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Seriesaddict.fr  par | 2

The Leftovers - 3x1 : The Book of Kevin

3x1 : The Book of Kevin © HBO - 2017

Croire. Convaincre. Persuader. Savoir.

The Leftovers[[]] revient pour sa troisième et dernière saison et ses thématiques sont toujours aussi présentes. Tout comme ses mystères, au détriment peut-être dans ce season première de son émotion.

Comme l’année dernière, la série revient avec un saut dans le passé. Certes nous ne revenons pas aussi loin qu’en début de saison 2, c’est-à-dire à la préhistoire. Néanmoins on se retrouve dans un endroit difficile à déterminer, en 1844, en compagnie de pèlerins qui se sont établis dans une terre vierge, un groupe mené par un pasteur messianique qui leur annonce la fin des temps. Et le pasteur est cru par ses ouailles, notamment par une famille, le père, le fils et surtout la mère qui, à chaque jour J, montent sur leur toit en attendant que Dieu vienne les chercher. Évidemment, des gens qui attendent d’être emportés, par Dieu, ou par une quelconque force nous rappelle le Grand Départ, celui qui n’a été voulu par personne mais qui a été subi par tous.
Mais à chaque désillusion, à chaque contretemps dirait le pasteur, la foi du père et du fils s’étiole, pendant que celle de la mère demeure. Voici donc un premier exemple de ce qu’une croyance peut causer sur l’union d’une famille, comment croire ou ne pas croire peut éloigner des gens qui auparavant étaient proches. Le lien avec les Guilty Remnant et surtout la jeune Evie est alors évident et se fait d’ailleurs de manière tout à fait simple, par un traveling qui nous fait revenir à Miracle, et voir Meg et Evie mourir « vaporisées » par un missile, mourir pour leur croyance. Croyance en quoi, cela n’aura jamais été dit explicitement, mais en tout cas croyance qu’il ne faut pas oublier ce Grand Départ. Le ton est donné, The Leftovers est bien de retour.

Après ce début en fanfare, la série reprend trois ans plus tard, toujours à Jarden, une ville qui semble avoir retrouvé son statut de ville miraculeuse mis à mal par l’arnaque menée par Meg. Les gens continuent d’affluer, pour être là notamment pour le septième anniversaire du Grand Départ, véritable compte à rebours vers la fin de la série, et peut-être la fin du monde. Comme le fait remarquer Matt, le chiffre sept et sa symbolique biblique permettent d’imaginer que s’il doit à nouveau se passer quelque chose, c’est pour ce septième anniversaire que cela arrivera.
Tout l’épisode se construit sur la découverte de la nouvelle situation des différents personnages, de ceux qui sont là, et de ceux qui ne le sont plus, comme Lily par exemple, la petite fille adoptée par Nora et Kevin. Que lui est-il arrivé ? Est-ce à cause de cela que Kevin s’asphyxie après que Nora est partie ? Pourquoi Nora a-t-elle un plâtre ? Où se trouve Erika Murphy, l’ex-femme de John ? Malgré toutes ces interrogations, la vie de Kevin semble être plus calme que dans la saison précédente, le fantôme de Patti est parti, son fils est à ses cotés dans les forces de Police, la famille étendue vie presque sous le même toit, avec John Murphy en couple avec Laurie et Michael aidant Matt à l’église.

Néanmoins, nous reprenons l’histoire au moment où cette vie se complique à nouveau. Dean, le chasseur de chiens de Mappleton, arrive à Jarden et prévient Kevin d’un complot des canidés pour infiltrer le gouvernement et prendre le pouvoir précisément le jour du septième anniversaire. La force de The Leftovers est d’avoir réussi à nous mettre le doute sur tout ce qu’il se passe, de nous avoir fait entrer dans un monde de croyance. Car évidemment, cette histoire ne tient pas, nous sommes en plein dans le conspirationnisme le plus fou, où les reptiliens sont remplacés par les chiens. Même Kevin en rit (lorsqu’il dit qu’ils auront la patte sur le bouton nucléaire). Mais les événements auxquels nous avons assisté lors des saisons précédentes nous pousseraient à croire à tout, et même à n'importe quoi.

Difficile de passer sur tous les événements de ce season première, très dense, comme par exemple ce faux (est-il si faux que cela ?) baptême de Kevin. Ce dernier se fait baptiser pour calmer la situation lorsqu’un groupe de protestants voulant se souvenir des Guilty Remnants avait tenté de dénoncer l’hypocrisie de l’église. Une hypocrisie incarnée par Matt, qui lui n’a plus la Foi mais a sombré dans la superstition, interdisant à sa femme de quitter la ville par peur que le miracle qui l’a sorti du coma ne soit plus effectif. La Foi a une valeur universelle. La superstition s’ancre toujours dans le particulier. Croire en Dieu est avoir la Foi. Croire en Jarden, c'est sombrer dans la superstition.

Il faut attendre la fin de l’épisode pour comprendre le titre de l’épisode. Le Livre de Kevin est un nouvel évangile, écrit par Matt pour faire part des miracles qui entourent la personne de Kevin. Sa résurrection, son sauvetage par le tremblement de terre, son voyage dans l’au-delà, autant d’événements qui, s’ils n’en font pas un nouveau Jésus, en font en tout cas une personne à part, une sorte de saint. On comprend à travers cet épisode que Kevin, quelle que soit la force, la divinité, l’intelligence extraterrestre à l’œuvre, a une place prépondérante, dans l’histoire et dans la vie de ceux qui l’entoure. Mais alors que vient nous dire cette dernière séquence ? Dans ce qui est un épilogue, un prologue pour une nouvelle histoire ou une partie du récit, nous retrouvons Nora Durst bien plus âgée, refusant d’avouer que le nom de Kevin lui dit quelque chose. Où est-elle ? Où sont tous les autres ? Pourquoi refuse-t-elle d’avouer sa connaissance de Kevin (ou d’un Kevin) ?

Voilà encore des questions dont les réponses seront distillées au fur et à mesure des sept épisodes restants, des interrogations très nombreuses dans un season première hypnotique, quoique peut-être un peu moins émotionnel que celui de l’année dernière. Mais en tout cas The Leftovers revient dans toute sa complexité, sa poésie pleine de grâce mais aussi de noirceur, un récit où les personnages possèdent toujours en eux un mal être dû au Grand Départ mais aussi aux départs engendrés par la vie et le temps qui passe.

8/10

Bilan

Un très bon season premeire, qui offre son lot de mystère mais continue à traiter les problématiques chères à Damon Lindelof, à savoir la Foi, les croyances, la Mort ou encore le souvenir et le deuil. Une série sur la vie en somme.

2 Commentaires

  • llDeborall
    Le 21/04/2017 à 14h56

    Wahoo très bonne critique et très bonne analyse de votre part Fabien.

  • NoraD.
    Le 24/04/2017 à 12h23

    Ravie de retrouver les critiques de Fabien pour cette dernière saison !!

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