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Gotham - Bilan saison 3

Bilan saison 3 © 2017 - Fox

Cette critique contient celle de la season finale, diffusée mardi dernier.

Gotham est la dernière série super-héroïque à conclure sa session 2016-2017, l'heure pour nous de revenir sur cette troisième année à travers un petit bilan qui s'intéressera donc aux points forts et aux faiblesses de cette saison 3.

Gotham : Une saison en quatre parties

La particularité de la saison 3 est qu'elle a été divisée en quatre arc narratifs bien distincts, même si l'ombre de la Cour des Hiboux planait constamment sur les trois premières, de manière assez subtile, je dois bien le reconnaître, malgré mes craintes. Sur la durée, cette séparation a été bénéfique pour Gotham puisqu'elle a permis à la série de se dynamiser, d'offrir aux téléspectateurs bons nombres de rebondissements (certains réussis, d'autres non), mais également de faire évoluer ses personnages dans différents environnements, avec des menaces dont les impacts ont su les faire progresser positivement (un point sur lequel je reviendrais, notamment pour le personnage de Bruce Wayne).

. Arc 1 : Le Chapelier Fou

La première partie de la saison 3 s'offrait un vilain plutôt inattendu en la personne du Chapelier Fou. Pas le plus puissant des super-vilains, mais peut-être un des plus fourbes. Et malgré ce que l'on pourrait croire, Jervis Tech a été à la hauteur des attentes, bien plus que Tobias Church (Arrow) pour faire une comparaison. En effet, Tech a eu le droit à un développement plutôt abouti avec une origin-story travaillée. Néanmoins, l'équipe créative a fait deux erreurs, qui ont coûté cher à l'introduction du Chapelier dans l'univers télévisuel de Gotham. Premièrement, son arrestation rapide et extrêmement mal mise en scène, décrédibilisant à la fois le personnage (et son intelligence) et ses actions passées. Deuxièmement, la réalisation, qui restait quasiment sur le même ton/ambiance qu'un épisode lambda de Gotham. Avec un personnage dont liens avec l'oeuvre de Lewis Caroll, Alice aux Pays des Merveilles, sont forts, il est dommage de constater le peu d'effort fait au niveau des couleurs, de la mise en scène (des références burtonienne auraient été appréciées) mais également des références en général.
Cependant, la menace qu'il représentait était sérieuse (le jeu d'interprétation de Benedict Samuel y est pour beaucoup), et les conséquences de son arrivée étaient maîtrisées puisqu'elles s'étendaient jusqu'à la fin du season finale.

. Arc 2 : The Executionner

Une des conséquences justement, concerne ce pauvre capitaine Barnes. Droit et intègre, le chef du GCPD est vite devenu schizophrène après être rentré en contact avec le sang d'Alice Tech. Entendant des voix lui dictant de franchir la limite, il commença donc à tuer chaque membre de la pègre de Gotham. Une solution à la Punisher, qui remet donc en cause les notions du bien et du mal et de la justice, mais que les scénaristes de la série ont survolé, alors que certains sujets étaient pourtant d'actualité. Et si finalement le fait que Gotham n'effleure qu'à demi-mot ces thèmes n'est pas très dérangeant (nous avons l'habitude), en revanche, le déroulement de l'intrigue est, lui, décevant. En effet, si la construction dramaturgique sur la décadence du Capitaine Barnes était dans les premiers épisodes maîtrisée, les scénaristes ont pris le contre-pied et ont offert un spectacle un peu pauvre, en privilégiant la brutalité à la subtilité. De plus, ses derniers instants en liberté (épisode 9) étaient bâclés, comme ceux du Chapelier Fou, comme si les scénaristes voulaient expédier rapidement leur arc narratif pour vite se concentrer sur La Cour des Hiboux. Ces deux intrigues méritaient d'être étoffées, même si leur réapparition au cours de la saison ont été de qualité.

. Arc 3 : Jérôme

Avant de repartir en pause pour plusieurs semaines, Gotham consacrait un double voire triple épisode (si on considère l'épisode 12 comme un épisode à part entière ou comme un simple teaser) sur le retour de Jérôme, alias le prétendu Joker de la série - car l'est-il vraiment après tout ? Une résurrection très attendue par certains fans, qui avaient apprécié la performance de l'acteur Cameron Monaghan, dont l'interprétation est plutôt honnête et pas pire que celle de Jared Leto, mais pas aussi bonne que celle d'Heath Ledger ou de Jack Nicholson, avouons-le.
Pour en revenir à l'intrigue autour de Jérôme, elle était pour le moins superficielle, et manquait parfois d'ambition. C'est un Joker très jeune, qui débute dans le milieu criminel certes, mais on aurait imaginé quelque chose de plus précis et de plus fou dans la mise en scène des actions, à l'image d'un super-vilain totalement et déjà déjanté. La longue séquence au cirque/fête foraine (un hommage au comic-book d'Alan Moore Killing Joke ?) n'était pas assez abouti et le sadisme de Jérôme et de ses compères aurait pu être poussé à leur paroxysme, notamment en s'attardant plus sur les jeux présentés qui, pour la plupart, étaient assez trash.

Enfin, concernant l'affrontement entre Bruce Wayne et Jérôme, j'étais il y a quelques mois, assez perplexe sur cette séquence. Dans ma critique des épisodes 13&14 j'avais écris : " Quant à l'affrontement entre Bruce et Jérôme, je suis toujours perplexe. La façon de procéder de Bruno Heller est très étrange. En effet, j'ai toujours du mal avec le fait que Bruce côtoie, parfois de très près comme ici, les futurs super-vilains qu'il devra défier dans quelques années sous le costume de Batman. La timeline de la série est difficile à suivre, et la saison trois commence à montrer les limites d'une production basée sur les origin-story de la rogue gallery du Chevalier Noir. Il n'y a plus vraiment de cohérence, ni même de fil conducteur et les scénaristes enchaînent les fan-service sans penser à l'avenir de Gotham. "
Un point sur lequel je reviendrais un peu plus tard, et sur lequel mon avis a changé, malgré encore quelques réserves.

. Arc 4 : La Cour des Hiboux

Si les trois premières parties ont parfois été en demi-teinte, l'arc narratif autour de La Cour des Hiboux a littéralement sauvé la saison 3 de Gotham.
Les scénaristes ont su créer l'attente dès le season premiere en amenant l'intrigue tranquillement, sans forcer, privilégiant le mystère et le suspense de façon pertinente.
Par la suite, les motivations de La Cour des Hiboux sont devenues claires et on attendait chaque épisode avec impatience pour voir le dénouement de leur action. Même si quelques erreurs/facilités scénaristiques ont parsemé les épisodes, La Cour a su représenter une véritable menace, malgré une fin quelque peu décevante (décidément !). En effet, on apprend que c'est Ra's Al Ghul qui avait planifié la mort de La Cour, et c'est sur ce point que j'ai tilté. La Cour des Hiboux avait encore tellement de choses à offrir pour les années à venir que j'ai trouvé sa disparition très maladroite. Cependant, la venue de la Tête du Démon a créé une belle intensité autour du personnage de Bruce Wayne et de son drame familial, même si, là aussi, j'aurais apprécié que l'orphelin reste du côté obscur encore quelques temps, pour tisser de nouvelles tensions dramatiques dès le début de la saison 4.

Les points forts et les points faibles de la saison 3

Au départ, je voulais séparer ce nouveau paragraphe en deux, mais la plupart des points forts étant aussi des points faibles, j'ai décidé de les fusionner.

. Un peu plus haut, j'expliquais les problèmes que j'avais rencontré avec la structure temporelle de [[Gotham] - et donc par l'âge avancé de certains super-vilains. Je me suis posé et j'ai réfléchi à ces choix scénaristiques sans chercher une explication rationnelle liée aux comics, et me suis alors rendu compte que mon erreur avait été de me focaliser sur l'aspect " prequel " de la production de Bruno Heller.
En prenant un angle différent et en adoptant un autre point de vue, en l’occurrence, celui d'une série policière/fantastique comme peut l'être Grimm, je me suis pris à ré-apprécier Gotham et ses personnages. En omettant l'aspect Batmanien, on s'aperçoit donc de toutes les qualités que peut offrir la série. Toutefois, j'avoue avoir eu du mal avec le season finale et la séquence où Bruce sauve un couple et son enfant dans une ruelle (une scène symbolique faisant écho à sa propre tragédie), " déguisé ", son premier acte de justicier masqué annonce le début de l'embrassement de sa destinée. Je suis de nouveau perplexe face à cette situation mais après tout, il faut voir comment vont évoluer les choses au cours de la saison 4.
Je sais que beaucoup d'entre vous ont également réappris à aimer la série en faisant abstraction du caractère préquelien de Gotham, mais dites moi en commentaire si vous aussi vous ne trouvez pas cette séquence un peu prématurée.

. Le Pingouin et Nygma sont de très loin les deux meilleurs personnages de Gotham et ceux qui ont bénéficié d'un traitement de faveur tout particulier, avec des développements personnels parmi les plus aboutis, des rebondissements parmi les mieux amenés et les plus intéressants, ce n'est donc pas une surprise si les scénaristes ont tenu à rapprocher les deux protagonistes. Au départ, j'ai été très déçu qu'Oswald et Edward ne vivent pas leur idylle, assumer un couple homosexuel dans une série super-héroïque aurait été un choix tellement audacieux. Mais passée la déception et avec un peu de recul, la dégradation de leur relation a été bénéfique. En effet, mettre en avant des couples dans une série est toujours délicat puisqu'on s'expose à des séquences d'une grande banalité (ex : Olicity), qui desservent les personnages. De plus, la " rupture " dynamise la relation entre Cobblepot et Nygma mais aussi leur duo, et offre de jolis moments aux téléspectateurs. Ma seule crainte est l'aspect répétitif de leur petite guéguerre, qui pourrait se prolonger dans la saison 4, et donc devenir lassante.

. Poison Ivy : Au début de la saison 3, le personnage de Poison Ivy a subit quelques changements puisque suite à un tragique accident la jeune adolescente (Claire Foley) est devenue une adulte (Maggie Geha). Si son rôle était assez minime, mais plus conséquent que dans les saisons précédentes, l'objectif fixé par les producteurs est réussi. Dans ses maigres apparitions (qui parfois n'apportaient rien), on sent en effet le côté parfois " immature " et " naïf " de la jeune Poison Ivy, mais aussi le côté femme fatale de la nouvelle, un cocktail qui fonctionne bien dans ces séquences tournées. On espère désormais en voir plus, notamment concernant ses pouvoirs.

. Concernant les personnages qui évoluent peu dans Gotham, outre James Gordon, Harvey Bullock et Alfred Pennyworth, Selina Kyle est certainement celle dont le développement personnel est quasi inexistant. Pourtant, quelques essais ont été tentés avec l'apparition de sa mère notamment, dont le dénouement était tellement prévisible et cliché que d'un point de vue dramaturgique on ne pouvait se sentir réellement investi. De plus, les conséquences de cette sous-intrigue qui ont suivi sur sa relation avec Bruce Wayne ont été d'une grande banalité, prouvant les limites d'écriture d'une relation amoureuse au sein d'une série (clin d’œil numéro 2 à Olicity).
Enfin, je reviens sur sa " résurrection " que j'ai trouvé extrêmement décevante. Le cliffhanger de l'épisode 17 manquait de poésie, de mysticisme mais également d'une mise en scène plus féline.

. Les scénaristes sont extrêmement habiles quand il s'agit de jongler avec leurs personnages, notamment leurs super-vilains. C'est un des gros points forts de Bruno Heller et de son équipe qui savent parfaitement quand utiliser ou ré-utiliser leurs méchants, à quel endroit ils sont censés être et à quel moment. Cela rend le spectacle agréable et dynamique, même quand il s'agit de petites apparitions comme celles en fin de saison de The Executionner ou du Chapelier Fou. Je mets cependant une petite réserve sur le personnage de Fish Mooney, que je trouve la moins intéressante et dont les apparitions au cours de la saison 3 sont parmi les moins réussies.

Episode 21&22 : Season Finale

Pour conclure la saison 3, la chaîne américaine Fox a préféré diffuser les deux derniers épisodes, offrant ainsi un season finale d'une heure et demie. Un choix qu'on ne critiquera pas puisqu'il permet de vivre plus intensément les derniers moments de cette troisième saison. Pour en revenir donc sur ce double-épisode, il faut avouer que les scénaristes ont mis le paquet avec une réalisation et une mise en scène très dynamique, enchaînant les plans d'actions et les séquences à rebondissements de façon maîtrisée.
Je parlais un peu plus haut de la capacité de Bruno Heller de faire revenir certains des plus célèbres super-vilains de Gotham, sans leur présence, le season finale aurait été bien fade. Seul petit regret, leur apparition manquait ensuite d'une conclusion, notamment pour Mister Freeze, Firefly et Catwoman.

Avant de conclure ce bilan, j'aimerais revenir sur un des points importants de la saison 3 : la relation entre Jim Gordon et Lee Thompkins, une idylle elle aussi très cliché. Si j'avais apprécié l'ironie que Lee refasse sa vie avec un Falcone, la suite (Mario infecté, Mario qui meurt par une balle tirée par Jim, les raisons pour lesquelles Lee lui en veut et celle de son infection ainsi que son mot d'adieu) n'ont pas su susciter en moi - et je parle ici à titre personnel - l'émotion que cela aurait dû.

7/10

Bilan

Une troisième saison en demi-teinte, sauvée par l'intrigue autour de La Cour des Hiboux, qui a su redonner de l'attrait à la fois à la série en elle-même, mais aussi aux personnages (qui ont quasiment tous côtoyé l'organisation) pour qui ce nouvel environnement aura été bénéfique dans le traitement de leur développement personnel.

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