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Feud - 1x6 : Hagsploitation

Résumé

Alors que les carrières de Joan Crawford et Bette Davis sont presque au point mort, exception faite de productions horrifiques au rabais, un nouveau projet de Robert Aldrich les rassemble une seconde fois pour le meilleur comme pour le pire.

1x6 : Hagsploitation © 2017 - FOX

La semaine dernière, Feud nous a délivré un épisode frôlant la perfection. Il aurait été difficile de renouer cet exploit, d'où un sixième épisode forcément moins efficace. A l'image des précédentes anthologies de Murphy, chaque nouvel épisode apporte son lot de nouvelles intrigues et/ou de nouveaux personnages qui empêchent la véritable évolution des personnages principaux. « Hagsploitation » insiste donc sur le quotidien difficile de Joan Crawford, après son succès arraché aux Oscars, alors qu'une nouvelle collaboration avec Bette Davis et Robert Aldrich se profile. Dans un ballet un brin répétitif, Feud ré-freine son allure pourtant exceptionnelle depuis le season premiere.

Alors que l'on craignait une prise de partie de la part des scénaristes dans la querelle, dès le troisième épisode du show, elle se révèle malheureusement visible. Joan Crawford est la véritable héroïne de la première saison, alors que Bette Davis est reléguée au rôle d'antagoniste truculente. Cette prise de position, assez dommageable puisqu'elle s'attarde sur une femme éternellement insatisfaite, ternit l'écriture intelligente de la série. Dans ce sixième épisode, Bette Davis n'apparaît qu'à la vingtième minute, après avoir été mise en retrait dans l'épisode précédent qui insistait sur les stratagèmes de Crawford. D'ailleurs, l'antipathie incarnée par Jessica Lange est développée par l'intervention d'un nouveau personnage, frère de Crawford, qui n'a d'utilité qu'un enfoncement narratif de ses insatisfactions répétées. Pour nous faire comprendre que l'actrice est prête à tout pour réussir, ce fil narratif est au rendez-vous (avec moins de subtilités que ce à quoi la série nous avait habitués). Même s'il s'agit probablement là d'une étape réaliste de la vie de l'actrice Joan Crawford, l'on ne peut que regretter l'insistance sur une seule représentante de la fameuse querelle dont l'équipe créative tient à raconter les coulisses.

Toutefois, si une partie de l'épisode manque d'ambition et de diversité, l'autre continue à construire une narration cohérente et efficace. De fait, la plongée dans l'industrie cinématographique se poursuit avec une scène d'avant-première (du film « Strait Jacket » de William Castle) en introduction qui insiste sur l'euphorie des spectateurs à cette époque, de même que la lecture du script du prochain film d'Aldrich dans la deuxième partie de l'épisode permet de découvrir un autre aspect d'une production cinématographique. Cette séance est l'occasion, pour les deux actrices, de jouer de leur ironie dévastatrice, même si les piques acerbes du tournage de leur précédent film étaient plus éloquentes. L'épisode peut décevoir parce qu'il reprend les schémas narratifs et créatifs déjà employés dans les cinq épisodes précédents, mais il continue à être réalisé avec soin. Ainsi, le cœur de l'épisode développe la critique d'un monde cinématographique vérolé par les financiers : alors que Jack Warner sent le bon filon des productions horrifiques dans lesquelles les anciennes gloires hollywoodiennes se ridiculisent, il n'hésite pas à proposer/imposer à Robert Aldrich de s'occuper de ses deux anciennes poules aux œufs d'or. Qu'importent les états d'âmes de ses employés, Warner veut du blé !

Aux côtés de ces répétitions et autres satires mordantes, l'on peut compter sur le parcours singulier du réalisateur Robert Aldrich, vacillant entre une vie privée en pleine implosion – dimension que la série dépeint avec subtilité – et des contrats professionnels enfin contestés (« get my balls back » énonce-t-il d'une voix affirmée à un Jack Warner enfin confronté). Il serait dommage que la série se repose sur la scène finale, dans laquelle Crawford comprend que son ennemie entretient à nouveau une passion intime avec le réalisateur du film, et qu'elle retombe dans une caricature dramatique peu appropriée. Mais l'on peut faire confiance aux scénaristes pour nous proposer de prochains épisodes ambitieux.

Finalement, ce sixième épisode demeure trop caricatural pour pleinement convaincre. Préférant les schémas déjà usités dans les épisodes précédents, de même que l'insistance sur l'une des deux actrices à l'honneur, la série poursuit son bonhomme de chemin, avec moins d'éclats que ce que l'on était en droit d'attendre. L'on se demandait où la série comptait nous mener à l'issue de l'apogée qu'était la cérémonie des Oscars, on s'inquiète désormais de son manque de surprises.

7/10

Bilan

Un épisode en deçà des précédents même s'il comprend encore de jolies réflexions sur l'industrie cinématographique. Avec soin, la saison se poursuit, les surprises en moins.

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