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Seriesaddict.fr  par | 2

Atypical - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © Netflix - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Débarquée cet été sur Netflix sans faire de vagues, Atypical s’est néanmoins distinguée de part le thème original qu’elle traite : l’autisme. La série suit Sam, un lycéen de 18 ans qui décide de se lancer dans une aventure bien loin de ses repères : se trouver une petite amie. Si l’environnement de la série est bien moins original que son thème, quel bilan tirer après cette courte première saison de huit épisodes ?

À l’origine du projet, on retrouve Robia Rashid pour sa toute première création après s’être investie dans les coulisses de plusieurs comédies ces dernières années comme How I Met Your Mother ou The Goldbergs (2013). Une création originale dans le flot des adaptations reste un mini-événement à souligner, spécialement pour Netflix qui s’est lancée depuis quelques années dans une production presque industrielle de programmes pour nourrir son catalogue.

Pour nos premiers pas dans cet univers, le pilot d’Atypical fait son travail. Il introduit correctement la galerie de personnages principaux et donne la parole à son héros qui donne le ton dès le départ. « Je suis un mec bizarre. Enfin... c’est ce que tout le monde dit » commence t-il avant de résumer son ressenti et ses envies tout en tapotant frénétiquement un crayon contre un élastique. Le pilot servira de mètre étalon pour toute la saison qui affiche donc une parfaite cohérence visuelle et scénaristique qui en lassera plus d’un ici et là. Et pour cause c’est la même équipe de scénaristes (Robia Rashid, Mike Oppenhuizen, Jen Regen, Denis Sadua et Ava Tramer), ayant une expérience plus ou moins grande en télévision, qui s’est chargée de l’intégralité ou presque de la saison. Derrière la caméra, Seth Gordon et Michael Patrick Jann se partagent la réalisation de sept épisodes sur huit. Une équipe solide et régulière qui ne doit rien au hasard puisque la majorité squattait ensemble les coulisses de la comédie The Goldbergs (2013).

Tout l’environnement d’Atypical gravite autour de son héros, Sam Gardner, atteint d’autisme et passionné par l’Antarctique. A le croire, ça ne pose aucun problème pour lui puisqu’il semble se débrouiller dans son quotidien, accompagné de son indispensable casque anti-bruit. Il jouit même d’une certaine autonomie puisqu’il va dans un lycée classique et travaille dans un magasin d’électronique sous l’œil protecteur de son entourage. Mais la société lui rappelle régulièrement qu’il n’est pas « normal ». Il décide alors de se trouver une petite amie.

Si le point de départ de l’intrigue principale est assez banal, il prend une toute autre dimension quand il s’agit d’un personnage autiste. Loin des clichés des teen dramas classiques quand il s’agit d’aborder la question du sexe ou de l’amour, la série choisit plutôt d’explorer la manière dont on exprime et reçoit des sentiments. Pour illustrer cette quête, c’est la carte de la comédie qui est jouée entre les conseils de son meilleur ami séducteur et les observations de son entourage. Atypical joue sur un humour basique pas très poussé mais on décroche quelques fois un sourire quand on voit Sam prendre au premier degré des concepts totalement abstraits. Ces mêmes codes sociaux que l’on intègre par instinct, chacun à notre manière et parfois inconsciemment, mais qui font que ce jeune homme autiste soit complètement perdu quand il quitte ses repères.

Keir Gilchrist (United States of Tara) est taillé pour le rôle. Avec ses airs de Sheldon Cooper, il campe avec justesse, jusqu’au langage non verbal et un phrasé particulier, ce jeune homme autiste. On ne peut pas dire la même chose du reste du casting qui, s’il n’est pas mauvais, ne brille pas non plus. Jennifer Jason Leigh (Weeds) qui incarne la mère de famille hérite d’une storyline bâclée. Si on nous montre correctement sa lutte particulière de maman d’un enfant autiste, on se pose la question du choix de la jeter dans une relation extra-conjugale comme seule échappatoire. Evidemment compréhensible, le tout manque d’une caractérisation poussée et de plus de temps à l’écran pour réellement souligner le mal-être du personnage. Celui-ci se manifeste concrètement vers la fin de la saison uniquement quand elle avoue la souffrance vécue quand son mari, le père de Sam, se sauva à la naissance de ce dernier. Complètement en retrait, le personnage de Michael Rapaport sert uniquement de bouche-trou jusqu’à cette révélation intéressante mais peu exploitée.

C’est alors qu’arrive Brigette Lundy-Paine, dans le rôle de Casey la sœur de Sam aux allures de « garçon manqué », qui vole littéralement au dessus des autres. Elle apporte une réelle profondeur à cette jeune femme investie auprès de son frère bien que bouffée par les sacrifices qu’elle concède. Le duo marque l’écran avec leur naturel. La relation entre les deux personnages, toute en sincérité, bénéficie d’une écriture soignée et authentique. Au rang des personnages récurrents, celui de la thérapeute se distingue un peu plus que les autres, presque uniquement constitués d’adolescents du lycée. J’ai apprécié l’idée de contre-pied total aux rôles habituels de thérapeutes austères et inatteignables. Ici, Amy Okuda incarne une jeune professionnelle elle-même confrontée à ses propres questionnements. Le rôle de la petite-amie est lui aussi un peu plus travaillé bien que poussif par moment. J’ai trouvé très parlant la réaction ultra-protectrice de Casey qui pense que la jeune fille profite de Sam pour son intérêt alors que celle-ci est complètement honnête. Si les rôles sont classiques, la série mise sur un casting multiethnique plutôt convaincant.

Avec un rythme posé bien à elle, Atypical reste « gentille » sur toute sa saison. On s’attache facilement au héros, à ses accomplissements comme à ses drames. Une chose est sûre, le show n’émet jamais la moindre idée d’une représentation exhaustive ou médicale de l’autisme. Robia Rashid nous invite simplement à poser le regard sur un personnage et son histoire sans apitoiement. De nombreuses voix s’élèvent néanmoins contre la créatrice, l’accusant de sous-estimer ce qu’est réellement l’autisme. Elle se défend en précisant qu’elle a fait appel à son propre entourage concerné de près ou de loin par l’autisme ainsi qu’à des spécialistes. D’ailleurs Atypical tente plus ou moins de faire changer notre vision de ce trouble : à de rares moments, on nous explique comment utiliser les bons termes et comment comprendre le trouble comme quand le père de famille participe pour la première fois à une rencontre de parents d’enfants autistes et qu’il commet des impairs en s’exprimant mal.

Sur le sujet, le season finale va plus loin que les autres épisodes. Il illustre pour la première fois une véritable crise, grâce à une représentation visuelle et sonore de ce qu’éprouve le personnage. C’est réussi, au même titre que tout le reste autour, de l’intervention et du soutien de son entourage au classique bal de fin d’année ici « sans musique » pour que les autres jeunes autistes puissent y participer.

Atypical s’en sort moyennement et propose une vision presque candide de l’autisme, portée par son interprète principal qui lui donne toute son identité. Mélange réussi de teen drama classique et de récit initiatique, elle fait face à des problèmes de taille : l’échec presque total de proposer des storylines intéressantes et une caractérisation soignée de tous ses autres personnages.

5/10

Bilan

Un peu trop timide, la série vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour son personnage principal attachant sans le filtre de l’apitoiement.

2 Commentaires

  • negeil
    Le 12/09/2017 à 11h21

    Je me disais bien que ton nom me disait quelque chose tu avais mis 2/10 à 13 Reasons Why !
    Concernant Atypical je suis d'accord sur certains points notamment le casting. La relation du frère et de la soeur, et leur acteurs respectif qui jouent d'une justesse impressionnante.
    Pour autant oui la série est gentillet, je l'ai regardé en une journée voulant passer le temps. Mais concerant tes notes sur les séries de Netlflix, je me demande si y a des séries que tu aime de cette platforme ^^
    Elles (avec 13 reasons why) au moins le mérite d'exister et de traiter des thèmes sérieux ! Le suicide, le harcèlement, l'autisme, etc.. Ce n'est pas toutes les grand network qui le feraient !
    Je pense que ces séries méritent une note un peu plus élevés pour ce coté là, à l'heure ou toutes les séries se ressemblent..

  • Yazid
    Le 13/09/2017 à 11h36

    Bonjour negeil,

    ta première phrase me fait rire ^^
    Bizarrement on ne se rappelle que des mauvaises notes que j'ai pu mettre et jamais des bonnes !
    Je regarde d'autres séries sur Netflix et je les apprécie. Quand bien même il s'agit d'un programme que j'adore, je pousse toujours mon analyse critique.

    Concernant Atypical, je l'ai regardée tranquillement sans jamais la détester. Mais ce n'est pas pour ça que je dois être plus clément avec, ses défauts sont bel et bien existants même si l'ambiance générale est plutôt positive.

    Que ce soit Atypical ou 13 Reasons Why, elles ont clairement le mérite d'aborder ces sujets sérieux et c'est une très bonne chose, peu importe la note que je leur ai attribué :)

    Merci d'avoir partagé ton avis !

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