Critiques

Seriesaddict.fr  par | 5

House Of Cards (2013) - Bilan saison 3

Bilan saison 3 © 2015 - Netflix

Attention, il faut avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Quel plaisir de retrouver House of Cards (2013) ! Frank Underwood est de retour dans cette saison 3, et il est plus puissant que jamais. Le voilà désormais Président des États-Unis d'Amérique après la destitution du Présdent Walker.
Mais en tant que président par intérim, il n'a qu'à moitié atteint son but ultime. Il devra encore faire face à de nombreux obstacles jusqu'en 2016, prochaines élections présidentielles...

Sortie en « one-shot » sur le réseau Netflix le 23 février dernier, cette saison 3 était très attendue par les fans, qui se demandaient, comme moi, si la série allait continuer sur des bases aussi élevées que les deux précédentes saisons. Replaçons nous dans le contexte.

L'épisode final de la saison 2 laissait les époux phares du show enfin entrer à la Maison Blanche et devenir le couple le plus célèbre des États-Unis. L'intrigue et l'intérêt de cette saison 3 résidait en partie dans leur nouveau quotidien de Président et Première Dame.
On y retrouve donc un Frank Underwood maître contesté du Bureau Ovale. D'ailleurs, on ne peut pas dire qu'il ait choisi le meilleur des moments pour entrer à la Maison Blanche. Entre une guerre avec Heather Dunbar (Elizabeth Marvel) pour être le candidat démocrate à la Présidence en 2016, un contexte international très délicat et un mariage qui se consume de plus en plus, le Machiavel américain a du pain sur la planche.

L'un des nombreux intérêts de cette saison 3 est le duel de poids lourds entre Francis et le Président Russe, Viktor Petrov (Lars Mikkelsen). Pendant assumé de l'actuel dirigeant de la Russie Vladimir Poutine, Petrov est comme son modèle, un homme charismatique, amateur de femme et de sports de combat, mais surtout très sûr de lui et capable de tout pour être maître de son pays.

L'un essayant d'intimider l'autre, et vice versa (j'ai beaucoup aimé l'apparition des vraies Pussy Riot au dîner présidentiel, épisode 3), les deux « leaders du monde » ne cessent de se défier sur de multiples terrains, sans qu'aucun ne cède devant l'autre. Comme dans la réalité, les relations entre les deux anciens pays ennemis sont extrêmement froides et calculées. Tout se passe en coulisse et rien n'est montré au public. Sauf dans ce moment très fort où Claire Underwood brise ce silence et balance tout à la presse, dénonçant devant Viktor Petrov, sa politique presque dictatoriale et homophobe et son non respect de la liberté d'expression, ce qui met ce dernier dans une colère noire (épisode 6).
C'est l'une des forces d'House of Cards, son ultra-réalisme et le parallélisme non dissimulé entre la fiction et l'actualité.

Autre point passionnant de ces 13 épisodes, la course à la présidentielle, admirablement bien amenée et décrite.

Nous sommes encore à un an et demi des élections de 2016, soit le moment pour Francis de lancer la machine électorale. La campagne est palpitante à suivre, même si elle ne démarre vraiment qu'à partir de l'épisode 9. On y voit un Frank déterminé à écraser son adversaire aux primaires, Heather Dunbar, portée à l'écran par Elizabeth Marvel. La lutte est sans merci, d'un côté comme de l'autre, entre deux personnes censées être dans le même camp.

Là aussi, le réalisme implacable des relations politiques entre adversaires rend ce combat à distance plus que crédible. Les médias sont beaucoup utilisés par la série, et sont considérés, à raison, comme un arme déterminante pour le président comme pour Dunbar. C'est bien simple, les émissions politiques que l'on voit sont identiques à celles que nous voyons à la télévision. Qui pourrait deviner lequel des deux est fictionnel entre une interview de Frank Underwood par Stephen Colbert, et un entretien sur CNN avec John Kerry et Hilary Clinton ?
A ce titre, le débat télévisé de l’épisode 11 est fabuleux et tellement représentatif des véritables primaires américaines. C'est une joute verbale dans laquelle chacun des candidats doit à son tour, se vanter et discréditer les propositions des autres, tout ça devant des spectateurs et des téléspectateurs. Et à ce petit jeu là, notre ami Frank est très, très fort. C'est donc sans étonnement qu'il en sort plutôt gagnant.

Mais le point le plus important de cette saison, c'est surtout l'évolution du couple Underwood. Une relation qui, on le sait, fait le Grand 8 depuis le début de la série et qui a encore pris un autre virage. Preuve en est avec le dernier épisode de la saison, qui au lieu de se concentrer sur la victoire ou non d' Underwood aux primaires, nous a donné comme scène finale une énième dispute entre les deux époux, terminant sur cette dernière image ou Claire prend la décision de quitter son mari.
Nos deux « tourtereaux » manigançaient pourtant depuis trois ans pour emménager à la Maison Blanche, et maintenant que c'est fait, le problème était d'y rester.

Comme on dit souvent : « Derrière chaque grand homme se cache une femme ». Claire l'a bien compris, mais après tout ce qu'elle a donné à Francis, elle commence à vouloir avoir un rôle aussi important que lui, et d'être égale à lui dans cet Empire politique qu'ils ont bâti.
L'un des enjeux de la saison 4 sera donc de savoir si cette rupture n'est juste qu'un tour de manège de plus, ou si Claire va se positionner en face de Frank, plutôt qu'à ses côtés.

Ce réalisme à tout épreuve est présent dans l'histoire, mais aussi dans tout le côté technique d'une série. Pour info, la série est toujours produite par David Fincher (Fight Club, Se7en, L'étrange histoire de Benjamin Button...) et six réalisateurs se sont partagés cette troisième saison (John Coles, Tucker Gates, James Foley, John Dahl, Agnieszka Holland et Robin Wright elle-même).
La mise en scène, froide et millimétrée, met l'accent sur les protagonistes et leurs dialogues toujours très bien écrits, parfois violents, parfois touchants, mais toujours justes, mettant en valeur une des fondations inchangées du show : la qualité de ses acteurs.

Le brillantissime Kevin Spacey, sans qui la série ne serait pas du tout la même et qui est complètement habité par Frank Underwood, est toujours aussi impressionnant de charisme et de clarté dans tout ce qu'il dit et fait, ce qui n'est pas nouveau. Avec son ton et son élocution si particulière, il arrive à nous rendre passionnant le monde impitoyable de la politique, et les enjeux nationaux comme internationaux nous sont toujours parfaitement expliqués, ce qui rend la série facile à suivre, même pour ceux qui ne sont pas spécialistes.
Le personnage a beau mentir, tromper, manipuler et même tuer quand il le faut, on ne peut s'empêcher d'être en empathie avec lui. Peut-être manipule-t-il également nos émotions ?
Les fameux apartés avec les téléspectateurs font mouche à chaque apparition, même s'ils sont beaucoup moins nombreux dans cette saison. Il faut comprendre : être Président, ça occupe !
Mais son pendant féminin n'est pas en reste. Une Robin Wright, c'est quand même du très solide pour donner la réplique à un Kevin Spacey. L'actrice semble faite pour le rôle et ferait sans doute une parfait Première Dame. Tout en délicatesse et en grâce, mais dotée d'un caractère de fer. Ce duo est pour moi le meilleur couple présent aujourd'hui à la télévision.

Les seconds rôles sont eux-aussi excellents. Mention spéciale à Michael Kelly pour son rôle de Doug Stamper, l'homme de main de Frank aussi imprévisible que loyal envers son boss, qu'on croyait mort à la fin de la saison 2, mais que les scénaristes ont eu la très bonne idée de sauver. Son combat pour redevenir celui qu'il était et pour retrouver Rachel, celle qui l'avait mis dans le coma, nous a tenu en haleine et il semble être parvenu à avoir enterré ses problèmes. Cette intrigue différente permet de montrer qu' House Of Cards n'est pas uniquement une série politique, et qu'on ne peut pas la classer comme telle.

8/10

Bilan

Saison un peu plus plate et moins jubilatoire que les précédentes, mais ce qui est normal si l'on considère le poste occupé par Frank Underwood. Maintenant Président, il ne peut pas aller plus haut, mais il peut aller plus loin, plus longtemps. De ce fait, la quatrième saison devrait satisfaire les plus indécis. Car, l'année prochaine nous sommes en 2016. Tous à vos urnes...
Porté par un casting flamboyant et une écriture sans faille, la série ne s'essouffle pas et pourrait faire aimer la politique américaine aux plus désintéressés d'entre nous.

5 Commentaires

  • PingouinBishop
    Le 03/04/2015 à 11h09

    J'ai trouvé que les développements les plus intéressants étaient les histoires autour de Doug, L'écrivain (j'ai oublié son nom), ou Remy.
    J'ai bien aimé la saison mais j'ai trouvé que l'issu était prévisible, j'ai vu venir de loin la séparation. Mais ce qui fait aussi la force de la série c'est son univers et tous les personnages secondaires qui sont excellents.
    Je n'ose imaginer ce que peut donner Frank sans son garde fou (Claire). Pour moi c'était clairement une saison de transition et la saison 4 ne peut être qu'explosive puisqu'on va perdre de la hauteur et retomber dans la fosse à purin de la politique, précisément là ou Frank excelle le plus.
    Une note juste pour moi

  • pepette724
    Le 08/04/2015 à 09h20

    Je suis assez d'accord; une saison 3 un peu en dessous des 2 autres mais j'attends la 4 avec impatience!

  • Dislo
    Le 13/04/2015 à 22h52

    House of Cards, ultra réaliste ?

    SPOILERAvec son président serial killer et les fabuleux discours politiques (je me suis toujours pas remis du discours sur l'importance des femmes dans l'économie de Jackie Sharp pendant le débat télévisé) ? Avec la première dame qui laisse un mec se pendre à 2cm d'elle comme par hasard parce qu'elle... dort ? Une première dame pas foutue de retenir son petit caprice et qui se sent obligée de démonter le Président russe devant les caméras du monde entier ? Alors ce America Works qui distribue des emplois comme par magie (c'est donc ça la solution au chômage ? Qu'attends-tu, François !) Un peu de sérieux, voyons.

    HoS est tout sauf réaliste même s'il essaie de nous faire croire qu'il l'est pendant cette saison éreintante, longue et inintéressante, où on se demande bien quel est l'intérêt de ce qu'on nous montre, une fois l'ascension du pouvoir terminée pour Underwood. SPOILERA la limite la "guerre" avec le président russe est sympa parce que Lars Mikkelsen fait très bien le boulot, mais alors le reste...

    Le pire restant sûrement l'histoire de Doug où on te fait croire pendant deux saisons SPOILERque le mec est amoureux à fond pour qu'au final il démonte la gueule de sa bien aimée en un demi plan presque humoristique

    House of Cards c'est la série qui te fout des retournements de situation wtf pour pouvoir s'afficher avec un statut de "moi série je ne fais rien comme tout le monde", au détriment de la cohérence de l'ensemble.

    Surcôté comme les deux premières saisons.

  • Antoine31
    Le 03/08/2015 à 16h56

    La saison 3 porte plus sur le pourquoi que sur le comment.
    Arrêtez de toujours vouloir la même chose. Il faut distinguer le fond de la forme dans les séries, chose que peu de monde arrive à nuancer.

    Beaucoup n'ont certainement pas compris la relation entre l'art tibétain et les deux premières saisons.

    Soyez ouvert et lucide cela ne pourra que vous faire du bien, au lieu de dire ce que tout le monde dit simplement pour ne pas risquer de passer pour ce que vous ne pourriez pas vous permettre de passer pour.

  • Antoine31
    Le 03/08/2015 à 16h59

    @pingouinbishop

    Son garde fou n'est pas claire, son garde fou c'est de se lâcher dans les jeux vidéo de guerre pour tuer des gens.

    Et ne me dites pas que c'est qu'au début.. Ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas qu'il ne le fait plus. Exercice de style qui échappe à beaucoup de gens.

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