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Pose - 1x1 : Pilot

Résumé

En 1987, à New York, plusieurs « maisons » adeptes des bals underground et queer recueillent des personnalités fortes. Blanca, une rêveuse pleine d’ambition se décide à créer sa propre maison et vient en aide au jeune danseur Damon, rejeté par ses parents à cause de son homosexualité.

1x1 : Pilot © FX - 2018

Toujours aussi productif, le duo Murphy-Falchuck propose en cette fin de saison (du moins du côté des séries) une plongée historico-sociale dans la communauté LGBT d’une ville américaine. Pose a la lourde tâche de nous conter les parcours torturés d’êtres malmenés par la vie (ou par la société ?) Une série rétrospective qui a tout son intérêt dans notre notre propre société, tiraillée entre progressisme et régression. Ce paradoxe social l’était déjà en 87 (entre l’univers underground des bals et le monde ordonné de la tour Trump). Pose avait, sur le papier, de nombreux attraits et sa dimension critique pour nous appâter. Heureusement, l'épreuve du pilote passée, l'on ne peut qu'être rassuré par ce que la série va nous proposer.

S’étalant sur soixante quinze minutes, le pilote du show diffusé sur FX se laisse le temps de présenter ses personnages au public. Le contrat est rempli tant l’émotion s’empare du spectateur à la fin de l’épisode, alors que la « maison » de Blanca, jeune transsexuelle déterminée, s’érige en refuge pour les exclus. Les pilotes aussi efficaces dans l’art de rendre ses personnages attachants se font rares, mais l’équipe derrière Pose peut se targuer d’y être parvenu. Les interprètes y sont pour quelque chose, M.J. Rodriguez est épatante dans la peau de Blanca alors que Ryan Jamaal Swain émeut déjà dans la peau d'un jeune gay épris de créativité. L'atout marketing du casting riche en « transgenres » ne se restreint donc pas à la promotion : au-delà de leurs particularités, les acteurs sont bons et devraient nous délivrer de belles prestations (quelques réserves sur Dominique Jackson qui caricature l'allure d'une « queen » mais les prochains épisodes devraient permettre de densifier son personnage stéréotypé).

Qui dit Ryan Murphy, dit Evan Peters. Depuis son rôle d’ado perturbé dans la première saison d’American Horror Story, il n’a eu de cesse de participer aux univers créés par le réalisateur. On le retrouve ici dans la peau d’un homme d’affaires (engagé dans les bureaux de l’entreprise Trump pour bien souligner les liens avec l’actualité) engoncé dans une vie de famille qui ne lui convient pas. S’échappant par le biais d’une rencontre avec Angel, protégée de Blanca, il redécouvre le goût de vivre/d'aimer ? Cependant, si tous les personnages sont presque instantanément attachants, on ne peut pas en dire autant du scénario. Trop conventionnel, il ne parvient pas à surprendre le spectateur. La séquence dans une soirée mondaine reflète bien le manque de subtilité d'un scénario trop balisé : le personnage incarné par Evan Peters ne peut que regretter l'immobilisme d'une société élitiste trop éloignée de la frénésie underground des soirées queers. Attendue, cette séquence métaphorique fait pourtant mouche.

Du côté de la réalisation, tout est soigné. De la reconstitution historique aux plans atypiques qui constituent le style de Murphy, derrière la caméra pour ce pilote comme à son habitude, le travail est passionné. Même si le montage cut et frénétique des bals empêche parfois de voir tout ce qui se passe à l’écran, le dynamisme est au rendez-vous. La première séquence, pleine de folie et de liberté, vaut à elle seule le coup d’œil sur cette nouvelle série qui a de quoi faire bouger les choses. De la même manière, l’épisode s’achève par une séquence endiablée d’audition sur un titre de Whitney Houston (autre point fort de la série : sa bande originale entre nostalgie et diversité). Le show offert par Ryan Jamaal Swain est mis en valeur par les plans ciselés d’un Murphy inspiré. Ce jeune homme dansant dans l'intimité d'une chambre, seul refuge devant une famille obstinée, trouve enfin un espace de liberté dans une salle de danse qui s'offre à lui. Pose sera une célébration des volontés.

En conclusion, le pilote du nouveau show de Murphy et Falchuck fait son office. En prenant le temps de présenter ses personnages, l’équipe créative parvient à générer une émotion sincère chez le spectateur: le personnage incarné par Billy Porter (transporté par son rôle) voit d'ailleurs clairement le potentiel humaniste de la "maison" Angelista en fin d'épisode. L’unique défaut préjudiciable de cette première incursion dans les bals dédiés au voguing est probablement de se montrer peu original. Un comble, dans un monde tourné vers la singularité. La série devra se révéler plus irrévérencieuse au fil des épisodes pour pleinement embrasser son sujet et lui rendre justice.

8/10

Bilan

Un pilote aux nombreuses qualités : émouvant, intéressant et dynamique, il n'omet pas de s'inscrire dans notre actualité pour trouver une vraie légitimité. Une série qui pourrait être essentielle à notre société !

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