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BoJack Horseman - Bilan saison 5

Bilan saison 5 © Netflix - 2018

(Comme toujours, mieux vaut avoir vu la saison avant de lire cette critique riche en spoilers!)

Résumé => Impliqué dans une nouvelle série produite par Princess Carolyne, Bojack s'apprête à faire face à de nouvelles problématiques qui l'amènent, une fois encore, à se laisser aller à la dépression. La fiction n'a jamais été aussi proche de la réalité...

L'année dernière, à l'issue de la quatrième saison, je m'inquiétais du risque de redite encouru par le show. C'était sans compter le mouvement #metoo et ses répercussion dans le monde trop guindé d'Hollywood. Bojack Horseman ayant fait des sujets d'actualité son leitmotiv, l'occasion était rêvée pour confronter notre cheval préféré à des problématiques socialement ancrées dans notre réalité. Véritable fable moderne, la meilleure série animée de Netflix décortique avec efficacité les dysfonctionnements de la société. Dans une évidente volonté de permettre aux nombreux personnages d'aller de l'avant, l'équipe créative octroie la part belle aux personnages secondaires tandis que le personnage principal s'enfonce encore un peu plus dans l'acceptation de sa misère. Quasiment absent des six premiers épisodes, il revient sur le devant de la scène pour mieux sombrer en deuxième partie de saison. La routine n'est pas loin !

Une fois n'est pas coutume, la saison est divisée en deux temps, séparés par un sixième épisode brillant. Alors que les six premiers jalons sont riches en thématiques et en idées scénaristiques, la seconde partie de saison, quant à elle, freine malheureusement trop le rythme imposé par le show. L'humour s'y fait moins féroce, tandis que la noirceur gangrène tous les fils de l'histoire contée. Point culminant de la noirceur narrative : le onzième épisode qui pousse Bojack dans ses retranchements en faisant de la série qu'il tourne la métaphore de sa vie faite de paranoïas et de mensonges. Jusqu'au point de non-retour : l'étranglement arrêté juste à temps de Gina. Les parallèles entre la fiction et la réalité au fil de nos vies sont une constante du propos porté par les scénaristes depuis le début de la série mais ils atteignent leur apogée au cours du sixième épisode. En huis-clos, en plan quasi fixe, Bojack retrace sa relation avec sa mère aux côtés du cercueil de celle-ci. Dédramatisée par un twist presque prévisible en fin d'épisode, l'émotion ressentie doit beaucoup à l'intelligence de l'écriture. Il y est question de désamour, de regrets, d'attentes vaines et de fortes oppositions entre l'édulcoration des séries tournées par Bojack et la dureté de la réalité.

Après un tel épisode, la deuxième partie de la saison peine à retrouver l'énergie comique déployée auparavant (on assistait, entre autres, à la confrontation d'une famille hyper-sexuée à un couple d'asexués dans un enchaînement de situations plus burlesques les unes que les autres). Entre les délires absurdes de Todd, véritable maillon faible du show à mes yeux, et l'absence fréquente de Bojack, le propos s’essouffle un peu. Le robot-patron-sexué de l'idiot de la bande a beau avoir un intérêt métaphorique, la série est plus forte lorsqu'elle choisit la carte de l'émotion. A ce titre, le parcours semé d'embûches de Carolyne pour adopter est touchant. Il nous offre d'ailleurs un cinquième épisode éclairant sur la jeunesse du personnage, à coups de flashbacks pathétiques. Sa mère, sorte de Béatrice Horseman repentante, se révèle pourtant plus humaine que sa comparse hippique. Sujet d'actualité, l'adoption d’une mère célibataire rejoint les nombreuses autres thématiques abordées avec justesse par la série : le harcèlement dans le milieu du cinéma, la force des médias et la surmédiatisation de certaines stars ou encore le féminisme et ses dérives. Bojack Horseman nous amuse, mais elle nous fait surtout réfléchir aux dysfonctionnements d'une société sclérosée.

Cette cinquième saison est également celle des couples : de la rupture douloureuse entre Diane et Mr. Peanutbutter jusqu'à la relation conflictuelle entre Bojack et Gina, les cœurs sont mis en péril par les intrigues. La valse des personnages est un peu redondante, en témoigne l'épisode centré sur Mr. Peanutbutter et ses nombreuses conquêtes : la narration n'apporte pas grand chose et feint la maturité chez un personnage qui n'a pas vraiment changé depuis sa première apparition. Et le dernier épisode annonce d'ores et déjà d'énièmes répétitions (au lieu de quitter Pickles, il la demande en mariage). D'un autre côté, ces couples permettent de découvrir de nouveaux personnages : le troisième épisode s'attarde notamment sur les conjointes des personnages principaux tandis que le septième nous donne à voir les intrigues principales à travers les yeux de deux psychiatres adeptes des anecdotes croustillantes. Toutes ces idées ne sont pas forcément brillantes mais elles permettent de diversifier la série qui ne s'enlise jamais depuis sa première année d'existence !

Et pourtant, elle pourrait aller encore plus loin, en exploitant davantage la sœur de Bojack, pourtant élément central de la saison précédente et de sa dernière scène pleine de promesses. Le show atteindrait l'excellence en utilisant à bon escient ses nombreux personnages, tout en n'hésitant pas à délaisser d'autres protagonistes avec lesquelles les scénaristes ne savent plus innover. Tandis que Todd reste fidèle à lui-même, Diane demeure un personnage fort intéressant, en témoigne le deuxième épisode sur ses remises en question au Vietnam magnifiées par une séquence finale intelligente (Diane reste désespérément seule alors que les décors changent en arrière-plan, comme pour l'isoler un peu plus). Ainsi, Bojack Horseman n'est jamais loin de faire mouche à chaque épisode, mais elle lui faut encore se séparer d'éléments trop ressassés.
En somme, une cinquième saison qui frôle souvent la redite tout en nous servant, pourtant, de brillants morceaux de vies, dynamisés par un casting vocal quatre étoiles. Une fois encore, le rapprochement entre Diane et Bojack n'aura pas lieu, laissant planer l'ombre d'une sixième saison finale ? Bojack accèdera-t-il enfin à la sérénité tant recherchée ? Son entrée dans un établissement de désintoxication semble en prendre le chemin tandis que Diane pénètre symboliquement dans un tunnel sombre pour clôturer la saison. La perspective d'un bonheur inaccessible ?

8/10

Bilan

Du rire, des larmes et des métaphores si précieuses sont la recette d'une saison réussie. Même si elle accuse quelques ventres mous (à cause de quelques personnages trop répétitifs), la série de Raphaël Bob-Waksberg demeure essentielle. Reste à savoir si elle prendra la sage décision de s'arrêter au bon moment.

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