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Seriesaddict.fr  par | 5

Jessica Jones - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © 2018 - CW

Attention, il faut avoir vu la saison 2 avant de lire la critique.

Introduction

Après une première saison particulièrement réussie (de mon point de vue) et un passage remarqué dans la mini-série The Defenders où elle affrontait l'organisation de La Main aux côtés de Daredevil, Luke Cage et Iron Fist, Jessica Jones reprenait tranquillement sa petite vie de détective privée en sillonnant les rues de Hell's Kitchen, dans une seconde saison qui s'annonçait comme un retour aux sources. En effet, l'intrigue principale concernait ici IGH, société à l'origine des pouvoirs de Jessica Jones et donc de sa nouvelle vie, semée d'enquêtes misérables, de drame, de colère et d'alcoolisme.

Alors, quel bilan pour cette nouvelle saison ? Marvel et Netflix ont-ils réussi à faire encore mieux qu'il y a trois ans ? Réponse !

Jessica Jones : deuxième round

Premier constat, cette seconde saison souffre d'un énorme potentiel gâché. Revenir sur l'entreprise qui a causé les changements physiques de Jessica était une idée des plus intéressantes, mais la façon dont l'ensemble a été traité est assez maladroite. Le véritable problème est qu'on s'aperçoit au fur et à mesure des épisodes que cette saison ne comporte pas de réelle menace et qu'un seul protagoniste, le Dr. Mallus, semble être l'homme à abattre, mais n'apparaît finalement pas comme un antagoniste, mais une sorte de sauveur aux méthodes douteuses. Et finalement, comme Iron Fist, on se sent un peu dupé. On navigue dans une saison sans enjeux, si ce n'est recoller les morceaux d'une famille, dont il ne reste pratiquement que des cendres. Pourtant, toute la première partie (jusqu'à ce que Jessica retrouve sa mère) est un sans faute. Rythme, suspens, rebondissements, tout est parfaitement orchestré. On se prend à la chasse aux indices pour pister cette organisation, dont on n'attend qu'elle mette en difficulté les protagonistes principaux. Puis, les épisodes défilent et... rien. On décroche alors peu à peu. La raison principalement est la relation mère/fille, que j'ai pour ma part trouvée insupportable et développée de manière très cliché, comme on peut le voir dans certaines séries super-héroïques de la CW (Malcom Merlyn/Théa, par exemple). Un coup je veux te voir, un coup je ne veux plus te voir, c'est ainsi que l'on pourrait résumer la relation entre Jessica et sa mère. Et entre nous, si c'est pour voir Jessica changer d'avis toutes les 30 secondes, réduire la saison de trois épisodes nous aurait épargné ce genre de dialogues pourris. Autant on peut comprendre ce déchirement intérieur qui habite Jessica et ses difficultés à prendre une décision concrète concernant le sort de sa mère, elle est même logique, mais la façon qu'ont les scénaristes de mettre en scène cette relation montre à quel point ils n'avaient aucune idée d'où aller avec le personnage d'Alisa Jones, qui, au passage, a le charisme d'une huître.

Il manquait peut-être à cette seconde saison davantage de flashbacks sur la jeunesse de Jessica Jones avec ses parents, afin de mieux percevoir/ressentir sa souffrance depuis leur disparition. Car finalement, on s'aperçoit aussi que les flashbacks sont pratiquement les meilleurs moments de Jessica Jones. Même si ils apparaissent dans une autre époque et un autre contexte, ils dévoilent l'évolution de Jessica Jones dans sa période étudiante, et permettent de s'attarder sur des aspects qui ont participé à son changement identitaire.

Et il y a Trish. La petite animatrice radio égoïste, pleurant sur son pauvre sort et jalousant Jessica et ses pouvoirs. Typiquement le genre de personnage détestable, aux motivations plus qu'ambigües. Car si l'envie d'aider autrui est bien présente, son attitude laisse parfois à penser le contraire. Son acharnement à vouloir des pouvoirs rend sa sous-intrigue (et la série en générale) franchement lourdingue et on se demande comment les scénaristes ont pu écrire une storyline si grotesque, sans se rendre contre en visionnant leur œuvre, l'énervement que cela pourrait causer chez les téléspectateurs. A la fin de l'épisode 13, on a juste envie de dire : " voilà, t'as eu ce que tu voulais, tu es contente ? Tu vas nous lâcher la grappe maintenant avec tes caprices de gamines gâtées ? ".

Ce qui m'amène à un autre point : les personnages secondaires. Délaissés dans la première saison, Trish donc, mais également Malcolm et Jeri Hogarth ont ici beaucoup plus d'épaisseur et de visibilité. Mais comme nous venons de la voir avec Trish, ce n'est pas forcément pour le meilleur. Malcolm est relayé au rang de sidekick, qui passe son temps à se faire malmener par les excès d'humeur de Jessica et Jeri, dont elle apprend qu'elle est atteinte de la maladie de Charcot. Une façon pour les scénaristes de lui attribuer plus de temps à l'écran que dans la première saison, mais le résultat est que cela n'apporte strictement rien à l'intrigue principale. Et la limite des séries Marvel/Netflix se dévoilent. Car donner plus d'envergure à des personnages secondaires est une très bonne chose, mais les réduire à des banalités, c'est prouver qu'il y a, dès le départ, des vides scénaristiques à combler.

La réalisation et la mise en scène sont aussi moins aboutis et symboliques que dans la première saison. Le fait d'avoir Kilgrave apportait à ces deux éléments quelques chose de particulièrement oppressant, notamment dans l'omniprésence du violet où le jeu de couleur permettait une certaine immersion assez angoissante. Le violet, couleur symbolique, également dans la mise en scène d'objets que l'on pouvait étudier pour comprendre la psychologie du personnage de Kilgrave, plus complexe que celle du Docteur Mallus ou d'Alisa Jones.
Enfin, la présence de Kilgrave au casting permettait aussi d'aborder des thèmes comme le viol/viol psychologique et la religion, choses que la seconde saison n'aborde plus, au détriment de deux autres thèmes sous-exploités par des dialogues peu aboutis : la psychologie meurtrière et la maîtrise de soi.

Pourtant, malgré ses défauts apparents, cette seconde saison est prenante, voire même divertissante à certains égards. Peut-être parce que Krysten Ritter arrive à donner une vraie dimension au personnage de Jessica, une personnalité attachante par sa fragilité, son côté héroïque non-assumé et sa badassitude.

La série continue également à mettre les femmes au premier plan, reléguant les protagonistes masculins à une place que les actrices ont longtemps eu au cinéma ou à la télévision, celle de la demoiselle en détresse, du rôle de love-interest (pour les séquences de sexe), des petites apparitions pour combler des vides scénaristiques, etc... Une vengeance assumée, mais qui m'a un peu gêné (pauvre Oscar !), même si des personnages comme Malcolm finissent par se détacher et prendre leur indépendance.

Retrouvez le bilan de la première saison de Jessica Jones ici.

6/10

Bilan

Une première partie d'exception, une super-héroïne hors du commun, des personnages secondaires malgré tout attachants (Jeri & Malcolm), une mise en avant de protagonistes féminins indépendantes. Puis, le drame. Des retrouvailles franchement pas à la hauteur des enjeux, une menace qui n'en est pas réellement une, une réalisation lambda et des dialogues tantôt pathétiques, tantôt fatigants et une seconde partie, bien que divertissante, qui n'arrive jamais à procurer une once de crédibilité, d'inquiétude et d'envie.

5 Commentaires

  • vafenix
    Le 19/03/2018 à 11h31

    je suis d'accord. j'ai souvent avançait les dialogues pourris. 6 c'est le max et bien dommage car ils peuvent faire bcp mieux. les personnages ont du potentiel

  • Lexaa
    Le 21/03/2018 à 20h28

    Merci Loic pour ce bilan ! J'avais la flemme d'écrire un bilan n°2, c'est plus interactif je trouve d'échanger directement sur ce tu as écris. Et on est pas d'accord sur tout... ^^

    " Le véritable problème est qu'on s'aperçoit au fur et à mesure des épisodes que cette saison ne comporte pas de réelle menace et qu'un seul protagoniste" : je comprend ton argument et en même temps c'était un peu le but de la saison. Lors d'une interview l'actrice Krysten Ritter l'avait très bien expliquer, soit la production prenait le risque après Killgrave de décevoir les attentes des fans avec un nouveau grand méchant soit elle tentait une nouvelle formule. Et pour moi ça marche parfaitement avec la fin de la saison 1 mais aussi l'écriture de la série en générale je dirai car Jessica Jones travaille avant tout ses personnages. Et là chacun est son propre vilain. Comparée aux autres Marvel, JJ possède des personnages complexes qui méritent un peu d'attention. Après ce n'est pas fait de manière parfaite loin de là mais au moins il y a une volonté d'écriture et de nouveauté.

    "montre à quel point ils n'avaient aucune idée d'où aller avec le personnage d'Alisa Jones, qui, au passage, a le charisme d'une huître." : malheureux comment oses tu ! Janet Mcteer est une incroyable actrice ! Le personnage impose par sa présence et son histoire. L'alchimie mère/fille fonctionne et offre de très belles scènes. Oui il y a un va et vient à cause du nombre trop élevé d'épisode mais les défauts scénaristiques n'enlèvent rien à sa performance.

    "Car finalement, on s'aperçoit aussi que les flashbacks sont pratiquement les meilleurs moments de Jessica Jones" : l'épisode 7 est effectivement l'un des meilleurs de la saison mais ce n'est pas le cœur de la série. Ils ont le mérite d'être réussi et de réellement apporter quelque chose au présent ce qui n'est pas toujours le cas pour d'autres séries.

    Sur Trish : comme beaucoup (genre 90% ^^) tu ne vas pas plus loin que justement "Trish est devenue conne blabla" et c'est dommage ! Encore une fois tu as raison l'écriture n'est pas parfaite mais l'évolution du personnage est tellement intéressante, logique et frais aussi car une relation comme celle Trish/Jessica ne se voit pas tout les jours à la télé. Ce que j'ai adoré dans l'arc de Trish est que tout (ou presque) se justifie. Cela ne la rend pas sympathique mais un personnage n'est pas obligé d'évoluer pour le mieux ! Il peut évoluer pour le pire. C'est l'un des thèmes de la saison : jusqu'où peut-on aller en tant qu'être humain ? En plus, sa relation avec Jessica est vraiment bien écrite car il y a un parallèle constant entre Trish et sa mère puis Trish et Jessica : il y avait déjà des indices dans la première saison mais ici c'est clair et net Trish est l'abuseur, Jessica sa victime. La série te montre bien que cela n’empêche pas l'amour par exemple mais cela reste une relation toxique et j'ai trouvé oser de la part de la production de pousser aussi loin.

    "c'est prouver qu'il y a, dès le départ, des vides scénaristiques à combler." : Vrai ! Mais très belle performance de Carrie-Anne Moss.

    "la réalisation et la mise en scène sont aussi moins aboutis et symboliques que dans la première saison" : le grand raté pour moi de cette saison car comme tu le dis cela avait marqué les spectateurs lors de la saison 1. Et avoir une équipe exclusivement féminine au niveau de la réalisation pour ça...Dommage.

    "Une vengeance assumée, mais qui m'a un peu gêné (pauvre Oscar !)" : je n'ai pas compris à quoi tu faisais référence. Le kidnapping de son fils ? Personnellement j'ai trouvé le couple un peu forcé contrairement au duo Jessica/Luke mais au moins cela permet de terminé sur une note positive.

    7.5/10 pour moi ! Elle reste ma série Marvel préférée !!

  • LoicMarie
    Le 22/03/2018 à 22h42

    Je comprends tes points de vues et pour certains, je pourrais même envisager de changer d'avis comme sur la partie " pas de grands méchants dans cette saison ", mais sur Trish, on ne sera jamais d'accord ma petite Lexaa ^^
    Cette meuf est une vraie plaie. Je l'ai trouvé chiante et insupportable à toujours vouloir être l'équivalente de Jessica et avoir des pouvoirs. Mais, c'est une question de ressentis et je ne partage pas le tiens. Pour moi, l'erreur a été de vouloir suivre les comics pour en faire une héroïne. Encore que, pourquoi pas. Mais le faire de façon plus subtile aurait été sûrement plus efficace :)

    Pour Oscar, je voulais dire que sa présence ne va pas plus loin que la simple love-interest et je trouve ça dommage. Finalement, comme beaucoup d'actrices à l'époque, il jouait ce rôle, celui de compagnon, sans intérêt.

  • Lexaa
    Le 23/03/2018 à 19h23

    Bon j'aurais essayé ! ;)
    Je connais de très loin l'histoire d'Hellcat mais de mémoire c'est un parcours assez sombre et dingue non ? J'ai quand même hate ! ^^

  • Yazid
    Le 13/04/2018 à 18h16

    Je te rejoins globalement Loïc.

    Où est passée l'audace de la série ? Heureusement que Kristen Ritter s'est imposée comme une Jessica Jones que l'on prend plaisir à suivre parce que sans elle, cette seconde saison s'écroulerait. Le guest star de Kilgrave/David Tennant ne fait que souligner l'absence de la menace qui quand elle existe est brouillonne et mal maîtrisée.

    Ne parlons pas du traitement bas de gamme de Trish. Début de saison prometteur grâce à son rapprochement avec Jessica qui permettait un duo pas mal à l'écran. Et là c'est le drame.

    Le casting secondaire souffre clairement. J'ai plutôt aimé la storyline d'Hogarth qui, bien qu'elle n'apporte rien à l'intrigue, mérite d'exister. J'aurai aimé moins de prudence et plus d'audace.

    On est loin de la catastrophe industrielle Iron Fist et du mauvais The Defenders mais Jessica Jones 2 est un gâchis dommageable qui reste néamoins "regardable" (Je ne sais pas si c'est un compliment ceci dit). Que font Netflix/Marvel ? Elle est passée où la promesse d'un univers plus terre à terre sombre et adulte ? Perso je ne recherche pas le DCTV que fait la CW, au contraire je le fuis.

    Alors Jessica Jones et Matt Murdock, on se rattrape vite pour vos saisons 3 svp ?

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Jessica Jones
Note de la série :
8.4/10