Critique 3 pourcent - Bilan saison 2 - Series Addict



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Seriesaddict.fr  par | 2

3 pourcent - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © 2018 - Netflix

Attention, il faut avoir vu la saison 2 avant de lire le bilan.

Il aura fallu attendre deux ans pour connaître la suite de 3%, la série dystopique brésilienne de Pedro Aguilera. Et maintenant que nos héros ont passé Le Processus, chacun tente de poursuivre son chemin, à la fois sur l'Autre Rive et sur Le Continent.
La seconde saison démarre alors qu'on découvre enfin le paradis de l'Autre Rive, après une première saison où le réalisateur préférait simplement l'évoquer, plutôt que de le dévoiler, nous laissant dans le même état que les protagonistes de la série, un état aliénant et obsédant pour cette Terre mystérieuse. Mais 3% nous met aussi dans des positions délicates vis-à-vis des choix parfois brutaux des protagonistes, au point donc d'accorder toute notre compréhension aux jeunes, qui n'hésitent pas à tricher, manipuler ou tuer pour atteindre un objectif incertain. Ces deux partis pris scénaristiques étaient également un moyen pour Pedro Aguilera de mystifier cet " objet " de convoitise, cette inconnue qu'on veut saisir à tout prix, mais que l'on redoute après coup, une fois les tests passés.

Une scène d'exposition (épisode 1) nous amène donc sur l'Autre Rive, avec une mise en situation subtile et efficace. On y aperçoit toute la technologie et les richesses que possède l'Autre Rive, à travers le parcours matinal devenu presque banal de Michele, héroïne de la saison 1. Et on est rapidement impressionné par l'imagination des scénaristes pour créer de nouvelles technologies futuristes. Les dernières créations cinématographiques ne sont pas très créatives sur le sujet depuis quelques années et les séries comme Incorporated et 3% arrivent à trouver de petits gadgets futuristes novateurs. Ici, elles sont même poussées à l'extrême puisqu'on peut aller jusqu'à choisir le parfum de son bain. Une flopée de technologies qui insupportent Michele et qui posent déjà une ambiance de malaise, alors que trouver ne serait-ce qu'un morceau de viande ou un gobelet d'eau sur Le Continent est de plus en plus rare.
Tout le reste de la série sera donc à l'image de cette scène d'exposition, une lutte pour le meilleur, une lutte pour ses convictions, une lutte pour l'Autre, qu'il soit humain ou une rive fantasmée.

Qu'il est loin le temps des productions dystopiques médiocres comme Hunger Games, Divergente ou Le Labyrinthe. Nul besoin d'avoir des budgets de 200 millions de dollars pour faire de la bonne dystopie. Avec des réalisateurs moins connus et une plateforme qui laisse libre cours à l'imagination, vous avez de très belles créations dystopiques tel que 3%. La véritable force de la série, c'est qu'elle n'a pas de visage manichéen. En effet, il n'y pas d'un côté l'Autre Rive (les méchants) et La Cause (les gentils). Chaque personnage appartenant à une des deux parties ont des opinions différentes sur la situation actuelle, des motivations qui divergent, rendant ainsi la série particulièrement complexe. Un scénario où l'on ne sait jamais qui est réellement qui, qui veut réellement quoi et dans quel camp est un tel ou un tel. Et on s'aperçoit finalement que nos héros n'ont pas vraiment de camp, sauf celui de leur cœur.

- Le chef de La Cause a ses propres ambitions pour faire tomber Le Processus, quitte à trahir ses propres convictions/croyances. Par opposition, le personnage de Joana, créée au sein même de la Cause une faction pour empêcher le 105ème Processus, sans qu'il n'y ait de blessés ou de morts.
- Michele n'a qu'un objectif, retrouver son frère et le libérer de prison par tous les moyens possibles, en passant d'un camp à l'autre. Un frère avec une personnalité bien plus sombre qu'elle n'y paraît puisqu'on apprend rapidement qu'il est l'auteur du meurtre dont il est accusé et croit profondément à ce qu'a bâti Le Couple Fondateur, au point de préserver leur secret et s'emprisonner dans un mensonge en renonçant à sa liberté, pour le bien de tous. Un rebondissement et une désillusion qui donne une profondeur plus intense à la fois à la sous-intrigue de Michele, mais également à la relation entre elle et André. Une relation qui déterminera le futur de la série, dans une éventuelle saison 3.
- Les liens et la foi de Rafael avec La Cause sont perpétuellement remis en question par les sentiments qu'il développe envers une jeune fille de l'Autre Rive, mais persiste avec une énorme volonté dans la voie dans laquelle il s'est engagé, en faisant un des seuls protagonistes réellement fidèle à La Cause, qu'il abandonnera malgré tout après-avoir accompli sa mission pour vivre son idylle.
Quant à Fernando, il ne souhaite ni rejoindre l'Autre Rive, ni La Cause, ne voulant que le meilleur pour tous, mais n'aura d'autre choix que de collaborer avec les rebelles pour atteindre ce rêve inespéré.

Tout ce beau monde s'allie, se trahit, s'affronte, dans le but commun de faire échouer un 105ème processus auquel croit sincèrement Marcela, la méchante de cette deuxième saison. Après avoir organisé la mort d'Ezequiel et manipulé le Conseil pour prendre sa place, Marcela va tout mettre en œuvre pour arrêter la Cause, mais ce n'est pas sa fidélité envers l'Autre Rive qui en fait un personnage intéressant, mais plutôt la révélation autour de son passé et ce qui en découlera. En effet, Marcela est la mère de Marco, un des jeunes qui avait passé le 104ème processus l'an dernier (voir saison 1). On fait donc face à une mère impitoyable, dont les sentiments n'ont plus rien de pur, comme si l'amour maternel avait été effacé et reconditionné. C'est là que l'on constate comment le Processus manipule les sentiments humains comme la compassion, l'indulgence, l'amour, au point qu'on puisse abandonner son propre fils (ou sa famille) de l'autre côté de la rive, sans rancune ou dans ce cas précis, l'abandonner une seconde fois, sans remords, après un nouvel échec...

Mais ce que j'aime particulièrement chez 3 %, c'est la croyance absolue du Continent envers le Processus. Et même lorsque certains échouent, ils continuent d'aduler le Processus. Une foi qui s'éternise et endoctrine, puisqu'elle fait croire aux gens qu'ils sont spéciaux et d'autres non, comme une raison normale de leur condition. La force de cette croyance est donc une illusion éphémère à laquelle tout le monde s'accroche, comme si Dieu choisissait ses élus, comme il a choisi Moïse, Abraham..., une religion presque biblique que chacun ne souhaite remettre en cause sur Le Continent (sauf les rares membres rebelles, car dans l'Histoire, il y a toujours des gens lucides), peut-être pour donner un sens à leur existence, croire en quelque chose qui leur permettrait de survivre. Et c'est le père de Fernando ainsi que sa " petite amie " qui démontre le mieux ces deux aspects du Processus. Le besoin de croire, un leurre pour se donner bonne conscience et oublier son propre échec, mais aussi de croire qu'on mérite mieux qu'une vie misérable. Des contradictions que toutes religions imposent à ses croyants, au point d’idolâtrer des icônes fascistes (et je ne dis pas que Dieu l'est attention, bien comprendre la nuance, je parle ici du Couple Fondateur) sans se poser de questions sur la nature même de ce que devrait être la Vie, au sens large du terme.
Cette foi inébranlable, on la retrouve également chez le personnage d'André qui, comme je le disais plus haut, a renoncé à sa liberté pour protéger l'action d'un duo auquel il croyait sincèrement. Il abandonne alors son innocence, son âme d'enfant, son intelligence émotionnelle pour fuir une réalité antérieure dont il effacera une majorité de souvenirs au fil des années (ses souvenirs avec Michele lui sont difficiles d'accès) et recréera une nouvelle philosophie, basée sur celle du Couple Fondateur. Ça ne vous rappelle rien ?

Autre qualité de la série, la réalisation. La mise en scène est très minimaliste, les personnages évoluent sur des plans très serrés. Une façon allégorique de nous faire comprendre qu'ils sont tous prisonniers d'une vie qui ne leur convient pas, d'un monde qui les a abandonné. Que ce soit sur le Continent ou l'Autre Rive, les protagonistes n'ont aucune issue, prisonniers de leurs propres désirs et de décisions douloureuses. Vous l'aurez compris, même la liberté totale que promet la Terre Promise n'est qu'une chimère. Les deux mondes ne sont, en effet, que des berceaux de tromperies, de manipulations et de violences (physiques ou mentales).
La mise en scène crée donc une sincère dramaturgie. Filmé au plus près, Pedro Aguilera capte ainsi toutes les émotions de ses héros et offre dans le même temps un sentiment effroyable d'insécurité et accentue celui de l'emprisonnement.

10/10

Bilan

3% se révèle une série extrêmement complexe d'un point de vue narratif et scénaristique. La façon dont les scénaristes de la série ont traité les personnages en constante évolution émotionnelle manipule le spectateur jusqu'à nous embrouiller l'esprit : Qui est vraiment sincère ? Des jeux de rôles qui amèneront un véritable suspens à 3%, dont la principale force réside donc dans ses personnages.
Enfin, on notera le travail sur la réalisation et la mise en scène de Pedro Aguilera, qui est bien plus travaillée qu'elle n'y paraît.

2 Commentaires

  • SukaiChan
    Le 17/05/2018 à 15h05

    Merci Loïc Marie pour avoir fait la critique de cette magnifique série ! Je suis entièrement de ton avis.
    C'est une très bonne série pour ne pas dire excellente et que malheureusement peu de personnes connaissent...
    J'espère sincèrement que la série obtiendra une troisième saison.

    Je trouve personnellement que Netflix communique très peu sur cette série contrairement a ce qui a pu être fait pour " Lost in Space "... qui s'est révélé être très décevante !

    SPOILERLa fin de la saison soulèvent plein de questions notamment sur le monde / camp que pourrait créer Michèle. Est-ce que Fernando va accepter la proposition de cette dernière ? Si oui va-t-il pouvoir remarcher ? La "petite" amie de Fernando va-t-elle réussir le Processus ? Rafael en a t-il vraiment fini avec la Cause ? Est-ce que Joana sera la principale leader de la Cause ? Tant de questions...

    Juste pour chipoter les parfum pour bain ont déjà été évoqué dans Hunger Games ;)
    Mais 3% n'en reste pas moins une série avec beaucoup d'idées innovantes et originales sur ce que serait la technologie dans un futur plus ou moins proche.

    Je la conseille vivement à tous les aficionados de série ! ^^

  • Loïc Marie
    Le 17/05/2018 à 20h00

    Merci Sukai pour ton commentaire. Effectivement, peu de comm' sur cette série, qui est bien meilleure que ce que je vois en ce moment même et je partage ton enthousiasme pour la suite.

    Pour le parfum dans le Nain, j'avais zappé Hunger Games, faut dire que cette trilogie ne m'a pas passionné lol

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