Critiques

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American Crime Story - 1x4 : 100% Not Guilty, 1x5 : The Race Card

Résumé

Alors que le procès commence, les avocats de la défense et de l'instruction affinent leurs tactiques pour la sélection des jurés et lors des premières confrontations.

1x4 : 100% Not Guilty, 1x5 : The Race Card © FX-2016

Nous y voilà enfin. Le procès du siècle. Après trois épisodes de très bonne qualité et nécessaire pour introduire cette histoire – notamment au public qui, comme moi, était trop jeune pour en avoir un souvenir direct –, American Crime Story rentre enfin dans le tribunal et le procès d’O.J. Simpson commence enfin. Point d’ailleurs à remarquer et qui avait déjà débuté dans l’épisode précédent, O.J. disparaît peu à peu, il devient un personnage secondaire, certes le centre de toutes les discussions mais plus le centre de toutes les attentions. Car ce sont les avocats, de la défense et de l’instruction qui jouent à présent les premiers rôles.

Episode 4 : 100 % Not Guilty

Et parmi les avocats, la star n’est ni Robert Kardashian, ni Robert Shapiro, mais bien Johnny Cochran. Magistralement interprété par Courtney B. Vance, Johnny Cochran est un personnage pour moi très ambiguë, et j’en parlerai d’autant plus pour l’épisode 5. Dans cet épisode, on le voit très finement manœuvrer pour prendre la place de Shapiro en tant qu’avocat numéro 1 de la défense. Et bien évidemment, avec son implication de plus en plus grande, la stratégie change. Bob Shapiro (Travolta lui aussi excellent et suffisant à souhait) n’a pas pour but d’innocenter O.J. Simpson, son but est de parvenir à un accord financier entre les deux parties (quitte à plaider l'homicide !). C’est sa spécialité et il est unanimement reconnu pour cela. Mais en faisant entrer Johnny Cochran dans son équipe, en voulant jouer « the race card », il a fait entrer le loup dans sa propre bergerie. Car ce dernier est là pour innocenter O.J. Simpson, mais il est surtout là parce qu’O.J. Simpson est noir.

Or la question raciale est centrale dans ces deux épisodes et provoque des tensions au sein même des deux équipes. Shapiro, homme blanc et bien installé dans le milieu huppé de Los Angeles, se laisse aller à des remarques pour le moins péjoratives (« You know how these people think »). Marcia Clark penche pour un jury constitué en majorité de femmes noires, parce qu’elle pense que toutes les femmes, sans tenir compte de leur couleur de peau, auront de la pitié pour une femme battue. Elle – au départ tout du moins – ne prend pas assez en compte l’importance de la couleur de peau d’O.J. Et ce n’est que parce qu’elle commence à le comprendre qu’elle fait intervenir Chris Darden, faisant prononcer cette incroyable phrase à O.J. : « When did they get a black guy ? ».

Dernier point à relever de cet épisode est l’apparition incroyable de Connie Britton dans le rôle de Faye Resnick, l’amie intime de Nicole. Le portrait qu’elle en dresse est désastreux, à la fois pour O.J., mais également pour la victime elle-même, sniffant de la cocaïne à longueur de journée, couchant avec tous les hommes du quartier ("Brentwood Hello"), une image de la célébrité décadente, telle qu’elle nous est montré à dose quasi-quotidienne aujourd’hui. On sent bien que ce procès n’est pas simplement une affaire judiciaire qui aurait eu plus de retentissement qu’une autre. Pour moi, et de la manière dont est construite la série, ce procès marque la naissance d’une époque, la naissance de notre époque et des maux qui l’entravent.

Episode 5 : The Race Card

Il y a quelque chose de terriblement dérangeant pour nous français dans l’utilisation aussi visible du communautarisme et ce par les deux camps. Voir les deux équipes d’avocats penser en termes d’hommes noirs, de femmes noirs, de blancs, et de tout autre déterminisme ethnique (“We cannot be so held up on skin color!”) est assez perturbant, mais montre aussi toute la différence culturelle entre les États-Unis et l’Europe. Et c’est d’autant plus perturbant que c’est encore une fois chez Johnny Cochran que l’ambiguïté est la plus forte. Et c’est là où la série est très réussie, au moment où l’on pense qu’elle va tomber dans le manichéisme pour en réalité s’en servir.

La première scène de l’épisode 5 est littéralement insupportable et montre – ce qui est encore le cas aujourd’hui bien malheureusement – le problème qui règne dans la police aux États-Unis. Un problème dû à la tension générée par la libre circulation des armes à feux (le policier est prêt à dégainer pour un simple contrôle routier) mais aussi un problème racial. Cochran, qui s’est fait arrêté plusieurs fois dans la semaine à chaque fois sans motif, est menotté pour refus d’obtempérer, et on sent dans cette scène à quel point cela peut rapidement dégénérer et aboutir à des bavures. La scène – même si j’ai été déçu d’un certain manichéisme de la série à ce moment là – est forte et illustre à nouveau le mauvais traitement des noirs par la LAPD, notamment s’ils ont l’audace d’aller dans des quartiers blancs. Mais c’est ce que l’épisode fait de cette scène qui est très fort. Alors que Cochran demande fermement à ses filles de ne pas utiliser le mot « nigger », alors qu'il leur explique à quel point cette ségrégation est une mauvaise chose, il passe l’épisode à ne penser qu’en terme d’opposition frontale entre noirs et blancs. Il est victime de cette ségrégation et pourtant met de plus en plus en avant le coté communautaire de l’affaire. Cela est visible lorsqu’il africanise (je n’ai pas trouvé de meilleur terme) la maison d’O.J. (à qui cela ne plait pas du tout, et qui est d’ailleurs le seul à ne pas penser en termes ethniques mais en terme de réussite sociale et de ses efforts fait pour accéder à la célébrité) mais aussi dans son opposition avec Darden (qu’il conclue de manière provocante par un « nigga, please » du plus mauvais effet). Cette scène est absolument grandiose de tension et de questions posées : oui Darden a raison de dire que l’utilisation du mot « nigger » aveuglera le jury, ce mot a une histoire si tragique qu’il ne peut qu’influencer ceux qui l’entendent. Mais ne faut-il pas l’utiliser lorsqu’il se trouve être l’un des vocables préférés de l’un des témoins qui s’annonce à la barre ?

Car le second point central de l’épisode réside en la personne de Marc Fuhrman, policier blanc de la police de Los Angeles, connu pour son racisme et ses prises de positions. La question tactique pour Marcia Cross est de savoir s’il vaut mieux que ce soit Darden qui lui pose des questions (qu’un homme noir accepte d’interroger un raciste notoire tendrait à montrer qu’il ne l’est pas tant que ça, voilà la tactique de la procureur) ou elle-même, ce qui sera sans doute le cas, mais qui pourrait donner un argument à Cochran en l’accusant d’être trop laxiste et en mettant les deux « blancs » dans le même panier. Cette confrontation avec Fuhrman permet de mettre en lumière les doutes de Chris Darden, très bien interprété par Sterling K. Brown. Ses doutes par rapport à sa propre communauté (il joue pour l’équipe adverse, à tel point que les afro-américains le surnomment Oncle Tom ce qui est d’une violence terrible), par rapport à son talent (le problème de la discrimination positive, il se demandera toujours si les autres le choisissent pour son talent ou parce qu’il est noir) et vis à vis enfin du témoin. Sur ce dernier point, il a raison de douter, puisque la dernière image (là aussi peut-être un peu manichéenne – il faut que je me renseigne plus sur Furhman) montre le policier en train de nettoyer la vitrine où il entrepose sa collection de médailles de la seconde guerre mondiale, parmi laquelle se trouve une belle médaille ornée de la svastika nazie.

Note de l'épisode 1x4

8/10

Note de l'épisode 1x5

9/10

Bilan

Encore deux épisodes de très grande qualité, qui d’après ce que je peux lire ici et là respectent vraiment bien la réalité du procès, mais parviennent à jouer avec nos attentes. Vraiment pour l’instant la série réalise un sans faute, et j’ai envie, à chaque fin d’épisode, d’en apprendre plus et de voir quels effets cette affaire hors du commun va avoir sur ces personnages.

1 Commentaire

  • Toff63
    Le 29/11/2017 à 13h41

    Un excellent épisode 4, où il y a du rififi chez la Dream Team, une sélection spéciale des jurés et toujours beaucoup de questions dérangeantes autour des noirs et du genre. J'ajouterais à ta critique le passage hilarant à propos du nombre de cheveux à prélever sur la tête d'O.J. et le fait que la série évoque pour la première fois la détresse des parents de l'autre victime (Ron), complètement oubliée dans la tourmente O.J.
    Enfin, je suis d'accord avec toi, Connie Britton (déjà vue brièvement dans l'épisode 1) délivre une solide prestation pour décrire le couple particulier Nicole-O.J. 9.5/10

    Pour l'épisode 5, je trouve intéressant que le procès se résume pour l'heure à l'affrontement entre 2 avocats noirs, ayant vécu les mêmes horreurs racistes dans le passé mais pourtant opposés ici. Il y a dans cette bataille une signification forte de ce qu'est l'homme avant tout, avant d'être noir ou autre, l'homme est un prédateur avec des arrières-pensées et ne recule devant rien pour gagner. Johnnie incarne cela, quand son nemesis, encore trop tendre et naïf, est en train de durcir sa carapace.
    Sinon, il s'en passe des choses dans ce procès, entre le procureur évanoui, la visite étrange du manoir, l'accident avec le banc et le cliffhanger sur Fuhrman en adorateur nazi.
    Ma seule grosse déception pour l'instant c'est que le juge manque de charisme et paraît très spectateur!!! 9/10

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