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13 Reasons Why - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © Netflix - 2018

Attention : vous devez avoir vu la saison entière avant de lire cette critique.

Disclaimer : je souhaite rappeler qu’une critique est un jugement subjectif. Vous allez lire mon avis personnel qui peut donc différer du vôtre. Dans un soucis de concision, je ne pourrai être précis sur certains points de l’intrigue : la section « Commentaires » est donc l’espace d’échange idéal pour partager votre propre ressenti, qu’il soit en accord avec le mien ou non. Je vous prie de bien vouloir rester cordial et d’éviter toute attaque personnelle à mon encontre ou celle d’un autre lecteur comme ce fut malheureusement le cas l’année dernière. Bonne lecture !

Fin Mai débarquait enfin la seconde saison de 13 Reasons Why après quatorze mois d’attente. Netflix a joué la carte de la discrétion et n’a que très peu communiqué sur le retour de son hit malgré l’impatience des fans. Une demande très forte conséquente à un succès d’envergure teinté de scandale. À ce sujet, des messages de prévention renvoyant à des ressources d’aide ont été ajoutés au début et à la fin de chaque épisode. Le teen-drama déchaîne les passions : aussi adoré que détesté, sa suite était donc logiquement attendue au tournant.

La première saison couvrait entièrement le roman de Jay Asher dont la série est tirée. À l’origine de l’adaptation télé, Brian Yorkey a donc du relever le défi de proposer une suite à une histoire fermée. Personnellement j’étais plutôt dubitatif et après mon avis sévère sur les débuts de 13 Reasons Why, une question me brûlait les lèvres : alors, elle vaut quoi cette deuxième saison ?

Mélange des genres

Nous retrouvons l’intrigue cinq mois après les évènements du finale de la première saison. Les parents d’Hannah avaient porté plainte contre le lycée Liberty pour manquements et négligences envers leur fille. Ce second volet s’articule autour du procès qui en résulte avec la promesse de donner une ampleur sans précédent au sort d’Hannah et à ses révélations. On aurait préféré une lente montée en pression jusqu’au procès. À la place, 13 Reasons Why nous plonge dans le vif du sujet dès les premières minutes. L’équipe créative va allègrement tirer sur la corde en étalant grossièrement le procès sur douze des treize épisodes de la saison. L’événement qui devait cristalliser toute l’attention tire sur la longueur, diluant inévitablement tout son potentiel. D’autant plus qu’à l’écran, ce côté procedural n’est que peu mis en valeur alors que le tribunal aurait pu être un formidable huis clos. Les équipes créatives ont préféré se focaliser sur les témoins et n’ont pas exploité le potentiel de ce décor et ses spécificités. Vous l’aurez compris, on est loin d’un Law & Order, maître en la matière.

Mais 13 Reasons Why va encore plus loin. Elle instaure un mélange des genres étonnant entre ce semblant de procedural et le teen drama. Les témoins appelés à la barre le matin retournent tranquillement au lycée l’après-midi : entre temps, leur témoignage est rendu public et ils sont rapidement victimes de représailles. On peut comprendre que l’idée d’une dynamique entre le tribunal et la vie civile ait séduit les équipes créatives. Quelques épisodes suffisent néanmoins à réaliser qu’il s’agit clairement d’une fausse bonne idée qui oscille entre réalisme questionnable et facilités. Tout se sait, et à une vitesse folle, court-circuitant le rôle solennel de la justice. Il y avait pourtant de quoi concrètement alimenter le débat avec ce blog anonyme de détracteurs d’Hannah ou encore les associations de défense de victimes de viol malheureusement trop peu visibles. Quitte à mettre en scène un procès public, pourquoi ne pas développer davantage cette appropriation par la société ?

Sur la forme, 13 Reasons Why conserve son mode de narration via des voix off. Chaque épisode est raconté du point de vue d’un personnage principal : il s’agit pour la majorité de leur témoignage au procès. Exit donc l’angle d’Hannah à travers ses cassettes pour un tout nouvel éclairage des évènements passés. À travers des flashbacks globalement réussis, chacun vient lever les zones d’ombres et les interrogations sur le quotidien compliqué d’Hannah entre vie scolaire et premiers amours. Certains n’y verront qu’une resucée déguisée mais j’ai plutôt apprécié le recours à ce procédé. La série ne s’est pas contentée de simplement changer l’angle de vue de telle ou telle scène racontée par Hannah dans ses cassettes. Elle nous a permis de mieux les comprendre grâce au ressenti des autres personnes concernées. Habilement, le show a même pu instaurer le doute grâce à des faux flashbacks mettant en scène tantôt un mensonge, tantôt un fantasme.

Autre ressort narratif, les apparitions d’Hannah sont une vraie bonne surprise. Moins fantomatiques qu’auparavant, elles apportent une réelle plus-value au personnage de Clay (Dylan Minnette). Celui-ci est d’ailleurs détestable en début de saison, la faute à un comportement rebelle poussif, avant de faire meilleure impression plus tard. Ses échanges avec Hannah offrent de très jolies scènes. Plus qu’une hallucination, la jeune fille semble lui parler de l’au-delà : elle commente ses actions, le juge, l’interpelle et va même jusqu’à influer sur son comportement. Ce lent et douloureux deuil a permis de régulières haltes poétiques alors que la mémoire d’Hannah était constamment bafouée au tribunal.

Docteur Baker et Miss Hannah

En effet, l’avocate du lycée Liberty opte pour une posture de défense brute et sans concession. Tout au long du procès, elle va décortiquer les témoignages des camarades d’Hannah et les détourner dans un seul but : prouver que l’établissement n’est pas responsable de la mort de la jeune fille. Cette dernière est d’ailleurs dépeinte de la pire des façons : psychologiquement instable et menteuse. La défense ira même jusqu'à la faire passer pour une allumeuse. Un portrait à mille lieux de la lycéenne discrète qui voit sa mémoire bafouée ainsi que son intimité révélée au grand jour. À la barre, ses jeunes amis paralysés par le procès n’ont pas les moyens de correctement défendre la jeune femme. De tous les témoignages, j’ai préféré celui de Zach (Ross Butler) avec ses flashbacks innocents – bien que clichés - sur ce premier amour hésitant.

Et c’est bien de ça dont il est question ici : des agissements des adolescents loin de chez eux, dans l’enceinte du lycée. Ce quotidien de violence et de vulnérabilité est souvent méconnu des parents qui font confiance à l’établissement. À Liberty, les tyrans ont pignon sur rue et carte blanche pour leurs exactions. Au fil de la saison, on apprend même que certains membres de l’équipe éducative étaient au courant et fermaient les yeux sur les agissements d’une partie de l’équipe de baseball, bannière du lycée protégée par la manne financière que représente le mécénat de la famille Walker. Si on peut regretter que ces rôles soient de nouveau attribués à des jeunes sportifs, force est de constater que ce genre de scandales est malheureusement monnaie courante des les lycées et universités américaines qui surprotègent ces étudiants. On apprécie le rôle nuancé de Kevin Porter (Derek Luke), conseiller d’éducation dissident en quête de rédemption, qui échappe à la logique manichéenne de cette seconde saison.

Presque totalement absents en première saison – choix créatif questionnable - les parents s’accaparent le devant de la scène pour enfin investir leur rôle. Olivia Baker (Kate Walsh) la première, l’intimité dévoilée de leurs enfants offre des prises de conscience parfois radicalement différentes entre inquiétude, protection ou encore choc. Les adolescents sont ainsi soumis à une pression sans précédent, manipulés par les intérêts des adultes qui ne sont malheureusement pas en première ligne pour souffrir des conséquences de ces stratégies. 13 Reasons Why assume le parti pris de relations parents/enfants uniquement conflictuelles ou presque. Ce choix accentue le sentiment de tiraillement des jeunes, perdus dans le jeu d’influences des adultes. Un peu plus de positivité - et ce de manière générale dans la série – aurait donné un peu plus d’équilibre à cette saison à l’allure bien trop pessimiste.

Demi-teinte

S’il y a bien une chose qui nous frappe au fil des épisodes, c’est ce sentiment de remplissage des trous dans une narration clairement bancale. En misant tout sur l’intrigue principale (le procès et ses répercussions), Brian Yorkey en a oublié le reste. Aucun effort ou presque n’a été fait sur les intrigues secondaires qui finissent au mieux bâclées, et au pire complètement stériles. La plupart sont d’ailleurs des love interest destinés à boucher les trous. Cette année, 13 Reasons Why ne parvient pas à faire vivre ses intrigues au delà des grands moments de révélation. La narration tire en longueur et la saison s’enlise dans une torpeur qui rend le visionnage laborieux. Au final, le show aurait gagné en rythme et en concision avec une saison raccourcie à dix épisodes et des épisodes limités à 45 minutes au lieu d’une heure.

Ce n’est qu’arrivé au neuvième épisode (The Missing Page) que 13 Reasons Why se réveille enfin. La publication du contenu des cassettes sur Internet fait l’effet d’un coup de fouet pour l’intrigue jusqu’ici engourdie. Les cartes sont rebattues et on retrouve un regain d’intérêt pour l’action. Smile, Bitches lève enfin le voile sur le fameux clubhouse, teasé dès le début de saison. En plus de la dimension anxiogène du lieu, on apprend que c’est une véritable culture du viol qui était entretenue par les différentes promotions de joueurs de baseball. L’épisode suivant (Bryce and Chloe) donne enfin l’occasion à Bryce Walker (Justin Prentice) de donner sa version des faits. Entre mensonge et manipulation, le jeune homme jusqu’ici plutôt serein se révèle être un véritable prédateur. Les viols d’Hannah et de Jessica, qui nous sont d’ailleurs montrés sous un autre angle, ne sont clairement pas des actes isolés. Cette bonne et courte lancée s’arrête à la fin du douzième épisode (The Box of Polaroids) synonyme également de la fin du procès. Sur le fond, le choix du verdict est plutôt audacieux. Mais sur la forme, il fait l’effet d’un pétard mouillé avec une amère impression de « tout ça pour ça ». Comme si la série ne parvenait pas à réellement faire quelque chose de son intrigue. Un sentiment étayé par le choix de situer le season finale un mois après la fin du procès.

Sobrement intitulé Bye, ce dernier épisode débute avec des déclarations de tous les personnages féminins de la série. Chaque femme et chaque fille déclare avoir été harcelée ou abusée sexuellement au moins une fois dans sa vie, écho indispensable au mouvement #MeToo (#MoiAussi). Finalement arrêté, Bryce est relâché grâce à ses relations et à une armée d’avocats qui s’est affairée à déguiser le loup noir en doux agneau blanc. L’épisode assume clairement une volonté de passer à autre chose que ce soit à travers le « départ » d’Hannah ou les Polaroids brûlés.

Le season finale prend alors un tournant dramatique intéressant en la vengeance de Tyler (plus de précisions dans le prochain paragraphe). Alors que 13 Reasons Why pouvait de nouveau efficacement marquer et s’emparer d’un sujet brûlant d’actualité, voilà que la série fait une sortie de route inexplicable et se dégonfle au dernier moment. La promesse était pourtant là : traiter la problématique de l’accès aux armes et des fusillades qui en découlent dans les établissements scolaires américains. Je ne demandais pas un bain de sang dans ce bal de fin d’année, mais simplement une image forte pour entendre les victimes comme Tyler. Si la série est vraiment ce qu’on dit qu’elle est, elle aurait eu l’audace de s’engager. Mais elle ne le fait pas. Pire, elle nous laisse avec un ultime plan incompréhensible où Tyler est exfiltré in extremis par Tony alors que Clay tient son arme, l’air hébété. Un véritable gâchis.

Tyler is the new Hannah

Si certaines intrigues secondaires n’ont pas été à la hauteur, d’autres ont eu le mérite de légèrement relever le niveau. De la reconstruction difficile d’Olivia Baker en passant par le tiraillement de Zach et la quête de rédemption de Kevin Porter, tout n’était donc pas si mauvais. Le meilleur revenant bien évidemment au traitement du personnage de Jessica (Alisha Boe) entre syndrome post-traumatique et douloureux retour au quotidien. Mais cette seconde saison était belle et bien la saison de Tyler, incarné par un Devin Druid convaincant. Force est de constater qu’avec toute sa bonne volonté, 13 Reasons Why a échoué à réellement porter le personnage pour en faire son nouveau porte-drapeau.

Le jeune homme prend une certaine importance dès le season premiere (The First Polaroid) où il est le premier à témoigner au procès. Sa passion pour la photographie est rapidement mise en valeur. Ce nouvel éclairage va de pair avec le recours accru aux photos qui viennent remplacer les fameuses cassettes de la première saison. Si les photos et autres polaroids ne sont pas aussi symboliques que les cassettes, elles n’en restent pas moins un ressort intéressant. Témoignage d’un instant T, elle ne précise pas le contexte de la prise de vue, levant ainsi toute une volée d’interrogations et de mystères.

En marge du procès, Tyler va vivre une véritable descente aux enfers entre harcèlement quotidien et désir de vengeance dans l’ombre des armes à feu. Sa nouvelle amitié avec le jeune « gothique » Cyrus (bonjour les clichés) ne va pas arranger les choses : le duo va se lancer dans une entreprise de chantage et de dégradation qui lui vaudra de se faire prendre. Mais c’est trop tard pour le jeune photographe qui semble bien décidé à aller au bout des choses. Ses parents pourtant protecteurs sont dépassés par les événements. La montée en pression jusqu’au violent climax du season finale n’est malheureusement pas maîtrisée. Avec une psychologie du personnage peu soignée et une intrigue fragile, 13 Reasons Why passe à côté d’un enjeu majeur de sa seconde saison. Pire, elle se dégonfle quand elle a l’opportunité d’exploiter la tragédie de Tyler et ses potentielles conséquences dramatiques (voir ci-dessus).

Bilan

J’ai clairement eu du mal à visionner cette seconde fournée de 13 Reasons Why. Et pourtant, après ma critique acerbe l’année dernière je m’étais juré de lui donner une chance. La faute à des intrigues secondaires délaissées au profit de l’intrigue principale elle-même souffrant d’un mélange des genres peu maîtrisé. Je note néanmoins les efforts pour rendre plus identifiable le lycée Liberty à travers davantage de décors visibles. D’ailleurs, la série exploite plus largement son casting pour une saison chorale encore à la recherche de son équilibre.

Cette saison affiche un léger mieux par rapport à la précédente bien que Brian Yorkey et ses équipes ne se soient pas foulés. Le défi de la troisième saison sera plus grand encore, notamment à cause du départ de Katherine Langford qui a fait ses adieux à la série. La jeune actrice a de nouveau marqué l’écran avec une présence quasi-solaire dans cette sombre intrigue. Elle offre un tour d’honneur mémorable à son personnage d’Hannah qui va clairement manquer, le futur de la série reposant sur sa capacité à tourner la page. Bien que Netflix ne communique jamais sur ses audiences, le succès de la série n’est pas à nier. On sent néanmoins que cette seconde saison a eu moins d’ampleur que la première, l’effet de buzz s’étant estompé. Que ce soit Brian Yorkey ou Reed Hasting le PDG de Netflix, le son de cloche est le même : la controverse ne changera rien et 13 Reasons Why continuera d’être populaire et engagée. Au final, si le show souffre de nombreux défauts, il a tout de même le mérite d’ouvrir le débat et d’apporter un éclairage sur ces drames trop souvent dissimulés.

4/10

Bilan

Léger mieux pour la série qui souffre néanmoins de nombreux défauts. Si elle ose quelque peu sur le fond, elle pêche largement sur la forme par excès de fainéantise en cédant aux sirènes de la facilité. Faire bouger les choses c’est bien, avec un parti pris artistique et un traitement soigné c’est mieux. Pour cette deuxième saison, 13 Reasons Why reste toujours aussi nécessaire que simpliste.

1 Commentaire

  • Alex
    Le 01/07/2018 à 18h40

    Pour moi la note est quand même sévère ! Mais y a beaucoup de vrai dans ta critique ;) ! Merci d'avoir pris le temps de la rédiger!
    Juste un point concernant la fin :
    SPOILER
    J'ai cru lire qu'à la base Tyler passait à l'acte mais que les scénariste ont changé d'avis du à une fusillade dans une école au USA et par respect vis à vis de cela, ils ont préféré une fin plus douce...


    Perso j'aimerais bien que la saison 3 soit la dernière avec un focus autour de la reconstruction des personnages, un peu un retour au bonheur après un passage à vide/dépression...

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