent de jouer à un « Qu’est ce qui se passe après » nettement plus funky. Car une fois vu le premier épisode, le brave spectateur, qui a compris le principe du jeu, passe en mode Cluedo pour ceux à venir. Non pas pour deviner qui a tué, mais bien plus intéressant, pour imaginer ce qu’il va se passer après la mort. Car le plus dur, c’est pour ceux qui restent, c’est bien connu.

C’est là que les auteurs d’Inside n°9, qui pratiquent l’Art du contre pied et de la chute libre avec maestria, nous montrent toute l’étendue de leurs talents. Chaque histoire est donc un exercice de style qui déjoue les pronostics et nous surprend jusque dans les arrêts de jeu. Ce qui est fort plaisant et plutôt rare.

Sardines, le premier épisode, est un véritable tour de force car tous les personnages (ou presque), finissent entassés dans une armoire. Un exploit, même pour des anglais habitués à la coloc. Une démonstration par l’exemple que dans toutes les familles il y a des cadavres dans le placard et de vilains petits secrets. Les dialogues sont remarquables et la situation radicale.

A Quiet Night, épisode muet, nous relate le vol d’un tableau sorte de « carré blanc sur fond blanc » de Malevitch, par deux voleurs qui ont visiblement du mal avec le langage des signes. Les propriétaires, présents lors du vol, feront les frais de ce manque de communication déplorable. Totalement burlesque et sanglant.

Nous rencontrons ensuite Tom & Gerri pour un épisode de totale déstructuration mentale, dans lequel nous assistons en temps réel à un échange de personnalités tout à fait saisissant. Un épisode plein de mauvaise foi et de bons sentiments qui se termine par un bain de minuit (qui est généralement l’heure du crime). Malgré son titre l’épisode n’a rien de cartoon.

Un des plus fantaisiste est Last Gasp, qui nous narre la visite généreuse (et purement intéressée marketing) d’une star de la chanson chez une petite fille gravement malade. L’ignoble chanteur blondinet meurt en gonflant un ballon qui devient l’objet de toutes les attentions car il contient son dernier souffle. Hilarant et cynique.

Comme nous sommes en Angleterre l’épisode Shakespearien est inévitable. The Understudy est une histoire de jalousie entre un acteur capricieux, sa doublure falote et un entourage mal intentionné. C’est un Hamlet d’anthologie pour une caricature sympathétique du monde du théâtre et des acteurs, une mise en abîme de la pièce, et un jeu de miroir sans tain.

Dernier tour de piste avec The Harrowing, une histoire d’horreur et un jeu autour des codes du fantastique que les amateurs apprécieront. Un baby-sitting dans la famille Adams ou chez Munsters, qui se termine d’une façon assez effrayante et curieusement décalée par rapport au reste de la série.

Voilà ce qui se cache derrière les numéros n°9... Six histoires qui ont toutes leurs qualités propres, même si chacun a sa ou ses préférées (moi c’est 1 & 4). La réalisation sobre et efficace, traite le huis clos dans une veine théâtrale que les anglais possèdent sur le bout des doigts. (Voir le « The Rope » d’A Hitchcock) et donne un sentiment d’intimité parfaitement adéquat.
Vivement la saison deux, parce qu’il y en a une, et bravo messieurs, parce qu’ils sont deux.

8/10

Bilan

Une anthologie d’humour sombre et raffinée qui réussit à nous surprendre et à nous faire rire, sans jamais céder à la facilité.
Mourir oui, mais au n°9 c’est plus classe. So Britsh.

3 Commentaires

  • Ps2004
    Le 23/03/2014 à 21h21

    J'avais prévu de regarder, puis pas pris le temps

    Mais si la saison ne fait que 6 épisodes, je vais pouvoir caser ça quelque part !

  • Rooney
    Le 23/03/2014 à 21h43

    La série vaut le coup : qualité, humour, mauvais esprit et surtout surprise. Les 2 derniers épisodes ne m'ont en revanche pas emballé pour diverses raisons.

    4 excellents épisodes sur 6, converti en note ça ferait 7/10. Mais je pinaille. Foncez!

  • Carahiah
    Le 29/05/2014 à 09h47

    Pareil que Rooney. J'ai dévoré les 6 épisodes, le meilleur à mon goût étant l'épisode "muet", à voir et à revoir (tout comme Sardines, superbement joué et doublement apprécié au second visionnage, ça permet de bien voir chaque jeu d'acteur et de se rendre compte de tous les détails "parlant" qu'on a probablement raté la première fois).
    Le 5 s'est laissé regarder, mais bon, plutôt obscur (et bien moins "réel" que les autres épisodes qui restaient dans le domaine du "possible"). Quant au dernier épisode, j'avoue être restée complètement sur ma faim... et être passée à côté, au final. Pas mal déçue, en fait, surtout pour un épisode final de saison et donc -à mon goût- le plus moyen.

    Toutefois, de manière générale, c'est quand même trop puissant et je n'en suis pas déçue dans sa globalité. Les 3 premiers sont mes préférés, le 4 était quand même super aussi ^o^

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Inside No. 9
Note de la série :
9/10