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Atlanta - 2x10 : FUBU

Résumé

Le jeune Earn ne se doute pas une seconde que le t-shirt de rêve qu’il vient d’acheter va lui faire passer une sale journée au collège.

2x10 : FUBU © FX - 2018

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

À peine Atlanta venait de retrouver son intrigue principale qu’elle passe à autre chose en nous plongeant dans le passé de ses héros à la fin des années 90. Mais détrompez-vous, ce dixième épisode sous forme de flashback n’est pas un standalone pur, il recèle de véritables liens avec le présent qui justifient son existence.

Le début de l’épisode n’indique d’ailleurs pas clairement qu’il s’agit d’un flashback. On apprendra un peu plus tard que le jeune garçon à l’écran n’est autre qu’Earn (Alkoya Brunson – The Originals), accompagnant sa mère dans un grand magasin Marshall qui vend tout et n’importe quoi. Alors qu’il s’ennuie, il tombe sur une fille planquée sous un portant. Mais le regard du jeune garçon est vite attiré ailleurs : à quelques mètres, un t-shirt jaune pétant de la marque FUBU au prix défiant toute concurrence attend patiemment d’être saisi. Voilà comment ce dixième épisode introduit un McGuffin singulier qui cristallisera à lui seul toute la violence ordinaire du milieu social des personnages.

Impatient d’arborer fièrement sa trouvaille, le collégien se presse d’aller à l’école. Sans détour, Atlanta commence à dresser un portrait peu reluisant du quotidien de cette jeunesse. L’agression dans le bus met en lumière leur habitude face à ce genre de scènes. Un constat glaçant que l’épisode tirera à plusieurs reprises. On le sait très bien, la cour de récré ne fait pas de cadeaux. Et les jeunes ne s’en font pas réellement entre eux et c’est souvent pire entre personnes d’une même communauté comme la série le montre régulièrement.

Le fameux t-shirt FUBU va se révéler être un véritable cadeau empoissonné pour Earn alors qu’un de ses camarades porte le même. La suspicion d’une contrefaçon va se répandre comme une traînée de poudre dans tout le collège, entraînement un harcèlement ininterrompu pour les deux garçons. Un certain Johnny Lee est même attendu pour départager la contrefaçon du vrai t-shirt. S’ils semblent presque tous issus de milieux défavorisés, les gamins n’hésitent pas à se discriminer davantage. Celui qui aura les « pires » vêtements fera les frais de moqueries plus ou moins violentes. Une illustration classique de ces faits de société davantage cruelle quand elle touche des enfants victimes de leur situation. D’ailleurs l’ami Blanc d’Earn ne comprendra pas l’inquiétude de celui-ci qui s’inquiète d’être devenu une véritable cible ambulante chez ses semblables.

En parallèle, FUBU continue de détailler cet environnement scolaire pas franchement chaleureux. En première ligne, un corps enseignant lessivé qui jongle avec les moyens du bord. La série leur rend hommage à travers Mrs Banks (Sharon Blackwood – Ozark) visiblement investie auprès de ses élèves et Mr Haley victime de grossophobie. Et ce ne sont pas des élèves comme le jeune Alfred (Abraham Clinkscales) qui vont embellir leur journée. Celui qui deviendra le rappeur Paper Boi est plutôt du genre délinquant criant au racisme à chaque fois que quelque chose lui ait reproché. Mais son sens de la famille inculqué par sa mère est déjà présent. Alors que la pression monte autour de son cousin, il prendra sa défense non sans agacement, lui évitant probablement le pire. On comprend que dans cette situation extrême, seule sa famille a répondu présent alors que les plaintes à ses amis n’ont jamais eu la réponse espérée.

Sorti d’affaires, le jeune Earn s’empresse de quitter le collège après une rude journée. Il assiste du coin de l’œil au harcèlement de Devin (Myles Truitt – Queen Sugar), l’autre porteur du même maillot. Le lendemain, on appendra que le jeune collégien a mis fin à ses jours. Officiellement à cause du divorce de ses parents. Atlanta n’en dira pas plus et gardera le flou sur l’incidence des harcèlements de la veille. Mais l’événement d’une violence inouïe ne semble pas affecter la classe. Face au ton de circonstance du proviseur qui annonce la nouvelle et à la tristesse de l’enseignante, l’assemblée reste de marbre. Pire, les cancres se moquent.

Le comportement anormal de Denisha vient assombrir le tableau : absente puis menaçante en classe, elle fait son retour complètement transformée et pleine d’énergie. On comprend que la jeune fille, victime de troubles de l’attention est revenue en classe shootée par les médicaments. Une critique acerbe du recours abusif à cette solution décriée pour traiter ce mal chez les enfants à cette époque. Encore une fois dans le regard de ses camarades, la même habitude. Comme si chacun savait pertinemment ce qui se passait sans pouvoir faire quoi que ce soit.

Le prix est lourd à payer pour le jeune Earn qui vient de sauver sa peau au détriment de celle d’un autre. Une réalité dure à encaisser pour l’enfant qui, comme tant d’autres, baigne dans une violence quotidienne banalisée. Les mères des deux cousins les mettent en garde et les poussent à veiller l’un sur l’autre. Une phrase qui fait écho au renvoi d’Earn par Alfred la semaine dernière. Alors que les deux cousins se sont séparés sur un canapé, les voilà symboliquement réunis sur un autre. Perturbé, le jeune Earn est renvoyé face à ses propres démons quand un nouveau t-shirt FUBU l’attend dans sa chambre. La tenue vestimentaire (ainsi que le port de vêtements de marque) a toujours été un signe extérieur d’appartenance à une classe sociale malgré toute la relativité d’un tel jugement. Pour gommer les inégalités, ou tout du moins la vision de celles-ci, de nombreuses écoles ont opté pour l’uniforme par exemple. En tant que téléspectateur, impossible de ne pas être touché par l’évaporation lente et douloureuse de la pourtant sacro-sainte innocence chez cette jeunesse profondément marquée à jamais.

En filigrane, ce dixième épisode nourrit la psychologie de ses personnages. Leurs traits du passé font écho à ceux du présent, de Earn profondément bon et réservé à Alfred déjà flemmard. FUBU est donc un parallèle intelligent aux relations des deux cousins cette saison et aux événements de North of the Border plus particulièrement. Si on change clairement quand on devient adulte, de forts liens inconscients nous lient à notre passé.

L’équipe créative de la série s’attaque de nouveau à des sujets de fond avec toute la minutie et l’expertise qu’on lui connaît. Stephen Glover signe un scénario simple qui n’en reste pas moins lourd de sens. Derrière la caméra, son frère Donald Glover opte pour des images tournées caméra à l’épaule pour un rendu dynamique à la hauteur des yeux des enfants. Enfin, le traitement de l’image avec ses couleurs et son grain caractéristique nous plonge dès les premières secondes à la fin des années 90. Bien entendu, l’épisode n’oublie pas de distiller quelques références de l’époque entre l’évocation d’un personnage de Dragon Ball Z dépeint de manière raciste, un CD de la bande originale du film Rush Hour ou encore un poster du groupe OutKast. Musicalement, FUBU débute par le tube « Give Me One Reason » de Tracy Chapman tandis que « If I Ruled the World (Imagine That) » de Nas vient le clôturer.

Grâce à ce flashback pertinent, la série surprend une nouvelle fois. Et à la veille d’un season finale attendu, FUBU s’octroie un rôle de choix : le passé des deux cousins recèle peut-être la clé de leur futur.

8/10

Bilan

Sujets de fond pour un épisode singulier réussi. Atlanta continue de surprendre tout en continuant de nourrir sa mythologie.

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