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Easy - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © Netflix - 2017

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Le bébé télévisuel de Joe Swanberg est de retour pour une seconde saison de huit épisodes disponibles sur Netflix en cette fin d’année. Après une première saison ratée, j’ai fondé quelques espoirs sur le potentiel des thèmes abordés avec, notamment, une vision réaliste des relations sociales et sentimentales modernes. Easy a t-elle relevé le défi et fait oublier ses premiers pas catastrophiques ?

Un genre bien particulier

La série s’inscrit dans une nouvelle vague particulière des productions indies : le mumblecore. Ce genre fait la part belle à un jeu d’acteur naturel -souvent improvisé- et s’attache aux relations entre les personnages en priorité. Le tout avec des budgets minimes et des non-professionnels pour des productions les plus simples possibles.

La série est la création de Joe Swanberg, pointure du genre qualifié de maître en la matière. Et le trentenaire manie les codes comme jamais : pour sa seconde saison, il continue d’écrire à propos de jeunes adultes à la croisée de leurs vies sentimentales et professionnelles. On appréciera l’effort de diversité dans un casting où acteurs abonnés aux rôles secondaires et inconnus partagent l’affiche avec des habitués du petit écran.

On regrette néanmoins la frilosité de Swanberg à ne pas s’aventurer au delà de l’environnement « bobo » de ses personnages presque tous issus d’une classe moyenne privilégiée. On note néanmoins une légère amélioration dans le rôle que joue la ville de Chicago avec davantage de lieux différents. On quitte également le décor urbain pour également s’intéresser à l’environnement spécifique de la banlieue de cette métropole.

Scenario Not Found

À force de privilégier les échanges entre les personnages comme le veut le genre, Joe Swanberg perd de vue ses intrigues qui affichent un minimum syndical bien souvent trop léger. Commençons par ce season premiere « ovniesque » qui voit des voisins soudés d’un quartier aisé s’organiser contre... un voleur de colis. Une seule question nous obstine à l’issue d’une demi-heure caricaturale au résultat très amateur : Swanberg se prend t-il au sérieux ? Si c’est une comédie, c’est raté. Si c’est un peu plus sérieux, ça l’est aussi. Quelques rares bonnes idées sont vaguement perceptibles comme la paranoïa ou la xénophobie. Elles sont malheureusement étouffées par le vide intersidéral qu’offre cet épisode qui n’aurait jamais du être diffusé.

Au rang des zéros pointés, « La Drêche » se fait une place de choix. On y retrouve Dave Franco et Zazie Beetz (Atlanta) -entre autres- dans la suite des aventures d’amis brasseurs du dimanche s’étant professionnalisés. Cette fois-ci, place aux femmes, qui se lancent elles-aussi dans l’entrepreneuriat avec une marque de biscuits pour chien faits-maison. On a vu mieux sur ce thème de la réussite professionnelle avec la question de la vie de famille en parallèle. Expéditif et peu crédible, ce quatrième épisode sans réel début ni fin manque cruellement d’affect pour les personnages et leur situation. Le tout donne un épisode superficiel dont on oublie l’intrigue à peine le générique de fin lancé.

Limite limite

D’autres épisodes échappent de justesse au pire grâce à des interprètes qui tiennent littéralement leurs intrigues à bout de bras. Ce qui n’empêche pas les faiblesses des scénarios d’occuper une bonne partie de l’écran. Joe Swanberg tend à régulièrement bâcler ses histoires où il est difficile de ne pas remarquer ses personnages secondaires transparents et ses grosses ficelles évidentes.

Dans « Conjugalité », Marc Maron (Glow) revient plus en forme que pour son apparition dans la première saison. Il parvient à apporter une réelle fraîcheur à l’écran et sa prestation rayonne tant le reste du casting est invisible. Ce cinquième volet est victime d’une espèce de faux réalisme à base de situations simples, mises en scènes de manière basiques pour un résultat banal voire bidon. Michaela Watkins (Casual) est trop peu exploitée pour sauver le résultat global de la noyade.

Danielle Macdonald (Patti Cake$) quant à elle survole « La Fille Prodigue » qui souffre des mêmes difficultés. Narration trop facile et inexistence des autres protagonistes entachent un rôle principal écrit avec soin et nuances. Il s’agit de celui de Grace, une lycéenne qui se voit obligée de fréquenter l’église du quartier et qui retourne cette punition contre ses parents en se prenant au jeu. On regrette le manque d’audace dans la mise en perspective des infrastructures de la religion et des préceptes qu’elle enseigne. La thématique est à peine survolée et la forme pêche cruellement, diluant les rares lignes dignes d’intérêt de ce scénario.

Mi-figue mi-raisin

On quitte le bas du classement pour retrouver une lueur d’espoir. Deux intrigues suscitent notre intérêt mais leur mise en scène faillit à transformer l’essai. On retrouve tout d’abord le personnage de Kate Micucci qui, après avoir tenté le triolisme la saison dernière, fait face à une rupture inattendue. Elle s’investit émotionnellement auprès d’un bébé qu’elle garde plusieurs jours. Sans grand intérêt, l’enchaînement du quotidien de ce duo atypique ne parvient pas à nous toucher. La faute à un manque total d’empathie pour le personnage principal. Un vrai gâchis quand la fin de ce season finale laisse paraître LA vraie idée de cette intrigue : la mère de famille qui revient chez elle accepte l’aide de la jeune femme, constituant ainsi un trio. Ce qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vit la baby-sitter quelques mois auparavant. J’aurai largement préféré voir à l’écran cette structure familiale d’un nouveau genre.

« Lady Cha Cha » quant à lui met de nouveau en scène ce couple lesbien incarné par Kiersey Clemons (Transparent) et Jacqueline Toboni (Grimm). Au programme, des thèmes d’actualité très profonds autour du féminisme et du corps des femmes. J’ai apprécié la façon dont Swanberg met en parallèle ces deux expériences différentes d’un même combat. La première jouant avec l’acceptation totale de son corps et la fierté de le montrer alors que la seconde est beaucoup plus activiste grâce à l’art par exemple. L’intrigue réussit même à nous surprendre en prenant une tournure plus personnelle pour les personnages, faisant resurgir la singularité de chacun dans la globalité de cet engagement. Un gros point noir vient hélas noircir le tableau : les thèmes abordés demandent de la caractérisation et du temps, ce qu’Easy ne permet absolument pas de par son format. La série zappe ainsi un processus de développement primordial et se contente de survoler l’intrigue. Je regrette également que la carte de la provoc’ soit trop souvent jouée dans cet épisode qui n’aurait rien perdu à privilégier la subtilité.

Les bonnes surprises

Fort heureusement, deux épisodes sortent du lot au milieu de cette saison au pire ratée, au mieux très moyenne. Tout d’abord, on revient dans la vie d’Andi et Kyle interprétés par Elizabeth Reaser (Law & Order True Crime) et Michael Cernus (Orange Is The New Black). Après leur quête d’une vie sexuelle moins ordinaire la saison dernière, le couple décide aujourd’hui d’entretenir un mariage libre. Swanberg gère aisément les appréhensions et les doutes de ces adultes dans leur recherche de nouveaux partenaires. Les scènes de sexe ne versent pas du tout dans le voyeurisme et appuient naturellement le propos. Les mises en situation sont superficielles mais, globalement, « Un Trip Libertin » est une réussite.

« Petits boulots » quant à lui propose le portrait de deux chicagoans bien différents. Le premier est un jeune homme qui tente de percer dans le stand up et fait une multitude de petits boulots pour vivre sa passion. Ses courses en Uber sont l’occasion de croiser d’autres habitants lambdas de la ville. Odinaka Ezeokoli apporte son propre vécu au personnage, en plus de lui donner son nom. En parallèle, nous suivons Sally, une jeune scénariste qui se prostitue pour elle aussi pouvoir un jour vivre de sa passion. A l’instar de la banquette du taxi, les clients aisés de la jeune femme se livrent eux aussi, entre fantasmes et problèmes sentimentaux. Deux tranches complètement différentes de la population sont ici racontées à travers ces rencontres. D’ailleurs Sally passe également dans le taxi d’Odinaka tandis qu’elle assistera à une de ses scènes plus tard. Alors que c’est un inconnu qui campe ce dernier, l’interprète de la jeune femme est une influente bloggeuse sexo bien connue. Karley Sciortino officie chez Vogue et ne connaît aucun tabou ni limite en ce qui concerne la sexualité ou la place des femmes dans notre société. Plus d’affect et de caractérisation pour les personnages auraient donné à cette intrigue l’ampleur de sa véritable ambition, malheureusement étriquée dans trente courtes minutes.

Du neuf avec du vieux

Pour être honnête, le visionnage a été une véritable tannée pour moi. A l’exception des bons « Un Trip Libertin » et « Petits Boulots », j’ai du creuser pour faire ressortir le positif de cet océan de médiocrité. Je pourrais d’ailleurs copier/coller mon sévère bilan de la première saison. Cette année a été moins cohérente et plus éclatée que la précédente, et ce malgré le renforcement des fils conducteurs de certains personnages apparaissant dans la vie des autres.

Le créateur propose des épisodes bien trop souvent bâclés dans les détails. Et les mêmes critiques reviennent régulièrement : personnages secondaires transparents, intrigues bidons et manque d’implication du téléspectateur entre autres. Je comprends l’idée de ne pas toujours avoir de prétexte pour introduire une intrigue mais certains scénarios sont beaucoup trop légers. Swanberg joue t-il avec les limites de l’hyper réalisme ? On pourrait planter une caméra dans le quotidien des gens et ça ne marcherait pas. On a besoin de rythme et de narration, ce que cette saison oublie à l’image du raté « Le Voleur de Colis » ou du facile « La Drêche ». Le créateur ne semble être bon que dans les histoires mettant en scène des relations sentimentales. Il le prouve encore cette année avec deux épisodes réussis grâce à une écriture soignée et une vision nuancée.

Trop de Swanberg tue le Swanberg ?

Cette nouvelle fournée de huit épisodes pourrait aisément être une « saison 1.5 ». Joe Swanberg ne change absolument rien à la vision de sa création. Il précise même qu’il a écrit des dizaines d’histoires avec l’ambition de tenir dix saisons pour que les téléspectateurs puissent réellement se rendre compte de son univers. Peut-être devrait-il se focaliser davantage sur le présent. Amateur de productions indépendantes, je ne m’y retrouve pas du tout dans le travail du « roi du mumblecore ». Pire, je le trouve plutôt mauvais comme je le détaille amplement ci-dessus.

Je posais déjà la question de sa mainmise sur la série lors de la première saison. Et je la pose de nouveau cette année. Le créateur doit absolument lâcher la réalisation ou l’écriture –voire les deux- de certaines intrigues. Et pourtant, si le nom du trentenaire est omniprésent au générique, il indique que chaque épisode est le fruit d’un processus de collaboration créative. On peut citer l’influence de Karley Scirotino sur son personnage ou encore la sollicitation des actrices principales de « Lady Cha Cha » pour parler du féminisme. Joe Swanberg s’est d’ailleurs entouré dès le début de deux executive producers de l’écurie Netflix : Kristen Zolner et Jane Wiseman qui ont récemment chapeauté la production de Haters Back Off, Big Mouth ou encore BoJack Horseman. Une chose est sûre, la patte Swanberg reste encore bien visible, surtout quand celui-ci assure gérer complètement l’assemblage final de chaque création.

Bilan

Vous l’aurez compris, cette seconde saison d’Easy ne m’a pas convaincu. La part de positif reste minime avec deux bons épisodes et quelques bonnes idées peu ou mal exploitées ici et là. J’ai trouvé que les faiblesses de l’écriture et de la réalisation de Joe Swanberg étaient encore plus grandes et plus visibles. La série qui ne rencontre pas un énorme succès est pourtant appréciée dans le milieu indie américain. Le Girls de Lena Dunham a largement fait mieux ces dernières années quand bien même la série nous aura proposé le meilleur comme le pire. Sans trahir les codes du genre, la jeune créatrice aura su proposer une mise en scène léchée et un regard nuancé sur nos comportements sociaux mordernes. Ce que Swanberg peine à faire avec Easy de toute évidence.

4/10

Bilan

Un léger mieux que la saison précédente avec la réussite du traitement des relations sentimentales. Malheureusement, les quelques autres fulgurances sont noyées par une écriture bâclée et une mise en scène trop fade. Les faiblesses de la création de Swanberg ne sont pas plus nombreuses mais davantage visibles cette année.

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