Critiques

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American Crime Story - 2x9 : Alone

Résumé

Le parcours meurtrier d'Andrew Cunanan s'achève enfin, alors que la police de Miami le pourchasse après le meurtre de Gianni Versace. De son côté, Marylin Miglin essaye de tourner la page du meurtre de son mari avec plus de mal...

2x9 : Alone © FX - 2018

La dernière pierre de la plongée dans le passé d'Andrew Cunanan est enfin apportée par un ultime épisode méthodiquement construit. Pas à pas, les fils narratifs découverts au fil des huit épisodes précédents se relient dans un final aussi réaliste que tragique. Les derniers jours du meurtrier de Gianni Versace sont retracés en même temps que le futur de l'entreprise Versace se profile. Episode somme, il permet de comprendre les véritables enjeux de la saison et les grandes qualités d'une deuxième saison riche. Non pas dans sa reconstitution fictionnelle de la réalité, mais bel et bien dans sa réflexion sur les ravages de la jalousie et de l'intolérance.

Finies les retours en arrière, désormais la narration se propose de conter les derniers instants de la cavale statique (l'oxymore caractérise bien la personnalité ambivalente du meurtrier) de Cunanan. Une occasion pour l'équipe créative de mettre en image avec attention la déchéance du personnage, la réalisation soignée ayant été le point fort de la saison. Les métaphores abondent, entre les apparentés du discours de Marylin Miglin au sujet de son passé et la relation père-fils de Cunanan, ou le cafard emprisonné dans un verre que l'on découvre inerte juste avant le suicide du meurtrier. La subtilité n'est pas le maître mot de l'épisode, mais le dénouement de l'intrigue est bien mené. On peut d'ailleurs compter sur le jeu tragique de Darren Criss, qui aura été parfait au fil des neuf épisodes composant la saison, pour retranscrire les paradoxes tiraillant le personnage incarné.

En alternant des images de reportages et des séquences fictionnelles, l'épisode fournit une retranscription efficace du battage médiatique ayant entouré la mort du créateur de mode. De la découverte de la scène de crime à son enterrement mondain. Finalement, la famille Versace n'aura jamais été le sujet du propos scénaristique mais plutôt un miroir dans lequel Andrew Cunanan se plaisait à se regarder, à se comparer. D'ailleurs, jusqu'à la fin, la réalisation établira des liens entre le créateur adulé et son meurtrier enlisé dans l'ombre. Loin de provoquer de la pitié pour le meurtrier, la narration prend quand même le temps de peindre le portrait d'un père opportuniste. Si aucune raison ne peut justifier les actes meurtriers d'Andrew, l'on ne peut que percevoir le prisme paternel et biaisé par lequel il a découvert le monde. Ce dernier épisode est également intéressant puisqu'il renoue avec les personnages croisés au fil de la narration : tous les personnages secondaires trouvent une forme de conclusion dans l'épisode, qu'il s'agisse d'une mère emportée par un mouvement médiatique ou une Marylin Miglin enfin libérée d'une menace incertaine. Ces personnages, qui gravitent autour du personnage principal depuis le début de la saison, permettent aux scénaristes d'immiscer quelques pistes de réflexion sur l'incompétence policière – la criminelle aurait-elle fait peu de cas des premiers meurtres de Cunanan car les victimes étaient gays ? La question reste sans réponse, mais elle est posée.

Enfin, cette critique n'en serait pas vraiment une sans un retour sur la dernière séquence de l'épisode. Résumant à elle seule les véritables intentions de la saison, elle remet à sa place les personnages de l'intrigue. Alors que Gianni Versace est célébré dans un mausolée qui lui est quasiment dédié, devant le regard médusé de sa sœur éplorée (jolie transposition du visage de Pénélope Cruz sur le symbole de l'entreprise Versace, une méduse dans un miroir), le corps de Cunanan, quant à lui, repose au beau milieu d'une centaine d'autres urnes funéraires. Malgré tous ses efforts, son anonymat demeure. Personne pour le pleurer, personne pour l'idolâtrer.

En somme, ce neuvième épisode permet de comprendre que la deuxième saison d'American Crime Story est finalement une belle réussite. Malgré sa construction à rebours, les scénaristes auront su retracer le parcours complexe d'un meurtrier en quête de célébrité. Complexe parce qu'il aspirait, dans le même temps, à une simple histoire d'amour passionnée avec un homme qui ne partageait pas ses sentiments. Véritable tragédie (au sens de destin inéluctable) pour le meurtrier et pour sa victime, l'assassinat de Gianni Versace s'offre une efficace transposition dans cette série. Mais finalement, le show ne donne-t-il pas à Andrew Cunanan ce qu'il désirait le plus ? La célébrité. En lui offrant neuf épisodes d'une série télévisée acclamée, l'équipe créative ne répond-elle pas à son projet démesuré ?

8/10

Bilan

Un dénouement parfaitement tissé, qui convoque à merveille tous les fils narratifs déployés au fil de la saison. Même si la famille Versace est lésée, le destin tragique et ironique de Cunanan est scellé avec minutie. Le meilleur épisode de la saison, ni plus ni moins.

2 Commentaires

  • Yazid
    Le 13/04/2018 à 18h03

    Je ne reviendrai pas sur ta/tes critique(s) qui ont toujours été justes et qui posaient de bonnes questions. Je souhaiterai juste saluer Daniel Minahan à la réalisation et donne à ce season finale le résultat visuel qu'il méritait. Ç'aurait été une honte de gâcher une fin pareille.

    Pour le reste de la saison en effet, le point noir reste la narration non-linéaire brouillon. Une fausse bonne idée en somme dont je peine à comprendre le maintient : les équipes créatives ne se sont pas dit une seconde que c'était contre-productif ? Leurs choix étaient mauvais, l'ordre des séquences de la vie de Cunanan et de sa cavale n'est pas bon. Un astucieux remaniement aurait assuré plus d'impact.

  • Toff63
    Le 13/06/2018 à 12h10

    Tu as souligné tous les points forts de cet épisode final: la question de l'homosexualité, les similarités entre Miglin et Cunanan et surtout cette fin si représentative de l'échec d'Andrew, enterré au milieu des autres (avec juste une petite plaque pour l'identifier) quand Gianni a droit à un mausolée bien doré. Le plus triste dans tout cela, c'est que non seulement Andrew a échoué dans sa quête de célébrité (du moins sur le long terme) et en échouant il a mis fin à la vie d'un homme qu'il aimait et qui voulait vivre, ainsi qu'à celle de ses amours et de l'amant de Gianni.
    J'ajouterais juste à ta critique 2 petits passages importants: la discussion entre Andrew et Gianni (à l'origine de pas mal de choses) et les regrets de Donatella (elle a ignoré l'appel de son frère par fierté mal placée; le plan sur son visage craquelé par le miroir traduit bien ce sentiment de culpabilité). 8/10

    En guise de bilan de la saison, je crois qu'on est tous d'accord sur le fait que la narration n'a pas été très appropriée et a gâché une partie du potentiel de l'histoire. J'ajouterais que même si Cunanan avait beaucoup de chose à raconter, le traitement des Versace aura été beaucoup trop court, alors que j'espérais en découvrir plus sur eux dans cette série .

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Note de la série :
9.1/10