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The Young Pope - 1x10 : Episode 10

1x10 : Episode 10 © Canal + - 2016

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Paolo Sorrentino opère certain un revirement dans la narration de son season finale, et ce dès l’introduction de celui-ci. Momentanément mise sur pause, la dense intrigue principale laisse place à une succession de scènes légères comme pour marquer une ultime inspiration avant de s’attaquer à la conclusion de la saison.

« Le monde s’est arrêté » précise la voix-off d’un journaliste qui explique que la révélation des lettres d’amours du pape a profondément marqué la planète entière. Il s’agit là la pierre finale de l’entreprise de réhabilitation menée ces derniers épisodes et qui redorait d’une certaine manière le blason du Pie XIII.

L’affaire Kurtwell, bien qu’expédiée, réussit à nous surprendre à l’occasion de son dénouement. Le pape révèle qu’il a choisi Gutierrez comme enquêteur parce qu’il avait lui-même été victime de pédophilie dans son enfance. Une information jusque là cachée par l’intéressé. La confrontation avec Kurtwell est également inattendue. Là où le clash pointait son nez, le réalisateur offre une alternative plus posée. Pie XIII feint être à l’écoute alors que l’archevêque pédophile déballe ses mensonges. Un parallèle est alors fait avec le précédent épisode où il parle d’un homme marquant et bienfaisant de son enfance. Pour essayer de minimiser ses crimes, il se dit lui aussi victime de pédophilie et dépeint cet homme comme un prédateur sans merci.

Les quelques minutes qui suivent sont un bijou d’écriture et d’interprétation. Conscient des mensonges de Kurtwell, Pie XIII entre dans son jeu et lui propose de retourner en Amérique que alors Gutierrez semble s’étrangler à quelques mètres de là en entendant ces propos. C’est sans compter sur l’intelligente cruauté dont fait preuve le jeune pape quand il s’agit de punir quelqu’un. Il demande à Kurtwell de pointer New-York City sur un globe tout en sachant que les tremblements des mains de celui-ci ne le permettent pas. L’accusé pointe alors l’Alaska où il est immédiatement envoyé en guise de châtiment.

Cette fin de saison est également l’occasion pour Pie XIII de remercier ses plus proches soutiens. Il oblige Sœur Marie à le quitter pour remplacer Sœur Antonia en Afrique, une décision imposée mais nécessaire et bénéfique pour le duo. Le héros précise d’ailleurs qu’il n’a plus besoin de sa « mère » adoptive puisqu’il n’est plus un pape enfant et qu’il est enfin devenu un homme.

Le changement, voire la maturité, est fortement marqué avec cette phrase. Le personnage est d’ailleurs plus calme et posé. Ses prises de position extrêmes semblent aussi se lisser à l’image de son homophobie notoire. Il donne l’impression d’avoir changé d’avis quand Gutierrez refuse le poste de secrétaire particulier en révélant son homosexualité et son opposition au pape sur le sujet. L’apaisement de Pie XIII touchera même son farouche ennemi Voeillo avec qui il semble avoir fait la paix. Le célèbre cardinal à la mouche en profite d’ailleurs -dans une scène un peu sortie de nulle-part je dois avouer- qu’il ne révélera jamais le sort du pauvre Tonino.

Le reste de l’épisode, pour sa majorité, renoue avec des passages un peu plus subjectifs, des apparitions ou encore des images subliminales, parfois un peu trop. La sainteté du pape revient sur le tapis et de nombreux plans renvoient vers son enfance. Je retiens néanmoins ce passage surréaliste où l’on voit Lenny demander conseil à ses prédécesseurs de toutes époques. Un pari osé mais complètement pertinent qui donne toute son originalité à la série.

Vient alors l’heure de la conclusion, obligatoirement dédiée à une décision importante de Lenny Belardo au sujet de ses parents. J’ai trouvé ces dernières minutes très simples sur la forme avec quelques passages lourds de sens sur le fond. Là encore, Sorrentino explose le prévisible et dénue la toute fin de tout –ou presque- symbolisme à l’image.

Lenny décide enfin de se montrer en public, mais il le fait à Venise, sa terre de naissance. Dans un écho à son allocution imaginaire du season premiere, il s’adresse à une place Saint Marc noire de monde. La retransmission télévisée est l’occasion de revoir une bonne partie des personnages croisés tout au long de cette saison alors qu’ils sont devant leur poste. Citant la jeune sainte Juana à qui le show a fait régulièrement référence, il s’élance dans un discours réaliste abordable pour tous. Il parle notamment de l’enfant (celui qu’il a été), de l’enfance et des enfants, des thèmes largement traités dans ce dernier épisode et tout au long de la saison.

Alors qu’il avait fait de l’imprévu son credo, le créateur et réalisateur propose une fin prévisible quelque peu décevante. Avec une longue vue offerte par Gutierrez un peu plus tôt, il croit voir ses vieux parents dans la foule avant que ceux-ci ne disparaissent. Lenny s’effondre alors, victime d’un malaise (le deuxième dans cet épisode), rare image d’un pape avant tout humain et donc faible comme nous tous. La caméra s’élève alors lentement dans le ciel, puis dans l’espace et termine The Young Pope sur un ultime plan de la planète Terre.

Une chose est sûre, ce dernier épisode ne ressemble en rien aux neufs autres, Sorrentino préférant casser l’élan des deux précédents épisodes au profit d’une fin posée, presque suspendue dans le temps. Plutôt déroutant bien que la qualité et l’originalité soient toujours au rendez-vous.

7/10

Bilan

Season finale à l’atmosphère particulière qui remplit son rôle et clôture correctement la saison malgré quelques déceptions ici et là.

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Note de la série :
7.8/10