Critiques

Seriesaddict.fr  par | 4

Daredevil - Bilan saison 3

Bilan saison 3 © 2018 - Netflix

Attention, il faut avoir vu l’intégralité de la saison avant de lire le bilan.

Alors que l'avenir des séries Marvel/Netflix est incertain depuis l'annulation récente d'Iron Fist et Luke Cage, une production survole de loin ses petites sœurs, Daredevil. Et avec cette troisième saison, elle prouve une nouvelle fois que l'on peut mettre en scène des super-héros, tout en racontant des histoires réalistes, sombres, en abordant également des thèmes sociétaux (ou non) majeurs tels que la justice et ses dérives, la neutralité journalistique ou encore la place accordée à la religion.

Pour ce bilan, voici les trois raisons pour lesquelles Daredevil est actuellement la meilleure série du catalogue Netflix.

1. Un héros fragile mais déterminé

La série débute alors que Matt Murdock se réveille à Saint-Agnès, après s'être sacrifié pour sauver New-York, suite aux événements de The Defenders. On retrouve ainsi notre héros physiquement très affaibli et psychologiquement faible, en perpétuelle remise en question, aussi bien sur ses actes passés en tant que Daredevil, que sur sa foi envers Dieu, dont il est pourtant le meilleur soldat de sa légion. D'ailleurs, les premières secondes du show, à connotation biblique, sont assez significatives de ce que sera la suite de la saison puisqu'on pourrait, en effet, y voir une comparaison avec la chute de Lucifer, ange déchu du Paradis, qui plonge inlassablement vers les Enfers.
Toute cette saison sera donc comme un parcours initiatique pour Matt Murdock, qui devra se relever, affronter d'anciens et de nouveaux démons, accepter sa part d'humanité et redevenir à la fois l'homme, le héros et le démon dont Hell's Kitchen a besoin. Un Enfer à traverser, une énième épreuve de Dieu pour le convaincre de l'utilité de son action et de renfiler le masque du Démon, une façade assez ironique quand on y pense. Se déguiser en démon pour faire le bien. Qui pourrait penser que derrière le masque, se cache en réalité un homme de foi ? Un soldat au service du bien commun ?

Ces thèmes de la mort, de la renaissance, de l'acceptation, de la foi, se heurtent tous à des dialogues religieux de haute volée, aspect omniprésent dans cette troisième saison, comparé aux deux premières, où on ne faisait que survoler la relation entre Matt et l'Église. En réalité, les scénaristes ne faisaient que préparer le terrain pour offrir de véritables confrontations religieuses entre Murdock, Le Père Lantom et sœur Maggie, dans une saison où notre héros est totalement brisé et continuellement en proie au doute. Inutile de vous dire, vous avez pu le constater vous-même, que les dialogues sont succulents et d'une justesse incroyable en terme d'écriture. Jamais, lorsqu'il s'agit de parler religion, je n'ai pas vu un film ou une série débattre avec autant de finesse et d'intelligence.

Pour ceux qui me lisent depuis plusieurs années, vous savez que j'aime lorsqu'une série super-héroïque met en scène un héros acculé de toute part, qu'il soit brisé physiquement et psychologiquement, perde foi en lui et en ceux qui l'entourent et, est surpassé face à ses ennemis, au point de vouloir changer ses méthodes d'action de manière radicale. Là où Arrow échoue lamentablement par exemple, Daredevil réussit avec une aisance déconcertante. En effet, Matt Murdock ne remporte jamais une seule victoire face à Wilson Fisk, maître du jeu, jusqu'à la toute dernière seconde du show, nous tenant constamment en haleine. Quant à Pointdexter, ce dernier le surclasse dans tous les domaines. À chaque combat les opposant, le faux Daredevil l'emporte et, voir un héros se battre, tout donner et perdre, apporte un côté dramatique qui nous fait douter des capacités de notre propre héros et de sa réussite. C'est selon moi la force de cette série, connaître le dénouement final, mais en douter malgré tout. Un exemple. On sait pertinemment que Matt ne tuera pas Wilson Fisk lorsqu'il prend cette décision, mais, sa rage durant la séquence où il le frappe au visage sans s'arrêter, la violence de cette scène, la puissance émotionnelle qui se dégage de l'interprétation magistrale de Charlie Cox nous pousse à nous dire que, finalement, il va craquer et aller jusqu'au bout de son acte.
D'ailleurs, l'intensité de cette séquence n'aurait jamais été si forte si la structure narrative avait été autre. En effet, Matt et Wilson ne se croisent pas une fois en 12 épisodes (à part les hallucinations qui, j'en conviens, ajoutent à cette tension entre les deux hommes), malgré les nombreuses tentatives de Murdock pour l'atteindre et, si nous avions plusieurs séquences mettant en scène les deux adversaires face à face, la fin n'aurait sans doute pas eu le même impact émotionnel chez nous.

La fragilité de Matt Murdock au cours de cette saison 3 est donc agréable et permet de mieux s'identifier à lui, plus facilement en tout cas qu'à un homme invincible ou avec un poing brillant.
Quant à la détermination qui ravivera la flamme du héros, elle se fera de manière progressive et connaîtra plusieurs échecs. Tandis que Wilson Fisk bouge ses pions avec adresse, ayant toujours cinq coups d'avance, brisant peu à peu un Matt Murdock et son désir de faire les choses dans les règles.

2. Un scénario qui laisse vivre ses personnages secondaires

Vous l'aurez compris, la construction scénaristique des 13 épisodes est admirable de maîtrise. L'écriture, les dialogues, le développement de l'intrigue, aucune fausse note n'est à souligner. Le plan de Wilson Fisk pour sortir de prison, par exemple, est non seulement cohérent avec la personnalité machiavélique du personnage, mais également réaliste dans les faits, et c'est ce qui est le plus effrayant. Ce système judiciaire aveugle, corrompu, manipulable à souhait dont Fisk connaît les rouages et les faiblesses, fait de lui un adversaire redoutable, d'autant que sa richesse lui permet de contrôler tout ce qu'il veut et qui il veut. Et tout cela se fait avec un calme diabolique, un contrôle remarquable, d'une façon très lente aussi (il faudra 11 ou 12 épisode avant d'être acquitté de toutes accusations), mais sur le long terme, terriblement efficace. Là encore, l'écriture y est pour beaucoup. Mon seul regret, c'est la rapidité de la conclusion et le happy-ending qui s'en suit. Personnellement, j'aurais souhaité une fin mettant en scène un Wilson Fisk triomphant, pour ouvrir une saison 4 où, pourquoi pas, Le Caïd serait devenu Maire de New-York. Mais c'est aussi parce que Vincent d'Onofrio transcende son rôle et que l'envie de le revoir dans le costume de Wilson Fisk prend le pas sur la raison. Sa démarche, ses mimiques, la gestuelle de ses mains, D'Onofrio est irréprochable à la fois dans son jeu et son interprétation. L'idée donc, que ce soit sa dernière apparition en tant que Caïd est presque révoltante.
Personnage tendre, brutal, faillible et puissant qu'on aime détester, Wilson Fisk est le genre de protagoniste bourré de contradictions, caractéristique des plus grands méchants du petit ou du grand écran. Meilleur vilain du MCU ? De loin !

Mais là où les scénaristes ont été exceptionnels, c'est dans le traitement et le développement des personnages secondaires que l'on connaissait déjà tels que Foggy Nelson, Karen Page et le Père Lantom et chez les nouveaux arrivants comme les agents du FBI Nadeem et Pointdexter, mais également la Sœur Maggie.
Au départ, le format de 13 épisodes me paraissait encore trop (les saisons 1 et 2 malgré leurs nombreuses qualités souffraient de quelques longueurs scénaristiques et d'une fin un poil bâclée) mais force est de constater qu'ici, les 50 minutes de chaque épisode sont utilisées à bon escient et toujours au service des personnages et de leur développement. Ainsi, Foggy Nelson prend davantage d'épaisseur et la série met alors en lumière sa nouvelle vie amoureuse et familiale, dont les déboires vont se lier habilement à l'intrigue principale. Quant à Karen Page, on en sait désormais plus sur sa vie passée, et même si son histoire personnelle d'ancienne junkie n'est pas essentielle à celle de la saison 3, elle contribue néanmoins à développer, faire vivre un personnage essentiel à la vie de Matt Murdock et permet aussi de mieux cerner une jeune femme et ses choix futurs. Car comprendre le passé, c'est comprendre les actions et les choix actuels d'un protagoniste.

Quant à PointDexter, j'y ai vu le reflet de Matt Murdock. Pour moi, la décision de Wilson Fisk de proposer à l'agent du FBI d'enfiler le costume de Daredevil va bien au-delà du simple fait de vouloir discréditer le héros aux yeux du grand public. Cette décision permet aussi à Murdock de se confronter à ses propres démons et prendre conscience de l'importance de l'homme qui enfile un tel costume. Trop longtemps, Matt s'est laissé consumer par le démon, au point d'oublier l'homme et PointDexter, déjà à la limite de la folie, se sert alors de ce costume pour libérer toute sa fureur, un instrument dangereux au service d'un psychotique.
Appréciable, aussi, le choix des scénaristes de ne faire aucune mention à Bullseye (le nom n'est jamais prononcé) et seulement deux "cibles" sont visibles au cours de la saison 3. Pas de forcing. Toujours au service de son histoire et de son traitement.
La première fois que l'on voit une cible sur la casquette du jeune PointDexter, c'est lors de flashbacks où il joue au baseball. Une partie qui se conclura sur la mort de son entraîneur. La naissance de sa double personnalité.
La seconde, dans le cliffhanger de fin. Une cible apparaît dans l'œil gauche de ce dernier. La naissance de Bullseye.

Le format se paie même le luxe de donner une origin-story au tableau blanc de Wilson Fisk, symbole de l'amour entre lui et Vanessa. Un vrai petit moment de grâce, qui met en évidence le caractère sentimental de Fisk, que j'évoquais tout juste à l'instant.
D'ailleurs, lorsque PointDexter le ramène pour s'offrir les bonnes faveurs de Vanessa, on comprend deux choses, lorsque cette dernière y voit une tache de sang sur le rebord.
1. Que la relation entre Vanessa et Fisk va se compliquer, prendre une nouvelle direction, va évoluer et se terminer dans le sang.
2. Que lors de la quatrième saison, s'il y a, Vanessa pourrait s'allouer les services de Bullseye.

[b]3. Une réalisation aux petits oignons[/b]

Tout le monde sera d'accord pour dire que la mise en scène de cette troisième saison est irréprochable. Le plan le plus dingue étant le plan-séquence de 11 minutes dans la prison, véritable performance artistique, dont 80% des cascades ont été réalisées par Charlie Cox, toujours aussi rigoureux dans l'interprétation. Mais outre les moments de bravoure de ce type, très douloureux pour Matt Murdock, on appréciera également la réalisation et la mise en situation de l'épisode 5 où Wilson Fisk analyse la jeunesse PointDexter, dans une mise en abyme en noir et blanc absolument somptueuse, qui sort du carcan classique de la narration avec des retour-arrière simplistes.
Il y a également des jeux de lumière vraiment très intéressants, notamment dans le sous-sol de l'Église où Matt est " hébergé " et dans l'Église elle-même, lors du combat entre les deux Daredevil où se mélange très souvent filtre jaune et filtre rouge (cf. la scène de la prison aussi), rappelant constamment cette lutte entre le Bien et le Mal.

Concernant les scènes d'actions, les cascadeurs ont redoublé d'efforts pour trouver une multitude de petites astuces, afin de mettre en scène la précision redoutable de Bullseye. La première confrontation entre PointDexter et Matt, au sein du Daily Reporter par exemple, nous fait bien comprendre que notre héros n'aura jamais le dessus et que ses sens seront mis à rude épreuve, car chaque objet dont se sert le faux DD peut-être une arme mortelle, tirée dans des angles improbables, qui atteindront malgré tout leur cible.
À noter également, les chorégraphies de combats, réalisées avec une minutie surprenante. D'autant que la réalisation permet d'en apprécier chaque détail, chaque mouvement. Adieu les shaggy-cam dégueulasses, place ici aux plans larges qui laissent apprécier toute la beauté artistique du travail des chorégraphes. Même lorsque le réalisateur tourne dans des espaces étroits et resserre son cadrage, celui-ci fait en sorte que la chorégraphie reste lisible et que les mouvements du haut du corps aient un sens à l'écran.

10/10

Bilan

Cette troisième saison de Daredevil a atteint un niveau d'exigence rare dans les séries d'aujourd'hui. Je pense qu'un seul mot résumera cela : PERFECTION.

4 Commentaires

  • cyp
    Le 26/10/2018 à 11h59

    Merci pour ce bilan fouillé et super bien écrit !

    Le 10 est amplement mérité, et Daredevil n'est pas seulement la meilleure série de super-héros, c'est l'une des meilleures séries tout court.

    Par contre, j'ai trouvé l'épisode concernant Karen un poil trop long: ce qu'elle a confessé à Fisk suffisait largement pour moi à 'définir' le personnage. J'ai trouvé bien plus intéressant l'appel à son père, très court et très puissant.

    Je suis d'accord avec toi, la fin est un peu trop rapide, et Murdock aurait pu avoir cette idée bien plus tôt. Mais au-delà du plan séquence de la prison (impeccable du taxi au taxi, montrant une vraie finesse d'écriture), le combat final Murdock/Dex/Fisk sous l'oeil de Vanessa est incroyable, tant au niveau de la chorégraphie que du croisement des différents enjeux. L'un des meilleurs combats que j'aie jamais vu.

    Et pour finir, heureusement que Fisk ne s'en sorte pas. Tout au long de l'épisode, j'ai craint une fin ouverte, et il serait tout de même temps que Daredevil redevienne quelques temps un héros renforcé qui engrange quelques victoires.

    En tout cas, je vais replonger dans les 2 prmeières saisons !

  • Nikita007
    Le 26/10/2018 à 20h32

    C'est la meilleure série Marvel/Netflix et de loin, mention spéciale à Charlie Cox et Vincent d'Onofrio qui sont fantastiques dans leurs rôles respectifs de Matt Murdock et Wilson Fisk.

  • LoicMarie
    Le 27/10/2018 à 15h08

    Merci pour le compliment CYP :)

  • Dexter0015
    Le 10/11/2018 à 12h50

    Un bien beau bilan qui rend parfaitement hommage à cette troisième saison d'une qualité rarement vu, surtout quand on parle de série de super-héros Marvel à la Netflix...
    Mais il faut dire que depuis la première saison DD est une série qui sonne juste : un casting impeccable, une écriture au top et des scènes de combats bien au dessus du lot.

    Personnellement j'ai également trouvé l'épisode sur Karen un poil long mais à y réfléchir, je vois mal comment il aurait été faisable de faire plus court, car quand on y regarde de plus près, il n'y a pas de longueur exagérées, juste le temps nécessaire pour raconter cette période fondatrice du caractère de Karen.

    Et c'est d'ailleurs le cas pour chaque épisode de cette saison, on ne voit pas le temps passer, on est porté par l'histoire du début à la fin.

    Je pense que c'est précisément la force de la sérre d'ailleurs, de laisser une place importante aux personnages secondaires, y compris ceux qui ne sont là que temporairement : Nadeem était un très bon personnage, totalement crédible.

    D'ailleurs "crédibilité" est à mon sens le mot qui caractérise le plus cette série (omission faites des super-pouvoir qui finalement ne portent pas la série mais sont juste un outil parmi tant d'autres pour faire avancer l'histoire).
    C'est bien pour ça que les 2 autres séries Marvel n'ont pas fonctionné (Luke Cage et Inro Fist) : le manque de crédibilité (et une écriture de bien moins bon niveau il est vrai aussi).

    Ne serait-ce que les scènes de combats : rien d’extraordinaire en terme de saut ou autres (quoi que par moment...), mais des combats plus resserrés ou chaque coup de poing/pied sonne juste, un vrai régale à voir.

    Enfin si fisk est royalement interprété (comme lors des précédentes saisons, pas de surprise ici), j'ai particulièrement aimé le personnage de pointdexer/bullseye ! Une fois encore le casting fait mouche, l'acteur est parfait (j'ai même eu l'impression de reconnaitre à 100% le personnage tel qu'il était dessiné dans d'anciens épisodes de comics parus à l'époque du magazine "Strange"), le combat intérieur du personnage est brillamment retranscrit et joué, un régale encore une fois.

    Si la qualité perdure, j'espère voir une saison 4, puis 5, puis 6, ...

    Un 10/10 aussi pour moi.

Ajouter un commentaire







 Spoiler