Critiques

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Legion - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2017 - FX

Historique

Fan des X-Men depuis son enfance, le réalisateur Noah Hawley souhaitait depuis longtemps mettre en scène les mutants de La Maison des Idées. Après avoir conclu la première saison de la série Fargo sur FX en 2014, Noah Hawley se tourne donc une fois encore vers la chaîne américaine, qui avait déjà le désir de développer une série X-Men, avec une idée bien précise en tête : mettre en lumière le Club des Damnés, une organisation secrète dont les membres les plus influents sont des adversaires récurrents des élèves du Professeur X. Cependant, le showrunner de Bones n'est pas séduit, et discute avec Simon Kinberg, producteur de la franchise X-Men au cinéma, afin de trouver une nouvelle option. Les deux hommes tombent d'accord sur le personnage de Legion, que Noah Hawley trouve intéressant du fait de sa maladie mentale et y voit là une occasion de proposer aux téléspectateurs quelque chose d'original. Séduite, la FX commande alors un pilote de Legion en octobre 2015, avec la participation de Marvel Television... Vous connaissez la suite.

Une série trop esthétisée ?

J'avais vraiment envie d'aimer la série de Noah Hawley, pour ce qu'elle présentait d'abord, à savoir un personnage peu connu de l'univers X-Men, le fils de Charles Xavier, mais aussi pour ses positions artistiques et esthétiques assumées, qui nous avaient tous charmés lors de la promotion du show. Et c'est notamment sur ce dernier point que nous allons débattre.

La série est visuellement très aboutie, cela ne fait aucun doute, qu'on ait, oui ou non, aimé la production mutante de la FX. Malheureusement, c'est également son principal point faible. En effet, Legion finit par ne plus rien proposer d'autre qu'une succession de plans/séquences esthétisés à l'extrême et se perd donc dans sa propre beauté visuelle, au détriment du scénario. Attention, je ne dis pas que tout est à jeter, j'en veux pour exemple l'épisode 7, qui est certainement l'un des plus beaux épisodes toutes séries confondues depuis près d'une décennie, mais à vouloir faire une œuvre trop propre, trop belle, on prend le risque d'ennuyer le téléspectateur, et c'est exactement l'effet qu'a eu le show sur moi. Car Legion s'enferme, s'emprisonne dans ce ton embellit à cause de son scénario et de son personnage schizophrène aux pouvoirs télépathiques immenses. En effet, on passe l'intégralité de la saison une dans la tête de David, ce qui vient justifier toute cette folie artistique. Mais ne pouvait-on pas faire une série au scénario plus classique, mais attrayante, avec une entité visuelle aussi chatoyante ? Car passé 2-3 épisodes, on comprend la mécanique et le schéma scénaristique imposé par Noah Hawley et les surprises/rebondissements réels se font rare, rendant l'histoire très lisse et sans saveur.

Les épisodes s'enchaînent et les longueurs scénaristiques sont de plus en plus visibles, le sentiment d'ennui prend le dessus, et on n'a qu'une seule envie : couper la tête de David pour souffler et reposer notre propre cerveau. Cette sensation provient aussi de l'effet d'enfermement du scénario voulu par Noah Hawley, que certains adoreront et que d'autres détesteront. Je suis plus mitigé à ce propos, mais je reste convaincu qu'avoir choisi un personnage comme David n'était qu'un moyen pour le réalisateur de faire ce que j'appellerais de la branlette visuelle, que les critiques adulent, faute de mieux. Mais si nous n'avions que des séries et films comme Legion, certains seraient plus sceptiques quant aux qualités du spectacle de la FX.

Pour ce qui est des musiques choisies, tantôt angoissantes, tantôt décalées/humoristiques, elles traduisent à la perfection les situations ou émotions des personnages et dynamisent des scènes, qui sans son, paraîtraient bien banales.

Les personnages : Des atouts indéniables

Les personnages de Legion sont les réels points positifs de la série. De par leur choix, mais aussi de leurs pouvoirs, qui gravitent autour de ceux de David comme un aimant, créant une dynamique très intéressante. La télékinésie, la télépathie, le don de mémoire ou celui de changer de corps par le toucher forment un cercle harmonieux qui, quand ils rentrent en collision, offrent à la fois des moments touchants, émouvants, cocasses mais aussi terrifiants et angoissants.

Outre le personnage de David, qui est magistralement interprété par Dan Stevens, les protagonistes les plus attachants restent ceux de Kerry Loudermilk (Amber Midthunder) et de Cary Loudermilk (Bill Irwin), dont la relation ambiguë apporte quelque chose de dramatique et pathétique (dans le bon sens du terme) à la fois à la série. Leur duo fonctionne à merveille, et on ressent, grâce à leur interprétation et leur jeu d'acteur, toute la sincérité, la douleur et les dilemmes auxquels ils sont confrontés en permanence, alors qu'il aurait été plus aisé d'en faire des atouts cocasses et comiques.

On ne peut pas parler des personnages de Legion, sans évoquer la love-story entre David et Sydney " Syd " (Rachel Keller). On sait à quel point il est difficile de mettre en scène des histoires romantiques captivantes sur le long terme, et Noah Hawley a là aussi réussit à développer une histoire forte et émouvante, avec ce dilemme du toucher, que je n'ai pu m'empêcher de comparer avec les histoires tragiques de ces femmes violées, qui, suite à des expériences déchirantes avec des déséquilibrés, n'osent plus rentrer en contact physique avec des hommes, par manque de confiance (Noah Hawley y aurait-il pensé aussi ?). Et l'histoire de David et Syd est aussi une question de confiance. Si c'est son pouvoir qui l'empêche de rentrer en contact physique avec David, il y a tout un processus de mise en confiance et d'apprivoisement qui s'installe entre eux au fil des épisodes, malgré l'absence de toucher, même si David arrive par la suite à créer une réalité dans laquelle il peut embrasser, câliner sa bien-aimée, offrant par ailleurs des scènes d'amour et de complicité assez poignantes.

Parlons désormais de la menace qui hante la tête de David, une entité nommée Jenny (ainsi que toutes ses autres formes), dont la folie est brillamment retranscrite par l'interprétation de l'actrice Aubrey Plaza, qui est elle-même sublimée par la réalisation, il faut bien l'admettre. Comme on passe 95% du temps dans la tête de David, il fallait quand même une vraie menace pour élever les enjeux d'un scénario parfois ennuyant et étiré. Et Jenny s'impose facilement comme une menace pesante et angoissante tout au long de la saison une, malgré des rebondissements quasi-inexistants sur son parcours psychique au sein de l'esprit mental de David.

Concernant les autres méchants, Brubaker (David Selby), Walter/L'Oeil (Mackenzie Gray) et Clark (Hamish Linklater), il est dommage de constater qu'ils sont malheureusement trop sous-exploités, notamment à cause de l'aspect gouvernemental évincé de la série. Pourtant, il y avait de belles histoires à raconter, je pense surtout au personnage de Clark, qui présentait la famille de ce dernier lors du season finale, et qui aurait mérité d'être davantage mis en avant, particulièrement pour son aspect sociétal très actuel comme le mariage homosexuel, l'adoption pour un couple gay etc...

Enfin, un mot sur Mélanie Bird (Jean Smart) et Ptonomy Harris (Jeremie Harris), qui auraient mérité un traitement plus poussé, principalement après le retour dans la vie normale d'Oliver Bird (Jermaine Clement), mais que la saison 2 devrait combler.

6/10

Bilan

Si Legion n'est pas une mauvaise série en soi, son traitement visuel et son esthétisme excessif supplantent un scénario fantôme, qui ne propose pas grand-chose en terme d'histoire (mais rajouter des sous-intrigues à gogo, n'aurait-il pas été également une erreur ?). La série passe son temps à se libérer d'un " cancer " et la lassitude prend alors le pas sur le divertissement. Heureusement, Legion peut compter sur une galerie de personnages incroyables, incarnés par des acteurs tout aussi géniaux, qui sauvent la série grâce à leur interprétation.

8 Commentaires

  • Paul-E-12
    Le 11/04/2017 à 19h09

    Très bonne critique. Pour moi ces choix réalistiques ont eu un énormes défauts: je n'ai rien compris à l'histoire.. Aucun moyen de savoir ce qui était vrai, où tout simplement ce qu'il se passait donc je suis assez déçu même si celà reste une série bien réalisée

  • Loic Marie
    Le 11/04/2017 à 19h33

    Merci Paul ! :)

  • Yosu
    Le 11/04/2017 à 20h02

    Eh bien je pense en effet que c'est une série qui divise beaucoup. Très bonne critique, mais je vais apporter un avis contraire ; j'ai personnellement été totalement subjugué. J'adore ce genre de parti-pris trippesque poussif au possible mais pourtant totalement assumé, qui nous fait passer par toutes les facettes du psyché de David. L'épisode 7 est un pur chef-d'oeuvre à part entière, tous les personnages sont magistralement joués, bref moi ce fut un véritable coup de coeur.

    Toutefois je comprends facilement qu'on accroche pas à cet univers, c'est très complexe à suivre, certains épisodes semblent ne pas faire du tout avancer l'intrigue, c'est un pur bordel visuel, mais pour peu qu'on accroche à cet type de délire, la série est un pur bonheur à suivre.

  • fahemus
    Le 11/04/2017 à 20h51

    Bonne critique, je l'ai ressenti aussi cette ennuie par moment, mais il y a eu toujours des moments dans l'épisode qui me l'a enlevé.
    Je trouve qu'un 6/10 est très dur, je lui mets un 7.5/10.

    Episode 7 > Wow

  • Keyroh234
    Le 12/04/2017 à 16h33

    En règle générale, je suis très souvent raccord avec vos critiques, mais là, je suis quelque peu déçu.
    6/10 pour une série de cette qualité? Non non et non !
    Comme Utopia, les 2 premières saisons de Misfits etc, j'ai tout simplement pris une claque de l'espace. La réalisation ultra léchée, qui renvoie directement à certains comics (que vous ne semblez pas connaitre sinon vous auriez saluer le rapprochement...) est justement là pour troubler le spectateur, pour finalement jeter un voile sur ce qu'il voit, ou croit voire.
    Legion, c'est tout sauf de l'action pure et dure, c'est avant tout la représentation de la dualité, d'un combat psychologique de haut vol. A partir de ce moment là, il est difficile de comprendre la critique sur une histoire "classique" alors que le parti pris est le traitement à proprement parlé de cette histoire d'affrontement intérieur.
    Pour moi, ce sera donc un 9,5/ 10 pour une saison 1 exceptionnelle pour une série qui l'est tout autant.

  • Loic Marie
    Le 13/04/2017 à 13h57

    @Keyroh234 : Pour remettre à tes interrogations, non, je n'ai pas lu les comics, et quand je fais une critique de série tirés de comics, je ne fais presque jamais de comparaison, car cela n'a aucun intérêt puisque les adaptations sont souvent libres et prennent d'autres parties pris. Je juge une œuvre telle que je la vois.

    Pour le reste, encore une fois, ce n'est qu'une question de goût et d'approche. Je suis d'accord sur le fait que cette réal représente, comme tu le dis, une dualité d'un combat psychologique intense, mais si cela reste bien foutu, j'ai trouvé que c'était très ennuyant au bout d'un certain temps, surtout quand on comprend la mécanique.
    Pour finir, la série ne trouble rien du tout, on sait exactement où est la vraie réalité et les autres réalités. De ce point de vue là, ce n'est pas que c'est raté, mais une fois qu'on capte le schéma du scénario, c'est très facile de " sortir du labyrinthe " ;)

  • Fabz
    Le 05/11/2017 à 01h34

    Très perplexe après m'être fait l'intégrale de la saison 1 à la file...J'ai trouvé qu'il y avait des longueurs mais j'ai apprécié les côtés années 70 et psychédélique. Je comprend que ce soit dur de retranscrire une psyché, et cela n'a pas les mêmes échos selon les personnes. Bref, j'attends quand même la seconde saison avec impatience :)

  • Heyjude
    Le 24/02/2018 à 23h55

    Je ne sais pas trop quoi penser de cette série. Je viens de finir difficilement la saison une même si j'ai apprécié certains passages, le bilan est mitigé. Le côté esthétique psychédélique est top mais ça donne une impression de m'as-tu vu, on a l'impression qu'on nous en met plein la vue pour nous faire oublier le scenario fantôme et le jeu d'acteur plutôt plat. C'est dommage parce que cette série avait un potentiel de malade mais ça n'a pas été exploité comme il faut. Sans parler du fait qu'à trop vouloir laisser planer le téléspectateur dans la confusion, celui-ci s'y perd un peu trop au détriment de la plein compréhension de l'histoire. Donc j'ai passé - dans l'ensemble - un bon moment surtout en comparaison de la daube qu'on nous sert d'habitude dans la sphère série TV, MAIS je ne prendrai pas la peine de poursuivre l'aventure si saison deux il y a.

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