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Girls - Bilan saison 6

Bilan saison 6 © HBO - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Girls a fait ses adieux au petit écran la semaine dernière après six années d’occupation remarquée sur la grille des programmes. Bien que les audiences n’aient pas été à la hauteur ces derniers temps, la série bénéficie tout de même d’une rare fin créative et ne s’est pas vue couper l’herbe sous le pied par HBO.

Il est donc l’heure de dresser le bilan de cette sixième et ultime saison. La première chose qui frappe après avoir regardé ces dix derniers épisodes, c’est une espèce de cohérence et d’unité dans la narration. Clairement, les dernières heures de la série ont été minutieusement préparées et la saison entière se veut une sorte de final géant.

Le niveau général est un peu plus élevé que pour les autres saisons. Hormis un tout début chancelant et la sortie de route de l'épisode 7, les bons épisodes se sont succédés sans pour autant se ressembler. Je pense notamment au bottle episode, prise de position féministe nécessaire et exhaustive. Impossible d’oublier ce « faux » season finale qui a réunit nos héroïnes pour la dernière fois et a permis une conclusion intimiste et hors du temps à la série avec Latching.

On est assurément loin d’un series finale comme celui de Scrubs, un des plus beaux et complets à mes yeux, qui réunissait une grande partie de son casting à travers les années et se permettait un saut émouvant dans le futur des personnages. Girls prend ici le parti d’une fin singulière en évitant, au passage, les clichés de la réunion XXL ou encore ceux de la fin tellement ouverte qu’il n’existe même plus de conclusion.

A la saison de la maturité l’année dernière a donc succédé la maturité elle-même cette saison. Les adulescentes de la génération Y sont devenues des jeunes adultes avec leurs lots de désillusions et de responsabilités. En gardant son oeil réaliste caractéristique, le show a fait évoluer ses personnages dans les mêmes thématiques mais avec un angle plus sérieux : réussite personnelle et professionnelle, maternité, vrai sens de l’amitié ou de l’amour ont encore chamboulé nos amis new-yorkais.

Après six ans, le casting presque inconnu à l’époque, a brillé à l’occasion de cette ultime saison. J’ai toujours reproché aux Adam Driver, Allison Williams et autres Andrew Rannells des prestations poussives parfois insupportables. Je ne sais pas ce qui s’est passé cette année mais le casting principal a excellé avec un jeu juste et naturel très plaisant. J’ai une pensée particulière pour Lena Dunham que j’ai souvent détestée mais qui m’a beaucoup touché cette saison. De manière générale, les acteurs se sont approprié les scénarios brodés au drama profond et aux dialogues piquants. On regrettera néanmoins les absences de Zosia Mamet dont la prise de maturité aurait été pertinente à l’écran ou encore une Jemima Kirke sous-exploitée malgré un fort potentiel dramatique.

N’oublions pas le casting secondaire et les guests qui se sont régulièrement distingués à l’écran pendant ces six années. Discrets pour la fin de la série, il faut néanmoins saluer la prestation impeccable de Becky Ann Baker qui a donné une toute autre dimension au personnage d’Hannah et à son intrigue. Avec justesse, la présence du personnage de Loreen est la vraie bonne idée de ces derniers épisodes qui n’auraient pas eu la même profondeur sans lui.

Au même titre que ses personnages, Girls a évolué. Son ADN est resté le même sur le fond mais a trouvé un juste milieu sur la forme. Cette saison se démarque par un vent de fraîcheur bienvenu, impératif pour clore la série. La narration s’est construite autour de l’intrigue principale qu’était la grossesse d’Hannah. A côté, on évite les erreurs du passé et on restreint au minimum les storylines secondaires.

Cinq années de plans fixes ultra léchés ont laissés place à une image plus brute et dynamique. Le recours à de nombreux décors extérieurs a souligné ce renouveau et cassé la routine qui s’était installée. Rien d’exceptionnel du côté de la réalisation qui a su se faire discrète au profit des scénarios la plupart du temps très fins. Seule Nisha Ganatra, toute nouvelle dans l’univers, semble avoir pu bénéficier d’une carte blanche pour réaliser le fameux Goodbye Tour et le propulser très haut dans la liste des meilleurs épisodes de la série.

Si on additionne les notes de chaque épisode on arrive à un petit 7/10 mais cette sixième saison mérite un bon 8/10 grâce à sa capacité de renouveau sans pour autant bafouer sa mythologie.

Une chose est sûre, Girls a été clivante tout au long de ces six années et n’aura pas marqué le grand public. Mais la série aura su faire mieux encore : faire évoluer les mentalités. Lena Dunham, féministe engagée, a davantage ouvert la porte d’une représentation plus juste et exhaustive des personnages féminins de fiction. Restera dans les mémoires, le corps "imparfait" de la créatrice exploser les standards physiques superficiels à coups de nudité frontale nécessaire pour faire avancer les choses bien que flirtant avec l’exhibition de temps en temps. Il est fort à parier que de nombreux shows aujourd’hui et demain constitueront une descendance logique de Girls qui n’a clairement rien inventé mais a permis d’accélérer la prise de conscience sur des thèmes d’actualité.

Personnellement, la fin de Girls résonne différemment que toutes les autres fins de séries. Ceux qui ont lu mes critiques savent que j’ai pu être très sévère envers le show et ses créateurs. En écrivant sur chaque épisode pendant six ans, j’ai vécu l’expérience autrement qu’en simple téléspectateur. C’était une chance unique de pouvoir suivre l’évolution d’un univers depuis ses débuts. J’ai aussi beaucoup changé entre temps et j’ai vu mon style d’écriture progresser et s’enrichir tandis que mon œil de téléspectateur s’est affiné et mon esprit critique progressivement construit. La série, bien qu’imparfaite, a tenu un rôle important pour le passionné que je suis et c’est avec un véritable pincement au cœur que je lui dis au revoir aujourd’hui.

8/10

Bilan

Sixième et ultime saison de qualité qui conclut la série avec un vent de fraîcheur et de renouveau tout en rendant hommage à sa propre mythologie. Girls tire sa révérence avec les honneurs.

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