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3 pourcent - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2016 - Netflix

Attention, il faut avoir vu l'intégralité de la saison avant de lire la critique.

Dystopie : Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée, entre autres, comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie.

Depuis quelques années, le cinéma s'est emparé d'un phénomène littéraire très populaire actuellement chez les jeunes : la dystopie. Avec le succès d'Hunger Games, Divergente ou encore Le Labyrinthe, la dystopie est devenue une véritable mine d'or pour les producteurs hollywoodiens, qui ont bien compris l'impact que ce genre pouvait avoir sur les jeunes adolescents souvent en quête d'identité et incompris dans une société de plus en plus individualiste et méprisante. A travers ces mondes post-apocalyptique futuristes et ces protagonistes rebelles et insouciants, ils cherchent des réponses que le monde réel n'a pas. Aujourd'hui, la télévision s'implique de plus en plus dans ce mouvement et propose des productions dystopiques à toutes les sauces, parmi les plus connues : Black Mirror de Charlie Brooker, The 100 de Jason Rothenberg, 12 Monkeys de Chris Marker, et plus récemment Incorporated, produite par Ben Affleck et Matt Damon entre autre.

Dernier bébé télévisuel de la plateforme Netflix, 3 pourcent est une série brésilienne signée Pedro Aguilera, qui après s'être essayé à la comédie dramatique avec Condomínio Jaqueline, s'attaque cette année à la dystopie avec un projet qui pourtant ne date pas d'hier. En effet, un pilote de 3% avait déjà été tourné en 2011 (disponible sur youtube), malheureusement, aucune chaîne brésilienne n'en avait voulu à l'époque. Netflix a donc ré-ouvert le chantier et a offert en cette fin d'année à ses abonnés un produit de qualité, qui nous questionne sur la société actuelle, ses dynamiques et ce qu'elles nous imposent à travers des processus de sélection ignobles.

La première chose marquante après avoir visionné l'intégralité de la série, c'est l'absence totale de manichéisme - et la complexité avec laquelle le réalisateur réussit à mettre le flou et le doute sur les enjeux du Processus ainsi que la vie sur l'Autre Rive. Contrairement à Hunger Games ou Divergente où le mal est représenté par une figure humaine, vivante et parfois gouvernementale, qui instaure un régime de terreur, 3% n'a aucune représentation " visible " à blâmer pour la situation actuelle. Elle nous rend ainsi vulnérable - comme certains protagonistes - à une manipulation mentale sur les bienfaits et la générosité du Processus depuis sa création. Certes, on parle bien d'un " Couple Fondateur ", mais en connaissant leur histoire (ce sont d'anciens pauvres), on ne peut pas être aussi catégorique quant à la politique de ce Nouveau-Monde, gouverné par la sélection. D'autant plus que quelques-uns voient dans le Processus une véritable aubaine, un Paradis accessible à tous. N'ayant aucun méchant à détester et à combattre donc, la série se tourne alors vers des dialogues idéologiques à travers des questions que la situation soulèvent : Est-ce juste de ne sélectionner que 3% de la population ? Pour une vie meilleure, ne faut-il pas faire des sacrifices ?
L'un des points originaux de la série, c'est aussi d'avoir choisit l'apparence d'un pauvre, en l’occurrence le père de Fernando, pour faire la publicité des riches, enlevant toute incertitude quant à la qualité du Processus et ses avantages. Avec un tel discours et en tant que téléspectateur, on admet donc que ce monde est juste, qu'il y a des Elus, des Dieux et que l'on doit les respecter.

Cependant, les règles absolues du genre dystopique n'ont pas échappé à Pedro Aguilera puisque nous avons malgré tout une rébellion, discrète mais présente, qui lutte comme elle peut pour contrer la toute puissance du Processus et ses méthodes de sélection archaïques, connues sous le nom de La Cause. Le choix du nom est d'ailleurs intéressant à bien des égards et continue de rendre sceptique le téléspectateur. En effet, si on dit qu'il vaut mieux perdre une cause juste que de faire une mauvaise action (Jean-Jacques Rousseau ; Esprit, maximes et principes - 1764), on dit également que mourir pour une cause ne fait pas que cette cause soit juste (Henry de Montherlant ; Les jeunes filles - 1936). Et si pour vivre mieux, il fallait vivre caché et en petite communauté ? Le débat est lancé !

L'ambiguïté de la personnalité et de la psychologie des personnages contribue aussi à enlever toute trace de manichéisme. On assiste en effet à un spectacle où chacun doit prouver sa valeur, en ayant à faire des choix parfois difficiles, parfois même à l'encontre de leur propre moralité, lors des épreuves du Processus - le véritable point fort de la série 3 pourcent. C'est à travers celles-ci que les futurs " appelés " peuvent révéler leur vraie nature et qu'on s'aperçoit alors de toute la complexité de l'être humain lorsqu'il est confronté à sa survie. Le tout servi par une mise en scène impeccable de Pedro Aguilera, qui a su créer une véritable personnalité à ses protagonistes dystopiques, dont l'histoire, le passé, les rebondissements et les épreuves qu'ils ont traversé en font des personnages complexes, non-caricaturaux, non-manichéens, attachants et sincères. Car malgré le chaos désarticulé organisé dans le bâtiment d'Ezequiel, certains restent fidèles à eux-mêmes et à leurs sentiments, même si pour cela, ils doivent franchir une certaine limite.

Le réalisateur aime brouiller les pistes, que ce soit sur le passé, le Processus et l'Autre-Rive, le téléspectateur nage en eaux trouble et se retrouve ainsi à la place des adolescents, dans un brouillard d'incertitude.
Cela peut être un défaut comme une qualité scénaristique, chacun ressentira différemment la série de Pedro Aguilera. Pour ma part, l'absence d'historique sur le Couple Fondateur, la création du Processus, l'absence de localisation de l'action et d'un visuel de l'Autre-Rive m'a quelques fois empêché de me plonger complètement dans la série Netflix. Je suis un téléspectateur qui a besoin de repères pour se sentir investi émotionnellement. Mais après tout, le mystère n'est-il pas la source d'un succès assuré ?

8/10

Bilan

Servi par un casting inconnu mais efficace, 3 pourcent s'installe comme un objet télévisuel hors-norme, une sorte de huis-clos tantôt angoissant, tantôt à la limite du supportable, qui dévoile les limites de l'Homme à faire face à des situations désespérées, et qui rappelle à certains moments l'excellent thriller psychologique de Stuart Hazeldine, L'Examen (cf. la scène dans le gigantesque " hangar "). Des choix difficiles, que le réalisateur a su mettre en scène avec brio, à travers une réalisation sobre, ce qui est d'autant plus louable, et de cliffhangers et coups de théâtre maîtrisés, mais aussi de qualité, qui donnent un cachet inédit à 3%.

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