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True Detective - 2x8 : Omega Station

Résumé

Ray et Ani doivent s'associer à Franck pour faire tomber la conspiration. Mais les forces malfaisantes qui régissent la ville de Vinci peuvent-elles seulement être vaincues ?

2x8 : Omega Station © HBO-2015

Attention, il faut avoir vu l'épisode avant de lire la critique

Nous voici arrivés au bout du chemin, au bout de la route pourrait-on dire, voire des routes, ces routes tortueuses de Californie qui pour moi ne sont en réalité qu’une fausse métaphore de cette saison 2 de True Detective. J’ai lu dans un articles que tous les plans aériens de cette saison (peut-être y en a-t-il trop eu d’ailleurs) étaient censés figurer à quel point tout était connecté, et comment les vies simples – en l’occurrence de nos flics ou de Franck le gangster – se retrouvaient prises au milieu de cette immense toile d’araignées. Toile d’araignée urbaine, avec les routes, les voies de chemin de fer, le sprawl de Los Angeles dont j’ai parlé la semaine dernière, mais aussi toile d’araignée morale avec cette corruption et ce Mal qui a réussi à s’infiltrer partout. En ce sens, et malgré les changements, les faux espoirs, le reboot au milieu de la saison, cette saison n’a pas été une route tortueuses, elle ne fut qu’une longue ligne droite vers la mort pour nos personnages.

Car c’est bien de cela dont il s’agit ici. J’ai parlé de Corruption pendant toutes ces critiques, avec un C majuscule tant elle a été un personnage à part entière, un personnage plus fort que tous les autres, l’entité qui survit toujours à la fin et qui entraine les autres, les petites gens vers un destin tragique. Voilà, le mot est sorti, il y a de la tragédie dans cette saison 2 de True Detective. Mais avant que certains s’offusquent de l’utilisation de ce mot si noble pour qualifier une saison éreintée de toutes parts par la critique (et qui a ses défauts, j’y reviendrai), il faut que je m’explique. Une tragédie, comme son nom l’indique, finit mal. A partir du moment où les personnages – qu’ils s’appellent Andromaque, Iphigénie, Ray Velcoro ou Ani Bezzerides – ont mit le doigt dans l’engrenage du récit tragique, nous ne pouvons plus rien pour eux. Trop de forces sont en jeux, des forces qui les dépassent et qui mettent en place leur destin, qui est de mourir, ou au mieux d’être condamnés à fuir. Il s’agit des dieux antiques dans les tragédies grecques ou leur adaptation raciniennes, il s’agit du Capitalisme et de la corruption qu’il engendre dans cette saison de True Detective.
A partir du moment où nos personnages trouvent Ben Caspere sur le bord de l’autoroute, il n’y a plus d’espoir, ils entrent dans un monde qui ne les laissera pas sortir. On a affaire à une vision encore plus noire que celle de la saison précédente, où nos deux héros, même s’ils n’avaient pas réussi à résoudre l’enquête dans sa totalité, s’en étaient sortis, faisant grogner certaines personnes quant à cette relative happy end. Rien de cela ici, les méchants (pas tous certes) sortent vainqueurs, une victoire symbolisée en plus par Tony Chessani, qui incarne la poursuite par filiation de ce Mal qui ronge la Californie.

Pour revenir à l’épisode précisément, avant de reparler de la saison dans sa globalité, il n’y a paradoxalement pas tant de choses que cela à dire. On apprend quelques détails de plus sur l’implication des jumeaux des diamants bleus, et on espère, comme nos personnages, que cela ouvrira quelques portes de sortie. Mais non, la mort de Paul Woodrugh avait déjà scellé les choses, elle annonçait déjà une victoire des méchants, une fin tragique pour nos personnages.
Comme depuis quelques épisodes, la relation entre Ray et Ani prend une dimension plus profonde, avec une scène absolument magnifique qui ouvre l’épisode, une scène montée dans le désordre, qui nous montre qu’enfin l’un et l’autre parviennent à s’ouvrir à quelqu’un. Leurs blessures, au contact de chacun, semblent se refermer légèrement et cela rend la mort de Ray encore plus difficile à digérer. Celui-ci avait évolué, était passé de flic pourri à un celui qui devait faire tomber le complot de Vinci. Malheureusement, il périt à cause de l’amour pour l’enfant dont on sait finalement qu’il est bien le sien. Alors que d’habitude l’amour filial est ce qui sauve les personnages, ici c’est au contraire ce qui le mène à sa perte. Mention spéciale pour Colin Farrell, très bon tout au long de la saison, passé d’un personnage qui ne recherchait plus rien à un personnage qui espère, qui sourit même, mais qui meurt à la fin, criblé de balles par Burris et ses hommes, Burris traitre tout du long. Petit regret concernant cette partie de l’intrigue, le rôle finalement très anecdotique d’Ani dans cette fin de saison. Soit elle aide Ray, comme dans la scène de la gare, soit elle attend Ray, mais ses actions sont en fonction de celles de l’homme qu’elle a appris à connaître. Il faut dire que son morceau de bravoure, et donc celui de Rachel MacAdams, avait eu lieu lors de la scène du manoir. Après cela le personnage a laissé la place aux autres, à Woodrugh la semaine dernière, et à Ray et Franck cette semaine.

Franck justement. La première scène avec Jordan est tout à fait étrange. Le lien qui existe entre les deux personnages est fort, mais on ne peut pas dire que cette scène soit la mieux écrite. A vrai dire, elle paraît un peu factice : tout le monde sait (eux compris) qu’ils ne se reverront pas, et pourtant ils font comme si, comme pour braver le destin. Par la suite de l’épisode, tout se déroule parfaitement pour Franck, qui met la main sur les millions d’Ossip et tue celui qui l’avait si finement arnaqué. Mais alors que tout allait pour le mieux, Franck est rattrapé par l’incendie de ses clubs, des clubs qui auraient du être le terrain de jeu des mexicains. Il y a quelque chose de terrible ici : alors qu’il réussi à tuer ses opposants, qu’il avait mis le feu à son passé, il y a toujours quelque chose qui vient le rattraper, qui l’empêche de se refaire complètement : Caspere au début de la saison, les mexicains à la fin. Quoi que l’on fasse, aussi fort que l’on se débatte, lorsque l’on est prisonnier de cette toile d’araignée, on ne peut qu’y laisser sa peau. Ainsi, pour ne pas avoir voulu donner son costume, où se trouvaient tout de même 3.5 millions de dollars en diamants (petite facilité scénaristique ici), le voici poignardé et condamné à mourir, les vautours aux trousses, métaphore une nouvelle fois de cet environnement qui ne lui aura rien laissé.

Nic Pizzolato, scénariste unique de True Detective, ne nous a pas offert avec cette saison 2 un « produit » (terme horrible mais que j’emploie ici à dessein) classique. La série anthologique est un format qui déroute, un format qui est marqué par une fin inévitable. Une fin inévitable pour la saison, mais en parallèle aussi une fin inévitable pour les personnages. On a parfois eu l’impression, chez le Ray Velcoro sans espoir du début de la série, ou chez Franck, que les personnages eux-mêmes ressentaient cela, le fait d’être prisonnier de quelque chose, le fait justement de n’être que des personnages. Il ne pouvait y avoir que la mort au bout de ce tunnel, non la fuite et encore moins la vie, deux options qui laisseraient une ouverture pour la suite. Ce dernier épisode est là pour nous remettre les idées en place : vous pensiez qu’il aurait pu y avoir une happy end, vous espériez que le complot allait être mis à jour, que Vinci allait pouvoir être guérie de ce cancer qui la rongeait ? Une nouvelle fois, vous aviez tort. Alors que la première saison se terminait en regardant les étoiles, celle-ci se termine dans l’échec et le sang. C’est d’ailleurs marquant de voir Ani, couteau au mollet et pistolet à la ceinture, être obligée de s’en remettre à un journaliste. Les flics ont échoué.

Alors oui, cette saison 2 n’aura pas été exempte de défauts : certaines lignes de dialogues n’étaient pas dans le ton, certains pans de l’intrigue inutiles, le personnage de Paul Woodrugh pour moi était de trop, mal construit et empiétant sur le temps disponible pour les trois autres, plus intéressants. Sur ce dernier épisode, pas mal de deus ex machina pour faire avancer l’intrigue aussi. Mais l’ambition de True Detective saison 2 (comme la saison 1 d’une certaine manière) est à louer. Il ne s’agit pas d’une série de flics, où ces derniers sont les personnages principaux et surtout sont les moteurs de l’histoire. Il s’agit d’une série sur le monde contemporain, sa noirceur, sa pourriture, un monde où les héros ne gagnent pas (ou pas entièrement) à la fin et surtout où leurs actions dans cette saison n’ont servi à rien. D’ailleurs, l’une des dernières phrases de la saison, prononcée par Jordan me semble-t-il, est « Nous avons une longue route qui nous attend ». C’est peut-être le cas dans la réalité, mais c’est aussi le cas métaphoriquement, s’ils veulent s’en sortir, s’ils veulent ne serait-ce qu’essayer de s’attaquer à nouveau à la Corruption, oui une très longue route les attend.

C’est sans doute cela qui est le plus dérangeant pour nous, spectateurs. Nous sommes habitués à ce que la fin d’une série nous offre satisfaction. Heureuse ou non, elle met un point final et sert à nous montrer qu’entre le début et la fin de la série, l’histoire a évolué, s’est développée et donc que l’on a bien fait d’y investir son temps. True Detective saison 2 dérange car elle ne nous offre pas cette satisfaction rassurante. Entre le début et la fin de la saison, rien n’a changé, le monde pourri de Vinci n’a pas bougé d’un pouce, et tout, je dis bien tout ce qui aura été tenté par nos héros aura été vain. Désabusé et écœuré, privé (par le format anthologique) de la possibilité de retenter sa chance la saison suivante pour voir les choses enfin bouger, le spectateur s’approche ainsi au plus près de ce qu’ont pu ressentir Paul, Franck, Ray et Ani. Et malgré les mille défauts qui ont été recensés ça et là, c’est peut-être cela la plus grande réussite de Nic Pizzolato et de cette saison.

8/10

Bilan

Un épisode d’une noirceur absolue. La fuite, dans cette saison 2 de True Detective, était bien le meilleur moyen d’échapper à cette Californie pourrie de l’intérieur.

5 Commentaires

  • PingouinBishop
    Le 12/08/2015 à 18h32

    Très belle critique que je partage. C'est toujours un peu pénible (mais hautement satisfaisant) de venir après que la plupart de ce qu'on voulait dire a déjà été développé.
    En fait je suis assez mitigé sur la saison.
    Comme tu l'as dit les personnages traversent l'histoire et un monde sur lequel ils n'ont aucune emprise, car ils viennent de la partie basse de la société où tout a déjà été figé pour eux depuis longtemps. Ce format d'aller d'un point A à un point A (contrairement au schéma traditionnel du point A à B) peu paraître frustrant mais il est souvent utilisé pour les séries à forte teinte sociologique. L'exemple qui me vient en tête et qui a illustré ce genre et l'a porté au rang d'oeuvre d'art contemporaine est The Wire. Dans The Wire les catégories sociales sont compartimentées, les catégories hautes prospères et les basses sont condamnées à reproduire le même schéma encore et encore comme bloquées par des barrières invisibles (ou pris dans la toile d'araignée comme tu dis). La série se finit avec une introduction de nouveaux personnages d'une nouvelle génération qui reprend exactement la même place dans la société que les personnages que nous avons suivi pendant la saison (mort, prison ou partis).

    Cette continuité de la corruption et de la fatalité a été reprise par True Detective s02 mais là où je suis pas content c'est justement que sur le moment ça m'a paru être une resucée fade de The Wire et je dois dire que la fin m'a un peu déçue. Les ingrédients étaient là pour concocter une autre fin. Je comprends la mort de Velcoro car il la choisit. Il est flic, il sait qu'en cas de chasse à l'homme la famille est toujours surveillée, donc il sait qu'en allant voir son fils il signe son arrêt de mort. Donc pour moi c'est pas une question de la famille qui sauve et là non. C'est juste qu'il sait qu'il ne pourrait jamais vivre sans son fils (même en exil) et donc il remplit son regard (et son dictaphone) de pensée agréable avant son dernier baroud d'honneur (sinon il y avait mieux la forêt pour essayer de s'en sortir, comme tu l'as souligné l'urban sprawl labyrinthique offre selon moi de meilleurs possibilités. Surtout qu'il aurait pu aller se cacher et avoir le soutien du project qu'il administrait pour Frank etc).
    C'est surtout la mort de Frank qui m'a déçu. J'ai trouvé, pour faire le bilan, que Vaunn était un acteur trop neutre pour porter ce type de projet ambitieux sur 8 épisodes. Toutes les scènes avec sa compagne sont pour moi ratées (surtout la dernière!!!) soit parce que mal écrites, soit mal jouées par l'un ou l'autre, soit car on ne sent pas d'alchimie entre les acteurs. Sa fin est curieuse. Les Mexicains le trouvent tranquille (a-t-il été balancé par les Arméniens après son départ? Peu probable dans la mesure où ils attendaient 500 000$ de sa part et je doute que les Mexicains paient autant l'information). Donc ils le jump tranquille sous un pont, lui qui est si fier et près à tout pour s'en sortir a genre 30 sec pour essayer de forcer la voiture de devant mais il se laisse prendre. Et après pour quelqu'un qui est persuadé qu'il peut toujours se refaire, il s'accroche à son costard et ses diamants (qui sont maudits apparemment) et meurt sans panache dans le désert. Mouais j'aurais préféré une fin à la kaizer sauze pour lui ça aurait renforcé le message de la saison (les bons flics défaits et les vatos qui prolifèrent de la corruption et de l'urban blight)

    Un 8 pour la saison pour moi, pour la performance de Farrel surtout mais il manque quelque chose pour le statut de chef-d'oeuvre auquel la série aspire

  • kicek
    Le 14/08/2015 à 21h07

    Pour ma part, c'est la meilleure adaptation d'Ellroy que j'ai eu l'occasion de voir.

  • fly13
    Le 15/08/2015 à 18h16

    Je vais sans doute hérisser plus d'un ici mais pour moi cette saison 2 a été très décevante, non du point de vue jeu des acteurs qui je trouve trouve ont fait ce qu'ils ont pu avec ce qu'on leur a donné! Parce que ce qu'on leur a fourni était scénérastiquement un gros fouillis qui cherchait sans arrêt sa route et à chaque épisode, je me demandais quand ça allait enfin partir vers quelque chose? Trop, justement, trop de mélanges, on ne savait pas où voulait en venir le scénario. Autant la saison 1 m'avait plue tant par sa noirceur, sa lenteur, son fil conducteur, les acteurs et la fin. Ici la fin ne m'a pas surprise du tout, j'ai même à la limite trouvé que c'était d'un banal et tout à fait prévisible et je me suis dit que le 8ème épisode ne valait pas sa longueur. Donc grosse déception pour moi qui attendait avec impatience et qui adore ces acteurs dont je reconnais le jeu parfait! Pour ceux qui ont aimé, tant mieux, j'ai sans doute loupé un truc (ou pas)!

  • mogwai3030
    Le 05/09/2015 à 09h03

    Oui, après l'époustouflante saison 1 de True Detective, il y avait lieu de s'inquiéter: difficille de faire mieux ! C'est sans doute ce qu'à du se dire le scénariste en nous présentant cette histoire touffue et parfois irritante très différente de son premier opus. Mais au final, grâce au final dirais-je même, il en reste une belle expérience, très au dessus de la moyenne des séries policières proposées actuellement. Un casting de rêve, des prise de vue somptueuses, un scénario et des dialogues léchés, que demander de plus ?

  • Toff63
    Le 19/10/2015 à 11h30

    Très belle critique qui montre que True Detective n'est pas une série comme les autres. Elle sort des entiers battus dans sa narration et surtout dans ce qu'elle dit.
    Ce dernier épisode était à la hauteur avec des scènes noires, beaucoup d'émotions et une tension permanente. La musique, excellente, colle parfaitement à l'atmosphère sombre et fataliste de cette saison. J'avoue avoir cru à un happy end pour Ray, pas pour Frank à cause de dialogues trop accentués avec sa femme et laissant donc penser qu'il ne reviendrait pas.
    La saison n'était pas parfaite, loin de là, moins bonne que la première, sans aucun doute, mais bien au-dessus de ce qu'on peut voir d'habitude et adopte un concept particulier: faire ressentir les choses aux spectateurs au détriment de la qualité pur de chaque épisode (si les personnages s'ennuient, il faut que le téléspectateur le ressentent). Le personnage de Paul n'était pas de trop mais n'a pas trouvé sa place (est-ce volontairement une métaphore pour dire que les homosexuels ne trouvent pas leur place dans la société car ils y sont discriminés (à l'image de certains dialogues de ce final où le mot "pédé" est employé souvent)??? Après tout, au sein du trio de flics, Paul n'était pas très bavard, seuls Ani et Ray se sont confiés et ont trouvé une connexion. Paul, enfermé dans son passé et dans un environnement exclusif, n'a jamais su trouver la porte de sortie.). Les autres persos étaient excellents et très bien interprétés, Colin Farrell et Vince Vaughn étant de plus en plus convaincants au fil des épisodes alors que Rachel MacAdams était excellente du début. Un bon 8.5/10 pour ce final et un bon 8/10 pour la saison.

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