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Fear The Walking Dead - Bilan saison 3

Bilan saison 3 © AMC - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Après une seconde saison en demi-teinte qui a vu la moitié du public s’enfuir, Fear The Walking Dead a entamé son troisième volet avec un certain poids sur les épaules. Cinq mois et six épisodes plus tard, quel bilan dresser à l’heure où la série mère reprend déjà ses quartiers sur les ondes ?

Retour en force

Pour son retour en Juin dernier, Fear The Walking Dead frappe fort. Sur un scénario du showrunner Dave Erickson, Andrew Bernstein donne toute sa définition au « Fear » du titre de la série en usant des meilleurs ressorts du genre. On retrouve la famille Clark, fraîchement réunie, tomber dans un piège à l’allure de huis clos morbide sous la menace urgente et malsaine d’un certain Troy Otto. Dans les caves crasseuses de ce qui ressemblait à un camp de réfugiés, la série monte d’un cran dans l’horreur pour nous montrer les atrocités des expériences sur des survivants par ce groupe de paramilitaires. Un peu plus tard, la subite disparition de Travis vient porter le coup de grâce de cette première partie d’introduction nerveuse et pleine de promesses.

La deuxième partie, The New Frontier, peine à conserver ce degré de tension et de menace pour une introduction plus scolaire de l’environnement principal de cette nouvelle saison : le ranch Broken Jaw. L’épisode suivant y parvient mieux, et sans grande action qui plus est, en amenant sur le devant de la scène un groupe de survivalistes, ajoutant une vision originale à l’apocalypse zombie. Mention spéciale également à ce rapide échange entre un Strand suicidaire sur l’épave de l’Abigail et un cosmonaute Russe coincé dans une capsule Soyouz en orbite autour de la Terre. Ce court passage apporte une confirmation glaçante : toute la planète est belle et bien affectée par l’épidémie. Dommage que Fear The Walking Dead n’exploite pas du tout cette très bonne idée qui aurait pu faire l’objet d’une web-série compagnon au même titre que Flight 462 mais cette fois-ci du côté de la Station Spatiale Internationale au moment de la coupure des communications avec le sol.

La série continue sur sa lancée avec un épisode tout aussi qualitatif qui fait une pause sur son intrigue principale. On explore plus en détail un autre lieu clé de cette saison, de l’autre côté de la frontière cette fois-ci : le barrage hydraulique de Tijuana, géré d’une main de fer. En plus de constituer un décor original, le barrage est également un atout stratégique de taille qui donne une autre dimension à l’action en cours. C’est aussi l’occasion de réinstaller Daniel dans l’intrigue après un retour d’entre les morts teinté de religion et de quête de rédemption.

Un problème de taille

Ce renouveau n’est pas passé inaperçu auprès de la critique qui a salué la petite sœur pour sa réussite là où la série mère avait échoué. En parallèle, les audiences continuent néanmoins de chuter et cette troisième saison prend rapidement l’eau.

Après avoir surfé sur une bouffée d’air frais, Fear The Walking Dead s’essouffle dès le cinquième épisode Burning In Water, Drowning In Flame. En plus de rater l’introduction de la Nation, une communauté amérindienne ennemie, l’épisode peine à réellement proposer une intrigue entre parallèle entre les familles Otto et Clark et disparition des fondateurs du ranch. Seules l’exploitation des décors extérieurs et la toile du fond du racisme tirent leur épingle du jeu.

Mais le pire est encore à venir. Pourtant habitué de l’équipe d’écriture, Wes Brown nous pond un Red Dirt insipide à oublier de toute urgence. Une sortie de route dommageable qui vient souligner un problème de taille qui touche les deux séries : l’enlisement. Comme à chaque cycle, les protagonistes s’installent et l’intrigue perd de son intérêt avec une menace qui se dilue peu à peu. En même temps, le déjà-vu se fait une place de choix à l’écran avec nos héros qui prennent le contrôle d’une communauté déjà établie, faisant écho à une fameuse Alexandria sur la côte Est.

Si les quatre épisodes suivants ne sont pas aussi mauvais, ils sont eux aussi victimes des démons de la série. Le mid-season finale moyen illustre parfaitement la capacité de la série à se tirer une balle dans le pied en exploitant que très peu ses bonnes idées. Alors que la paix est impossible entre les deux communautés, Ofélia qui a rallié la Nation empoisonne les ressources du ranch à l’anthrax dans The Unveiling. Suit des scènes de panique maîtrisées où la moitié des habitants se transforme en pleine nuit. Une fin de demi-saison parfaite ? Et bien non, puisque l’épisode suivant, Children Of Wrath, dynamite toute la tension engrangée précédemment pour nous montrer une paix relative entre mort de Jeremiah Otto subite et mal exploitée et survie inexplicable de Nick au poison.

Le format two-parter était clairement dispensable et certainement responsable de l’échec de ce mid-season finale. Autant faire un épisode rallongé plutôt que d’utiliser ce procédé qui ne fonctionne pas à tous les coups et qui reste à bannir dans son utilisation systématique. Même critique pour le mid-season premiere qui voit la série s’embourber davantage. Minotaur et The Diviner ont pour objet des thématiques classiques du genre mais le show se contente du minimum syndical voire pire en ne parvenant pas à susciter un réel intérêt autour des enjeux de survie. Un comble.

Renaissance

Fort heureusement, les équipes créatives sortent de la routine inhérente à la franchise et remontent la pente très rapidement avec le onzième épisode La Serpiente. Le show relance qualitativement l’action en cours en liant ses deux intrigues principales. Stratégie, soupçon de gore et écriture solide sont sublimés par la réalisation du nouveau venu Josef Kubota Wkadyka (Narcos) qui offre un contre-pied aux décors extérieurs avec ce jeu habile de l’obscurité et de la lumière dans les entrailles du barrage.

On enchaîne avec le simple mais efficace Brother’s Keeper qui explore la personnalité trouble d’un Troy qui décide de faire s’abattre un châtiment biblique sur le ranch. Peut-être trop classique pour certains mais Fear The Walking Dead prouve qu’elle n’a pas besoin d’en faire trop pour être bonne. Par la suite, This Land Is Our Land profite de l’urgence créée par la horde de milliers de rôdeurs pour nous offrir un presque huis clos qui donne la part belle au thème du sacrifice. S’il souffre de quelques facilités scénaristiques dispensables, sa jeune réalisatrice Meera Menon vient redorer le blason de la série avec des passages sombres et tendus très réussis.

Malheureusement, l’épisode suivant El Matadero fait un écart qui vient ralentir quelque peu cette bonne lancée. Bien qu’il soit correct, ses intrigues n’ont pas réellement leur place à l’aube du season finale. Il a tout de même le mérite de fournir plus de matériel quant au bazar, troisième lieu clé de cette saison, qui prend une importance particulière la semaine suivante. C’est en effet de là que partira une attaque qui aura pour but de conquérir le barrage de Tijuana.

Pour son season finale, Fear The Walking Dead tape dans le mille. Aux manettes, Andrew Bernstein propose un résultat de qualité à l’audace bienvenue. Nouveaux ennemis, tension, poésie, caractérisation des personnages et mise en scène originale font de Things Bad Begun et Sleigh Reid un tout solide, homogène et soigné qui vient clore cette saison tout en semant du matériel pour la suite.

Le public quant à lui continue de bouder la série dont les chiffres stagnent en cette fin de saison aux allures de renaissance. Force est de constater que le ventre mou du milieu de saison a causé du tort au show qui a cependant limité la casse cette année.

Passage

Afin de lancer ce troisième volet, la web-série Passage était diffusée en seize petits morceaux d’une minute à l’instar de Flight 462 l’année précédente. Cette dernière faisait le lien avec Fear The Walking Dead, ce qui n’est plus le cas de Passage dont on sait seulement qu’elle se déroule dans un environnement désertique similaire.

On y découvre Sierra (Kelsey Scott), une survivante qui débarque dans un camp militaire ravagé par l’épidémie. Elle tombe sur une militaire survivante, Gabi (Mishel Prada), qui tente de rejoindre un potentiel abri. Les deux femmes sont stoppées par Colton (Michael Mosley), un autre soldat qui fait tout pour les en empêcher. Après plusieurs confrontations, les deux femmes s’en sortent vivantes et se retrouvent à la surface probablement de l’autre côté de la frontière avec aucun abri en vue.

Sur la forme, tout est bon et cette intrigue aurait eu sa place directement dans la série. Je ne comprends donc pas le choix de ne faire aucun lien entre les deux programmes. Sur le fond, c’est tout de même moins original que le huis clos de l’avion de Flight 462.

La vie... ou la mort ?

Le choc de la mort de Travis a ravivé les espoirs d’un contre-pied à la série mère qui au fil des années a bien eu du mal à se séparer de ses personnages principaux, le "Glenngate" étant un exemple parlant du problème. Quelques épisodes ont suffit pour décimer la famille Otto tandis qu’Ofélia elle aussi finit par tomber. On peut compter aussi la disparition d’Efrain, Lola ou d’autres seconds couteaux du ranch pour ce qui devient une saison bien meurtrière. Mais ne nous leurrons pas, Fear The Walking Dead est également victime du Plot Armor, ce procédé qui consiste à protéger ses protagonistes au détriment du réalisme de l’intrigue. Et sur le podium, la famille Clark est plutôt bien représentée entre chance inouïe et capacités de survie inattendues. Même Daniel, revenu une fois d’entre les morts, est capable de survivre à sa grave blessure infligée par le tir de Strand.

Et le choix n’est pas toujours pertinent. De toutes ces morts, celle de Troy Otto nous reste en travers de la gorge. Bien qu’il soit passé d’un intelligent psychopathe à un doux agneau en quelques épisodes, il était le seul à réellement sortir du lot de toutes ces nouvelles têtes grâce à l’interprétation juste de Daniel Sharman. Si Jeremiah et Walker n’ont pas été à la hauteur, gageons que le motard John soit une nouvelle recrue prometteuse.

Pour l’instant, aucun némésis ne fut réellement à la hauteur. Pire, aucun personnage principal ne suscite un réel attachement à l’inverse de la série mère qui avait déjà solidement installé ses protagonistes au bout de trois saisons. Deux problématiques qui nuisent fortement au show malgré sa qualité et son audace bienvenue dans la franchise télévisuelle.

Côté caractérisation des personnages, le travail d’écriture est visible et très appréciable. On ne peut pas en dire autant de l’évolution de chacun. Sous-titrée « Fear what you’ve become » (Ayez peur de ce que vous êtes devenus), cette saison s’est effectivement efforcée de faire le point sur la psychologie des protagonistes. J’ai adoré le Daniel qui succombe à ses démons après une rapide quête de rédemption. Aussi, la mise en avant des jeunes personnages apportait une vraie dynamique loin des piliers adultes habituels par moment. Mais le bilan final est plutôt négatif entre un Strand quasi-inexistant, un Nick effacé et une Alicia peut-être un peu trop téméraire pour ceux que je n’ai pas encore évoqué jusqu’ici. Le cas de Madison, figure de proue du programme, reste singulier : je l’ai détestée dans la première partie qui la figurait comme une leader dans une prise de pouvoir express du ranch alors que je l’ai adorée dans ce rôle d’une mère complètement perdue par l’émancipation de ses enfants et la perte de son mari. Globalement, le jeu d’acteur était bon pour tous et on ressent bien l’expérience de chacun et la maturité des rôles après trois années.

Du sang frais en coulisses

Et ce renouveau à l’écran n’est que le résultat d’un renouvellement en profondeur des équipes créatives, de la salle d’écriture jusqu’à derrière la caméra. C’est encore plus flagrant du côté des réalisateurs dont un bon nombre étaient étrangers à la série, permettant de poser des yeux nouveaux sur l’intrigue. Grâce à eux, cette troisième saison se rapproche le plus des ambitions affichées au tout début de la série. À noter la très bonne idée du recours à un maximum de décors extérieurs naturels avec notamment ces plaines et collines à perte de vue. Ce choix a largement influencé sur la qualité visuelle du show avec une vraie dynamique géographique, l’action se déroulant parfaitement des deux côtés de la frontière USA-Mexique. L’exploitation de lieux insolites comme le barrage ou le bazar ont permis de mieux ancrer l’intrigue dans le réel, loin des épisodes cantonnés aux décors banals et déjà vus de la franchise.

Le changement est également de mise au sommet de la hiérarchie puisque le showrunner Dave Erickson quitte son poste au terme de cette troisième saison. Pour celui qui a développé cette série compagnon avec Robert Kirkman, ce départ est un pincement au cœur. Il reste tout de même dans le giron du groupe AMC tout en développant d’autres projets pour SONY pour qui il a créé sa première série, Canterbury’s Law. C’est le duo Andrew Chambliss et Ian Goldberg qui prendra sa place tandis que Scott Gimple qui travaille sur la série mère viendra jeter un œil sur la production. Pour Erickson, pas question de tout laisser en plan : c’est pourquoi ses successeurs ont eu leur mot à dire sur cette troisième saison qui devait se terminer avec un final plus explicite. Chambliss et Goldberg ont alors privilégié une fin plus vague et ouverte pour mieux coller avec leurs plans futurs. Erickson s’est tout de même fait un petit plaisir avant de partir avec ces nouveaux ennemis, le gang de motards, qui n’est pas sans rappeler sa série Sons Of Anarchy.

Rendez-vous l’année prochaine

Une quatrième saison fut commandée assez tôt, permettant de semer quelques probabilités d’évolution dans ce season finale explosif. Le leader des motards avait évoqué l’idée d’une route commerciale entre les raffineries du Texas et l’actuel lieu de l’action, ouvrant la possibilité d’un nouveau terrain de jeu tandis que Madison se retrouvait dans une zone urbaine loin de la campagne vue cette année. Un crossover, longtemps démenti par les équipes créatives, aura bien lieu et il se pourrait qu’il arrive plus rapidement que prévu. Internet regorge de suppositions quant à l’objet de cette réunion qui ne semblera pas faire l’objet d’un saut dans le temps ou autre pirouette narrative.

Au final, ce troisième volet est bel et bien un nouveau départ pour la série qui a fait preuve d’audace et a réussie à se débarrasser de ses démons qui aurait pu la faire couler en milieu de saison. Fear The Walking Dead s’en tire positivement et devra veiller à ne pas s’enliser de nouveau l’année prochaine. Tous les ingrédients créatifs sont là pour proposer une quatrième saison de haute qualité.

7/10

Bilan

Renouveau créatif bienvenu pour cette troisième saison de qualité, emportée par l’audace et la fraîcheur qui manquaient à la saison précédente. On ne peut que regretter davantage le ventre mou du milieu de saison qui prouve que si la série sait s’affranchir de ses racines, elle peut aussi retomber dans ses travers.

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