Critiques

Seriesaddict.fr  par | 7

True Detective - 2x1 : The Western Book of the Dead

Résumé

Trois flics et un ancien criminel reconverti en businessman dans les alentours de Los Angeles, à la recherche de Ben Caspere, un homme politique d'influence.

2x1 : The Western Book of the Dead © HBO-2015

True Detective avait l’année dernière fait figure d’une bombe dans le paysage audiovisuel US voire mondial, tant le phénomène se développa rapidement. Son casting de choix, sa réalisation et son écriture entre histoire policière et réflexion métaphysique avait surpris – agréablement ou non – les spectateurs. Seulement voilà, True Detective, comme tout le monde le sait à présent, a été imaginé par Nic Pizzolato, son créateur, comme une anthologie, une véritable anthologie, avec des histoires différentes et surtout un renouvellement total du casting. Si bien que l’on se retrouve en ce début d’été 2015 avec une toute nouvelle série, malgré un nom qui nous amène forcément à la comparer à sa grande sœur de l’année dernière. A partir de maintenant, je vais essayer dans les critiques de cette saison 2 de mettre de côté toute référence à la saison 1, et de juger ce nouvel opus sans le comparer aux aventures de Rust Cohl et Marty Hart.

Cette saison 2 de True Detective se déroule en Californie. Mais oublions dors et déjà nos clichés sur cette partie des États-Unis. Pas de trace du panneau « Hollywood », pas un grain de sable des plages de Venice, seul un panneau au détour d’une autoroute indiquant la direction de Mullholand Drive nous indique où nous sommes. La Californie présentée dans ce premier épisode est loin des cartes postales : usines (désaffectées ou en activité), petites villes, champs de culture intensive, et surtout des routes et des autoroutes, à n’en plus finir, qui s’étendent tels les tentacules monstrueuses de la modernité. Ce décors, plus mécanique, bétonné que naturel, nous est d’ailleurs présenté dès le générique, marque de la série et réussite incontestable, sur la voix qui n’a jamais été aussi grave de Leonard Cohen. Dès le début le ton de la saison est donné. Reste plus qu’à en découvrir les protagonistes. Trois flics et un ancien voyou, qui vont plonger dans les méandres du mal. La phrase d’accroche de cette saison « We get the world we deserve » révèlera très vite sa signification.

Le premier personnage à nous être présenté est Ray Velcoro. Détective pourri de la police de Vinci, ville en proie à la corruption, père divorcé dont les relations avec son fils ne sont pas de tout repos, il traine sa violence intrinsèque, sa moustache et ses gueules de bois de mission en mission. Colin Farrell interprète parfaitement le personnage, il traine dans ses yeux un mélange de tristesse et de colère qui, pour moi, le rend parfait pour le rôle. Il dégage un côté sale, une poisse, tant en terme de saleté que de malchance, qui en font un personnage à la fois répulsif et attachant. Car son histoire a en elle des graines de tragédie. Le viol de sa femme, puis la naissance neuf mois après de son fils ont de fait entrainé des interrogations, sur sa paternité, mais aussi sur sa capacité en tant que policier à vaincre le mal en suivant les règles. C’est ce que l’on comprend dans la scène où apparaît pour la première fois Francis Semyon (Vince Vaughn). Petit gangster californien, attablé en pleine journée au comptoir d’un bar miteux, il livre à Ray celui qui aurait violé sa femme, n’attendant rien en retour… pour l’instant. Bien entendu, on se doute que ce service demandera une contrepartie. Néanmoins il semble qu’il y ait une étrange sincérité dans cet acte, une sorte de code du gangster : tuer oui, arnaquer oui, violer, tuer un enfant, même pour les pires ordures cela ne passe pas. La seconde scène où les deux personnages se retrouvent est pour moi un grand moment de ce premier épisode : dans le boxe d’un diner à moitié vide, les gros plans sur fond verdâtre sur les visages des deux personnages sont extrêmement frappants et laissent planer une étrange amitié teintée de services rendus. Entre temps, on avait appris à faire plus ample connaissance avec Semyon, devenu businessman dans l’immobilier et les transports, mais dont les affaires sont mises au point mort par la disparition de Ben Caspare, gestionnaire de la ville de Vinci. On a souvent reproché (et quand je dis on je m’inclue dans la critique) à Vince Vaughn d’en faire trop, de trop grossir les traits de ses personnages. En ce qui concerne ce premier épisode, je trouve au contraire qu’il est très juste. J’avoue avoir encore un peu de mal à le voir comme un gangster, mais cet aspect du personnage se développera sans doute au cours de la saison, mais sa grande taille, sa prestance et son calme apparent me font croire au personnage et non à « l’acteur comique qui joue un personnage sérieux. »

Concernant les deux autres protagonistes de l’histoire, je dois avouer que je ne suis pas aussi conquis. Antigone Bezzerides est flic dans le comté de Ventura, c’est à dire une juridiction différente de celle de Ray Velcoro. En quelques scènes, le personnage est parfaitement campé : femme forte, du moins en apparence, elle est prête à se défendre de tout, sans laisser la moindre chance à quiconque de l’approcher. Toujours en alerte, prête à prendre des risques pour ressentir quelque chose, ce qu’elle semble incapable de faire dans les relations humaines. En outre, elle porte en elle des difficultés familiales, illustrées par son face-à-face avec sa sœur, puis avec son père, sorte de gourou hippie, pour l’instant – et je dis bien pour l’instant car l’aspect fausse croyance et embrigadement va sans doute être développé par Pizzolato – inoffensif. Pour l’instant, je dois avouer que j’ai un peu de mal à me figurer Rachel McAdams en flic. True Detective a dans son ADN le fait d'avoir un casting cinématographique, peut être que McAdams est trop connue, trop « star de cinéma » pour jouer une simple flic crédible. Mais il ne s’agit que du premier épisode, ce premier jugement sera je l’espère changé par le développement du personnage.

Dernier personnage, Paul Woodrugh, ancien vétéran de l’Irak ou de l’Afghanistan, membre à ce que l’on comprend à demi-mots d’une compagnie de sécurité privée, et victime du syndrome de stress post-traumatique ce qui lui aussi le pousse à prendre le plus de risque possibles, tant sur le plan professionnel que physique, pour se sentir un minimum vivant. Les brulures sur son corps sont autant de marques de son passé, pendant la guerre mais aussi avant elle. Il s’agit peut-être du personnage le plus "cliché", mais sans doute car c’est celui sur lequel on en apprend le moins. En cela, difficile de juger vraiment de la prestation de Taylor Kitsch. Le masque de ce personnage est un masque de colère, mais il semble avoir beaucoup de choses enfouies. Reste à voir si et comment l’acteur parviendra à les faire sortir.

Cette présentation des personnages montre qu’encore une fois Nic Pizzolato est en équilibre entre les clichés et les codes du roman policier. Le style noir demande certaines choses, certains traits de caractères de la part des personnages, certains passages obligés, qu’il faut réussir à mettre en scène sans pour autant donner l’impression de faire du copier-coller. Étrangement, on a parfois l’impression d’un mélange entre du James Ellroy évidemment, et du Thomas Pynchon, comme si cette saison 2 de True Detective était le versant sombre et sérieux d’Inherent Vice, roman noir et coloré au néon dans le Los Angeles des années hippies.
Pour l’instant, le personnage sortant le plus du lot est pour moi Francis Semyon, et je pense que son tiraillement entre son présent de businessman « légitime » et son passé de gangster va être très intéressant à observer. Car je n’ai fait que mentionner Ben Caspere, gestionnaire de la ville de Vinci, qui sera au centre de l’histoire de cette saison. Par l’intercession d'un très pratique deux ex machina, Paul tombe nez-à-nez avec le corps de Caspere, corps que l’on a vu être transporté pendant tout l’épisode. Cet homme est le point de rencontre entre les quatre personnages, celui sur lequel va tourner l’enquête. Semyon et Velcoro vont vouloir trouver ceux qui l’ont tué et se venger, pendant que Bezzerides mènera son enquête pour appréhender ceux qui ont fait cela. Le problème est posé, il ne reste plus qu’à voir comment les personnages vont le dénouer.

Ce premier épisode délivre donc une introduction qui elle aussi oscille entre le cliché et les codes du polar, mais qui pour ma part m’a pris immédiatement et me donne envie d’en voir plus. La musique est toujours aussi soignée, et la réalisation de Justin Lin, sans doute pas aussi complètement maitrisée que celle de Fukunaga (j’avais dit que je ne dirais rien de la saison 1, damnit !) offre quand même quelques scènes (Velcoro masqué attaquant le journaliste, le face à face entre lui et Semyon à la fin) et quelques plans (la tête d’oiseau dans la voiture, les autoroutes, la scène de la moto) qui sont font ouvrir plus grand les yeux et donnent envie de prendre des captures d’écran.

7/10

Bilan

Un épisode d’introduction pour une toute nouvelle histoire, avec de nouveaux personnages qui ne m’ont pas tous convaincus, mais m’a donné envie de m’embarquer dans cette nouvelle enquête.

7 Commentaires

  • TedMosby
    Le 26/06/2015 à 20h19

    J'avais peur d'etre déçu suite a la première saison que j'avais beaucoup aimé, mais je n'ai pas été déçu, ce premier épisode m'a beaucoup plu et j'attend la suite avec impatience... Malgrès qu'on évite pas le cliché des flics perturbés et alcolos...

  • TamTam
    Le 28/06/2015 à 13h20

    Cool que ce soit Fabien qui fasse ces critiques! J'ai reconnu ton écriture aux premières lignes :)

  • DBDE99
    Le 28/06/2015 à 15h39

    Après une 1ère saison assez inégale, variant entre bons épisodes (le 1 et le 5), et très mauvais (tout le 6, la partie sur les motards interminable), cette deuxième saison semble souffrir des mêmes problèmes.
    Les personnages féminins de True Detective sont séparés en deux catégories : soit ce sont des putes (pardonnez moi le terme), ou des mortes. Cet épisode ne déroge pas à la règle entre la soeur de la policière, qui tourne des pornos, et la petite amie de l'ancien vétéran, qui ne souhaite qu'une seule chose : coucher avec lui, en tout cas dans toutes ses apparitions.
    Le personnage de Rachel McAdams semble aussi avoir un problème avec le sexe, suite à un dialogue avec sa soeur qui le laisse penser.
    Quel dommage qu'après une 1ère saison avec des personnages féminins si peu intéressant les auteurs ne sachent pas améliorer leur faiblesse. Les personnages masculins sont mieux exploités mais toujours attribués des mêmes qualificatifs également : torturés par leur démon, pas très net, alcoolique etc.
    L'ambiance est néanmoins plutôt pas mal, comme en saison 1, mais l'esprit prétentieux et prise de tête est toujours présent, malheureusement.
    Au moins, on évite les discours pompeux et plagiés sur l'univers, pour l'instant.

  • Aniki
    Le 30/06/2015 à 10h55

    mon avis super court : j'ai beaucoup aimé, j'adore comment L.A est filmé; je trouve Colin Farell est super bien casté pour ce genre de flic , que perso, bien que cliché, j'adore voir à l'écran (quand c'est fait comme ça, les clichés me derangent pas)..Mc Adams, bien aussi, c'est cool de la voir ici dans un rôle qui a du potentiel dans la noirceur..bref! beaucoup aimé ce 1er épisode. pardon pour les fautes.

  • PingouinBishop
    Le 04/07/2015 à 20h52

    Avec la saison des séries d'été il n'y a plus de vacances pour toi maintenant Fabien!

    Un pilot que j'ai trouvé perso au dessus de celui de la saison passé. Peut-être que le fait qu'il y ait plus de personnages rend le tout un peu plus dynamique.
    Un épisode qui a les qualités des dramas d'HBO, une mise en scène soignée, une capacité à créer une ambiance et une atmosphère qui donne tout de suite une identité à la série. Je suis très content du cast de cette saison, même dans les seconds rôles où on retrouve des têtes connues sympathiques (putain le mec qui joue le mafieux russe ça doit faire son centième rôle dans la peau d'un mafieux (SOA, le film de merde récent avec Keanu Reeves etc) mais ça lui va bien.
    Un 8 pour moi

  • Fabien
    Le 05/07/2015 à 15h18

    Merci aux fidèles pour la lecture, en effet, je critique même pendant les vacances ! Et il faudrait qu'HBO m'envoient quelques produits dérivés et coffrets DVD, je commence à être le critique officiel de la chaine ! ;-)

  • Toff63
    Le 31/08/2015 à 14h03

    Je suis d'accord avec la quasi-totalité de ta critique, à l'exception de Rachel McAdams dont j'aime beaucoup le personnage. Et puis ce côté religieux sous-jacent avec son père me plaît beaucoup quand on se souvient du traitement de la religion, du culte et de la foi par Pizzolato dans la saison 1.
    La réalisation est assez bluffante. Tu as cité plusieurs passages exceptionnels mais je trouve ta liste non exhaustive.

    Cette saison 2 démarre bien, c'est certes très introductif mais les personnages sont excellents, au pire bons, et le style demeure impeccable. Quant au générique, si j'aime la voix je trouve qu'il manque de musicalité. 8/10

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