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Feud - 1x1 : Pilot

Résumé

Alors que la carrière de Joan Crawford est au point mort depuis plusieurs années, et que celle de Bette Davis est en perte de vitesse, les deux femmes décident de s'allier dans une production horrifique pour retrouver leur gloire d'antan. Mais tout cela ne pourra se faire dans un climat apaisé...

1x1 : Pilot © 2017 - FX

L'expert des anthologies télévisuelles, Ryan Murphy, est de retour avec une troisième production dont il a le secret. Après l'enivrante American Horror Story qui arrivera en fin d'année à sa septième saison, et la passionnante American Crime Story qui se verra offrir deux nouvelles saisons en 2018, voici venir Feud. Ou la ré-interprétation de querelles célèbres, avec une fois encore, un casting de rêve (jugez plutôt : Jessica Lange, Susan Sarandon, Kathy Bates ou encore Stanley Tucci). Une bonne idée ne fait pourtant pas forcément une bonne série, mais preuve est de constater que ce premier épisode est très prometteur. Glamour, ironique et intelligente, Feud devrait permettre à son auteur de diversifier son génie créatif, au-delà des histoires horrifiques et des récits judiciaires dans lesquels il s'est d'ores et déjà illustré.

Avant toute chose, il est à noter que je n'ai jamais vu le film dont il est question dans la série : « What ever happened to Baby Jane ? » (1962) puisque je me réserve la surprise à la fin du show de Murphy : après avoir été plongé dans les méandres de sa création, je découvrirai l'oeuvre de Robert Aldrich. Mes critiques hebdomadaires ne reviendront donc pas sur la fidélité au film, mais bel et bien sur les personnages en tant qu'éléments d'une série à part entière. Dès les premières images, avec un générique intelligent dans la pure veine des thrillers hollywoodiens de l'époque (on pense à Sueurs Froides d'Hitchcock), Feud nous prépare à la rivalité qui nous attend. S'étalant sur cinquante cinq minutes, le series premiere relate la montée du projet du film avec un humour apprécié. Loin de l'humour absurde et vain de Scream Queens, Ryan Murphy renoue avec un ton comique plus intéressant : vif et satirique, il devrait nous réserver de bons sourires au cours des prochaines semaines (notamment avec le contrat liant Joan Crawford à la marque Pepsi-Cola, à l'origine de plusieurs sourires dans l'épisode).

L'ombre de la dernière saison d'American Horror Story n'est pas loin puisque l'épisode s'ouvre sur un procédé cher au réalisateur : la mise en abyme d'interviews. Ainsi, aux côtés de grandes figures hollywoodiennes interprétées par Catherine Zeta-Jones ou Kathy Bates, l'on reconstruit pas à pas la querelle de Davis et Crawford dans les années 60. Ce procédé, qui risque de devenir une habitude pour les anthologies de Murphy (il l'utilisait déjà dans la deuxième saison de son anthologie horrifique), sert de liant au récit qui relate avec efficacité et rapidité les préparations du tournage du film. Auréolée d'une reconstitution documentée et satirique d'un Hollywood sexiste prônant le jeunisme, la réalisation de Murphy (qui est derrière la caméra pour ce pilote) fait les bons choix esthétiques au fil de l'épisode. Dès lors que la caméra se met en marche sur le plateau de tournage, les tons monochromes du noir et blanc reprennent leur place de choix, pour coller au plus près d'une production passée. Tout amoureux du cinéma qui se respecte prendra un plaisir non feint en découvrant les arcanes des tournages de l'époque, du péplum au film plus intimiste.

La force de l'épisode n'est ainsi pas vraiment à retrouver dans les fils narratifs, finalement assez convenus, mais plutôt dans l'interprétation fine et éloquente des têtes d'affiche, ces dernières étant épaulées par des dialogues ciselés. Jessica Lange excelle, une fois encore, dans la peau d'une « diva » toujours insatisfaite, alors que Susan Sarandon joue avec exubérance un personnage haut en couleurs, en témoigne son apparition fardée sur le plateau de tournage en fin d'épisode. Pour l'instant, le choc des titans tant attendu n'en est qu'à ses prémices, mais il est déjà évident que ces deux actrices devraient nous réserver des scènes d'anthologie dans les semaines à venir. Du coup, pour nous surprendre davantage et éviter les chemins trop balisés, l'équipe créative devrait s'éloigner de la sobriété d'American Crime Story pour épouser une forme plus originale. Si la série judiciaire s'y prêtait à merveille, c'est moins le cas pour cette histoire de querelle sur fond de long-métrage horrifique !

Finalement, malgré le manque de prise de risques de la part de l'équipe créative, l'épisode est solidement construit. S'il intrigue parce que ses personnages ont des caractères bien définis, il doit encore nous surprendre pour pleinement nous convaincre qu'il ne s'agit pas seulement d'une belle reconstitution caustique.

8/10

Bilan

Un premier épisode très convaincant grâce à une réalisation soignée, des interprètes déjà inspirés et un récit attrayant.

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