Critiques

Seriesaddict.fr  par | 1

Westworld - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © 2018 - HBO

Attention spoilers, il faut avoir lu toute la saison avant de lire le bilan.

Cette deuxième saison s’achève sur twist important après dix épisodes d'une beauté visuelle et d’un scénario beaucoup plus dynamique que la première saison. Jonathan Nolan et Lisa Joy ont choisi cette fois la voix et les yeux de Bernard pour nous raconter différentes timelines qui s’entremêlent de manière plus construite qu’auparavant. Pour autant, le scénario arrive toujours à nous surprendre, nous émouvoir et nous offre beaucoup de belles choses. Lorsque les ambitions sont grandes, les défauts peuvent l’être aussi mais dans l’ensemble cette saison a su monter la barre un cran au dessus. Tout annonce une suite incroyable qui devrait déjà être sur mon ordinateur… Je préviens à l’avance que je ne peux pas malheureusement tout aborder dans ce bilan de peur de passer de la critique à une revue.

Les défauts majeurs :

— L’écriture des personnages secondaires.

Ce sont des pots de fleurs. A l’exception de Lee sur lequel je reviendrai, tout le groupe autour de Maeve est d’une inutilité à pleurer. Même Hector qui a pourtant été présenté comme le love interest de Maeve. Pourtant les scénaristes auraient pu explorer quelques sous arcs notamment sur « l’éveil » de ces personnages. Il a fallu le final pour comprendre que Hector ou Armistice avaient atteint un niveau de conscience. D’autres sont simplement utilisés en tant que bouc émissaires comme Clementine. Ce n’est pas le type de problème qui donne envie d’arrêter une série, simplement un défaut récurrent qui aurait pu être corrigé depuis longtemps. Heureusement le personnage de Lee sauve un peu cette catégorie : son évolution est non seulement marquante mais aussi touchante. La performance de Simon Quaterman vaut le détour ainsi que son alchimie avec Thandie Newton. Je pense en particulier à la scène de l’épisode 8. Par contre pourquoi le tuer ? La scène était magnifique mais aussi confuse. Lee ne pouvait-il pas ralentir les soldats sans pour autant se sacrifier ? Je voudrai mentionner aussi Ben Barnes qui a délivré de belles prestations entant que Logan et la IA de la Forge.

— L’image avant le scénario.

Je l’ai écrit encore et encore dans mes précédentes critiques, la réalisation de Westworld est sans doute l’une des plus belles que j’ai vu sur le petit écran. Je ne vais pas citer tous les hommes et les femmes (diversité !) derrière la caméra cette saison mais chaque épisode a su briller par tel ou tel choix. Je crois que j’ai été le plus marqué par le travail sur la lumière qui était incroyable et aussi les plans d’extérieur qui embellissent n’importe quelle scène. Il y a un parti pris de faire du Beau dan un sens presque pictural. Cette esthétique prend malheureusement le pas sur le scénario dans quelques épisodes. Celui qui résumerait le mieux ce problème est « Akane no Mai » et tout l’arc autour du nouveau parc. Il y a aussi The Raj mais celui-ci est vraiment présenté en tant que décor. Ce n’est pas le cas du parc Shogun qui introduit de nouveaux personnages avec les fameux arcs miroirs. Le problème est que ce monde est une étape dans la quête de Maeve. Il disparaît aussitôt (sauf Hanaryo). Alors oui, l’univers japonais offre de très belles scènes, ok les guest stars étaient cool… mais encore ? En réalité j’ai trouvé que si la forme était magnifique, le fond restait très superficiel et la production n’aurait peut pas dû teaser autant ce nouveau parc pour simplement l’utiliser ainsi.

Les qualités :

Tout d’abord le cast évidemment, je ne vais pas citer chaque scène, chaque acteur qui a su me toucher. Simplement tirer mon chapeau car Westworld est à mon sens l’une des séries qui offre les plus belles performances (dans une saison) cette année.

La philosophie a trouvé une nouvelle dynamique grâce au duo Dolores/Bernard. Ce n’est pas innovateur mais les scénaristes ont eu l’intelligence de faire évoluer les thèmes approchés dans la première saison. Par exemple le libre-arbitre ou la condition humaine. Il est intéressant de noter par ailleurs le parallèle entre les deux personnages : Bernard croit en premier lieu à l’être humain et la capacité des robots à se libérer. Il est (si on veut aller dans la caricature) l’espoir, celui qui croit ou veut croire en l’avenir. Tout comme Dolores qui pensait voir la beauté dans un monde en réalité fictif. Au final tous les deux sont confrontés à la noirceur et surtout la fatalité de la nature humaine. Même si dans la scène finale Dolores et Bernard finissent dans des camps opposés je pense que celui-ci va revoir certaines de ses convictions.

Les arcs qui m’ont le plus marqué sont ceux de Dolores, Bernard et William. Maeve m’a émue et elle reste le personnage badass (la scène d’évasion notamment) de la saison. Il a fallu que je revoie l’épisode final pour admettre l’intérêt et la beauté de concentrer son arc autour de sa fille. J’ai particulièrement aimé son lien avec Ford. Le thème de la paternité/maternité est très bien écrit au long de la saison en tissant des liens entre chaque personnage. Cela permet de rappeler qu’il existe bien parmi toute cette monstruosité des éléments de pureté à protéger, aimer et qui parfois méritent qu’on se sacrifie. Je crois que le summum de ce sujet se trouve dans le meurtre d’Emily et le suicide de Teddy. Celui-ci en particulier car il marque un tournant dans le personnage de Dolores. Encore une fois il a fallu un peu de travail pour accepter certains choix scénaristiques autour de ce protagoniste. A mon sens il aurait peut-être fallu rappeler les traumatismes subis par Dolores pour que le spectateur comprenne d’avantage sa position.

La scène post-crédit de l’homme en noir : c’est officiel il s’agit d’une nouvelle timeline ! Ouf… pas de maux de tête pour celle-ci. Les producteurs ont confirmé que cette scène avait lieu bien des années après les événements majeurs de la saison 2. La théorie principale et la plus logique serait que les robots ont remporté la guerre menée par Dolores et remplacent ou font des expériences sur la race humaine. William est donc ici un robot utilisé à des fins…sociologiques ? Dans tous les cas, son évolution est probablement la plus tragique et au final la mieux travaillée de tous les personnages. J’ai adoré le fait d’apporter le thème de la folie à un arc qui aurait pu sombrer dans la caricature. Que réservent les scénaristes à l’homme en noir après le traumatisme d’avoir tué sa propre fille ? J’ai tellement hâte…

9/10

Bilan

Un bijou encore une fois ! Avec peut-être des défauts plus prononcés mais il es tellement facile d’oublier quelques détails face au talent derrière et devant la caméra.

1 Commentaire

  • zward
    Le 09/07/2018 à 19h39

    Hello, Je suis assez d'accord avec tout cela, mais je crois, enfin j'essaie de deviner clairement ce qui est "lâché" tout de go dans les deux saisons et qui ne frappe pas d'emblée ; que Dolorès (que je supportais difficilement au début) est devenu un tel personnage fascinant qu'il éclipse littéralement tous les autres, qui paraissent alors jouer sinon des faire-valoir du moins des seconds rôles ; même Bernard (le plus souvent à l'écran) est un ressort, un rebondissement pour l'avènement de la nouvelle divinité sur cette terre : Dolorès. Maëve est bien sympa ... mais justement... faut pas être sympa ; c'est courir à sa perte, au sacrifice de soi, à l'altruisme qui ne mène nulle part, qui reconduit l'illusion (de l'autre-monde) et pas direct dans le monde réel. Seule celle qui a traversé la confusion et la laideur, la noirceur et a pu discerner quelque réel au sein de la noirceur (lorsque Maëve est blessée à mort sur le brancard). Le plus énorme décrochage à propos de Dolorès s'opère au second épisode de S2 : lorsque l'on s'aperçoit qu'elle connait le monde extérieur (soirée de Delos) et que l'on comprend que son "enregistrement" n'est pas seulement le disque rayé du passé (qui revient sans cesse, avec les flashs S1) mais que plus probablement elle "connait" l'avenir ; elle n'est pas menaçante par la violence et les armes, et la haine, mais menaçante et dangereuse par son hyper-connaissance supposée, supposable (qui m'a plongé dans la vénération malgré que). C'est du reste ce qu'elle annonce à Bernard, en prophétisant ; "on sera opposé mais notre race vaincra..." Cette hyper-connaissance me parait à peu près ce qui décide de tout (de tous les événements importants de la série s'entend). Ceci étant il y a énormément de moments gênants scénaristiquement, mais étant donné l'ambition et le sujet haute-volée de la série, on passe outre.

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