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Atlanta - 2x6 : Teddy Perkins

Résumé

Darius fait l’acquisition d’un piano gracieusement offert et rencontre son étrange propriétaire.

2x6 : Teddy Perkins © FX - 2018

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Nous voilà arrivés à la moitié de cette seconde saison d’Atlanta qui s’amuse à séparer nos héros et leur offre des épisodes dédiés depuis deux semaines. Après Helen qui voyait le couple d’Earn et Van voler en morceaux puis Barbershop qui jetait Alfred dans un road trip urbain parsemé de galères, c’est au tour du personnage de Darius de bénéficier d’un épisode rien qu’à lui.

Et c’est loin d’Atlanta que la série nous emmène aujourd’hui avec cette virée dans la campagne de l’Alabama, l’état voisin où Darius se rend pour récupérer un piano gracieusement offert. Sur la route, un simple arrêt dans une épicerie dresse le décor : celle-ci vend des casquettes arborant le drapeau confédéré, emblème des états sudistes favorables à l’esclavage pendant la Guerre de Sécession. Sans se démonter, Darius achète une casquette et la détourne sous le regard accusateur des clients de la boutique. Un beau pied de nez aux racistes en tout genre comme la série sait le faire.

Mais là n’est pas le sujet. Ce sixième épisode démarre concrètement après cette anecdotique introduction. Darius arrive dans une immense demeure dissimulée dans les bois. Dans le hall plongé dans l’obscurité, une faible voix vient troubler l’étrange silence qui habite l’immense pièce. Un mince filet de la lumière du jour révèle Teddy Perkins, le propriétaire qui affiche un teint blafard. Une référence directe au Michael Jackson à la peau blanchie et au visage marqué par la chirurgie esthétique. Comme profitant de la présence d’un invité, il fait trainer la transaction pendant de longues minutes, mettant Darius mal à l’aise à l’image de cette petite séquence peu ragoutante autour de l’œuf d’autruche.

Forcé de faire la conversation, Darius finit par prêter attention au passé musical glorieux évoqué par son hôte. Sur d’anciennes photos, on remarque qu’il était noir, confirmant la référence avec le Roi de la Pop. D’ailleurs, c’est un véritable parallèle qui s’installe avec l’évocation d’un frère que l’on ne voit pas et qui serait atteint d’une maladie de peau. Dès ce moment, l’étrange Teddy Perkins le devient encore plus. Son frère existe-t-il vraiment ?

L’atmosphère déjà tendue devient anxiogène quand la villa se dévoile un peu plus. Sous l’œil de caméras de surveillance, notre héros parcoure les longs couloirs vides et poussiéreux qui témoignent d’une vie qui a quitté les lieux depuis longtemps. L’hôte les transforme d’ailleurs en véritable musée avec une pièce centrale qui au premier abord, ressemble à un piège dans lequel Darius hésite à entrer. Un spot lumineux vient éclairer un mannequin habillé d’un costume. Teddy Perkins voue un culte à la mémoire de son paternel qui se révèle avoir été un père abusif comme l’ont été ceux de Michael Jackson, de Serena Williams, de Marvin Gaye ou encore de Tiger Woods, des figures afro-américaines devenues des légendes dans leur domaine. Le personnage de Darius se fait la voix du téléspectateur et essaye de comprendre ce non-sens. Victime de cette enfance malheureuse qui a fait de lui un artiste de renom, il a depuis longtemps accepté ses années de maltraitance comme une obligation pour accéder au succès.

Engourdi par ces révélations et comme asphyxié par l’atmosphère des lieux, Darius commet l’irréparable en poussant à conclure au plus vite la transaction. Il peut enfin partir avec le piano, McGuffin (prétexte) classique qui fait son apparition aux deux-tiers de l’épisode seulement. On se rend compte que les fameuses touches colorées qui faisaient de l’œil à notre héros n’étaient en fait qu’un clavier normal vulgairement peint à la main. Mais un accès de colère de Teddy au sujet de la maladie de son frère vient jeter un froid, en témoigne la réaction de Darius dont le visage a laissé l’appréhension pour la peur.

Alors qu’on était sur le fil du rasoir ces dernières longues minutes, on sent que l’on vient de glisser pour de bon. L’épisode tombe alors un peu plus dans le film d’horreur en empruntant légèrement ses codes. L’ascenseur censé transporter l’imposant instrument joue un rôle important dans cette entreprise. Il finit par s’arrêter au sous-sol tout aussi glauque mais bien plus éclairé que le reste de la maison. Apparaît alors le fameux Benny, dans un fauteuil roulant et communiquant avec une ardoise. Derrière d’épais bandages et sous un chapeau, impossible de savoir qui se cache sous cet accoutrement. L’épisode joue encore sur le doute de l’existence ou non de ce frère qui pourrait bien être la double personnalité de Teddy Perkins. Son ancien lui en somme, qu’il tente de dissimuler dans ce sous-sol ou sous sa nouvelle peau blanche.

Le fameux Benny prévient Darius de la dangerosité de son frère Teddy. Une affirmation qui se révèlera être vraie, notre héros finissant rapidement par avoir le canon d’un fusil pointé sur lui. Promis à une mort certaine, Darius tente de raisonner son bourreau en le persuadant que le pardon serait nettement supérieur au sacrifice. Le jeune homme, que l’on connaissait jusqu’ici comme naïf et constamment sous substance, se montre sous un jour plus mature. Il évoque ses propres problèmes avec son père et conclut sur la nécessité de ne pas reproduire les mêmes gestes une fois devenu adulte. Il cite également le célèbre Stevie Wonder, figure chère au cœur de Teddy Perkins. Alors que ce dernier voit la cécité du chanteur comme un sacrifice qui lui a valu sa carrière, Darius prouve que sa musique a plutôt été inspirée par la joie et l’amour. De quoi laisser le temps à Benny de faire son apparition, à la grande surprise de Teddy qui finira abattu par son propre frère. Ce dernier se donnera également la mort, une fin violente sous les yeux pétrifiés de Darius.

Et ce sont bien deux corps qui seront sortis embarqués par les médecins légistes, mettant fin au flou sur l’existence de Benny. Dépité, Darius observe le piano être saisi par les policiers avant de reprendre la route après cette terrifiante journée. L’épisode se conclut sur le morceau « Evil » de Stevie Wonder dont le texte questionne le Mal à propos de son influence sur l’Humanité.

On ne ressort pas indemne de Teddy Perkins qui emprunte son nom à ce personnage étrange mis en scène cette semaine. Je n’ai pas remarqué une seule seconde qu’il était interprété par Donald Glover en personne qui offre ici une prestation d’une mémorable justesse, librement inspirée de Michael Jackson. Keith Stanfield quant à lui donne une autre dimension à son personnage avec un jeu mesuré de circonstance.

Le film Get Out de Jordan Peele -dans lequel il figure- joue un rôle important cette semaine, comme si son aura imprégnait l’action. Son sacre aux Oscars a certainement permis à Glover de donner vie à cette idée bien farfelue traitée sans le concours –ou presque- de l’humour, même noir ou ironique. Grâce à ses nombreuses références musicales, l’épisode revisite avec brio son thème de prédilection. Encore une fois, Atlanta s’attaque à des sujets sérieux avec toute son expertise. Le délicat thème de l’abus parental est ici personnifié dans un seul et même personnage qui résume l’expérience douloureuse des nombreuses personnalités citées ainsi que les drames qui se jouent dans l’anonymat à l’image de ce qu’à également enduré Darius.

Derrière la caméra, Hiro Murai hisse Teddy Perkins au rang de chef d’oeuvre finement mené. A l’image, le grain de la pellicule ajoute à l’ambiance particulière de l’histoire. La réalisation respire la maîtrise du metteur en scène qui signe ici un véritable mini-film d’horreur empreint d’une profondeur inouïe qui s’abroge des jump scares faciles ou autres musiques stressantes inhérentes au genre. Pour donner toute son ampleur à cet épisode exceptionnel, la chaîne FX l’a diffusé dans son intégralité sans coupure publicitaire parasite. Rien de fou à l’heure de Netflix mais il faut saluer cette décision rarissime du diffuseur.

Bien qu’elle soit une comédie-dramatique, Atlanta a l’appellation « comédie », preuve que les étiquettes sont belles et bien dépassées. Des absurdités perpétuées dans les plus grandes cérémonies qui continuent de réduire à un seul mot les univers aussi variés et denses de certains programmes. Et Teddy Perkins en est le plus bel exemple. Ce sixième épisode est un exercice de style réussit qui confirme qu’en à peine une saison et demie, Atlanta s’est bâtie un univers propre inédit, résultat de l’imaginaire et des inspirations d’une équipe créative audacieuse.

10/10

Bilan

Exercice de style d’une finesse et d’une profondeur admirable. Un véritable chef d’œuvre qui marque cette saison télévisuelle et hisse un peu plus Atlanta au rang de série culte.

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