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The Young Pope - 1x5 : Episode 5

1x5 : Episode 5 © Canal + - 2016

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

The Young Pope entame son milieu de saison avec les mêmes thèmes sans pour autant être redondante, ni lassante. La série explore un peu plus la dualité de la personnalité de Pie XIII et propose un cinquième épisode lui-même scindé en deux.

L’introduction de celui-ci montre Lenny Belardo regarder ses parents s’en aller sur un ferry après qu’il ait couru dans les rues de Rome pour les rattraper. Apparition, rêve ou hallucination, le passage est aussi poétique que sombre. La pesante bande son composée de violons efface le traditionnel Watchtower rock’n’roll du générique, signe de mauvais présage pour la suite des événements.

Une bonne partie de l’épisode reprend les storylines habituelles avec notamment Esther, utilisée comme appât pour pousser Pie XIII à faire un faux pas. Tout ne se passe pas comme prévu pour le cardinal Voiello puisqu’au dernier moment, il décide de ne pas faire éclater de scandale. Un retournement assez fin qui montre la capacité de la série à ne pas tomber dans la facilité. Un peu plus tard, Pie XIII en profite pour saborder Voiello et contrecarrer ses plans, imposant de nouveau sa domination par l’humiliation publique et privée.

Loin des tractations du pouvoir, on en apprend plus sur la vie personnelle de Lenny Belardo avec son meilleur ami le cardinal Dussolier. Quelques souvenirs ici et là mettent en parallèle une sortie nocturne avec leur passé à l’orphelinat. Je ne suis pas vraiment fan des flashbacks qui - pour l’instant - n’apportent rien de très probant. Les scènes du présent sont d’ailleurs plus parlantes. Je pense à cette rencontre, abstraite au possible, avec une prostituée : c’est à ce moment que le côté « humain » de Pie XIII, mangeant un sandwich en jogging avec un ami, laisse place à son côté « divin » plus sombre dans cet épisode.

La transition vers la deuxième partie est subtilement amenée. Tout commence avec le cardinal Gutierrez dont il avoue connaître les secrets. S’en suit un repas avec Sœur Marie où le sujet des retrouvailles de ses parents revient sur la table. Puis une énième humiliation de Voiello. En arrière-plan, on assiste à l’arrivée d’une coiffe depuis l’Amérique et à la construction d’un fauteuil. Séparément, toutes ces scènes semblent ne pas avoir d’intérêt. Et pourtant, elles inaugurent un moment primordial dans le pontificat du Pape : sa première allocution au collège cardinal.

Commencent alors les vingt dernières minutes de l’épisode, parfaites, rappelant l’exceptionnel pilot. Paolo Sorrentino aborde ce passage délicat en cassant les codes : la préparation vestimentaire et l’entrée des cardinaux n’est pas illustrée avec un chant religieux, mais avec un tube electro house à l’opposé, à savoir Sexy and I Know It de LMFAO. Un décalage étonnant qui fait la particularité de The Young Pope.

Dans une schizophrénie la plus totale, le faste Pie XIII fait son entrée dans toute sa splendeur, balayant le Lenny Belardo du début d’épisode. Dans un écrin de choix, la Chapelle Sixtine, chaque plan est soigneusement composé pour souligner la domination du Pape. Suit un monologue glaçant qui propulse la narration un peu plus loin dans l’obscurité. Tel un dictateur lisant une déclaration de guerre, le pape consolide son pouvoir et déstabilise davantage la direction actuelle du Vatican.

Les déclarations sont plus violentes les unes que les autres, Pie XIII faisant part d’une espèce de rejet du clergé et de l’Eglise en tant qu’institution. Une annonce paradoxale puisqu’il en fait partie mais ne se sent pas concerné. Sa prise de pouvoir se concrétise un peu plus, accentuant la déification du personnage. Alors qu’il impose aux cardinaux une allégeance complète sous peine des les envoyer en enfer, le jeune pape leur confie une mission particulière : s’effacer au profit des fidèles qu’il souhaite fanatique au maximum, recherchant une fidélité qualitative et non quantitative.

Sans nous laisser suspendu à cette tension, l’épisode se conclut assez intelligemment avec une scène plus intimiste qui appuie le grand bouleversement précédent. Au summum du pouvoir, Pie XIII rencontre le berger Tonino pour lui envoyer un message très clair : il n’existe qu’un seul représentant ultime de Dieu sur Terre, lui-même. Cette seule scène démontre la qualité de la production : les jeux de lumières et la mise en scène sont finement étudiés. Je retiens cette image du pape entouré de quatre cardinaux, se tenant tel le Parrain dans la lumière, face au faible Tonino debout dans sa petite chapelle sombre éclairée par les bougies.

Surfant sur le thème du totalitarisme ou encore de la secte, Paolo Sorrentino offre un nouveau tournant à sa série d’anticipation. Ce cinquième épisode réunit ce que The Young Pope sait faire de mieux.

9/10

Bilan

Indéniablement, ce cinquième épisode se distingue par une qualité exceptionnelle pour une série télévisée et parvient à surprendre par sa finesse dans l’écriture et la réalisation.

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Note de la série :
7.7/10