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Atlanta - 2x11 : Crabs in a Barrel

Résumé

Earn se démène pour régler les derniers préparatifs avant qu’Alfred, Darius et lui ne décollent pour une tournée en Europe.

2x11 : Crabs in a Barrel © FX - 2018

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Après l’inattendu et profond flashback FUBU, Atlanta aborde son season finale avec pour mission, et non des moindres, de conclure une saison dense qui n’a cessé de surprendre et d’interroger semaine après semaine.

On retrouve nos héros peu après les événements tumultueux de North of the Border qui voyait Earn prendre une dérouillée monumentale par Tracy. Un sale quart d’heure que son œil au beurre noir lui rappelle quotidiennement et qui semble l’avoir recadré vu son humeur noire. Crabs in a Barrel va d’ailleurs se focaliser sur le jeune homme à travers une journée chaotique à l’image de son « monde (qui) s’écroule ». Pas officiellement viré par Alfred avec qui il entretient une relation distante, le jeune homme a été relégué au rang de simple assistant uniquement par pure charité. À quelques heures de décoller pour une tournée européenne en première partie de Clark County, Earn se démène pour régler les derniers préparatifs. Et malgré une évidente envie de bien faire, le sort s’acharne contre lui entre des déménageurs douteux et un Darius complètement perché qui ne lui facilite pas la tâche. Trop gentil, voire naïf, le jeune homme se laisse déborder par les autres. Une sale habitude que la série met régulièrement en lumière à travers des situations plus ou moins comiques.

Reste qu’il s’agit là d’un passage obligé pour que le jeune père puisse assumer ses devoirs envers sa famille. Critiqué à ce sujet dans la marquante invective d’Alfred dans North of the Border, Earn semble accepter la situation en attendant des jours meilleurs. Mais quand bien même cette tournée est synonyme d’une rentrée d’argent non-négligeable, elle va l’éloigner de sa fille pour deux mois. Crabs in a Barrel met subtilement en scène l’absence de ce père : Lottie vit sa vie sans réellement se préoccuper de lui dans les rares moments où ils sont ensemble. Pire, la maîtresse d’école ne semble jamais avoir vu Earn et l’appelle « le père de Lottie » alors qu’elle est plus familière avec Van. Amer, Earn reste de marbre face aux tentatives de réconciliation de cette dernière et finit de saborder son couple ou tout du moins ce qu’il en restait.

Cette banale réunion parent-prof va commencer à traiter d’un sujet de fond qui constitue le cœur de ce season finale. La maîtresse conseille aux deux parents d’inscrire Lottie dans une école privée à cause des ses capacités supérieures à la moyenne. Cette bonne nouvelle à priori anodine cache en fait un constat glaçant sur le système scolaire américain. Avec un naturel déconcertant, l’enseignante dénonce le manque de moyens de l’école qui freinerait le développement intellectuel de Lottie. Probablement à la fin de sa carrière, l’institutrice qui s’est résiliée à accepter cette fatalité, tente tant bien que mal de sauver certains enfants méritant. À travers la déroutante analogie avec un abattoir, les parents se voient conseillés de sauver leur fille avant que le système ne l’écrase sans distinction. Après FUBU, Atlanta montre une nouvelle fois comment les enfants Noirs ou issus de milieux défavorisés débutent leur vie avec un train de retard. Une injustice permanente dont beaucoup peinent à se débarrasser dans leur vie d’adulte.

C’est ici que le nom de ce dernier épisode prend tout son sens. « Crabs in a Barrel » ou la « mentalité du crabe » est une manière pour certains individus –souvent issus de milieux pauvres- de saborder les tentatives de s’en sortir des membres de leur communauté. L’expression renvoie aux crabes qui, piégés dans un tonneau, font tout pour retenir leurs semblables qui tenteraient de s’échapper, leur promettant le même sort funeste. Le thème sera traité de différentes manières dans le reste de l’épisode notamment à travers Earn lui-même. On apprend qu’Alfred, en pleine ascension, a eu peur de se voir embarquer dans la tourmente de son cousin. D’où la décision de l’écarter, échappant ainsi à la malédiction de la mentalité du crabe. On parle même de survie dans cette société où un Noir qui a déjà peu de chances de réussir doit à tout prix éviter d’échouer. Dans une position presque paternaliste, Darius qui confie ici l’état d’esprit d’Alfred va apporter une sage réflexion quant à ce thème cher à Atlanta qu’est la réussite sociale : pour apprendre et espérer réussir, il faut d’abord échouer.

Le personnage de l’avocat au début de l’épisode illustre en quelque sort la réussite d’un Noir : CV long comme le bras, bureaux de standing et panneaux publicitaires XXL à son effigie. Certainement le fruit de longues années de travail qui sont tout autant d’artifices qui dissimulent une réalité moins pimpante : l’avocat qui se rapproche plus d’un Jimmy McGill qu’autre chose ne s’occupe que de pseudo-célébrités. Formaté à être méfiant envers ses semblables qui pourraient s’accaparer son succès, Alfred préférera un « bon avocat Juif ». Une manière de faire répandue chez les rappeurs comme on l’apprendra plus tard chez ces Juifs qui tiennent une agence administrative. L’employé avoue que si les avocats de sa communauté ne sont pas aussi bons que les avocats Noirs, ils ne sont pas influencés par la mentalité du crabe et bénéficient donc d’un meilleur réseau.

Au coucher du soleil, nos trois amis attendent leur taxi pour l’aéroport sur le canapé laissé en plan au milieu de la pelouse par les déménageurs fainéants. Une référence symbolique aux premières heures de la série où le trio en quête d’une vie meilleure lézardait sans limite et enchainait les joints sur un canapé déglingué. Une autre référence à ce passé peu radieux se cache peu après : dans le hall de l’aéroport, Earn esquive sans considération deux jeunes prospecteurs alors qu’il faisait le même petit boulot auparavant. Lorsque la pression accumulée par Earn semble s’être envolée, Crabs in a Barrel opère un retournement de situation dans un climax vertigineux : au checkpoint de sécurité, le jeune homme remarque qu’il a oublié de se débarrasser de pistolet doré récupéré chez son oncle Will. Les quelques secondes d’angoisse nous saisissent tout autant que lui. Victime d’une malchance extraordinaire, on imagine la vie d’Earn a jamais condamnée. Alors qu’il passe la sécurité sans encombre, on comprend qu’il s’est débarrassé de l’arme in extremis.

Dans l’avion, Alfred lui adresse la parole dans une vibrante marque de solidarité familiale. Il assure à son cousin que se débarrasser de l’arme, peu importe le prix, était le meilleur choix pour s’en sortir. Un parallèle au cauchemar du t-shirt FUBU de leur enfance. Le rappeur ayant assisté à la scène décide de ne rien dire en invoquant cette fameuse mentalité du crabe qui les paralyse au quotidien. Habilement, le season finale va de nouveau illustrer ce comportement à travers Clark County cette fois-ci. Alors que ce dernier a retrouvé l’arme en question dans son propre sac, il l’a secrètement glissée dans celle de son manager. Il échappe ainsi à un coup dur potentiellement fatal à sa carrière. On quitte donc nos deux cousins réunis par la même malédiction qui les avait séparé. La scène de conclusion vient apporter une touche d’humour après une demi-heure d’atmosphère stressante : Tracy qui ramène son rencard à la maison se retrouve à la rue. On imagine que les autres ne l’ont pas prévenu de leur tournée de deux mois à l’étranger pour éviter tout débordement. Ce qui nous amène à penser qu’Alfred a certainement changé d’avis sur la cause des problèmes de North of the Border en blâmant finalement le comportement de Tracy et non les erreurs de son cousin.

Ainsi se termine Crabs in a Barrel, sur les sonorités gospel du titre « I Shall Be Released » de Nina Simone dont les paroles ne sont pas sans rappeler la condition du personnage d’Earn. Ce point final met en exergue le traitement soigné de l’évolution du personnage et ce tout au long d’une saison dense. Donald Glover n’y est certainement pas étranger puisqu’il incarne Earn avec un naturel inouï et une justesse de circonstance. Stephen Glover signe un scénario aux thématiques profondes finement traitées qui ne cessent de nous interroger sur la société américaine et le sort des Noirs en particulier. Il s’approprie l’ensemble des événements de la saison écoulée pour donner plus d’ampleur à son ultime intrigue grâce à des parallèles judicieux et des références pertinentes aux précédents épisodes. Hiro Murai souligne les répliques lourdes de sens et les émotions des personnages en optant pour un cadre serré sur le visage et le haut du corps de ceux-ci. Vous l’aurez compris, Crabs in a Barrel clôture en beauté cette « Robbin’ Season » sur laquelle je reviendrai dans un prochain bilan.

9/10

Bilan

Ce season finale traite d’un sujet de société profond avec le brio et l’expertise qu’on connaît à la série. Il assimile l’ensemble de la saison écoulée pour nourrir son intrigue à travers des parallèles judicieux.

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