Critiques

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The Young Pope - 1x6 : Episode 6

1x6 : Episode 6 © Canal + - 2016

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Ce sixième épisode situe son intrigue près de neuf mois après le choc de l’épisode précédent où Pie XIII assommait le Saint Siège avec une prise de pouvoir aussi agressive que mémorable.
Une courte introduction symbolique souligne un thème majeur de la série : la vieillesse de l’institution religieuse, finement illustrée par la mort en plein repas d’un cardinal dans l’indifférence presque générale. Un rapide plan de mobilier qui s’effondre nous questionne alors sur la cause de cet écroulement : est-il la conséquence de la décrépitude du Vatican ou le symbole du grand changement instauré par le jeune Pape ?

Étonnement, l’épisode ne va pas du tout s’engouffrer dans cette thématique et va rapidement passer à autre chose. Quelques longues minutes font alterner l’officialisation du titre de cardinal pour Gutierrez et des scènes de sexe plutôt crues de Dussoliez avec une femme et un jeune homme. En bref, une mise en perspective déjà vue sur le fond comme sur la forme qui n’apporte pas de réelle plus value.

Pire encore, le montage propose un enchaînement de scènes confus qui accentue le malaise ressenti pendant cette première partie d’épisode. En voulant montrer beaucoup de choses, parfois trop symboliques et abstraites, Paolo Sorrentino se perd et nous perd par la même occasion. L’accouchement d’Esther illustre bien ce problème, l’ellipse de neuf mois permettant l’arrivée du bébé et offrant par la même occasion une des scènes les plus plates du show jusqu’à maintenant.

Bien heureusement, la sortie de route ne fut que temporaire, la série reprenant vite ses couleurs. Si sur la forme on est loin du symbolisme et de l’imposant decorum du cinquième épisode, cette première entrevue avec le Premier Ministre italien est tout aussi fondamentale sur le fond.

Après son espèce de coup d’état totalitaire, Pie XIII entend bien étendre son pouvoir sur la société civile. Jude Law est plutôt bon dans le côté malicieux de son personnage qui se délecte de toujours avoir une longueur d’avance. Après un parallèle intelligent sur la nomination des deux hommes de pouvoir, Pie XIII avance ses pions et énumère ses volontés : annulation du mariage gay, privation du droit de divorce, d’avortement et d’euthanasie, restriction des libertés de culte des musulmans et des hindous ainsi que l’agrandissement des frontières du Vatican.

Au premier abord, le Premier Ministre résiste et use même de sarcasme face au Pape qu’il considère comme assez extrémiste pour que l’Italie puisse enfin s’émanciper de l’emprise de l’Eglise. C’est mal connaître Pie XIII qui sort l’artillerie lourde sans sommation. Le Saint-Père menace de décréter le non-expedit, à savoir l’interdiction pour les catholiques de se prononcer lors des élections politiques. Pire, il menace même d’ordonner à Dieu « d’annihiler » les votants du chef du gouvernement à la prochaine échéance électorale.

Autant d’intimidations sérieuses qui font immédiatement basculer celui-ci qui s’en va, à contrecœur, avec la liste des demandes du Pape tout en cachant la vérité aux médias. D’autres thèmes associés sont d’ailleurs abordés en filigrane comme la manipulation des dits médias ou encore une gestion de l’image similaire à du marketing.

The Young Pope dévoile également un autre point important de son intrigue. C’est la première fois que Pie XIII est directement associé à la figure du « Diable » et nommé comme tel à deux occasions. Jusque là, on comprenait bien de manière détournée que le personnage étant tantôt bienfaiteur, tantôt figure du Mal.

Comme pour étayer cela, le jeune pape conserve un comportement extrémiste. Il répète son aversion de l’homosexualité et parle même « d’excommunication déguisée » à propos des femmes ayant avorté. Comme si ce n’était pas assez, il reçoit assez violement la demande de destitution qui lui est faite par un ordre chrétien différent du catholicisme. A leur menace de schisme, il répond en les insultant et menace même de les anéantir.

Assez logiquement, Paolo Sorrentino continue de tailler ce nouveau costume de dictateur totalitaire à Pie XIII. Chaque nouvelle frasque du personnage est mise en scène et écrite avec intelligence et brio. La mollesse du début d’épisode est très dommageable tant la fin de celui-ci est profonde.

La conclusion aère un peu la densité de l’intrigue et l’ouvre sur une storyline différente. Voeillo fait alors face à un officier de police qui enquête sur la disparition de Tonino après les intimidations du pape et de son entourage. Ce n’est qu’à la toute fin que Pie XIII laisse place à Lenny Belardo, seul, se grillant une clope après une séance de musculation, énième contraste soulignant la dualité du personnage.

6/10

Bilan

La forme plus classique et une sortie de route momentanée donnent un rendu mitigé pour ce sixième épisode. Sur le fond, il conserve néanmoins une intrigue de qualité en majeure partie, dans la lignée de ce qui a été construit précédemment.

2 Commentaires

  • rem13
    Le 29/01/2017 à 22h49

    Franchement, cette série porte plus sur une analyse psychologique de l'exercice du pouvoir et sur une réflexion quant au positionnement de l'Eglise que sur le totalitarisme !

  • Yazid
    Le 06/03/2017 à 17h37

    @rem13 : je t'ai répondu sur la critique de l'épisode 8. Je ne parle de totalitarisme qu'à propos du comportement de Lenny (sur la forme). Sur le fond, l'étendue de ses pouvoirs reste relative : le Premier Ministre peut céder mais pas obéir complètement et les cardinaux ont eux aussi des compétences particulières que le pape ne remet pas en question.

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Note de la série :
7.7/10