Critiques

Seriesaddict.fr  par | 8

The Punisher - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2017 - CW

Attention, il faut avoir vu la saison 1 avant de lire le bilan.

Qui aurait pu prédire un tel dénouement pour le Punisher ? Après trois passages au cinéma en 1989, 2004 et 2008 dans des productions somme toute moyennes, Le Punisher était revenu sur le devant de la scène en 2016, cette fois-ci du côté du petit écran. Introduit dans la seconde saison de Daredevil, le personnage de Frank Castle alias The Punisher avait eu un étonnant succès auprès de la communauté des fans, dû notamment à l'interprétation de l'acteur Jon Bernthal. Et il n'a donc pas fallu attendre longtemps avant que Marvel et Netflix ne décident de lui confier sa propre série solo.

Showrunné par Steve Lightfoot, connu surtout pour son rôle de producteur exécutif dans la série Hannibal mais également sur des productions comme Narcos ou Le Transporteur, The Punisher semblait être entre de bonnes mains. Et la diffusion des premiers teasers allaient dans ce sens... Alors, The Punisher est-elle la meilleure série Marvel à ce jour ? Analyse !

Une origin-story modifiée

Difficile de mettre en scène le personnage du Punisher. Et pour éviter que la série ne soit qu'une succession de meurtres sanglants sans intérêt, il fallait trouver à Frank Castle une histoire crédible à raconter et pouvant tenir sur un format de 13 heures. Quoi de mieux donc, qu'un complot gouvernemental contre lui. Le problème, et c'est ici un avis totalement personnel, les thrillers d'espionnage sous couvert de complots mettant en lumière les grandes institutions américaines (CIA, FBI, Sécurité Intérieure...), ne m'ont jamais vraiment attiré. Une réécriture des origines à double-tranchant, car ce genre d'histoires peut rapidement devenir superficielle, sans originalité et déjà-vus. Heureusement, je dois reconnaître que l'intrigue, bien que classique, est plutôt bien ficelée, quoi qu'un peu longue, mais on y reviendra dans un court instant.

Rentrons dans le vif du sujet et débutons directement avec tout ce qui ne fonctionne pas chez la série Marvel/Netflix. Deux défauts principaux ressortent après visionnage : le rythme et le format. Deux défauts qui sont intrinsèquement liés comme nous allons le voir.
Très souvent critiqué pour les longueurs scénaristiques qu'il nous impose, le format 13 épisodes (13h) est un schéma une fois de plus utilisé pour la série The Punisher, comme dans pour toutes les autres productions super-héroïques de chez Marvel/Netflix. Et si, à mon sens, la première saison de Daredevil, celle de Jessica Jones et Luke Cage géraient ce format avec brio, The Punisher aurait largement pu se contenter de 7-8 épisodes maximum pour sa première saison. En effet, les épisodes 3 à 8 auraient pu être cutés et réécris pour avoir un rythme plus dense (d'ailleurs les épisodes 9 à 13 ont ce rythme dense et prenant). Si un rythme lent/posé peut parfois avoir ses qualités, ici, nous avons la triste impression que les scénaristes ne savaient pas toujours comment raconter l'histoire de Frank Castle, ni quoi faire du personnage à l'écran. La série est en effet rythmée par des sous-intrigues pas forcément utiles sur le long-terme et des moments très gênants...

Traumatisme de guerre et second amendement

Parmi les sous-intrigues du Punisher, une prend particulièrement de place, celle de Lewis Walcott, jeune soldat traumatisé après son passage dans l'armée. Et c'est à travers ce personnage que se développe cette intrigue ainsi que celle autour d'une question sociétale très américaine : le port d'arme.

Je suis assez mitigé sur l'importance donnée à ces deux intrigues. Pas que ces sujets ne m’intéressent pas ou que je n'y sois pas sensible, mais je ne comprends pas l'intérêt de développer ces thèmes et laisser le personnage de Frank Castle à l'abandon pendant de longues minutes. J'en reviens donc à ce que je disais plus haut, pour moi, les scénaristes ne savaient absolument pas comment gérer le temps de parole de Frank Castle, ni comment combler pratiquement une heure de production par épisode.

D'autant que des séries comme Homeland, House of Cards ou des films comme American Sniper (pour le côté trauma), ont des qualités scénaristiques bien plus poussées que celle du Punisher sur ces sujets-là. Certes, la sous-intrigue est bien amenée, l'acteur Daniel Webber (Lewis Walcott) interprète son rôle avec une grande justesse et la descente en enfer est admirablement retranscrite, mais tout cela paraît tellement collé qu'on est désolé de voir un tel gâchis, qui ne rend même pas hommage aux vétérans de guerre (et à la cause), ni même aux victimes collatéraux du second amendement.

Alors certes, cette sous-intrigue permet d'obtenir une fin rédemptrice pour Frank Castle (cf. séquence finale lors d'une des réunions organisées par Curtis Hoyle) mais les propos récent du showrunner concernant cette fin vient contredire tout son travail sur la première saison et sa conclusion. En effet, ce dernier a déclaré dans une interview que si Frank Castle avait retrouvé une sorte de paix intérieure, il retrouverait une motivation pour reprendre son combat, sa guerre, dans une éventuelle saison 2, si Netflix lance son feu vert, bien entendu. Donc, en résumé, toute cette sous-intrigue n'a servi à rien, ainsi que la réécriture de ses origines. Mais encore une fois, comment peut-on tenir une série Punisher en ne mettant en scène que ses exploits de boucher ? Complexe ! Et c'est ainsi qu'on obtient un Frank Castle plus nuancé, qui divise. On reviendra sur ce point un peu plus tard.

Autre sous-thème développé par la série, le port d'arme. Franchement dispensable. Cette question sociétale est évidemment très intéressante à étudier (ses origines, l'intérêt démocratique, les enjeux économiques...), mais je ne me sens absolument pas concerné par la question. Je suis bien évidemment touché lorsque des tueries ont lieux aux Etats-Unis, et remettent en cause le deuxième amendement, mais en tant que français, je ne me sens pas concerné par les débats animés qui font rage sur le sujet. Pour moi, c'est évident que les citoyens ne devraient pas porter d'arme. Et là aussi, d'autres séries/films, développent le sujet avec plus d'intelligence. La série Netflix ne fait en effet que survoler le sujet, sans vraiment confronter le téléspectateur.

Jeu de Miroir

Dans mon introduction, je parlais de moments gênants. C'est le moment d'en parler, et cela concerne toutes les scènes entre Frank Castle, Madame Lieberman et ses enfants. Je n'ai absolument pas compris l'intérêt de ces scènes (sauf son point de départ et les raisons qui ont poussé Frank à interagir avec la famille au début), mise à part pour nous mettre mal à l'aise vis-à-vis de David qui lui, voit tout.
Certes, on peut y voir un jeu de miroir. La femme, la fille, le fils, l'exacte composition de la famille de Frank. Cette famille, c'est finalement celle qu'il aimerait retrouver. On le voit dans son comportement puisqu'il semble retrouver une certaine forme de normalité à leur contact, à travers des choses de la vie quotidienne (bricoler, un repas, une leçon de morale...). Cependant, cette situation est assez malsaine. Mais peut-être que les scénaristes l'ont voulu ainsi pour créer une mélancolie chez Frank et ainsi rendre son personnage plus attachant auprès des téléspectateurs, choqués par la violence intérieure qui l'habite et qui se retranscrit dans les scènes d'actions de la série. Un point sur lequel ces derniers peuvent se rattacher pour comprendre sa douleur et se dire que finalement, c'est un homme meurtri qu'ils ont face à eux.
Mais si je n'adhère pas à cela, c'est également parce que ces nombreuses séquences n'ont strictement aucun intérêt particulier et n'apportent rien à l'intrigue principale jusque dans les trois derniers épisodes et encore... Et puis, Madame Lierbaman n'a jamais reconnu Le Punisher, l'homme le plus médiatisé de la seconde saison de Daredevil ? Étrange !

Des rôles secondaires forts

Microchip : Interprété par Ebon Moss-Bachrach, David Lieberman alias Microchip est celui qui agit comme un catalyseur. En effet, c'est celui qui va apaiser Frank. Lui qui au début, passer ses journées à taper sur un mur pour calmer sa tempête intérieure, c'est le contact social auprès de David, qu'il va apprendre à gérer son " hyperactivité " et apprendre à réfléchir avant d'agir, même si ce n'est pas toujours le cas. On ne change pas un homme aussi radical en une semaine (rire). Cependant, Frank apprend à être patient, réfléchir et comprendre. Et finalement, cette relation est une des plus belle de la série, car elle apporte à Frank une certaine humanité, comme puisqu'il va aller jusqu'à se sacrifier pour aider David et sa famille.

Billy Russo (Ben Barnes) : Le Prince Caspian de Narnia a ici un rôle toute en finesse. L'interprétation de Ben Barnes offre à son personnage toutes les qualités d'un grand méchant. Charismatique, ambitieux, manipulateur, Billy Russo est un être que l'on a du mal à cerner. Gentil, Méchant ? Entre les deux ? Et même si on pressentait fortement qu'il était trop propre sur lui pour être honnête (je n'ai jamais lu un seul comics Punisher, je ne savais donc pas que son rôle était celui du futur vilain Jigsaw avant de me renseigner sur le net), son jeu d'acteur et l'écriture de son personnage arrive à semer le doute, jusqu'au dénouement de l'épisode 8, où la vérité éclate.

Karen Page : Si les femmes sont peu présentes dans la série, cela n'empêche pas que le casting féminin soit composé de femmes fortes. Et à l'instar d'une Madani têtue, prête à résoudre son enquête coûte que coûte quitte à passer outre les recommandations et les interdictions de sa hiérarchie, Karen Page est, elle aussi, résolue à aider Frank Castle lorsque ce dernier le lui demande. Une relation de confiance qui s'était déjà établie dans la seconde saison de Daredevil et qui se poursuit dans The Punisher. Et si les séquences entre Frank et Sarah Lierberman étaient gênantes, celles entre Castle et Karen sont touchantes et parfois même ambiguës, ajoutant un caractère particulier à leur relation. Une attirance qui n'est en effet pas assumée, mais qui évite le cliché de la fille attirée par le veuve épleuré.

Le seul petit regret, c'est que le rôle de Karen Page en tant que journaliste d'investigation était limité. Le rôle des médias dans une affaire si complexe et impliquant des hauts fonctionnaires du gouvernement aurait été intéressant à développer et il manquait ce caractère journalistique pour rendre hommage à un métier très dénigré ces derniers temps.

Une série trop violente ?

Toutes ces intrigues ont participé à rendre le Punisher plutôt mou, comme je l'indiquais plus haut (notamment avec ses relations avec David ou Karen) et j'aurais préféré qu'on me serve un anti-héros plus violent. La série est souvent dans la retenue (la faute à une intrigue qui renferme le personnage de sa vraie nature), même si la violence du Punisher explose à la fin de l'épisode 12 et atteint son point d'orgue dans l'épisode 13.

L'intrigue gouvernementale dans laquelle s'est retrouvé Castle n'a donc pas permis au personnage de crever l'écran et, même si je suis contre la violence gratuite, on parle quand même du Punisher là !
Quant à l'interprétation de Jon Bernthal, si il a le physique de l'emploi (c'est indéniable), il n'a cependant pas de grandes qualités d'acteur et cela se ressent à certains moments. Les scènes tristes et mélancoliques ne sont pas souvent d'une grande justesse. Cependant, les séquences brutales, elles, sont particulièrement réussies. Et je trouve ça assez dramatique pour lui car, depuis le début de sa carrière, on ne lui propose que des rôles de grosses brutes épaisses, sans aucune vraie profondeur. De The Walking Dead à Fury, Jon Bernthal se voit attribuer des rôles de durs à cuir, qu'il ne pourra pas toujours jouer. Est-ce à cause de son physique ? Ou bien parce que des réalisateurs/producteurs ne voient aucune autre forme de sincérité dans son jeu ? Quoi qu'il en soit, je reste persuadé que Jon Bernthal peut être un acteur de talent, si on lui offre sa chance et s'il est bien dirigé. Car avec The Punisher, Jon Bernthal aurait pu prouver qu'il savait jouer des rôles dramatiques (la façon dont est construite la série le permettait), encore fallait-il que le showrunner Steve Lightfoot ait des qualités directrices.

Divers

Un petit mot sur la réalisation et la mise en scène de l'épisode 10. Si ce type de mise en scène a déjà vu et revu, c'est pour moi le meilleur épisode de la saison, justement parce que suis littéralement fan de la façon dont a été construit La Vertu des brutes. Le montage et la narration avec mise en abîme est incroyablement réussi, et offre à la fois un caractère captivant et palpitant.

6/10

Bilan

Je vais monter jusqu'à 6.5/10. Si je reconnais les qualités scénaristiques de l'intrigue gouvernementale, The Punisher se perd souvent dans des sous-intrigues pas vraiment efficaces, et qui n'offrent jamais de position concrète sur les nombreux sujets évoqués, comme par peur de prendre partie.
La production souffre aussi de grosses longueurs, et l'action met du temps à arriver. L'acharnement de Netflix à vouloir produire 13 épisodes risque de leur porter préjudice sur le long terme. La série aurait pu en effet être écourtée d'au moins 5 épisodes. Cela dit, Le Punisher est un personnage difficile à mettre en scène et arriver à rendre une copie plutôt propre est déjà un exploit, non ?

8 Commentaires

  • Metatron
    Le 27/11/2017 à 17h51

    Critique peut être un peu trop sévère, bon boulot à souligner les faiblesses de la série, éclipse un peu trop peut être les côtés positifs. Un 8/10 pour moi personnellement.

  • Nikita007
    Le 28/11/2017 à 14h43

    Pour moi c'est la meilleure série Netflix/Marvel depuis Daredevil et Jessica Jones. Ma note 8/10.

  • negeil
    Le 28/11/2017 à 18h02

    Encore une fois, je ne juge pas ta critique qui est parfaite, tu as un très bon esprit critique justement et c'est un plaisir de te lire à chaque fois. Cependant ! Encore une fois, je trouve qu'il y a un problème de dosage aux niveau de la qualité, car je rappelle que tu as mis 8/10 à Luke Cage, qui est pour un certain nombre de personne la plus mauvaise série de ce Marvel/Netflix.
    Donc, selon toi Luke Cage est plus réussi que The Punisher ?
    Il y a une certaine cohérence a respecter au niveau des notes. Ici on juste non seulement une série mais aussi un univers, il est important de faire la comparaison avec ses compères.

  • dadachan75
    Le 01/12/2017 à 10h12

    Salutation à tous
    Je suis de l'avis général, une critique instructive, mais un peu sévère sur la note. J'ai trouvé que le punisher apportait une apreté qui m'a fait complétement oubliés les incohérences scénaristiques. La raison de mon commentaire c'est que justement cette série m'a donné un regard différents sur le second amendement. Avant comme toi il y a avait pas de débat dans mon esprit, porter une arme en 2017 c'est un non définitif. Mais le bref échange de Karen ou du moins la posture de son personnage m'a un peu ouvert l'esprit et j'ai pu comprendre ce point de vue de l'argument.
    Certe durant cette épisode on c'est un peu éloigné de Castle mais dans mon ressenti pas vraiment.
    Pour Conclure @neigeil, la pire série neetflix c'est de tres ou trop loin Iron First, j'arrive vraiment pas lui trouver des qualités. Passez une bonne journée et continuez le bon boulot

  • LoicMarie
    Le 03/12/2017 à 19h34

    Negeil : Toujours la dessus ^^
    Si tu arrives pas à comprendre que j'ai beaucoup aimé Luke Cage, alors... Tant pis ^^
    Et j'ai précisé d'emblée que je ne suis pas fan des intrigues gouvernementale, ça m'ennuie. Et c'est du déjà-vu. Bref, c'est pas une question de cohérence mais de goût :)

  • christophe84
    Le 04/12/2017 à 15h00

    apparemment la série a été annulée, c'est bien dommage. L'idée d'un personnage marvel sans super-pouvoirs n'a pas du plaire

  • Amelie
    Le 05/12/2017 à 12h06

    @christophe84 : Il n'y a aucune news sur le renouvellement ou l'annulation de la série pour le moment

  • christophe84
    Le 05/12/2017 à 20h59

    bsr Amelie, erreur de ma part, effectivement, désolé

Ajouter un commentaire







 Spoiler