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Seriesaddict.fr  par | 4

Game of Thrones - Bilan saison 7

Bilan saison 7 © HBO - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

On ne sort définitivement pas indemne de cette septième et avant-dernière saison cruciale de Game of Thrones qui vient de s’achever. Au désormais célèbre « Winter is Coming » succède un « Winter is Here » glaçant. Il est donc temps de s’attaquer à un bilan – non-exhaustif – de cette septième année riche en rebondissements malgré une narration globale épurée allant droit à l’essentiel. Je vous invite à lire mes critiques de chaque épisode si vous désirez des détails quant aux histoires racontées et à leur traitement à l’écran. Ce bilan sera plutôt l’occasion de mettre en perspective les sept épisodes que comptent cette courte saison et de répondre à la question suivante : réussite ou déception ?

Les fantômes du passé

Les sept heures et demie ont allègrement joué sur la fibre nostalgique. Hormis les références évidentes à des événements tragiques comme l’exécution de Ned Stark, les fameuses Noces Pourpres, la Bataille de la Néra ou encore les morts Lannister, les showrunners de la série se sont amusés à placer un maximum de références elles plus fines. Seuls les fans les plus aguerris auront pu remarquer les subtils parallèles visuels voire des renvois encore plus pointus à des bouts de dialogues particuliers. Cette nostalgie vient nourrir l’essence même de cette saison : la convergence de deux storylines majeures de la série à savoir l’arrivée de Daenerys à Westeros et celle des Marcheurs Blancs au Nord après plusieurs années de périple.

Cette saison fut sans aucun doute celle des grands retours. Bran, Gendry, Le Limier et la Fraternité sans Bannière, Jorah Mormont et d’autres reviennent sur le devant de la scène après une absence plus ou moins longue. Des retrouvailles plus anecdotiques côtoyaient les poignantes et tendues réunions Stark et Lannister. De la piquante rencontre entre Tormund et Sandor Clegane à Gendry qui retrouve son père de substitution Davos en passant par Arya qui challenge son ancienne protectrice Brienne, on apprécie fortement voir nos personnages préférés se retrouver ensemble.

Le pouvoir change de mains

Tout est une question de pouvoirs dans le jeu des trônes et force est de constater que celui-ci ne reste pas longtemps entre les mêmes mains. Seuls les Lannister semblent garder une main mise relative sur le Trône de Fer et Cersei s’y accroche farouchement. On la sait prête à tout après l’explosion du Grand Septuaire qui la propulsa au pouvoir. Dès les premières minutes de cette nouvelle saison, elle s’active en coulisses pour espèrer obtenir quelques coups d’avances. Ceux-là même qu’elle dévoile à la toute fin, provoquant le départ de son frère Jaime.

La construction de son plan est maîtrisée et complète, faisant d’elle un stratège hors-pair de la vieille école à l’heure où des créatures mythologiques réinventent la guerre. On ne croit pas une seule seconde à cette intouchabilité qu’elle transpire. Ses ennemis l’entoure, et elle doit garder la tête froide pour s’en débarrasser en commençant par s’allier avec l’instable Euron Greyjoy qui lui procure un atout de choix sur les eaux. Le pillage d’Hautjardin permettra de renflouer les caisses de la Capitale dans un but bien précis : se payer la Compagnie Dorée, une armée de mercenaires réputée qui pourrait lui donner l’avantage sur le terrain. Cerise sur le gâteau, en dépit des preuves de l’existence des Marcheurs Blancs, son engagement pour la grande bataille à venir n’est qu’un écran de fumée : alors que la nouvelle alliance se fera submerger par le flot de l’Armée des Morts, Cersei n’aura plus qu’à asservir les survivants ou leur porter le coup de grâce pour enfin régner d’une main de maître sur les Sept Couronnes.

Les rares scènes à Port-Réal font partie des plus subtiles de cette année plutôt axée sur l’évidence. Les prestations nuancées et très justes de Lena Headey font mouche à tous les coups. C’est d’autant plus appréciable que le seul leader féminin de poids en face est une Daenerys très lisse que l’on a perchée sur son piédestal reptilien.

L’échiquier politique poursuit sa lente destruction cette saison après le grand bouleversement à la Capitale. Nous avons eu droit à une véritable hécatombe après la chute prémonitoire des maisons Tully et Frey la saison dernière. Seuls les Stark maintiennent une paix relative entre les bannerets du Nord alors que le Trône de Sel des Fer-Nés est déchiré entre les deux camps qui s’affrontent aujourd’hui à Westeros. Ainsi, les maisons Tarly et Tyrell, anciennes alliées, se voient tomber en un clin d’œil, laissant le pouvoir s’acheminer vers une bilatéralité presque totale entre l’alliance contre la grande menace et Les Lannister.

Après une saison six ayant largement traité le pouvoir religieux avec la Foi (la croyance dominante) et le Dieu Multiface, le thème de la religion semble avoir succombé au feu grégeois en même temps que le Grand Septuaire. Les anecdotiques apparitions de Mélisandre, Thoros de Myr et Beric Dondarrion soulignent ce sentiment. En cette période sombre, le Maître de la Lumière reste étrangement en retrait après une forte période d’activité notamment à travers la main de la Prêtresse Rouge.

La spiritualité est-elle morte dans le royaume des Sept Couronnes ? Pas totalement à vrai dire. Les disciples de R’hllor que je cite plus haut restent des fidèles dévoués à leur niveau. On assiste plutôt à une mutation intéressante vers une croyance plus pragmatique. Le blasphématoire Limier en est un exemple parlant : recueilli par un Septon, il participe à la construction de leur lieu de culte sans adhérer à leurs croyances. Pareil avec la Fraternité sans Bannière qu’il rejoint sans réellement croire à leur mission. Le pragmatisme fait son trou au dépit d’un mysticisme dont on déplore la presque disparation. Les personnages ont besoin de voir pour croire, d’où la galère de Jon Snow pour attirer l’attention des autres leaders sur ce qui se passe au-delà du Mur. Cersei ne semble mesurer la menace que face à un mort-vivant capturé au prix d’une mission suicide passée à deux doigts de la catastrophe. Les créatures des contes pour enfants sont pourtant bel et bien réelles. A la Citadelle, le Conclave qui dirige l’Ordre des Mestres fait preuve d’un dédain déroutant face aux nombreux témoignages qui affluent, poussant Sam Tarly à abandonner sa formation pour rejoindre le front avec les connaissances des grandes bibliothèques.

Girl Power ?

Après des années de souffrances pour nos personnages féminins du casting principal, cette septième saison sonne comme un retour en force inespéré. Sansa devient enfin la Dame de Winterfell après être passée entre les mains sanguinaires de Joffrey et Ramsay Bolton et la gamine Arya est devenue une sans-visage habile à l’issue d’un rite initiatique éprouvant. Si l’arrivée tant attendue de Daenerys sur le continent n’a pas eu l’effet escompté après plusieurs années de voyage, le renouveau politique de Cersei, débarrassée des chaînes du fondamentaliste Grand Moineau, force le respect malgré les moyens employés.

Paradoxalement, le casting féminin ne s’en tire pas aussi bien que ça. De nombreuses grandes figures ont été déchues à l’image du matriarcat de Dorne qui disparaît après un traitement beaucoup trop léger de part leur rôle mineur dans l’action au même titre que Yara Greyjoy et sa flotte pulvérisée par son oncle. Que dire alors d’Olenna Tyrell, qui tombe peu après sa petite fille Margaery et qui paye son insubordination à Cersei. Les derniers instants de la Reine des Épines, pique ultime aux Lannister, resteront mémorables grâce à son interprète Diana Rigg qui se paye un tour d’honneur exceptionnel après des apparitions toujours remarquées.

On regrettera que le traitement des femmes soit beaucoup plus cliché et grossier que celui des personnages masculins. Dommage que Game of Thrones, aussi qualitative, ne tombe dans cette représentation passée des femmes dont le seul intérêt à l’écran tournerait autour du sentimental et du sexe. Je pense notamment à Daenerys dont la présence ne semble servir uniquement son rapprochement avec Jon Snow. Si j’apprécie le parcours du personnage, je regrette qu’il ait été aussi bâclé cette saison. Emilia Clarke n’a rien pu faire pour raviver la Mère des Dragons très froide et lisse cette saison. Alors qu’on voit chez Sansa et Cersei des questionnements qui apportent une profondeur à leur pouvoir, on doit attendre la mort de Viserion et le face-à-face avec les Marcheurs Blancs pour que Daenerys prenne enfin conscience qu’elle n’est pas intouchable.

Coïncidence ou pas, aucune femme n’a été réalisatrice ou scénariste ces deux dernières années (au moins). Je ne dis pas que seules les femmes peuvent écrire des personnages féminins mais leur présence aurait certainement influé sur le traitement des personnages peu importe leur genre.

La révélation des seconds couteaux

Les personnages secondaires auront joué un rôle décisif à l’occasion de ces événements historiques que connaît Westeros. Plus présents sur le terrain, ils ont pris des risques pour faire avancer les choses à la place des leaders, comme Jaime, chef des armées Lannister au plus près des combats ou Tyrion n’hésitant pas à friser l’insubordination pour faire avancer les choses. Davos s’est révélé être un conseiller hors pair aux côtés de Jon Snow après des années de soumission à Stannis Baratheon. Ses lignes piquantes ont apporté un certain humour bienvenu grâce à la fraîcheur du jeu de Liam Cunningham.

Toute une galerie de personnages secondaires réguliers ont vu leurs apparitions devenir anecdotiques. Les Vers-Gris, Missandei, Jorah Mormont, Littlefinger, Varys, La Montagne, Theon ou encore Qyburn ont laissé place aux Davos, Tormund, Thoros de Myr, Beric Dondarrion et Sandor Clegane beaucoup plus actifs et décisifs au Nord cette saison. Tout reste une question de point de vue bien évidemment et on apprécie que ces rôles aient une place de choix. Tout se complique quand ils sont auprès de leurs leaders respectifs. Si Jon Snow garde la tête froide, Daenerys et Cersei ne font appel à leur entourage qu’en cas de besoin. Ce constat est flagrant quand à l’occasion de la réunion à Fossedragon, on ne peut que constater le simple rôle figuratif de nombre d’entre eux dont certains ne décrochent pas une seule ligne de texte.

Les grosses têtes à l’abri

Si cette révélation des seconds couteaux apporte une vraie fraîcheur à l’action, elle vient souligner un problème de taille. Les grands leaders restants (Daenerys, Jon Snow et Cersei) et autres personnages emblématiques semblent avoir été protégés par le plot armor, un ensemble de dispositifs qui met à l’abri les protagonistes importants de toute mort ou blessure conséquente. Si l’exemple le plus flagrant est celui de la Khaleesi bien cachée sur le dos de son dragon, n’oublions pas Jaime qui échappe au feu de Drogon et à une noyade certaine en l’espace de quelques minutes. Le Roi du Nord n’est pas en reste puisqu’il affronte les Marcheurs Blancs avec une facilité déconcertante et échappe également à la noyade dans un lac gelé après de longs combats.

Faire appel à ce genre de procédés provoque irrémédiablement une baisse de la crédibilité des événements. Dès lors qu’on sait les personnages principaux hors de danger, l’impact dramatique de n’importe quelle scène est fortement diminué. La mort d’un Thoros de Myr ou d’un Viserion n’égalera jamais celle d’un Drogon ou d’un Jon Snow. Le recours aux redshirts quant à lui n’aura pas suffit cette saison à nous faire ressentir un quelconque danger pour les protagonistes. Si on reste abasourdi par la puissance de frappe du dragon dans The Spoils of War ou par l’immensité de l’Armée des Morts dans Beyond the Wall, reste qu’au final, nos héros s’en sortent toujours avec presque aucune égratignure.

Une autre série à succès rencontre le même problème. The Walking Dead souffre de son impossibilité à tuer ses personnages principaux et le "Glenngate" a fait coulé beaucoup d’encre à l’époque. Et pourtant Game of Thrones, de part la volonté de son auteur George R.R. Martin, mettait un point d’honneur à n’épargner personne. Même la mort de Jon Snow puis sa résurrection fut à l’époque finement amenée et mesurée avec toutes les conséquences dramatiques qui ont pu en découler.

Après six années, il est clair que l’échiquier s’étant peu à peu vidé, il est compliqué d’aborder la mort d’un personnage sans peser le pour et le contre au préalable. Et si ce sont des personnages secondaires qui ont succombé cette année, leur disparition n’en reste pas moins symbolique. Du pied de nez d’Olenna Tyrell à l’effondrement inattendu et poignant de Littlefinger en passant par le sacrifice de Thoros de Myr, la mise en scène de chaque mort généralement maîtrisée apportait une vraie plus value à l’action en cours.

Des choix créatifs risqués

Une chose est sûre, aucune saison n’a été aussi dense et bourrée de rebondissements jusqu’ici. Malheureusement, la gestion globale de celle-ci laisse un goût amer qu’on peine à réaliser pour une série comme Game of Thrones. Je ne remets pas en cause une bonne note que j’ai pu mettre à un épisode puisqu’elle résume uniquement mon avis spécifique sur celui-ci. Force est de constater qu’une fois la saison entière diffusée, beaucoup de défauts brillent encore plus quand on regarde dans le rétroviseur.

Celui qui aura été le plus flagrant est bien le recours intensif aux ellipses temporelles, souvent au dépit du réalisme de l’histoire. On s’inquiétait déjà en début de saison et l’évacuation éclair de Castral Roc puis la prise tout aussi rapide d’Hautjardin a confirmé nos craintes. Ce dispositif de narration ne pose aucun problème à condition qu'il soit bien amené et utilisé avec précaution. Cette année, David Benioff et D.B. Weiss ont fait un pari osé qui cause du tort à leur travail.

C’est encore pire quand on regarde plus loin en arrière et qu'on réalise que certains personnages ont mis plusieurs saisons à parcourir de longues distances, ici pulvérisées à coup d’ellipses temporelles improbables. L’épisode Beyond the Wall résume bien ce problème. Sur le coup, on oublie aisément les ellipses et on se concentre sur l’action hors du commun qui se passe à l’écran. Son réalisateur Alan Taylor semble avoir accepté le procédé par dépit et explique qu’il n’a pas eu le choix que de « miser sur l’expérience émotionnelle » qui cacherait un maximum le « bidonnage de la chronologie ». Quand on voit que Gendry rejoint Fort-Levant en un temps record, qu’un corbeau vole des milliers de kilomètres tout aussi rapidement vers Peyredragon et que Daenerys parvient à faire le chemin inverse –à dos de dragon certes- pour offrir un deus ex-machina à peine déguisé, on déchante. On est loin des sacrifices des Bran, Arya et Daenerys qui ont erré sans relâche au prix de sacrifices moraux et humains importants. Leur voyage était aussi important, voire plus, que leur destination. Pour Game of Thrones qui a construit son succès critique et public sur sa gestion pointilleuse du temps, cette saison a le goût de la trahison.

Cette gestion bancale de la chronologie de l’action pose d’autres questions quant au rythme global cette année. Malgré le peu d’intrigues secondaires, celles-ci ont presque uniquement souvent servi à remplir les trous. Pire, le choix de les placer ici ou là manque de cohérence à l’image de l’intrigue interne aux Greyjoy qui connaît un formidable climax en tout début de saison pour se poursuivre au dernier épisode seulement qui ne clôt pas l’histoire mais la relance indéfiniment.

On connaissait le nombre restant d’épisodes avant la fin de la série depuis longtemps. Sept épisode pour l’avant dernière saison, et six épisodes pour la dernière. Comment expliquer cette narration trop dense et expédiée avec telle organisation ? Pourquoi ne pas avoir étalé le budget faramineux de 14 millions de dollars par épisode pour en produire plus et prendre le temps de raconter correctement les histoires ? Clairement, un épisode supplémentaire voire deux n’auraient pas été de refus. Les quelques épisodes ultra-longs ont eux aussi été un pari risqué plutôt décevant. Quand on parle de « longs métrages » pour l’ultime saison, il y a de quoi appréhender le résultat. The Spoils of War, le plus court de la série, fut aussi le plus concis. Quant au season finale XXL, il aurait mérité un format two-parter plus digeste.

Et si cette saison sept a mis plus de temps pour débarquer sur nos écrans afin de mieux figurer « l’Hiver », on constate que ce n’est pas pour mieux l’écrire mais simplement pour donner plus de temps à la réalisation de ces séquences clés chronophages en jours de production et de post-production. Benioff et Weiss ont fait preuve d’une folie des grandeurs déroutante. La narration visuelle et scénaristique audacieuse a fait place à de l’entertainment de base en mode blockbuster. Battle of the Bastards l’année précédente était immersif, réaliste et viscéral. Cette année, on nous propose un Beyond the Wall gigantesque qui perd forcément toute singularité. Je salue néanmoins le recours aux effets spéciaux pratiques époustouflants, soulignés par des effets numériques plus réussis que d’habitude, qui ont donné une autre dimension à ces scènes de combats mémorables cette saison.

Mais forcément quand on fait le pari du divertissement, on perd un maximum de subtilité dans le détail, celle là même qui a fait de Game of Thrones une série de fantasy hors pair. Les deux showrunners ont opté pour une narration très claire pour traiter de ces événements cruciaux. Impossible pour eux de perdre quiconque dans les méandres d’un exercice de style, ce qui se passe à l’écran est trop important pour le rater. On ne pardonne pas toujours les grosses ficelles scénaristiques qui pendent du plafond parfois sans qu’elles soient un minimum dissimulées.

Les dialogues payent fortement ce choix et une bonne partie d’entre eux sont lisses. Ceux prononcés à l’occasion de moments historiques sont complètement déclaratifs et donnent l’impression que les personnages haussent le ton pour que tout le monde entende bien au fond de la classe. Les rares lignes finement brodées vont à Cersei, Tyrion, Littlefinger ou même Olenna Tyrell grâce à une interprétation phénoménale des acteurs. Les quelques piques d’humour de Davos, Tormund ou du Limier par exemple apportent une fraîcheur et une légèreté bienvenues.

Je suis beaucoup plus compréhensif avec le fait que pas mal de twists et d’événements furent prévisibles cette année. Au bout de sept saisons, et après moult prophéties et flashbacks qui se concrétisent, les intrigues arrivent forcément à un point de convergence prévisible. Aujourd’hui, l’action majeure se compose de deux storylines : celle des Marcheurs Blancs, et celle de Daenerys. Et comme elles viennent de plus ou moins fusionner, les probabilités se réduisent fortement et il est plus ou moins facile de déduire des choses. Je pense que les gros événements de la saison étaient inévitables puisque prévus de longue date. La dernière saison sera probablement beaucoup plus surprenante.

Personnellement, je regrette sincèrement que cette saison ait abandonné toute mythologie ou presque. Les dessins de la caverne de Peyredragon et la révélation de l’identité réelle de Jon Snow ont été un maigre lot de consolation. J’aurai adoré en savoir plus sur les Marcheurs Blancs, sur le passé Targaryen de Westeros ou encore Bran sonder le passé voire le futur. Je suis un fan absolu des flashbacks et j’ai été plutôt déçu après la grosse fournée de la saison précédente. Cette année a été remplie de références plus ou moins subtiles au passé et c’est regrettable qu’elles ne restent qu’à l’état de mentions et qu’on ne les explore pas plus. Les pouvoirs de Bran sont pourtant le prétexte idéal pour revoir d’un autre oeil un passage clé des dernières années. Je pense notamment à toute l’enquête qu’il a pu mener pour confondre Petyr Baelish qui est lié à des intrigues fortes.

Au final, on vient à en penser que Benioff et Weiss ont certainement la tête dans le guidon depuis trop longtemps. Du sang neuf dans les équipes créatives permettrait d’insuffler une nouvelle dynamique alors que le duo garde la main mise sur les épisodes essentiels. Il ne faut pas oublier que les deux créateurs travaillent depuis deux ans sans la précieuse source que sont les livres de George R.R. Martin. Les deux showrunners ont donc du faire vivre la série sur de simples notes, parfois pas suivies du tout, communiquées par le romancier. Si la saison précédente ne pâtissait pas réellement du manque de matière papier, ce septième volet lui laisse paraître la difficulté de la tâche. Derrière la caméra, les réalisateurs n’auront pas pu entièrement imposer leur vision de l’univers. Tout l’enjeu du dénouement prochain de la série sera de prendre du recul et de faire appel à d’autres talents pour écrire et mettre en scène ces dernières heures cruciales.

Réussite ou déception ?

Si malgré les défauts évoqués plus haut, la série parvient toujours à maintenir un certain niveau, on peut également parler de déception. Si les moments forts nous auront bluffé sur le coup, la saison laisse un arrière-goût amer. Elle fut bonne mais sans plus. Game of Thrones aurait-elle perdu un peu de son âme ? Oui et non. Difficile de surprendre après sept années de développement qui connaissent ici des suites logiques. Paradoxalement, le show nous aura appris à toujours nous attendre au pire, gâchant peut-être notre plaisir en scrutant avec impatience ce qui pourrait mal se passer.

L’investissement du public, presque historique, est tel que la moindre erreur est automatiquement plus visible et sanctionnée malgré la haute qualité de la série. Ce n’est pas parce qu’un programme est exceptionnel qu’il faut être plus laxiste avec lui, bien au contraire. Je le remarque ici quand je mets une mauvaise note à un épisode et que je m’attire les foudres des fans. On peut prendre plaisir à regarder un programme tout en ayant un esprit critique. Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’autre série qui squatte le haut du classement, The Walking Dead, qui a proposé une dernière saison plus que décevante après l’événement de taille qu’était l’arrivée de Negan. La gestion de ce rebondissement de poids n’a pas été à la hauteur et les chiffres en ont pris un sacré coup

Ce qui n’est pas notre cas ici pour Game of Thrones. Les records se sont enchaînés cette année et même les piratages d’ampleur n’auront pas égratigné une seule seconde les audiences folles de la chaîne privée HBO. Si commercialement le succès est au rendez-vous, artistiquement les showrunners payent leur choix risqué de vouloir en mettre plein les yeux pour plaire. On attend de Game of Thrones une narration visuelle et scénaristique audacieuse et pas de l’entertainment gros budget aseptisé. Si aucune date n’a été dévoilée par la production, il faudra attendre la fin de l’année 2018 voire l’année 2019 pour découvrir l’épilogue de la série.

J’en profite pour vous remercier de m’avoir suivi ces sept dernières semaines. Si la saison avait mal commencé, l’espace commentaire a vite retrouvé une bonne ambiance avec vos avis détaillés et vos remarques argumentées. J’ai largement appris des mes erreurs la saison dernière pour vous proposer des critiques plus exhaustives et plus travaillées tout simplement. Vos compliments m’ont vraiment touché et je suis satisfait du résultat des heures de travail passées sur chaque analyse. Ce fut un plaisir de m’occuper à nouveau de Game of Thrones et je vous souhaite beaucoup de patience jusqu’à la huitième saison où j’espère vous relire de nouveau. D’ici là, je vous donne rendez-vous dans les commentaires de mes autres critiques. À bientôt !

Le système de notation ne me permettant pas de mettre 6,5/10, j’opte pour une note « sanction » de 6/10, soit 1,5 point de moins que la moyenne de tous les épisodes.

6/10

Bilan

Septième saison en demi-teinte pour la série qui nous a donné exactement ce qu’on voulait voir oubliant presque toute ambition. Elle paye le prix d’une narration trop évidente, expédiée et lissée de ces événements cruciaux tant attendus après nous avoir habitué à plus subtil par le passé.

4 Commentaires

  • Alex
    Le 11/09/2017 à 13h00

    Bonne critique, bien argumentée ;) !

  • leduc
    Le 12/09/2017 à 09h19

    Merci pour cette critique juste et votre travail pour chaque épisode. Personnellement , ce fut un plaisir de vous lire à chaque fois.

  • Yazid
    Le 13/09/2017 à 11h38

    Merci Alex et leduc pour vos commentaires. Ce fut un plaisir d'écrire ces critiques et je suis ravi que vous les appréciez.

    A bientôt.

  • SukaiChan
    Le 17/09/2017 à 22h39

    Me revoilà !!! Une dernière fois !!! :D

    Je fais essayer de faire court pour une fois... Très ( très ) bon bilan qui fait suite aux très bonnes critiques tout au long de la saison ! Bravo Yazid pour tout ton travail durant ses sept semaines !!!

    Cette saison est plutôt bonne dans son ensemble. J'ai aimé de nombreuses scènes... parfois pour leur réalisation ou simplement pour les émotions qu'elles m'ont évoqués... car c'est là toute la puissance de Game of Thrones.

    Les musiques de Ramin Djawadi sont toujours aussi magnifiques même après sept années. Winter is Here est juste parfaite tout comme The Queen's Justice ou les nouvelles sonorités/thèmes tournant autour de Daenerys et Jon. Ramin Djawadi est selon moi un des meilleur compositeur de musiques de films et séries de notre époque.

    Je suis toujours estomaquée devant les costumes des personnages. Le manteau de Daenerys a particulièrement retenu mon attention. Michele Clapton et Michele Carragher font vraiment un travail incroyable !!!

    Certaines scènes resteront dans mes favorites de la série : l'ouverture de la saison aux Jumeaux, la rencontre de Drogon et Jon (sans doute la scène que je retiendrais le plus aux vues mon état en la voyant), le duel entre Arya et Brienne, les dialogues de Davos et Tormund mes deux chouchou !!!

    Je vais regretter Aidan Gillen mais en aucun cas son personnage... avec un peu de chance on reverra peut être Aidan Gillen... si vous voyez ce que je veux dire :D
    Je croise fortement mes dix doigts pour que Lena Headey soit présente jusqu'au dernier épisode de la série. C'est sans doute l'actrice la plus puissante du show. Je hais et en même temps de vénère le personnage de Cersei que Lena Headey incarne avec brio depuis sept ans.

    Malgré tout je regrette certaines scènes comme la prise de Hautjardin qui m'a particulièrement déçue... le traitement de Dorne et de ses personnages... le faite qu'on n'a pas vu Ghost de la saison alors que normalement il est aussi important pour Jon que les Dragons le sont pour Daenerys... sans oublier les ellipses spatio-temporelles...

    Je serai néanmoins devant mon écran en 2019... prête et terrifiée de voir la fin de la série.
    Le monde des séries ne sera sans doute plus le même après la fin de Game of Thrones.

    Cette saison vaut pour ma part un 7/10.

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