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Feud - 1x2 : The Other Woman

Résumé

Alors que la production de « What ever happened to Baby Jane ? » est lancée, les deux actrices principales du film essayent tant bien que mal de se supporter sur les plateaux de tournage. De son côté, le réalisateur doit s'assurer du succès prochain de son film en se rapprochant dangereusement des médias avides de potins croustillants.

1x2 : The Other Woman © 2017 - FX

Feud nous avait déjà bien surpris avec son premier épisode, mais l'essai est définitivement transformé avec ce second jalon d'une saison de huit épisodes. En proposant un récit dynamique, varié au niveau des tons employés, et parfaitement interprété, la nouvelle anthologie de Murphy nous offre un véritable modèle d'écriture scénaristique. En dépassant le simple cadre de sa narration, l'épisode porte un regard critique intelligent et brillamment construit sur les femmes, le jeunisme et les productions cinématographiques.

Cette semaine, alors qu'une apparente alliance semblait unifier les deux stars du film en plein tournage, des tensions ne tardent pas à resurgir. Justifiant le titre de l'anthologie, ces tensions naissent avant tout des besoins promotionnels des producteurs du film que Joan Crawford et Bette Davis tournent ensemble. Sans scandale, point de publicité, et cela, les producteurs l'avaient déjà compris à l'époque retranscrite par la série. L'épisode nous présente donc un univers hollywoodien plus brutal qu'il n'y paraît : n'hésitant pas à sacrifier ses actrices sur l'autel de la presse, le réalisateur du film (Robert Aldrich) ligue ses actrices l'une contre l'autre. Ce regard critique d'une mécanique destructrice s'accompagne de véritables réflexions sur la place des femmes dans la société (sujet sur lequel les interviewés, relatant l'histoire de la querelle, discutent quelques instants) et l'importance de la jeunesse des acteurs/actrices sur les écrans. Cette dernière réflexion est d'ailleurs mise en lumière par une séquence forte en émotions entre Bette Davis, incarnée par l'épatante Susan Sarandon, et sa fille (interprétée avec justesse par Kiernan Shipka).

Mais au-delà de son lourd bagage critique, l'épisode fonctionne aussi grâce au temps qu'il s'octroie pour raconter les personnages et leurs relations majoritairement houleuses. Même si une place moins importante est accordée au tournage du film des deux actrices dans cet épisode, cette absence est contrebalancée par la grande place offerte aux histoires personnelles des personnages. Alors que l'on nous présente le quotidien éreintant de Robert Aldrich (contraint de céder aux nombreux caprices de ses vedettes), Joan Crawford, de son côté, apparaît plus manipulatrice et capricieuse que jamais. A ce titre, la rencontre entre Joan et la journaliste Hedda Hopper est un modèle du genre – même si la rédactrice en question est présentée comme un vautour par l'usage récurrent de coiffes aux plumes exubérantes, dans cette séquence, elle est la proie d'une Joan Crawford stratégique. D'ailleurs, si l'interprétation de Jessica Lange n'est plus à souligner, l'on ne peut qu'applaudir les dialogues ciselés qui lui sont proposés.

Quant aux émotions ressenties à la découverte de ce second épisode, elles sont multiples. Là où bons nombres de séries historiques retracent platoniquement des faits sans emphase émotionnelle, Feud propose à ses spectateurs de rire (la première partie de l'épisode, à l'image de l'éviction d'une jeune actrice jugée trop dangereuse par les vedettes du film) mais également de pleurer (dans une deuxième partie d'épisode plutôt tournée vers les âmes de ses personnages – on pense notamment à la séquence finale, lourde de sens quant au quotidien épuisant d'un réalisateur hollywoodien). En ajoutant à cela une bande originale discrète mais parfaitement adaptée, l'on obtient un épisode d'une efficacité rare.

A la lecture de ces lignes, vous l'aurez compris, Feud fait déjà partie des meilleures séries de ce début d'année 2017. Si Ryan Murphy a toujours su proposer des univers cohérents et originaux dans ses séries, on ne peut que saluer la sobriété éloquente de sa nouvelle production. Sans laisser de côté l'esprit corrosif qui le caractérise, il nous offre une plongée dans un passé à l'élégance satirique maîtrisée. Sur une telle lancée, la qualité du show ne devrait pas s'amoindrir et pourrait même nous surprendre encore (d'où l'absence d'un 10/10 pour cet épisode) !

9/10

Bilan

De l'élégance, de l'intelligence, du rire et de l'émotion dans un cocktail savamment orchestré. Feud poursuit sa première et magnifique saison sans accrocs.

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