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Seriesaddict.fr  par | 6

Big Little Lies - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © HBO - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Diffusée au premier semestre 2017, Big Little Lies devient rapidement un succès critique et se hisse dans le haut du classement des meilleures séries de l’année. La mini-série de sept épisodes est une adaptation du best-seller éponyme de Liane Moriarty publié en 2014.

Une histoire convoitée

Comme avec chaque best-steller, la course à l’adaptation fait rage alors que les premières pistes se tournent vers le cinéma. En 2015, HBO sort vainqueur d’une bataille rangée avec Netflix et obtient les droits de diffusion. La chaîne à péage a bénéficié du soutien de Reese Witherspoon et de Nicole Kidman qui campent deux des trois héroïnes et se sont activées en coulisses pour faire émerger le projet en télévision. Aux manettes de l’adaptation, on retrouve le renommé David E. Kelley (Ally McBeal, Boston Public, Mr. Mercedes) qui écrit une mini-série de sept épisodes.

Apparences trompeuses

Je dois avouer que j’ai été déstabilisé par le début de la série. Avant même avoir présenté les personnages et le lieu de l’action, on nous jette dans une sordide histoire de meurtre. On comprend petit à petit que Big Little Lies fait le choix de se raconter dans le désordre. Après un pilot singulier, j’hésite à continuer le visionnage de la série, pensant avoir droit à un sobre Desperate Housewives huppé.

Reste que, malgré ce flou artistique imposé, quelque chose vient nous interroger. C’est véritablement à partir de son troisième épisode que Big Little Lies prend son envol et révèle son ambition. Le tableau de cette communauté aisée et superficielle se fend petit à petit. Derrière les apparences des vies parfaites des héroïnes se cachent des maux profonds. L’envers du décor fait froid dans le dos entre échecs personnels, violences conjugales et drames familiaux.

Au fur et à mesure, on assemble un puzzle compliqué sur plusieurs niveaux pour tenter de comprendre ce meurtre dans la petite ville californienne de Monterey. Très peu d’indices filtrent : on imagine qu’il a lieu dans un futur proche et on grappille le peu d’informations distillées par ces flashforwards de conférence de la police. Le meurtre reste un MacGuffin classique certes, mais n’est pas utilisé comme un prétexte trop évident.

On découvre progressivement l’histoire après l’arrivée de Jane Chapman (Shailene Woodley) et de son fils Ziggy (Iain Armitage) dans cette communauté très fermée. La jeune femme passe pour un OVNI à côté des autres mères de familles qui brandissent leur réussite socio-professionnelle comme un trophée. Après un incident où son fils est accusé d’harceler la fille de Renata (Laura Dern), la fracture entre les personnages se dévoile au grand jour.

Le montage enchaîne tantôt des tranches de vie des personnages principaux, tantôt des témoignages souvent haineux et mensongers de la part des autres habitants de la ville interrogés à l’occasion de l’enquête de police. Certains propos jettent un froid et remettent en question notre propre vision des choses. Et si on se trompait ?

Le casting principal repose entièrement sur les femmes de Monterey. On s’attache vite à la jeune Jane, perdue dans la jungle des apparences tandis qu’on adore détester Madeline campée par Witherspoon. Nicole Kidman est très juste dans le rôle de Celeste, une femme battue dans le déni. Bien que présents, les hommes ne jouent qu’un rôle très secondaire.

Les différents thèmes abordés le sont avec un œil observateur plutôt que jugeur. On assiste de très près à ce flot de violence quotidienne, physique et psychologique, qui concerne autant les adultes que les enfants. Ces derniers sont d’ailleurs très représentés à l’écran. Si Big Little Lies montre parfaitement leur innocence, la série révèle qu’ils sont tout autre chose entre les mains de leurs parents qui n’hésitent pas à les utiliser pour leur propre intérêt. Le subtil jeu de miroir entre eux et les adultes apporte une réelle plus-value à leur présence qui souligne régulièrement certains aspects de la personnalité des parents.

La révélation

La construction de l’histoire globale de la série est soignée. On en découvre plus sur les personnages au fur et à mesure des épisodes et le rythme s’accélère. Les tensions grandissantes commencent à nous aiguiller sur un éventuel assassin et sa victime. Mais chacun semble avoir une raison d’éliminer l’autre à Monterey.

En filigrane, deux storylines se détachent : celle de Jane, qui recherche son violeur qui se trouve être le père de Ziggy et celle de Celeste victime de son mari violent Perry, incarné par un Alexander Skarsgård crédible. Léger bémol concernant ce rôle plutôt redondant une fois que l’on a cerné la personnalité de cet homme instable. Jusqu’au dernier moment, Big Little Lies joue sur l’incertitude et fait converger sa narration jusqu’à la révélation ultime.

Cette fête à l’école a l’effet d’une cocotte minute. Les protagonistes s’observent et règlent leurs comptes dans cet espace restreint de compétition. En coulisses, Perry se montre menaçant envers Celeste qui se voit protégée par ses amies. C’est ici que tout bascule. Paniquée, Jane reconnaît en Perry son agresseur. Suit une violente bagarre où Bonnie, une autre mère spectatrice des événements, vient sauver le groupe in extremis. Visuellement, on prend une claque. Les coups portés par Perry sont mis en parallèle avec des images de l’océan se fracassant contre des rochers. Le symbole est fort et ces quelques secondes remettent toute la saison en perspective.

L’ultime plan de la saison résume assez bien celle-ci. Les femmes de Monterey s’amusent avec leurs enfants sur la plage, maintenant liées contre leur gré par un terrible secret. Elles sont observées par l’inspecteur de police en charge de l’enquête un peu comme nous spectateurs, nous avons essayé de comprendre et d’analyser ces femmes et leurs comportements.

Une narration audacieuse

Big Little Lies trouve son originalité dans une narration non-linéaire maîtrisée. Bien que déstabilisante au tout début, elle se révèle précise et ingénieuse assez rapidement. Aux commandes des sept épisodes, on retrouve Jean-Marc Vallée (Wild, Dallas Buyers Club) qui s’attèle à la réalisation de toute la saison pour un rendu cohérent et complet. Sur le scénario finement brodé de David E. Kelley, il propose une narration visuelle tout aussi déliée. L’image est léchée, rien n’est laissé au hasard. Pour traduire sa vision de cet univers, le réalisateur s’est entouré de son directeur de la photographie fétiche, le canadien Yves Bélanger. Flashbacks, flashforwards, fantasmes, rêves et autres représentations symboliques ou abstraites viennent illustrer les storylines des personnages. Jean-Marc Vallée excelle à nous proposer ces morceaux d’images tout aussi importants que le reste.

Bien que très courte, la saison prend tout de même le temps de bien caractériser ses personnages quitte à se perdre ici et là quand elle nous plonge trop longtemps dans l’intimité d’une famille. Les décors occupent une place importante dans l’action. Ces villas aussi démesurées que froides noient les personnages dans leurs vies superficielles. Sur la côte face à l’océan, l’immensité du vide, d’habitude synonyme de liberté, piège les héroïne : elles sont face à elles-mêmes et n’ont aucune échappatoire. La bande originale éclectique joue un rôle elle aussi et donne une autre dimension à certains passages clés.

Une potentielle suite

Le réalisateur Jean-Marc Vallée s’est montré catégorique, pour lui la série doit rester telle quelle. Après le succès, HBO décide néanmoins d’entrer en contact avec l’écrivain Liane Moriarty pour imaginer une seconde saison. Nicole Kidman et Reese Witherspoon ne sont pas en reste et participent activement à la mise en place de cette éventuelle nouvelle suite qui n’a rien d’officielle pour l’instant et ne devrait aboutir que si elle est aussi qualitative que la première saison.

8/10

Bilan

Malgré quelques lenteurs et une introduction déstabilisante, Big Little Lies se révèle être une pépite de narration visuelle et scénaristique qui mérite amplement sa place en haut du classement des meilleures séries de l’année.

6 Commentaires

  • Liline1974
    Le 24/08/2017 à 23h29

    Belle analyse de cette série très bien écrite au casting impeccable . J'ai aussi dû lutter contre l'envie de ne pas poursuivre après les deux premiers épisodes . Mais il fallait le temps de poser le décor . Finalement , cette série se mérite !

  • Yazid
    Le 27/08/2017 à 12h52

    Merci pour ton commentaire Liline174, content d'avoir trouvé quelqu'un qui a connu les mêmes difficultés que moi au début !

  • Toff63
    Le 30/08/2017 à 14h24

    Je n'ai pas eu de difficultés à adhérer à la série dès le pilot mais je pense que ce dernier a induit dans l'esprit des téléspectateurs une structure narrative avec des flashforwards, alors que la suite de cette mini-série utilise très peu ce procédé, se contentant de quelques flashforwards qui constituent plus des commérages que des passages réellement utiles: seuls ceux concernant la fête en elle-même et les interrogatoires des femmes principales ont de l'intérêt.
    Pour le reste, la réalisation est nickel, les symboles sont nombreux, les décors sont magnifiques, le casting est royal et l'histoire séduit dans les portraits de personnages brisés qui font tout pour apparaître parfaits, jusqu'à un dernier épisode bluffant de bout en bout. 8.5/10

    Pour moi, pas besoin de saison 2, ou bien il faut faire comme pour True Detective: prendre d'autres personnages.

  • Yazid
    Le 30/08/2017 à 18h41

    Merci pour ton commentaire Toff63, c'est un plaisir de te retrouver ici.

    Bonne analyse concernant l'utilisation des flashforwards, je n'y avais pas pensé et tu le notes à juste titre !

  • Toff63
    Le 31/08/2017 à 15h47

    @Yazid De retour de vacances, je découvre une très belle critique de cette excellente mini-série, je ne pouvais pas ne pas laisser un petit commentaire sur l'un de mes coups de coeur série de l'année.

    Dis donc, j'ai l'impression que t'as pas chômé cet été, entre les bilans et les critiques de la saison 7 foisonnante de Game of Thrones!!!

  • Yazid
    Le 31/08/2017 à 17h27

    Je n'ai pas chômé cette année en effet, mais je garde quand même quelques séries sous le pied sans les critiquer histoire de garder un simple plaisir de divertissement aussi. En tous cas c'est un plaisir de partager avec toi (et d'autres) dans les commentaires et je te remercie à nouveau de prendre le temps de partager tes avis. Bon retour !

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