Critiques

Seriesaddict.fr  par | 4

The Rain - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2018 - Netflix

Il faut avoir vu la série, avant de lire le bilan.

Le 4 mai dernier, Netflix lançait sa nouvelle production, The Rain. Une série post-apocalyptique danoise créée par Jannik Tai Mosholt, Esben Toft Jacobsen et Christian Potalivo. Autant dire qu'on attendait beaucoup qu'elle se démarque des séries du même genre telles que The Walking Dead ou The 100. Et à l'instar des productions de Robert Kirkman et Jason Rothenberg, The Rain trouve sa place, sans révolutionner le genre certes, en proposant un drame post-apocalyptique plutôt qu'une série post-apocalyptique au sens propre du terme. En effet, la réelle force de The Rain réside dans ses personnages (et leur traitement) qui, pour une fois, ne sont pas de vulgaires caricatures physiques et émotionnelles comme on en voit désormais partout. Dans The Rain, ne vous attendez donc pas à voir des beaux gosses et des belles gosses à tous les plans, des muscles saillants ou des poitrines/fessiers mis en avant dans des costumes moulants. Non, ici, ça sera appareils dentaires, lunettes de binoclards et corps gringalets. Et même si le leader du groupe a une belle gueule, on ne s'y attarde pas une seule seconde pour en faire un objet de désir ou de fantasme pour téléspectatrices en manque de testostérone. Mais au-delà de ces clichés épargnés, on retiendra surtout la psychologie des personnages, exploitée avec intelligence. Chacun des héros a une histoire, un passé, et même si la série n'approfondit pas assez - au travers de flashbacks - selon moi, on en sait suffisamment pour compatir à leurs peines et ressentir leurs craintes, leurs doutes et leurs envies de former une nouvelle famille, d'être unis à un groupe qui ne vous juge pas et sur lequel on peut réellement compter.

Une série à connotation religieuse

Deux personnages ont retenu mon attention et sont à mon humble avis les plus intéressants de The Rain : Léa (Jessica Dinnage) et Béatrice (Angela Bundalovic).
Béatrice tout d'abord, pour le côté psychotique et manipulateur de sa personnalité.
Ses intentions ne sont pas jamais vraiment claires, mais sa jalousie et son triangle amoureux avec Rasmus affirme une ambiguïté malsaine à sa personnalité. Le besoin de se sentir comprise, aimée ? Un désir d'être protégée ? Ou simplement un trouble maladif ? Quoi qu'il en soit, les mensonges qu'elle tisse, les sentiments qu'elle dégage en font une des personnalités les plus complexes du groupe.
Sa mort est l'une des grosses erreurs des scénaristes qui, ici, ont démontré leur limite d'écriture. En effet, dès que la série devient complexe, The Rain esquive, botte en touche ou dans le cas présent, se débarrasse de l'élément de complexité.
Enfin Léa. Son histoire est certainement l'une des plus touchante, même si malheureusement très banale. Cependant, j'ai été surpris par le dénouement de ce drame.
Lorsqu'elle descend dans le salon en larmes après s'être fait violer et aperçoit dehors tous ses " camarades " de classe dehors en train de rigoler, boire et manger, elle s'effondre, en pleurs et se met à prier Dieu de lui venir en aide. À cet instant, la pluie " toxique " s'abat et tout le monde, à l'extérieur, meurt.
Une image très puissante, une scène divine, presque biblique (la pluie peut faire écho à l'une des dix plaies d’Égypte.) qui est un des rares moments d'une grande intensité de The Rain. La force de sa foi va aller jusqu'à la persuader qu'elle est à l'origine de cette catastrophe, comme si elle était une des messagères du Dieu, sa Main, celle qui devait châtier l'Homme par la Nature.
Bien entendu, cette séquence aura une sensibilité différente selon les téléspectateurs. Les non-croyants y seront peut-être moins sensibles qu'une personne croyante, mais c'est aussi toute la beauté d'une œuvre. Une scène de ce type fera appel à des émotions diverses selon les publics et chacun interprétera les choses.

La série a un rapport très prononcée avec la religion.
Ainsi, Béatrice peut être considérée comme la Tentatrice et Léa comme la Main de Dieu.
Quant à Martin, il est la figure du Guide, celui qui protège son groupe des dangers (à l'instar d'un Moïse). Mais sa relation fraternelle avec Patrick laisserait à penser qu'il serait davantage Abel. En effet, Patrick (Caïn donc) est en constante opposition, rebelle, jaloux et le pousse même au meurtre à plusieurs reprises. Et comme Caïn, il est poussé à l'exil. Cependant, la fraternité qui le lie à Martin sera plus forte. Patrick est avant tout un personnage qui souffre, qui cherche à donner un sens à sa vie, et c'est ce groupe de personnes hors du commun qui lui apporte un objectif, comble son manque affectif. Et c'est pour toutes ces raisons qu'il ne basculera pas du mauvais côté.
Jean est l'apôtre, l'ami fidèle, celui qui ne recule devant rien pour ses amis.
Enfin, Rasmus. Son nom fait écho à celui d'Erasme, philosophe du 16ème siècle, artisan de la première édition critique du Nouveau Testament. Et comme son " alter-ego ", Rasmus est celui qui doit réécrire l'Histoire, offrir un nouveau regard sur l'Humanité et ses croyances. Mais il est aussi capable de donner la vie ou de la reprendre. Rasmus serait donc une sorte de Messie, portant tout le poids du monde sur ses épaules. Sa sœur, Simone, pourrait alors être associée à Simon de Cyrène, personnage biblique réquisitionné par les soldats romains pour porter la croix de Jésus alors qu'il était conduit au Calvaire pour y être crucifié. Simone serait celle qui aide Rasmus à porter son fardeau. Il est la clé et à ce titre, elle se doit de l'aider, le protéger, jusqu'à la fin de son histoire, quitte à tenir tête au leader.

Et leur quête. Retrouver un père perdu et ainsi sauver l'Humanité est aussi, pour chacun d'entre eux, plus qu'une quête survivaliste, mais une quête humaniste. Car avant d'être des figures bibliques, ce sont avant tous des êtres humains comme vous et moi. Avec leurs faiblesses et leurs instincts primaire. Au cours de leur voyage, ils vont apprendre des autres, jusqu'à devenir la meilleure version d'eux-mêmes, un parcours initiatique en somme avec des obstacles, comme celui de La Secte où leur foi (quelle qu’elle soit) sera mise à rude épreuve. L'endroit se trouve en effet être une Terre de Tentation où tout est à portée de main (eau, nourriture, douche, habits...). Et si de part sa comparaison, Rasmus aurait du logiquement être la figure résistante, c'est Martin qui se révèle le plus méfiant.

La condition pour rester dans la Secte est la suivante : il faut oublier son passé. S'abandonner. Totalement. Pour certains, cela semble aisé, car la nature de leur passé est si détestable et la tentation est si grande au sein de ce manoir, qu'ils iront jusqu'à renier Martin, le poussant même à l'exil. Ils le renient à trois reprises : en arrivant, au salon et dans la chambre, comme Pierre à renié Jésus, trois fois.

The Rain

On resitue le contexte. The Rain est une série post-apocalyptique qui débute six ans après qu'un virus brutal véhiculé par la pluie ait décimé presque toute la population scandinave. La pluie est donc l'élément central de The Rain. Et là où les scénaristes ont selon moi fait un énorme faux pas, c'est lorsque les protagonistes principaux se sont " jetés " sous la pluie et ont compris qu'elle ne les affecte plus mortellement.
La pluie représentait l'élément du danger, un élément naturel à éviter à tout prix, un obstacle mortel. En les délivrant de ce fardeau, la série se prive donc, sur ses derniers épisodes, de son principal tissu dramatique, en oubliant l'essence même de sa création originale. Et si le danger disparaît, que reste-t-il à The Rain ? Les émotions de peur et d'inquiétude disparaissent avec lui et le téléspectateur se retrouve privé (comme les héros de la série) de ce qu'il devrait ressentir devant une série de ce type, à savoir le stress, l'angoisse, l'effroi, le doute face à une nature qu'il ne contrôle pas.
Alors certes, le cliffhanger ouvre la voie à une nouvelle " ère pluviale " dans une éventuelle saison 2, mais pour l'instant, tout ce sur quoi la série était basée s'est effondré. À voir.

Mise en scène

Si le scénario reste classique dans sa forme, sur le fond, il se différencie par le traitement de ses personnages mais également par sa réalisation et sa photographie alléchante. Il est d'ailleurs amusant de constater une certaine forme de classicisme dans la réalisation des séries Netflix, comme une marque de fabrique. Cependant, The Rain propose des idées intéressantes, notamment dans les séquences en extérieur, sublimées par un éclairage bleu/gris qui vient renforcer certaines couleurs du décor comme le vert (pour les passages en forêt) et le blanc (murs des bâtiments, meubles du bunker...), leur donnant un aspect dépravé où la menace se tapit.
Cette couleur suspend aussi le temps et le Ciel et apporte l'appréhension d'une pluie prête à surgir à tout moment, accentuant le suspens des séquences extérieures.
Enfin, comme chez 3% de Pedro Aguilera, les réalisateurs de The Rain filment souvent au plus près pour capter toutes les émotions des personnages, offrant dans le même temps un sentiment effroyable d'insécurité, d'un monde où le danger est partout.

7/10

Bilan

The Rain est une série qui, si elle manque parfois de panache, sait trouver des ressorts scénaristiques intelligents pour ne jamais ennuyer son public. Des épisodes comme celui de La Secte, s'il aurait mérité davantage d'épaisseur, offre un véritable cachet à The Rain, qui n'a donc rien à envier à The Walking Dead et son Gouverneur.
Habitués aux thrillers froids et aux séries policières sombres, les Danois ont prouvé avec The Rain qu'ils étaient capables de proposer d'autres productions avec la même rigueur.

4 Commentaires

  • TedMosby
    Le 23/05/2018 à 20h18

    Le plus gros défaut de la série ce sont les flashback!! Comment croire une seconde à l'histoire de Léa par exemple, c'est censé se passer 6 ans avant, dans la série même si on ne sait pas leurs âges, on leurs donnent la vingtaine à tout casser, donc dans leurs flashback ils devraient avoir 14, 15 ans max, donc prendre les mêmes acteurs pour ces flashback les rendent totalement absurdes, on à l'impression que ça se passe au même moment, ridicule. Puis bon à part ça énormément de choses illogiques, un personnage insupportable (Rasmus) et une fin de saison ratée qui ne donne absolument pas envie de voir la suite. Dommage. 5/10 pour moi car malgré tous les défauts j'ai quand même eu envie de terminer la saison 1.

  • Tetelle
    Le 24/05/2018 à 10h19

    Critique vraiment intéressante à lire surtout pour une non-croyante. Je n'aurais pas imaginé le nombre de références religieuses dans cette série.

    Ce qui pêche selon moi, c'est qu'on n'en apprend très peu sur la société face au danger de la pluie. Il y a certes un épisode qui en parle, mais je trouve ça assez sommaire.

    Par contre, je ne suis pas d'accord, Patrick passe par le côté obscure en poussant Simone vers la pluie parce qu'elle a refusé ses avances. Il ne savait pas que la pluie n'allait pas la tuer, donc en soi, c'est une tentative d'homicide. C'est un personnage assez ambiguë et destructeur. Seul Martin semble être celui qui le maintient plus ou moins dans le droit chemin.

    Je mettrai la même note, car mine de rien, j'ai pas mal apprécié la série. Seule la fin m'a laissée un peu de côté. Le côté adolescent se ressent pas mal surtout au niveau des personnages de Rasmus et Simone, mais pour le coup, c'est totalement crédible puisqu'ils ont été coupés du monde durant 6 ans. En revanche, les autres personnages ne souffrent pas d'immaturité grâce à une écriture plus fine que les séries habituelles qui usent de ressorts aussi gros que la lune lorsqu'elles parlent d'adolescents ou de jeunes adultes.

  • SukaiChan
    Le 24/05/2018 à 11h23

    Merci Loïc Marie pour cette critique vraiment très intéressante !

    Je n'avais pas du tout vu un lien aussi profond avec la religion sauf durant l'épisode sur la Secte. Mais c'est vrai que même la pluie tueuse peut-être vue comme un nouveau déluge mais cette fois c'est la société Apollon qui choisit qui seront les heureux élus du nouveau monde après leur purge.

    Du coup je n'ai pas du tout été dérangée par le retournement de situation et la fin... bien au contraire. La pluie est certes au centre du titre de la série mais comme The Walking Dead au final ce ne sont pas les morts le danger mais autrui. La pluie n'a peut-être été dangereuse seulement à un moment clé... quand la société a " ensemencé " un cumulonimbus avec son virus. Au final on peut penser - par exemple - que la femme que Martin tue dans la forêt n'était pas contaminée...

    De même - contrairement à TedMosby - les flashback ne m'ont pas dérangé bien au contraire. Ces derniers apportent de la profondeur aux personnages. Je ne pense pas qu'un individu change énormément physiquement entre 15 et 25 ans... On se dépouponne un peu, moins d'acné sans doute... et quelques rides qui apparaissent mais je ne pense pas que ça soit aussi flagrant pour prendre un autre acteur. Ou alors c'est moi qui ne vieillit pas Mouhahaha ! outch mes chevilles...

    C'est justement le flashback de Léa qui m'a le plus touchée et notamment la 1ere réaction abominable de sa mère. Au final ça sera le personnage de Béatrice qui aura le moins été exploitée et traitée. C'est bien dommage.
    Je rejoins par contre TedMosby... Rasmus est vraiment insupportable !

    Mon seul bémol se sont quelques similitudes avec le jeu The Last of Us notamment sur la fin...

    Ça sera également un 7/10 !
    J'espère que la série aura la chance de se voir attribuer une saison 2 !

  • Alex
    Le 25/07/2018 à 21h51

    Tout à fait d'accord, une critique extrêmement intéressante à lire!
    J'espère que la qualité de la saison 2 sera un peu meilleure que celle de la saison qui pour moi manque d'un petit quelque chose pour vraiment marqué les esprits.
    Je met un 7,5/10 pour la saison, certains épisodes sont au dessus mais le final a un gout de trop rapide...

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