Critiques

Seriesaddict.fr  par | 1

The Young Pope - 1x9 : Episode 9

1x9 : Episode 9 © Canal + - 2016

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Alors que la fin de saison se profile, The Young Pope profite de l’introduction de ce neuvième épisode pour aller sur un terrain encore trop peu montré à l’écran. Dans une chapelle Sixtine déserte, Pie XIII et son mentor le cardinal Spencer s’adonnent à une joute verbale philosophique à propos de la religion et de l’interprétation des textes sacrés.

Jamais la série n’aura été aussi loin sur la question, préférant survoler la problématique et mettre le focus sur les querelles internes du Saint-Siège. Ici, les deux hommes s’opposent farouchement sur l’avortement, Pie XIII tenant un discours extrémiste alors que Spencer campe sur une position modérée, le tout à coup de citations de versets de la Bible ou de paroles historiques de religieux. Sans trop pousser dans la technicité de la religion ni dans l’analyse pure, ces quelques minutes donnent plus de profondeur au show et permettent de mieux cerner la personnalité des deux personnages.

La relation entre les deux hommes constitue d’ailleurs l’intrigue secondaire de cet épisode. Lenny Belardo veille Spencer mourant. On aura rarement vu le héros être autant décontenancé et si faible. Dans la toute petite chambre éclairée à la bougie, chaque émotion et chaque parole comptent. Comme dernière volonté Spencer demande à Belardo de lui raconter si une légende s’avère vrai. Suit alors un flashback où l’on retrouve Dussolier et Belardo adolescents, rendre visite avec sœur Marie à la mère malade d’un ami. Priant près cette femme, Lenny semble commander un miracle qui guérit instantanément la mourante. Un beau moment suivit du dernier souffle de Spencer. Plus tôt considéré comme le Diable, Pie XIII est ici considéré comme un Saint, la série nous ayant habitué à ses prières express pour ordonner des miracles voire même éliminer des gens comme Sœur Antonia dans l’épisode précédent. La conclusion de cette storyline offre une dimension mystique parfaitement maîtrisée peu vue dans la série.

Retournons sur l’intrigue principale de l’épisode qui change de nouveau radicalement de décor. Après l’Afrique, l’histoire prend place dans le quartier du Queens à New-York City où le cardinal Gutierrez enquête sur l’affaire Kurtwell. L’atmosphère évolue également et instaure une espèce d’ambiance de thriller, une nouveauté appréciable, qui plus est réussie.
De nombreuses fois évoquées, l’affaire est traitée très tardivement à l’écran, même si l’on sait que Gutierrez est sur place depuis plusieurs mois. L’archevêque Kurtwell apparaît comme un vieil au homme malade mais toujours guidé par ses instincts pédophiles. Prêt à tout pour arriver à ses fins, il menace le pape de dévoiler des secrets, en l’occurrence des lettres d’amour, qui après lecture par un journaliste, ne constituent aucunement un scandale. Acculé, le coup de grâce ne tarde pas à tomber puisque Gutierrez, au prix de nombreux efforts, finit par trouver des témoins et des preuves accablantes des agissements de Kurtwell qui se voit obligé de retourner au Vatican pour être jugé.

J’ai trouvé que le tout était intelligemment amené. Un seul épisode aura pu paraître assez court pour conclure l’action et pourtant chacun joue un rôle particulier, notamment les personnages secondaires. Qu’il s’agisse de la gérante obèse de l’hôtel, du jeune sportif victime de Kurtwell ou du fils détraqué de ce dernier, ils bénéficient d’une écriture efficace qui donne du relief à cette intrigue loin du Vatican.

Ces trois protagonistes nourrissent également la caractérisation du personnage de Gutierrez. Je trouve Javier Càmara d’un naturel et d’une justesse inouïe. Avec toute la sobriété nécessitée par son personnage, il réussit à transmettre toute une palette d’émotion à ce cardinal profondément bon malgré son alcoolisme. Rarement la série aura réhabilité un membre de la curie du pape, habituellement dépeints sombrement par leurs vices.

Après toutes ces lignes, l’épisode peut paraître très dense mais pas du tout. Sans que cela ne soit de trop, Paolo Sorrentino se permet d’ajouter quelques passages dispensables qui participent néanmoins à alimenter la psychologie des personnages. Je pense notamment à la visite cachée du pape à Esther et son enfant ou à ces quelques images du vent agitant des branches le matin après la mort de Spencer, signe de sa prétendue sainteté.

Le réalisateur en profite également pour conclure poétiquement ce neuvième épisode. Alors que la voix de Lenny Belardo lit une touchante lettre d’amour ou il dit ne plus se rappeler de sa petite-amie, on nous montre celle-ci lire la même lettre dans la presse. Sur le titre Never Be Like You de Flume, elle attrape alors quelques oranges et jongle avec devant ses enfants, en souvenir du passé. Bien que complètement superflue, cette rapide scène est caractéristique de la volonté de Sorrentino de véritablement raconter un personnage ou une histoire. Le plus souvent avec ce genre de passages poétiques, symboliques voire même abstraits qui en disent parfois beaucoup plus qu’une narration classique et évidente.

8/10

Bilan

A la veille de la fin de saison, The Young Pope exploite son second souffle en proposant une atmosphère inédite à l’équilibre maîtrisé entre ses passages mystiques et son intrigue aux allures de thriller.

1 Commentaire

  • Toff63
    Le 19/04/2018 à 11h23

    J'ai beaucoup aimé cet épisode et je n'ai pas trouvé la scène finale superflue mais nécessaire et intéressante.
    Par contre, je partage ton bémol sur la participation inutile d'Esther. 9/10

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Note de la série :
7.8/10